‹ Histoire des comtes de Poictou et ducs de Guyenne; contenant ce qui s'est passé de plus memorable en France, depuis l'an 811 jusques au roi Louis le Ieune ed. by J. Besly the youngerChapitre 13 sur 38 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

SOMMAIBE.

Femmes d'Êdouard le Vieux, roi d'Angleterre, les enfana qu'il en eut , et leurs mariages. — Cause de la dépravation des noms propres. — Kmmc ou Ogine femme de Charles le Simple est une même chose. — Défense dn président Fauchet. — Divers changemens de noms à quelques princes. —Le roy Lothaire et Guillaume II, Tested'Eatouppe parens. — Consobrinns que signifie. —Charles le Simple, pourquoy ainsi nommé.

Ebles II, fils de Ranulfe II, comte de Poictiers lut fait duc de Guyenne Tan 926, par la mprt de son cousin Guillaume le piteux , et par mesme moyen joignit les comtez d'Auvergne , de Velay , et de Limoges, au comté de Poictiers; ses autres gestes ne sont tombez en nos mains. Il n'est mémoire de luy que jusques à l'an 935, auquel temps il mourut au tesmoignage de Bouchet, il espousa la princesse Adelle, fille d'Edouard le Vieux, roy d'Angleterre, dont le règne commença l'an 901. Or, afin que la diversité des historiens ne fasse naistre du scrupule et du doubte en l'esprit de quelques-uns sur ce mariage d'Ebles, il ne sera point du tout hors de propos de toucher en passant quelles femmes et enfans eut le roy Edouard , puis que cela sert à monstrer les alliances des comtes de Poictou et ducs de Guyenne. Edouard donc espousa trois femmes Egvrive, Elplede , et Edgfve. D'Egvrtve, vindrent Adebtan , ou AUtan qui fut son successeur à la couronne

Fan 924* et fiU e «T» n est nommée, laquelle fut femme de Sitkrie roy des Northombriens. D'Elplede , deuxiesme femme d'Edouard, sortirent Etlevuahd , ou Edovabd qui mourut incontinent après son père, et Edvuin , et six filles. Edflede, et Etelhjlde lesquelles vouèrent virginité , la première dans un couvent , l'autre en habit du monde ; elles gisent à Vuesmonster près la reine leur mère. La troisiesme appellce Edgive espousa Charles le Simple (1) l'an 921, les chroniqueurs firançois la nomment Otgive, ou Ogine. E thilde , ou (2) Eadbild , tut (3) femme de Hugues le Blanc ou le Grand-Duc de France Tan 926, elle mourut devant l'an g38 , car cette année-là le prince Hugues prit à femme Havoise fille de Henry ï, roy de Germanie. Gaguin a mal pensé que Hugues estoït issu d'Etuilde. Egdite et Elgive, ou Eadgive, furent envoyées par le roy Alstas leur frère a Henry , roy de Germanie , qui en donna l'une à sçavoir (4}t Eadgive à son fils Otbon I, depuis empereur et /autre fut prise à femme par un duc ou grand seigneur de Mont-jom qui n'est autrement désigné , mesme .AEtelvuerd, proche parent de la princesse , déclare n'avoir rien appris de sa famille et lignée à cause de l'intervalle des lieux et du temps. Ce pourroit estre Hugues de Vienne , que Flodoard nomme Dux Turonensù et Cisalpinus , environ ce temps-là. Le vieux Edovard , de sa troisiesme femme Edgive, laissa Edmond et Elred , qui régnèrent après Alstan , et une fille nommée premièrement Edgive du nom de sa mère , laquelle estoit douée d'une excellente beauté , au réck de Thomas de Vualswgan et fut mariée à Ebles II, comte de Poktiers et duc de Guyenne , Guillaume de Malmesburi adjouste qu'Ebles estoit seul restant de la race de Charlemagne , ce que nous n'avons peu descouvrir. Par ainsi le roy Charles IV,

(1) Frodo. in ckron. 926.

(2) Apud Ethilwirdam. Prœf. lib. I.

(3) B. Frod. inchr.

(4) Appendix ad Regin. 930, Edgid. en 947, Sigebert 934, Filia Eadmundi Reg. An- $lor. Eadithay Eaditfi , Edith apud Hrosvilham de geslis Odonun, où l'autre sueur est Dominée Algiva t Luitprand. lib. 4, cap. 7, Otgit. •

Othon I, empereur, Hugues le grand père de Capet et ayeul de Robert , et Hugues de Vienne , ou ce duc inconnu de M ont-jou estaient beau-frères. Les autheurs anglois conviennent que Edgive la plus jeune de ses soeurs fut mariée avec le duc de Guyenne, mais ils l'appellent Louys, au lieud'Ebles, par une dépravation qui se void souvent en tel cas, comme le semblable est arrivé pour le regard des femmes du Simple , de l'empereur Othon I, et de Hugues le Grand, et possible aussi pour la duchesse Edgive, que toutes les chartes nomment Âdelle. Rien n'est si corrompu dans les livres anciens que sont les noms propres , ce qui est procédé de ce qu'estant significatifs > et chaque peuple désignant les choses par des dictions naturelles et originelles de sa contrée , et non commune à ceux d'autres païs, il est advenu que pour se faire entendre , chacun a mieux aymé les représenter en sa langue maternelle, et connene, que non pas en une langue estrangère que ses compatriotes n'entendroient point : ainsi ce que les uns ont dit par un nom en Angleterre, les autres l'ont rapporté en France sous une diction différente à la vérité , quant à l'escriture , mais néantmoins de pareille signification en substance. De fait si quelqu'un se vouloit monstrer si hardy que de blasmer le président Fauchet, l'accusant d'inconstance et d'incertitude , pour ce qu'en un endroit il appelle du nom d'Emme la femme de Charles le Simple, et en un autre lieu il l'appelle Ogine, se convaincrait luymesme d'ignorance, veu que ce n'est qu'un seul nom diversement énoncé : par ce qu'Edgive , et par corruption Ogine ès histoires françoises, est celle-la mesme qu'on dit Emise en langue saxonne, ainsi que les anciens historiens anglois ont remarqué (i) : comme pareillement infinies personnes se trouvent avoir eu divers noms , et leur avoir esté changé en changeant de païs et de provinces, ou pour autre occasion. Marie fille de Raimon I, prince d'Antioche , frère puisné de Guillaume IX, duc de Guyenne , ayant es-

