BAUDUIN-BRAS-DE-FER. — BAUDUIN-LE-CHAUVE
Incapable de lutter efficacement contre un semblable fléau, Bauduin-le-Chauve chercha, comme son prédécesseur, à rendre le siège de son marquisat inaccessible aux barbares. A cet effet, il fit transporter d'Aldenbourg, qui n'était plus qu'un monceau de ruines, une grande quantité de matériaux avec lesquels il consolida le château de Bruges.
Cependant les hordes normandes s'obstinaient à rester dans le pays, où naguère, sous Bauduin-Bras-de-Fer, ellesn'avaient fait que des séjours momentanés. Les chroniques du temps sont remplies du récit lamentable de toutes les profanations qu'elles commettaient. A peine les autres événements j trouvent-ils place, tant cette grande calamité absorbait les souvenirs universels.
En Tan f-85, qui fut celui du siège de Paris par les Normands, on retrouve ces derniers se fortifiant à Condè pour y passer l'hiver. Portant leurs ravages au delà de l'Escaut jusqu'à la Scarpe, ils allaient, dit un vieil historien S détruisant par la flamme et le fer églises, monastères, cités et villages, massacrant tout le peuple chrétien. Chacun tremblait à leur nom depuis l'Escaut jusqu'à la Somme. On vit alors s'enfuir les moines, les chanoines et les religieuses avec les reliques des saints, que suivait toute la population épouvantée. Quelquefois les prêtres euxmêmes endossaient l'armure. Gosselin, vaillant abbé du monastère de Saint- Amand et de plusieurs autres communautés, prit la résolution d'attaquer les Normands. Il envoya des messagers aux alliés qu'il avait de l'autre côté de l'Escaut. Les deux troupes se concertèrent pour marcher vers le fleuve à jour fixe et aborder l'ennemi par deux voies opposées. Le succès ne répondit pas à leurs vœux; car les soldats, frappés de terreur, se sauvèrent à la vue de l'ennemi^.
Quand le printemps fut venu, les Normands abandonnèrent le château de Condé.
Ils envahirent les lieux voisins de la mer et forcèrent les indigènes à fuir le pays. Au mois de novembre, ils changent encore une fois de résidence et se retranchent de nouveau à Courtrai pour y passer la froide sai-
(1) Andréas Marcianeneis, ap. J. de Guise ; éd. Fortia, IX, 268, 277. (2) Ibid.
son. De ce poste ils exterminent les Ménapiens et les Suèves, établis entre Bruges et Courtrai, qui leur avaient voulu faire résistance, et brûlent toute la contrée^. Cependant Charles-le-Gros, roi de Bavière et de Saxe, était venu dans le Brabant avec une armée pour défendre Louvain ; mais ses elforts, combinés sans doute avec ceux de Bauduin, ne semblent pas avoir produit de grands résultats.
A la fin du siècle, les ravages des hommes du nord continuaient dans les marches confiées au gouvernement de Bauduin. En 891 leur avidité s'en prit à la riche abbaye de Saint- Berlin. Il nous est resté de curieux détails^ sur les assauts qu'ils livrèrent à ce monastère fortifié, boulevard tout à la fois temporel et spirituel du pays des Morins.
Le 25 avril de cette même année, les châtelains de Saint-Oraer, Bertin et Folquin, marchèrent au-devant des Normands qui s'approchaient du côté de Wildehem et leur tuèrent 310 hommes. Le dimanche suivant, 2 mai, à l'heure où tout le couvent se rendait à la grand'messe, on aperçut de nouveau les terribles envahisseurs descendant la colline appelée en ce temps-là Beilig-Velcl et aujourd'hui Helfaut, laquelle domine la ville de Saint-Omer, et où l'on prétend que les plus anciens apôtres de la Belgique, Fuscianus et Victoriens, avaient jadis bâti leur première église chez les Morins. Cette nouvelle, répandue à l'instant dans le couvent et dans l'église, n'abattit point le courage des moines. Pleins de confiance en la miséricorde de Dieu et en l'assistance de leurs saints patrons, dit le chroniqueur, ils se confessèrent en toute hâte les uns aux autres, communièrent et se jurèrent mutuellement de défendre le monastère jusqu'à la mort. On convoque les hommes de l'abbaye au son du tocsin; et bientôt les murs d'enceinte élevés lors des précédentes invasions sont couverts de machines de guerre et de combattants résolus.
(3) Chron. Northmann., ap. Pertz, i, ,534.
(4) Excerpta exlihro miraculorum S. Bertini Slthicusis abbatis, apud Acta SS. JBclyii, v, 638 et sniv