‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 78 sur 236 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

ton, qui tenaient encore la campagne dans la crainte de ne pas trouver grâce auprès du nouveau prinoe, il s'occupa des moyens do se concilier L-s différents partis politiques que le rceurtre de Charles-le-Bon avait fait ccloro. Il s'attacha les barons par la concession de plusieurs fiefs, et la bourgeoisie en lui octroj'ant ou en lui promettant des privilèges et immunités. Dès le 22 août, c'est-àdire moins d'un mois après la mort de son rival, il confirma la charte que celui-ci avait donnée à la turbulente cité de Saint-Omer, et y fit quelques additions. Déjà il avait été ordonné à tous les bannis de revenir à la cour; plusieurs prouvèrent qu'ils n'avaient point trempé dans la conspiration ; entre autres Lambert d'Ardembourg, qui se justifia par le fer rouge; plusieurs aussi rentrèrent en Flandre, mais sans se soumettre à aucun jugement. Ils n'étaient inquiétés que dans le cas où' les parents de ceux qui naguèr^e avaient péri pour la cause ds Charles-le-Bon les accusaient publiquement, e^ «n appelaient au duel judiciaire. Du reste ThierH désirait ardemment que toute dissension vînt à cesser, et que son autorité pût enfin s':jfferrair au sein de la paix. Les Flamands n'étaient pas moins avides de repos après tant de luttes et de fatigues.'

Les parties wallones du comté ne connaissaient pas encore Thierri, qu'elles avaient cependant adopté à l'exemple de la Flandre tudesque. Il alla les visiter, et se montra tour à tour aux villes d'Arras, de Térouane, de Saint-Omer, d'Aire et de Lille, où le peuple et le clergé le reçurent avec de grandes marques de joie et lai jurèrent foi et hommage, ainsi qu'on avait coutume de le faire à chaque nouveau souverain. Mais le peuple savait déjà parfaitement que tout lien de sujétion féodale pouvait se rompre l(>rsque le seigneur manquait à S3 parole ; et ce dernier n'ignorait pas non plus qu'il suffisait d'un fétu de paille brisé en sa présence pour lui enlever aussitôt sa couronne comtale. Les droits et les devoirs de chacun se trouvaient donc maintenant reconnus et déterminés de manière à ne plus s'y méprendre à l'avenir.

Thierri se rendit ensuite auprès des rois de France et d'Angleterre, jugeant qu'il

était de bonne politique de se concilier la bienveillance de ces puissants monarques. Ils l'accueillirent fort honorablement, lui donnèrent l'investiture des fiefs que ses prédécesseurs possédaient déjà ; et le roi d'Angleterre, heureux de se voir débarrassé d'un neveu dont l'existence l'importunait, poussa la complaisance à l'égard de Thierri, jusqu'à contraindre le comte de Boulogne et d'autres seigneurs qui possédaient des terres en Flandre, à lui prêter le serment de vassolage '.

A part une irruption de l'Océan, qui, en 1135, inonda une grande partie de la Flandre, de la Hollande et de la Frise, il ne se passa rien de remarquable, dans le comté jusqu'.à l'année 1137, époque à laquelle Ba^duin de îîainaut essaya une attaque vers les frontières méridionales de la Flandre. Il avait toujours des vues sur la ville de Douai, dont son bisaïeul avait jadis été dépossédé pour n'avoir pas voulu épouser la fîl.le de Robert-le-Frison. Thierri, prévenu à temps, se porta rapidement sur le château de Rqucourt, situé entre Pecquencourt et Arleux, aux confins du Cambrésis, et d'où l'armée du comte de Hainaut -se préparait à marcher contre Douai. Cette 'forteresse était défendue par un vaillant chevalier nommé Gilles de Chin, seigneur de Berlaimont, dont les exploits merveilleux, transrais par la tradition, sont encore aujourd'hui en Hainaut l'objet des récits populaires. Thierri fit le siège du château de Roucourt, le prit et dispersa les hommes d'armes du comte de Hainaut. Gilles de Ghin périt dani ces circonstances ; et Thierri eut la générosité de renvoyer sans rançon à Bauduin le corps du valeureux chevalier, auquel on fit de belles obsèques dans l'église de Saint-Ghislain , qu'il avait naguère choisie pour le lieu de sa sépulture, en la dotant de grands biens.

La paix ayant été rétablie, et le pays jouissant d'un repos que rien ne semblait devoir troubler, Thierri se disposa à entreprendre le voyage d'Orient. En 1134, après avoir perdu sa première épouse nommée Svi'anechilde, que mal à propos certains historiens confondent avec Marguerite de Clermont,

(1) Orderic Vital, ap. Bouqui^t, xii. 746.

