‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 95 sur 236 · CHAPITRE Xr · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xr

.son château d'Ath, sous la garde de plusieurs hommes d'armes sûrs et fidèles'.

Cette victoire de Neuville rendit la paix au comte de Flandre. Il eut avec le duc de Brabant une entrevue de trois jours près de Halle; et là des conventions réciproques furent stipulées et les anciennes difficultés résolues à la satisfaction de chacun. Il fut cependant décidé que le traître Thierri de Beveren serait exclu de tout accord. Roger de Warcoing avait déjà abandonné Thierri et s'était réconcilié avec son seigneur. Quant à Gaillaume de Sthinke, il était mort antérieurement, assassiné dans une église par un sergent qui, le haïssait d'ancienne date 2. Thierri n'osa pas rentrer en ce pays de Waes où se trouvait son château de Beveren dont le comte s'empara et qu'il fit garder. Il se retira dans les îles de Zélande, où il était fort difficile de l'atteindre, et tenta même encore quelques excursions au pays de Waes : mais il finit aussi par se tenir en repos ^..

Revenu en Flandre, le comte trouva sa femme dangereusement malade à sa résidence de Mâle près de Bruges. Elle y mourut le 15 novembre 1194, et fut enterrée en l'église de Saint-Donat, près du bon comte Charles, massacré dans cette même église soixante-dix-huit ans auparavant ■*.

Cette mort changeait la position du comte Bauduin en ce que la Flandre sortait de ses mains pour entrer dans celles de son fils aine Bauduin, ainsi que la chose é.ait réglée par le testament de Philippe d'Alsace. Philippe, en efi"et, avait voulu que son beaufrère tint, le comté de Flandre du chef de sa femme seulement, et que le souverain pouvoir passât au fils de celle-ci. Bauduin fit alors briser le sceau qu'il avait adopté pour ia Flandre, le Hainaut et Namur, et reprit celui dont il usait avant d'être comte de Flandre et qu'il avait abandonné. Il portait pour inscription : Marquis de No,mur , comte de Hainaut'^.

Il ne s'en servit pas longtemps, car un an après il suivit sa femme au tombeau. Le

(1) Gi'b. Mont, citron, ap. J. de G. xiii. 138.

(2) Ibid. 1-12. (3) Ibid.

(4) Ex. Ann. Aquicinctensis mon. ap. B. xvui, 5^7.

(5) Gilb. Monl. cliron. ap. J. (la Cr. xiii, I.jO.

courageux comte Bauduin employa en bonnes œuvres cette année d'intervalle entre la paix du monde et celle du tombeau. Il commença par conclure un traité d'alliance avec le duc de Brabant*^, auquel il prêta même secours contre le duc de Limbourg et le duc de Gueldre qui l'avaient attaqué. Ensuite il se rendit, accompagné de son fils Bauduin comte de Flandre, de l'archevêque de Cologne et du duc de Brabant, auprès de l'empereur afin de solliciter pour son fils la faveur d'être investi sans difficulté des fiefs relevant de l'empire. Ces princes trouvèrent l'empereur à Strasbourg, et le jeune 'Bauduin reçut l'investiture avec tous les témoignages d'afi"ection que Frédéric avait autrefois prodigués à son père.

Tandis qu'ils séjournaient sur les bords du Rhin, les chaleurs de l'été jointes à la corruption des eaux firent naître dans la contrée une épidémie fort dangereuse. On était au mois d'août, et les liabitants, effrayés de la mortalité qui se propageait autour d'eux, quittaient leurs villes et leurs maisons pour se réfugier dans les montagnes et y vivre en plein air. La contagion atteignit le comte de Hainaut, l'archevêque de Cologne et un grand nombre de chevaliers et de sergents de leur suite ; plusieurs de ces derniers succombèrent. Parmi les princes, le comte de Hainaut, dont les travaux de la guerre et les agitations politiques avaient altéré la santé, fut le plus dangereusement malade. Il retourna dans ses états et arriva très-languissant à Mons, capitale du Hainaut. Il manda son fils près de lui; et là, en présence des abbés de Cambron et de Saint-Ghislain, de Guillaume de Hainaut son frère et de Nicolas de Barbançon, son fidèle compagnon d'armes et vieil ami, il lui fit jurer sur les saints Evangiles d'observer et exécuter religieusement toutes les dispositions qu'il aurait faites pour distributions d'aumônes, payements de dettes et de legs pieux ou autres. Il régla diverses affaires de famille, et entre autres la succession du comté de Namur, laquelle, du consentement de

(ri) Le traité, sous la date du 20 aoiH 1194, existe aux arcliives de Flandre à Lille, prem. cart. du HcUn. pièce 152. Il a été. en outre imprimé dans le Thés. Anccd. du P. Martène; i, col. 055.

13AUDUIN DE CONST ANTINOPLE.

