‹ Histoire des comtes de Poictou et ducs de Guyenne; contenant ce qui s'est passé de plus memorable en France, depuis l'an 811 jusques au roi Louis le Ieune ed. by J. Besly the youngerChapitre 12 sur 38 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

SOMMAIRE

Explication de la diversité qui se trouve aux tiltres de Charles le Simple. — Premier qui en la maison deTholose a pris le nom de Reraood. — Entre-veuede Baoul 107, et Guillaume duc de Guyenne. — Fondation des chanoines de Brioude en Auvergne. — Première institution des chevaliers pour l'exaltation de la religion chresticnne deue aux ducs de Guyenne. — Fondation de Cluny par le duc Guillaume. — Erreur de Platiné. — Fondation de l'abbaye de Déols. — Enfans des comtes portent tiltre de comtes. — Chasteau-roux par qui basty.

Le roy Eudes mourut à la Fère-sur-Oise le premier jour de janvier de Tan 898, et Charles le Simple fot (1) déréchef couronné en

(1) Itemm Carolns minor regnnm tuscepit , unxitque eum Arbertus, Episcopus Fragvt. hiitor. Aqnii. apnd Petntm Pitkamm. p. 420.— Ittm. Reoino 1. 2, ai», dominicœ incarnat:, K98. — Otto Bts egretuoHne puUmtur et mentis januarii die 3. diem elausit extremum, et apud Dionytium eum debito honore sepnUurœ mandatur. Principet in unum congregati

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la ville Je Reims , ce qui (ait soupçonner que ce n'est pas sans raison qu'on a voulu dire que Eudes avoit esté réduit à régner seulement en Guyenne, par ordonnance des Estais, lors du premier (i) sacre du Simple, du 27 janvier eo (2) 893. Puis il se (3) trouve que la rébellion de Robert en 922, estoit fondée sur le refus de luy restituer la portion du royaume qui avoit esté délaissée à Eudes : et ce qui os te tout doute , incontinent qu'Eudes fut décédé , le roy Charles commença de datter ses chartes par les ans de la réunion de «on royaume, en comptant en denx sortes à la fois , Tune a prendre de son premier sacre en 893, et l'autre de son second, en 898, après le trépas «L'Eudes, et vou6 verres qu'en l'an 912, après le (4) décez de Louis IV, dernier empereur en Allemagne de la race de Charles le Grand, il adjoustera aux deux précédentes une troisiesme manière de datte , et comptera par les ans d'une plus ample hérédité recueillie par ce qu'il retira le royaume de Lorraine. Cependant Ebles II, fds de Ranulfe II, rentra dans le comté de Poictiers après la mort d'Aymar, tandis que son cousin Guillaume T, comte d'Auvergne, administrait le duché, lequel à cause de la tutelle d'Ebles , Flodoard ne nomme point autrement que Guillaume de Poictiers, ou bien ii le désigne par la maison de son origine. Ces deux seigneurs furent après ennemis des Normans , néantmoins le courage d'Ebles faiUil à le perdre, et à causer du dommage à la France. Car les Normans , l'an 909* ayant mis le siège devant Paris , puis levé pour atier secourir le roy d'Angleterre à leur retour , le roy Charles le Simple, à 1 exemple de ses prédécesseurs , voulut entrer en composition avec eux afin de retrancher leurs courses et pillerics.

(1) 5. Cal. f«br. t Ch. S. Tiauri. — Jour S. Agnès. — Chr. Turon.

(2) Defunoto rege Ludoviep regnum pro eo (Mus Carola* cognomento insipiens tel mimr accèpit anno 913, et Remis foetus esi rex. Hic fuit Follus qui poste* à fiuberto ifeelus set règne Fruncor. CWar. Maleae.

(3) Ftç0. hiet. Franc, apud /»JÉM, *— Chron. Benig. MS.

j[4) 20 janvier. (Aventin) en décembre. C. Faucbet , qui est yray par un tiltrc de S. Germain , dot. 2, — Id. Maii , ind. 6, an. 26, régnante Carolo rege redintegrante 21 lar- <jit. hmredit. adeptrn. 6. — Une autre de Carabray, dat, 6 Idu. eeptemb. , ind. 8, an». 28, regn. Car, reg* redits^. 23 largif. hartdU. fi.

