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BAUDUIN- LE-COURAGEUX

respire, et y recouvra bientôt la santé. Ce fut une grande joie pour le comte et ses enfants : mais il était dit que Bauduin devait avoir son existence troublée par de continuelles agitations. Sa querelle avec le duc de Brabant était suspendue pour un instant, et un autre sujet d'alarmes naissait pour lui au sein même de la Flandre.

La ville de Gand était alors en proie à des dissensions déplorables. Ses habitants, que le commerce et l'industrie avaient rendus égaux en fortune et en puissance aux plus hauts barons du comté.s'y livraient entre eux des combats journaliers, soit dans les rues de la ville, soit du haut des tours dont leurs maisons étaient presque toutes surmontées ^

Mille rivalités remuaient cette opulunte bourgeoise; et grand nombre de tués et de blessés attestaient déjà combien l'anarchie faisait de progrès. Au mois de juillet, avant l'expiration de la trêve, le comte vint à Gand dans l'espoir d'apaiser ce soulèvement. Ce ne fut pas sans peine qu'il y parvint. Tandis que les uns se montraient disposés à écouter les avis de leur seigneur, d'autres méconnaissaient son autorité et agissaient comme s'il n'eût pas été là, se battant même en sa présence avec un acharnement aveugle^.

Ces querelles se calmèrent fort à propos, car une coalition plus redoutable encore que les précédentes se machinait alors contre Bauduin. Outre le duc de Brabant, le comte de Hollande et les seigneurs flamands révoltés, le vieux comte de Namur, Henril'Aveugle, se disposait aussi à prendre les armes et n'attendait pour cela que l'expiration de l'armistice. En effet, il était convenu d'agir de concert avec ces princes. Le comte de Namur avait acheté l'alliance du duc Henri de Limbourg et de ses deux fils Henri et Waleran, de Simon élu évêque de Liège, d'Albert comte de Dagsbourg et de Moha, de Frédéric comte de Vienne, de Gérard père du comte de Juliers, et de plusieurs chevaliers lorrains et brabançons ^. Dans leur belliqueuse ardeur, et avant même

(1) Gilb. 3Iont. chron. ap. J. de G. xiii, 134.

(2) Ibid. (3) Ibid. 133.

les fêtes de l'Assomption, ils pénétrèrent en Namurois, dont le comte de Flandre avait dès lors la jouissance presque complète, et vinrent mettre le siège devant Namur, où se tenait une garnison flamande.

Le comte Bauduin avait reçu avis de cette invasion pendant qu'il était à Gand; mais de peur que l'événement, s'il était connu des Gantois insurgés, n'augmentât l'arrogance de ceux-ci, il avait recommandé aux messagers de n'en parler à personne dans le pays. On l'ignora complètement, et il eut le temps d'achever la pacification et de prendre môme des otages pour la rendre plus sûre. Après quoi il courut en Hainaut, où il donna des ordres afin qu'une armée se trouvât au comté de Namur le dimanche premier jour d'août. Il partit en avant avec ses chevaliers flamands et les seigneurs français restés auprès de lui pendant la trêve. Le lendemain de son arrivée, et sans attendre l'armée du Hainaut, Bauduin, indigné de voir ses ennemis répandus dans son comté de Namur, se précipita sur eux au village de Neuville-sur-Mehaigne. Quoique leurs forces fussent de beaucoup supérieures aux siennes, il se battit néanmoins avec tant de courage et de résolution qu'il les mit dans une déroute complète. Henri, due de Limbourg, et Henri son fils furent faits prisonniers, ainsi que cent huit chevaliers et un nombre considérable d'écuyers et de gens de pied. Tous les princes coalisés se sauvèrent à grand'peine et dans cette fuite précipitée quinze chevaliers se noyèrent en traversant un marais.

Le jeune Bauduin, fils aîné du, comte, Nicolas de Rumigny et Robert de Wavrin, sénéchal de Flandre, se couvrirent de gloire dans cette action, où, avec dix mille hommes de pied et cent soixante chevaliers, le comte de Flandre n'avait pas craint de se mesurer contre une armée plus nombreuse du double*. Après la bataille Bauduin vint à Namur, où il fit enfermer le duc de Limbourg et son fils. Il alla ensuite incendier le fief de Moha qui appartenait au comte de Dagsbourg; puis retourna en Hainaut et y fit transférer le duc de Ljrabourg dans

(4) Ibid.

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