SCS enfants, fut dévolue à Philippe, l'un d'eux, à condition de tenir cette terre en flef-lige du comte de Flandre, mais relevant de l'empire K II laissa aussi des biens aux enfants qu'il avait eus de quelques dames nobles'^, et distribua des récompenses à la plupart de ses serviteurs. Il voulut que sa fortune mobilière estimée à douze cents marcs d'argent, et consistant en récoltes, chevaux, vêtements, etc., fût remise aux mains des quatre personnes vénérables susnommées pour être convertie par elles en aumônes et œuvres de charité.

Les comtes de Hainaut avaient dans le comté un certain droit de nourriture pour les ours et leurs gardiens^; car l'usage existait déjà chez les princes de tenir par curiosité des bêtes étrangères près de leurs hôtels. Ce droit en faveur des ours était très-onéreux et très-nuisible pour les gens pauvres, et fort désagréable aux riches. Bauduin, par esprit de bienveillance, en fit remise à ses vassaux et l'abolit tout a fait. Il abandonna également divers privilèges incommodes ou humiliants, et exempta les abbayes de l'obligation de fournir le gîte et le manger à ses chiens et veneurs''. Il n'oublia pas ses conseillers et ses anciens cotoipagnons de guerre qu'il enrichit presque tous, et auxquels il légua de beaux présents en chevaux, armes, habits et fourrures^. Enfin il accorda de grands biens à plusieurs églises et monastères en Flandre et en Hainaut afin d'obtenir miséricorde pour ses péchés.

Le 18 décembre de l'année 1195, Bauduin-le-Courageux, après avoir longtemps souffert, mourut à Mons au milieu de sa nombreuse famille et de ses barons assemblés. Ce prince avait gouverné le Hainaut avec puissance et vigueur l'espace de vingtquatre ans et six semaines. 11 posséda le marquisat de Namur pendant sept ans et le comté de Flandre pendant trois ans seulement. Sa mémoire resta vénérée des peuples; prudent et sage, il aimait la justice et chérissait de la même affection les grands et les petits'', disent les chroniques du temps.

(1) GÙb. Mont, chron. ap. J. de G. xiii. 17-1.

(2) Ibid. 178. (3) Ibid. (4) Ibid. 180. (5) Ibid. 21G. (6) Ibid. 220.

Durant son mariage avec Marguerite d'Alsace, il eut sept enfants dont l'aîné, Bauduin, lui succéda aux comtés de Flandre et de Hainaut, et devint ensuite empereur de Constantinople'''.

B.VUDUIN DE CONSTANTINOPLE. 1194-1204.

Alliance de Bauduin avec Richard roi d'Angleterre. — Hostilités contre la France. — Le comte reprend i Philippe-Auguste une partie de l'Artois. — Armoiries de Gand. — Paix avec le roi de France. — Développement intellectuel dans les provinces belgiques. — Trouvères et ménestrels. — Amour de Bauduin pour les lettres. — Il donne des lois nouvelles au comté de Hainaut. — Sages ordonnances de ce prince. — Bauduin prend la croix dans l'église de Saint-Donat, avec sa femme et la plupart de ses chevaliers. — Préparatifs pour la croisade. — Fondat'ons pieuses du comte de Flandre. — Ambassade de Quène's de Béthune û Venise. — Départ de Bauduin. — La comtesse Marie s'embarque, à son tour, sur la flotte flamande, mais ne rejoint pas son mari. — Les croisés à Venise.

— Siège de Zara. — Arrivée des ambassades d'Isoac.

— Le comte de Flandre se prononce pour l'expédition de Constantinople. — Les croisés arrivent dans le Bosphore. — Etonnement des hommes d'armes de Flandre en apercevant Byzance. — Assauts. — Prise de Constantinople. — Rétablissement d'Isaac sur le trône. — - Inimitié des Grecs et des Latins. — Eloquence et courage de Quènes de Béthune, vassal du comte de Flandre. — Nouvelle révolution. — Jsaac et son fils sont mis à mort par le tyran Murzulphe. — Second siège de Constantinople. — Valeur du comt; de Flandre et de ses hommes d'armes. — André, sire de Jurbise en Hainaut, plante le premier l'étendard flamand sur les murs de Byzance. — Pillage de la ville. — Destruction des monuments d'art.. — Election d'un empereur. — Le comte de Flandre est revêtu de la ' pourpre impériale.

Bauduin, neuvième du nom, arriva aux comtés de Flandre et de Hainaut dans toute la force de l'âge et de la raison. Marié à quatorze ans à Marie de Champagne, il avait depuis lors participé aux guerres et aux démêlés politiques que son père eut si souvent à soutenir ou à résoudre. Son esprit s'était donc mûri de bonne heure, et il apportait à l'exercice de son pouvoir nouveau

(7) Les autres enfants sont : Philippe, comte de Namur ; Henri, successeur de Bauduin, son frère, à l'empire; Eustache, mort en Orient; Ysabelle, reine de France; Yolende, impératrice de Byzance par son mariage avec Pierre de Conrtenai; Sybille mariée à Guichard IV, comte de Beaujou.

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