CHAPITRE XI
quoique Philippe se fût rendu avec sa jeune fiancée dans le comté de Nevers, où il avait même reçu par anticipation l'hommage des seigneu-rs, chevaliers et bourgeoise
Revenu en Plandi'e, le comte dut reprendre les armes contre des vassaux rebelles que son absence et sans doute aussi les suggestions du duc de Brabant et du comte de Namur avaient poussés à la révolte.
Roger de Warcoing, fils de Roger, châtelain de Courtrai, élevait plusieurs prétentions exorbitantes. Le comte lui ofl'rit justice sur ce qu'il y avait de fondé dans ses demandes, mais refusa de satisfaire à ce qu'il ne croyait pas raisonnable. Roger dédaigna ces offres et se mit à faire mille insultes à son seigneur et à ses gens^; de telle sorte que Bauduin fut obligé de brûler le château de Warcoing et de ravager les terres de Roger. Bientôt après, Thierri de Beveren, châtelain de Dixmude , réclama la terre d'Alost, à cause d'Adèle sa mère, fille de Bauduin d'Alost et tante de Thierri, sire d'Alost, mon sans postérité en 1165, après avoir institué héritier son cousin germain, Philippe d'Alsace, comte de Flandre.
En vain le coiute chercha-t-il à l'apaiser : Thierri osa le défier au combat et se ligua avec Roger de Warcoing et un autre seigneur mécontent appelé Guillaume de Sthinke. Ils parcoururent le pays et commirent de nombreux excès. Ils ne tardèrent pas à s'allier avec le duc de Brabant, auquel ils promirent de le rendre maitre de Gand, du pays de Waes et de la terre d'Alost^. Le duc fournit des secours à ces traîtres qui mirent tout le pays à feu et à sang et s'emparèrent même du château de Rupelmonde, appartenant au comte de Flandre. Les comtes de Hollande et de Namur les favorisaient aussi, mais sans leur donner aide ouvertement.
Bauduin fit avancer la chevalerie du Hainaut contre le duc de Brabant, car, pour les seigneurs flamands, il n'en pouvait réunir qu'un très-petit nombre, les uns ne voulant pas quitter leurs terres à cause des attaques incessantes des insurgés, les autres parce qu'ils étaient séduits par les rebelles et ai-
(1) Gi'b. Mont, chron. ap. .T. dfi G. xm, 120. [2] ma. (3) Ibkl.
maient mieux rester neutres et attendre pour se déclarer le résultat de la révolte^.
Le comte de Flandre saccagea tout le Brabant et brûla les campagnes jusqu'aux environs de Nivelle. Il avait dépêché des messagers auprès du roi de France, qui ordonna à ses hommes d'Arras, de Bapaume, de Saint-Omer et d'Aire de se rendre immédiatement à l'armée de Brabant. Eudes III, duc de Bourgogne, qui venait d'épouser Mathilde, veuve du comte Philippe d'Alsace, arriva également avec ses chevaliers. Ces ressources permirent à Bauduin d'agir avec plus de vigueur encore.
D'un autre côté, les Gantois, voyant la puissance de leur seigneur augmenter, voulurent lui envoyer des combattants; mais Bauduin dédaigna l'assistance de ces fiers bourgeois qui primitivement avaient eu l'audace de la lui refuser. Le comte attaqua Nivelle : il était sur le point de s'en emparer, quand survint tout à coup, pendant la nuit, une pluie si abondante que les hommes et les chevaux pouvaient à peine la supporter, et qu'ils s'enfonçaient dans l'eau et les terres détrempées^. Dès l'aube du jour on s'aperçut que la majeure partie des troupes du roi de France et de celles du comte, tant chevaliers qu'écuyers et servants de pied, s'en était allée sans bruit et clandestinement. Cela fut considéré comme un prodige qu'on attribua à l'intercession de sainte Gertrude, patronne du lieu. Ainsi le comte Bauduin, n'ayant plus que la septième partie de ses forces, fut obligé de se replier vers le Hainaut.
Sur ces entrefaites l'empereur Henri, fils de Frédéric P'', vint à Saint-Trond, oîi il manda le comte de Flandre et le duc de Brabant, afin de renouer la paix entre eux. 11 n'y réussit qu'à demi : les deux antagonistes ne voulurent entendre parler que d'une trêve jusqu'après l'Assomption.
Pendant que son mari défendait ses droits et son autorité , la comtesse Marguerite tomba gravement malade en Flandre, au point qu'on désespéra de sa vie. Elle se fit transporter en barque jusqu'à Mons, vill > renommée pour la pureté de l'air gu'on y
(4) IVid. 128.
(5) ma. 130.
IMARGUERITE D ALSACE.