‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 82 sur 236 · THIERRI D ALSACE · texte numérisé non relu

THIERRI D ALSACE

les meurtriers, pour élire le nouveau comte, pour le déposer, et rendre ensuite hommage à un seigneur légitime. L'organisation municipale et la puissance de la bourgeoisie se montrent alors, pour la première fois, dans notre histoire d'une manière incontestable.

Ce n'est pas un problème facile à résoudre que de savoir comment les villes de Flandre s'élevèrent ainsi au rang de corps politiques, pour ainsi dire, indépendants, et cela sans luttes violentes contre les seigneurs sous l'omnipotence desquels elles étaient primitivement placées. Peut-être faut-il chercher la cause de ce phénomène historique dans le développement progressif de vitalité qu'on observe en Flandre depuis l'origine du comté, développement dû aux raisons qu'on a déduites ci-dessus, et qui aura dénoué sans secousses, et comme à l'insu des seigneurs, quelques-uns de ces liens féodaux qu'en d'autres lieux le peuple se vit obligé de rompre si violemment.

S'il n'est pas possible aujourd'hui d'établir une statistique exacte du pays pour cette époque reculée, il est du moins curieux de trouver dans les annales flamandes la preuve de cette exubérance de population, de cette vigueur de sève, qui déjà fait présumer les destinées futures de la Belgique.

Peu de temps après la conquête de l'Angleterre par Guillaume-le-Bàtard, une multitude de Flamands et de Brabançons allèrent s'établir en divers endroits de cette contrée ; et ce n'était pas la pauvreté de leur propre patrie qui les faisait ainsi passer la mer, mais bien l'appât d'une nouvelle fortune à tenter , d'aventures et de chances nouvelles aussi à rencontrer dans des régions inconnues. Ce furent les mêmes motifs joints à un sentiment de dévotion qui depuis plus de cinquante ans, et à diverses reprises, entraînaient tant de barons flamands et tant de gens du menu peuple vers l'Orient, l'Espagne, ou même les contrées du nord de l'Europe.

En 1160, malgré toutes ces causes de dépopulation, de nombreuses colonies de Flamands se dirigèrent vers la Vandalic, d'où Henri-le-Bon, duc de Saxe, venait de chasser les indigènes, peuple "ncore sau-

vage et idolâtre. En même temps les villes s'agrandissaient en Flandre, et il s'en établissait de nouvelles. C'est ainsi que, peu après son troisième voyage en Palestine, le comte Thierri bâtit sur les bords de la mer, dans le village de Saint-Willebrod, une ville qui s'appela d'abord Neuport, et ensuite Gravelines. Son fils Philippe, sur qui reposait l'administration du comté, donna bientôt après à Neuport des lois et franchises en rapport avec sa destination future; car il y avait nécessité d'ouvrir de nouveaux débouchés au commerce maritime dès lors très-étendu et très-prospère.

Et, en effet, des relations suivies existaient déjà avec les côtes de Hollande, d'Allemagne, de France, d'Espagne, de Portugal, et surtout avec l'Angleterre, que les bateaux flamands pouvaient aborder en quelques heures de traversée. Depuis l'établissement de la puissance normande dans ce dernier pays, les rapports de toute nature avec la Flandre étaient d'autant plus faciles qu'il existait une sorte d'alliance off'ensive et défensive entre les monarques anglais et les comtes de Flandre. Elle avait pour origine, on se le rappelle, le concours prêté par Bauduin de Lille à son gendre Guillaumele-Bàtard lors de la conquête et la convention qui en était résultée ^ Peu de temps avant de retourner pour la quatrième fois en Palestine, Thierri renouvela ce traité en son nom et en celui de son fils Philippe qui tenait presque toujours les rênes du gouvernement; car son père ne faisait plus en Flandre que des séjours d'assez courte durée. Thierri partit vers 1163, et Philippe resta désormais seul sur la scène politique.

Tandis que le vieux comte voguait vers l'Asie, un illustre exilé visitait l'Artois et la Flandre. C'était Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry, que poursuivaient la haine et les ressentiments de Henri II, roi d'Angleterre. Il fut l'objet d'une grande vénération, et, de nos jours, on montre encore à Lille la maison qu'il habita. Les églises de Beaucamps et de Radinghem, aux environs de cette ville, conservent précieusement des ustensiles qui furent, dit-on, à son usage.

(1) Rymer, Fœdcra. i. G.

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