‹ Histoire des comtes de FlandreChapitre 98 sur 236 · BAUDUIN DE CONSTANTIN OPI.E · texte numérisé non relu

BAUDUIN DE CONSTANTIN OPI.E

peine d'y trouver pour eux et pour moi ua motif d éternelle réprobation. C'est pourquoi je vous remets à tous tant que vous êtes cet impôt inique, ne voulant conserver à perpétuité d'autres privilèges, lors de mon entrée dans une ville, que le droit de payer le vin au taux qui sera évalué par les prud'hommes et échevins, de manière que je ne paye pas plus qu'il n'a coûté'. »

Mais une ère nouvelle de travaux et de gloire allait s'ouvrir pour le comte de Flandre. L'enthousiasme en faveur des croisades, depuis longtemps refroidi, se réveilla vers la fin du douzième siècle, sous l'impulsion puissante du pape Innocent III. Bauduin, dont les ancêtres avaient pris une si grande part aux périlleuses expéditions d'Orient, ne fut pas le dernier à s'émouvoir des prédications du fameux curé de Neuilly et des missionnaires que le souverain Pontife avait envoyés en Flandre et en Hainaut.

Le mercredi des Cendres de l'année 1200, le comte de Flandre et de Hainaut ayant rassemblé sa famille et la chevalerie des deux comtés dans l'église de Saint-Donat, à Bruges, y prit la croix avec sa femme Marie. Cet exemple fut suivi par Henri frère de Bauduin, par Jacques d'Avesnes, fils de ce Jacques qui avait si vaillamment succombé dans la troisième croisade, et par la plupart des barons présents. L'histoire cite parmi ceux-ci Guillaume, avoué de Béthune, et ses deux frères Quènes et Barthélemi ; Mathieu de Walincourt; Jean de Nesle, châtelain de Bruges; Rasse de Gavre et son frère Roger, Liévin d'Axelle, Winoc d'Hondschote, Thierri de Dixmude, Pierre d'Oudenhove, Josse de Materen et quantité d'autres. Alors les préparatifs pour la croisade se firent en Flandre comme ils se faisaient déjà dans une grande partie de la France, dans les cours des puissants f^udataires, dans le château crénelé des barons et dans le manoir solitaire de l'écuyer, car le mouvement était général. Un temps assez long devait s'écouler jusqu'au départ. Le comte Bauduin le mit à profit pour régler les afi'aires de ses états et celles de sa

(1) Archives de Flandre, acte du mois de mars 1202, oig. scellé.

famille. Il y apporta un soin tout particulier, comme s'il pressentait qu'.ilne devait plus revoir sa patrie.

D'abord il confia la régence du pays à son frère Philippe, comte de Namur, également chargé de la tutelle de sa fille aînée, Jeanne, âgée d'environ dix ans, et de l'enfant que la comtesse Marie, allait bientôt lui donner. A Philippe il adjoignit comme conseils un habile et preux chevalier du Hainaut appelé Bouchard, frère de Jacques d'Avesnes, et deux autres hommes expérimentés : Gérard, prévôt de Bruges et chancelier de Flandre , son oncle , et Bauduin sire de Comines. Il fit ensuite des donations en faveur des abbayes de Saint- Bertin, de Clairmarais, de Sainte-Waudru, de Ninove, de Fontevrault ; fonda des églises, érigea des collégiales, dota des hôpitaux et établit un- anniversaire pour le repos de son âme et de celle de sa femme ^.

Quelque temps après, il y eut un parlement à Soissons, puis un second à Compiègne, pour convenir d'un terme de départ et disposer la marche des armées réunies, ainsi que les moyens de transport. La république de Venise avait alors la plus grande puissance maritime qu'il y eût en Europe. On décida de s'adresser à elle pour se procurer des vaisseaux. Les princes croisés députèrent chacun deux envoyés vers le doge avec pouvoir de traiter en leur nom. Ceux que le comte de Flandre désigna pour remplir cette mission difficile étaient Quènes de Béthune et Alard Maqueriaux. Ils se rendirent sur-le-champ à Venise, où, après bien des lenteurs et des difficultés, l'éloquence de Quènes de Béthune finit par ti^ompher des scrupules et des défiances de la république vénitienne. Le doge Dandolo promit de fournir les vivres et les vaisseaux nécessaires à la condition que les croisés français payeraient quatre-vingt-cinq mille marcs d'agent; il voulut en outre armer cinquante galères, pour le compte de la république, et exigea en faveur de Venise la moitié des conquêtes qu'on espérait faire on Orient.

Deux ans s'étaient écoulés depuis que

■ (2) Areliives de Flandre à Lille, passim.

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