TlIIERRI D ALSACE.

veuve de Charles-le-Bon, il avait pris pour femme Sjbille, fille du comte Foulque d'Anjou, lequel venait de monter sur le trône de Jérusalem.

Soit qu'il fût entraîné vers les lieux saints par ses propres inspirations, soit qu'il eût, reçu de son beau-père une demande de secours, toujours e^t-'û qu'il partit accompagné des chevaliers flamands qui voulurent bien le suivre. Mais, avant de se mettre en route, il avait tenu à Ypros, le 19 février, une cour plénière, où la paix flamande, établie par ses ancêtres, fut confirmée et jurée en présence des évêques de Tournai, d'Arras, de Térouane, de Cambrai, de la comtesse Sibjlle, et de tous les officiers et dignitaires de la Flandre. Entres autres dispositions de cette paix qui devaient assurer la tranquillité publique pendant l'absence du prince, on remarque celles-ci :

'• Quiconque violera la paix sera retranché de la communion de la sainte Eglise.

« L'homicide sera puni par le dernier supplice ; les blessures, par le talion ou la confiscation des biens.

» Que les brigands et les voleurs nocturnes soient tués en quelque lieu qu'on les trouve, par tous les gens du voisinage. Oeliù qui dans la nuit refusera de les poursuivre, payera une amende de soixante sols'. »

A l'arrivée de Thierri en Palestine, la discorde régnait dans les étais et jusque dans la maison du roi de Jérusalem. Comme si les agressions sans cesse renouvelées des infidèles ne suffisaient plus à la fougue guerrière des barons chréliens, ceux-ci se livraient entre eux à des dissensions déplorables. Zengui, prince de Mossoul, en profita pour attaquer quelques forteresses au pouvoir des croisés ; mais il fut bientôt détourné de cette entreprise par le projet de s'emparer de la principauté de Damas. Pour résister à Zengui, le chef musulman à qui cette principauté appartenait ne trouva pas d'autre moyen que de réclamer l'assistance des chrétiens. Cela suspendit les démêlés ; et le roi de Jérusalem, s'étant fait donner des otages et de fortes sommes d'argent, se mit en campagne pour protéger et défendre

P)Meyer, Annales refum Flandkayum, ad aiin. 1133.

Damas. Le comte de Flandre se joignit à son beau-père dans cette expédition, mais il n'eut pas l'occasion d'y montrer sa bravoure ; car Zengui, redoutant de se mesurer avec les chrétiens, n'approcha point de Damas. Suivant un traité préliminaire, il avait été convenu que les Francs rentreraient en possession de Panéas, appelée aussi Césarée de Philippe, qui peu de temps auparavant était tombée au pouvoir des Turcs. Les infidèles de Damas et les soldats de Jésus-Christ unirent donc leurs étendards, et marchèrent ensemble contre cette ville, située aux sources du Jourdain , près du mont Liban.

Thierri d'Alsace fit partie de cette nouvelle entreprise, et se comporta vaillamment au siège de Panéas, qui au bout de quelques jours capitula et se rendit au roi de Jérusalem-. On ne connaît pas les autres actions du comte de Flandre en Asie ; tout ce qu'on sait, c'est qu'en 11.39 il revint en Flandre, où sa présence était alors très-nécessaire.

Bien que le comte de Hainaut eût vu jusque-là échouer tous ses projets contre la Flandre, il en avait néanmoins formé de nouveaux , et s'était allié ajee Hugues Champ-d'Avoine, comte de ^aint-Pol, et Etienne de Blois , comte de Boulogne , lequel occupait le trône d'Angleterre depuis environ cinq ans. Cette confédération était toujours le résultat de la vieille inimitié qui régnait entre les pays de langue romane et ceux de langue tudesque. Le roi d'Angleterre y entra d'autant plus volontiers qu'il avait intérêt à ce que la puissance de son voisin sur le continent fût diminuée. En outre, Guillaume d'Ypres, après une tentative infructueuse faite sur les côtes et sur la ville de L'Écluse pour soulever le pays, avait été expulsé de L'Ecluse et s'était réfugié auprès d'Etienne, qui l'avait accueilli favorablement et auquel il rendait d'importants services dans la guerre et dans le conseil; car c'était un homme actif, entreprenant et audacieux. Il est probable que Guillaume, plein de ressentiment contre Thierri, excitait encore le monarque anglais à combattre ce dernier. Il n'est pas resté de données sur les suites de cette qoalition ;

(2) Guill. de Tyr, liv. xv,c.6,

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