58 HISTOlflE D«S COMTES DE P0ICT0U

Ebles et Robert comte de Paris , l'en divertirent pour le blasme qu'encouroient les chrestiens d'avoir composé avec les ennemis de iiostre foy, joint le repproche de la pusillanimité de courage, offrant quant à eux d v employer leurs forces et leurs vies propres pour chastier celte canaille à la première nécessité. Tandis que les Da nois furent camper devant Chartres , ce qui fut cause que Gotzelin évesque du lien demanda secours au comte de Paris , ^ Richard dit le Justicier, duc de Bourgongne, et au comte d'Ebles , ils levèrent leurs troupes, et se mirent en chemin. Robert et Richard plus proches de Chartres arrivèrent devant Ebles qui es toit plus esloigné , et donnant sur les ennemis les traie tèrent rudement : tellement qu'une partie de leurs gens fut contrainte de se tirer de la presse , et d'escamper du lien ; et l'autre partie gaigna la cime duo rocher, où rien ne s'oublia pour la fortification, selon que les moyens s'en présentèrent. Ebles, ce jour mesme, joignit ses troupes au camp de Robert et Richard, desquels il soffença, et leur sceot mauvais gré d'avoir chargé les ennemis , sans l'avoir attendu > leur imputant qu'ils s'étoient ainsi advancez par envie et jalousie de son honneur. Après les excuses, et qu'il a voit asses dequoy exercer sa valeur et s'acquérir ' réputation , il mena ses gens pour assaillir le rocher afin d'avoir part en la défaite des payens ; Je combat fut aspre et cruel , les uns disputans pour l'honneur* et les autres pour leur vie , la nuit sépara la meslée. Cependant Ebles campa tout autour du rocher , pour retrancher aux adversaires le moyen d'eschaper, espérans de les forcer le lendemain: l'affaire réussit autrement, car les assiégez se sauvèrent par un tel stratagème, ik s'advisèrent de mener un grand bruit, et faisant sonner leurs cors et trompètes , dont ils avoient bon nombre , feignans que Rollo leur chef estoit venu les secourir , se jettèrent par désespoir au travers les nostres , et à la faveur des ténèbres trouvèrent moyen de se faire voye, et se garantirent. Dudon l'historien ad j ouste qu'Ebles et ses gens furent saisis comme d'une terreur panique , et qu'Ebles mesme se retira dans une cabane d'un foulon où il se teint caché jusques au jour. Mais la chronique de Normandie a voulu gaigner sur le compte , aussi -est-elle pour la pluspart fabuleuse.

Car elle dit, que les liostres perdirent la bataille , contre ce qu.cn escrit Roger de Houeden plus ancien que Guillaume de Jumiéges » i. s> e . lequel atteste nommément que les Normans furent chassez et mis en fuite, et l'appemlix d x Àyraoin cotte cette déroute d'un jour de, samedy, 21 daoust 911, d'un autre costé le duc Guillaume; de Guyenne assisté de Rat mon, marquis de Gothie, deffit dou^e mille Normans , c'est lé premier lieu où bous ayons remarqué ce nom de Raimond en h maison de Tholose , et doit estre celui qui espousa Berthe, veufve de Boson, comte d'Arles, niepee du roy Hugues d'Italie. Flodoard fait encores mention de lui, l'an 932, le duc de Guyenne avoit pour en ne m y Raoul fils de Richard, duc de Bourr gongne , lequel trouva moien de prendre la ville de Bourges suc lui, et parce que Robert, comte de Paris assistent Raoul , il semble qu'il prétendist quelque droit au duché. De fait aucuns le disent avoir pris qualité de duc de Guyenne , mais il n'en jouit Jamais, La prise de Bourges précède l'an g 22, auquel temps Robcitse fit couronner roy, le 29 may sur le refus que le Simple lui fit de lui rendre la portion du royaume dont Eudes avoit jony , qui estoit Iç royaume de Guyenne ; Dieu punit son ambition. Car le vray roy le tua de sa propre main en une bataille qu'il gaigna sur luy, près de Soissons, le i5 de juin, un peu après midy, jour de dimanche 923. Frml ,„ rt C(rw ,. Car la chronique de Sens , dit le 1 7 des cal. de juillet : toutesfois Ke <UmUuc *- **-

