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MARGUERITE D ALSACE

DAUDUIN-LE-COURAGEUX.

Iml sur la protection du roi de France et l'appui du duc de Brabant irréconciliable ennemi de Bauduin. Elle avait même déjà cherché à nuire le plus possible à Bauduin dans l'esprit de Guillaume, archevêque de Reims, qui gouvernait le rojaume en l'absence de Philippe-Auguste, et dans celui des principaux seigneurs de France. Cependant les sympathies publiques étaient acquises au comte de Hainaut, dont on connaissait l'origine nationale, et à son épouse, propre sœur du prince défunt. Les villes d'Arras, d'Aire, de Saint-Omer et tout le comté d'Artois, récemment concédé au roi Philippe, l'auraient même reconnu pour leur seigneur légitime s'il eût voulu agréer leurs propositions ^ Il s'en garda bien, car c'eût été fournir au roi un prétexte de guerre ; il ne toucha pas même au douaire de Malhilde, laquelle pourtant cherchait à soustraire Grand, sinon la Flandre entière, au pouvoir de l'héritier du sang.

Tandis que Bauduin s'occupait ainsi de faire constater son droit sur la Flandre en provoquant l'adhésion des barons et du peuple, son armée prenait position près de Grammont pour défendre les deux comtés contre le duc de Brabant, allié secret de Mathilde. Par cette mesure, il en imposa au duc, qui se préparait à se porter sur Gand avec toutes ses forces. Déconcertée dans ses vues et désormais réduite à l'impuissance, Mathilde porta ses réclamations à Tarchevêque de Reims qui ajourna les deux parties à Arras pour le mois d'octobre suivant. Le comte de Hainaut, sa femme JVTarguerite et la comtesse Mathilde, qui prenait le nom de reine parce qu'elle était fille du roi de Portugal, se présentèrent simultanément devant le prélat au jour indiqué. Mathilde réclama la Flandre entière, ni plus ni moins. Le comte Bauduin repoussa énergiquement cette prétention, soutenant avec justice que la comtesse ne devait avoir d'autre douaire que celui qui lui avait été accordé par son contrat de mariage. Après de nombreuses discussions la paix fut enfin établie aux conditions suivantes : le comte de Hainaut eut la capitale de la Flandre et le comté, savoir :

(1) Giib. Moal. chron. ap. J. de G. xiii, 60.

Bruges, Gand, Ypres, Courtrai, Audenarde, le pays de Waes, Alost, Grammont et les fiefs de l'empire, c'est-à-dire les villes appelées les Quatre-Métiers, et les îles de Zélande, dont une partie était inféodée au comte de Hollande qui en faisait hommage à celui de Flandre. Mathilde garda son douaire tel qu'il avait été primitivement constitué, c'est-à-dire qu'elle retint Douai, l'Ecluse, Orchies, Lille, Cassel, Furnes, Dixmude, Bourbourg, Bergues-Saint-Winoc.

et le château de Nieppe; mais elle abandonna, pour en jouir après sa mort, au jeune Louis, fils du roi de France, les villes d'Aire et de Saint-Omer. Louis prit dès ce moment le titre de comte d'Artois.

Bauduin consentit à cet abandon sans lequel la paix n'aurait pu se conclure, car l'archevêque ne prétendait pas que sa médiation restât infructueuse. Déjà l'Artois appartenait à la Flandre : il ne fallait pas que les deux principales villes de ce comté revinssent à la France avec le douaire de la comtesse. Des conférences d'Arras, Bauduin se rendit avec sa femme à Gand ; cette fois il y fut reçu par les ordres mêmes de Mathilde, et les habitants lui prêtèrent avec acclamation le serment de fidélité 2.

Le duc de Brabant n'était pas intervenu au traité d'Arras, Mathilde n'ayant point osé avouer ses intelligences avec lui. Bauduin avait donc moins que jamais de ménagements à garder envers ce prince qui saisissait toutes les occasions de lui faire du mal. Débarrassé des préoccupations dont nous venons de parler et voyant sa puissance bien affermie, il jugea le moment* favorable pour tirer vengeance des insultes récentes dont le duc s'était rendu coupable à son égard. Il entra en Brabant et mit tout le pays à feu et à sang 3. H prit et rasa les château de Tubise, d'Hambruge, d'Oostkerque, et mit ensuite le siège devant le château d'Enghien, qui appartenait au duc de Brabant, tandis que la ville était au sire d'Enghien, comme cela se voyait souvent alors.

Ce château ne pouvait être pris sans l'aide de machinas, à cause de ses hautes murail-

(2) IHd.

(3; ma.

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