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le roy fut privé du fruit de sa victoire. D'autant que peu après Hé- m.;» i c bert , comte de Vermandois son filleul et gendre de Rol>ert, l ar- s "™. *# k ^\ resta dans Sainct-Quentin-sur-Somme , où il l'avoit convié, ^'^X gnant lui vouloir communiquer d'affaire d'importance pour son h™. service, puis il l'envoya tenir prison à Cliasteau-Thierry , une Frod^r. sienne forteresse sur Marne. Ce fut une grande simplicité du roy de se fier de sa personne à la foy de ses ennemis , qui extorquèrent de lui puis après un consentement pour faire couronner Raoul son cousin -, dont le trajstre estoit beau-frère, ayant espousc les deux sœurs 4e Hugues le Grand. Le sacre en fut le 3 des ides de juillet tnn ,T, u L... , au tesmoignage de la mesme chronique. Leduc de Guyenne re-^ i ^ ed " rJ prouvoit l'acte refusant de faire hommage, et de le reconnoistre au préjudice du vrai roy. Jm seul de tous les seigneurs François

(ce dit le seigneur de Fiavigny) garda fidélité à soir prince»* ce qn'il faut entendre aussi d'EMes , et ceux de cette famille y ce qui se vérifie par nne charte originelle dn comte Ebles, laquelle se void encores anjonrd'huy au tKrésor de l'église de Saincte-Radégonde de Poictiers, en dalle de l'an 3, régnant Raoul, avec autres infidellcs et desloyaux aveuglez de Dieu , qui sont termes des partisans de Charles vray roy. Le roy Raoul concmd de faire la guerre contre le duc Guillaume, menant à cet efifect une armée en Gmyenoe Tan 924. Le dnc lui alla au devant jusques à la rivière de Loyre en résolution de vendre chèrement sa peau ; des amis et des messagez envoyez de part et d'antre , leur firent prendre jour afin de s'aboucher et conférer ensemble sur les frontières du païs d'Autan; arrivez an lieu désigné , la Loire entre* deux , les députes consommèrent le jour en allées et vemiës , jusques au soir que le dnc passant la rivière, et mettant pied à terre s'avança pour faire la révérence au roy qui estoit à cheval. Le roy l'ayant receu avec honneur, et baisé en signe de bien-veillance ils prirent congé, et se séparèrent pour retourner au logis. Le lendemain le duc repassant vers le roy, prit trêves de huiclaine, au bout de laquelle Suivant les articles, et conditions accordées entr*eux, il fit hommage

nodo.r,a^., au roy qui lui rendit le Berri et la ville de Bourges , comme tes-* moigne Flodoard qui estoit présent, La chronique de Tours qui escrit la mesme chose , et doit l'avoir emprunté de lui , marque cette entre-vuë dn 6 dé l'empire de Henry I , et le 24 de Charles le Simple. Bourges comme nous avons dit , estoit la capitale de Guyenne. Ebles par aventure assistoit le duc pour son intérest propre , vérifiant le mot vulgaire , que d'un cbesne tombé chacun en prend une branche. Car il y a bien apparence qu'il fut lors traicté du duché héréditaire , et de le restituer à Ebles après le trespas du duc Guillaume desjà vieux et sans enfans. Deux ans après il se

rw. un**, meut différend entre Raoul , et le duc qui décéda Tannée suivante 927. Vigner et Fauchet qur l'a emprunté de lui, disent qu'Ehles son nepveu lui succéda au duché de Guyenne et comté d'Auvergne , lequel venant aussi à mourir au mesme temps , Ademar , comte de Poictiers, joignit le duché et les corniez ensemble,

ET DUCS DE GUïEtfNE. ÇjL.

Towtesfois la vérité est telle que août lavons escrke. Le duc gist à Sainct-Jnlien de Brioude an comté d'Auvergne , où il avoit institué 25 chevaliers pour faire la guerre aux Normans, lesquels depuis ont osté convertis en chanoines, selon un tiltre que le sieur pré-i skient Savaron m'a envoyé. C'est le premier endroit où Ton peut remarquer un corps de Société ou Compagnie de chevaliers ordonnée pour l'exaltation de la religion chrestienne; a l'exemple de quoy plusieurs roys et princes ont depuis inventé et basty plusieurs ordres : tant y a que l'honneur et l'invention en est deue aux ducs de Guyenne. Il prit à femme Ingoberge dont la maison n'est déclarée , et il n'en eut lignée- Aucuns néantmoins veulent dire le contraire , et que les descendans après loi , comte de Briennois en Bourgongne , ont contiriué l'éscu de ses armes, porté, comme luy cottices d'argent et de gueule , ou d'argent et de bel if. Le rOxnaot de la table ronde blasonne les armes de Lancelot-du-Lac de pareil métail et couleurs. Or le duc Guillaume ,. pour sa religion et piété envers les églises, s'acquit lé nom de dévot ou piteux, ou pieux qui est tout un , si l'on considère l'origine du mot , combien que les siècles suivans y ayent mis différence. L'an 895, selon Sigebert, ou 910, selon la charte et la chronique de (1) MaillezaVs , il fonda Cluny sur la rivière de Grone, au comté de Mascon , d'où plusieurs sans raison ont pris sujet de le faire prince de la maison de Bourgongne. Si est-ce que le village de Cluny, maintenant ville avec la chapelle y bastie lors , n'estoient pas de son alleu ou héritage ancien, quoy que die Platine et le vulgaire, ains lui appartenoit k tiltre de donation testamentaire que lui en avoit fait la comtesse Anne de Mascon le de septembre 912. U confirma la fondation de l'abbaye de Déols surnommée la mamelle de sainct Pierre , et commencée à bastir par le prince Ebbon, ou Kbles de Bèrry, son frère puisné selon aucuns. Le chanoine de Tours rapporte cela à l'an 5 de l'empire de Conrad , et le 25 de

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(I) fFilhemus, dus Aquitanorum^ rontlruxit Clttniacum monasterium in funtio proprio, •ftiod est in Bwjondia wotittr ffdt,

Charles le Simple; mais la charte dit le 20 de Charles. Son nom est célèbre parmi les aut heurs, et tilUes de divers siècles avec plusieurs éloges d'honneur , comme de duc ou prince des Guyennois, conue et marquis, sans adjonction de seigneurie , comme en une charte du roy pour l'abbaye de Sainct-Denis, comte de Poictiers, Bourges, Clermbnt, Vellay, Limoges et Nevers, très-grand, très-puissant, et très-chrestien prince v sa sœur n'est nommée , laquelle luy et la princesse Erroan garde sa mère essayèrent de mauduac. r ier avec le sain et homme Géraud leur allié, comte d'AuiiUac; c'est à dire , issu de race de comte. Car AuriUac ne fut jamais comté : mais les en fans des comtes portoient quelquefois tiltre de comte > mesmement plusieurs d'un seul comté, ce qui a engendré une grande confusion en l'histoire. Géraud qui pour sa bonne et reli^ gieuse vie, a mérité qu'on l'estime sainct, refusa cette condition qui eust semblé avantageuse- à de très-grands seigneurs. Il vaut mieux (leur dit-il) n'avoir point du tout d'enfans , que de se- mariée et possible en laisser de meschans. Le duc avoit un frère qui tint le comté de Nevers après le marquis Bernard son père, et eu défendit la ville contre le roy Raoul l'an 92.6, auquel finalement il lut contraint baiMer des ostageè. Fledoard ne Je nomme point parlant de cet incident. Mats du Tillet tient que le fondateur de Déols estolt puisné de la maison de Berry. Et Chopin plus hardiment , comme en toutes choses , le qualifie frère de Guillaume, duc de Guyenne. Les temps conviennent assez. Toutefois il doit être estimé beau-frère, ou frère de sa femme plustost que frère de* luy* attendu que ses seigneuries et honneurs passèrent en la personne d'Ëbles , comte de Poictou, son ncpveu , ou cousin, sur lequel il avoit le germain : or Ebbon fut tué en. une bataille contre, les Hungres, environ l'an o36, et enterré à Sainot-Aygnau d'Orléans.; sa femme s'appelloitHildegarde,dont il eut Raoul le Grand, qui paracheva les édifices de Déols. , et basJ.it Ghasleau-Roux ; de Raoul-, et de Duode sa femme vindrent Odon ou Eudes I, père de Raoul 11, Eudes , Hélic , et Ebbon , ou Ebles. 11 semble qu'Ebbon I , après la mort du duc Guillaume fut comte de Bourges , et de fait Aymar l'appelle 9 Bituricus , et une autre, Princeps Biturieusis, •

Odoardus. Nous n'en osons rien affirmer jnsques à ce que le temps ait apporté un plus grand esclaircissement de la vérité de cet Eudes I, il en sera encores parlé cy-après.

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