(1) La femme de Julien empereur avoit nom Eïeucipa , le vulgaire l appclloit Euphemia, tesmoin Thèodorus Ltctor.

ponsé l'empereur Manuel de Constantinopie , perdit ce nom de baptesme , et fat deresqavant appelle Xene y et ne ce Hst point au- b^i»., mu a 0 Irement dans Nicetas autheur grec. Carloman fils de Charle-magne TiuZ^lLmZ fut changé en celuy de Pépin, comme il a esté remarqué ; les his- J^^^ toires sont pleines de semblables exemples, mais c'est trop de grammaire pour un coup. Le roy Lothaire de France par une ''uî'ànu. charte de l'an 9, de son règne appelle Ebles duc très-puissant, ^"'^ et son consobrin , ce qui a donné sujet aux chroniques vulgaires ç» . d'estimer que la mère d'Ebles estoit fille de Henry, roy de Germa- Vn» 0 7 si , c nie , et sœur de Gerberge, mère de Lothaire ; à quoy la généalogie ^.7* de sainct Ârnoul de Mets contrarie , et le temps ne convient pas , *•>*.('•«<" fiet ce mot de Consobrin signifie divers degrez de parenté, estant 'cJuZplus vray semblable que Ranulfe II, avoit espousé quelque fille de France , de laquelle Ebles estoit né : en.quelque sorte que ce soit, .««w^kl'alliance ne se peut desnier , mais il est difficile de la déchiffrer '^"T,,. pour ce que les mémoires nous manquent en une si grande anti- IUm > f rair * m v qmté. Toutesfois est bien sans doute que le roy Lothaire et Guil- ^ r A^imum. laume II, dit Teste-d'Estouppe, fils d'Ebles, s'attouchoient pour es- p 179 M F "

1, GtêfFran-

tre issus de deux sœurs, Lothaire d'Ogive son ayeule, et Teste- «««.. «*. »«, d'Estouppe d'Adelle sa mère qui estoit sœur d'Ogive ; si Lothaire ,„>""» "ZnàZ entend autre chose par ce tiltre quel autre le pourra dire? Peu de ettr "" m c,tarie temps après Ebles mourut, aussi le roy Charles IV, au chasteau de «r^.» «/«.««» . Péronne le 7 de may 827, il fut inhumé à saincte Columbe de cmp^u*™"'. Sens. La chronique de sainct Bénigne estime qu'il fut surnommé À,i1 ' r

^ •* ^ M. Prêcher» e«p.

le Simple , non pas pour avoir quitté à Rollo la Neustrie , depuis »»• dite Normandie , une bonne portion de son royaume , mais pour son esprit trop doux et débonnaire, et le répute martyr , comme aussi fait la généalogie des ducs de Lothier et de Brabant compo- » s. P ,b., sée sous le règne de saint Louis , à cause des injures et indignitez qu'il souffrit durant sa prison , pour raison de quoy son âme s'envola au ciel bien joyeux d'estre désormais délivré d'une si fâscheuse calamité. Un autre s'escrie contre les François, leur reprochant leur pusillanimité et leur peu de foy pour ne s'estre mis en devoir de retirer l'oingt du seigneur d'entre les fers et les chesnes , et le restablir au throsne de ses prédécesseurs , d'où il avoit esté mal-

heureusement déjetté par les ennemis de la maison royale. Un troisiesme remarque , c'est Glaber le Roux , que le comte de Vermandois , chef de la conjuration, sentit avant son trespas sa conscience tellement bourrelée de synderese d'un si meschant acte, qu'il s'escria plusieurs fois en mourant , nous estions douze qui conspirasmes exécrablement de trahir le roy Charles ; qui , est un bel exemple aux sujets de garder loyauté à leur prince esleu et choisi de Dieu pour leur commander. La reine Ogive voyant son mary réduit aux misères d'une prison, à la merci de ses ennemi* eut le soin et la prudence de sauver le jeune prince Louis, leur fils unique présomptif héritier de la couronne, et, passant la mer, lé déposa sous l'aisle du roy Alstan, son frère germain, roy d'Angleterre, oncle de l'enfant, et se banissant en exil volontaire, s'attacha près sa personne afin de ménager sa santé et ses mœurs. Les seigneurs françois après le déceds du Simple et du roy Raoul, mort. le

956, reprenans leur bon sens envoyèrent des ambassadeurs en Angleterre pour le supplier de venir prendre la possession de la monarchie françoise, son hérédité légitime, doncques il repassa la mer, et sous bons ostages et serment de fidélité , se fit sacrer à Laon le 20 de juin ou le 17, car un mémoire de Sens dit , le 14 des cal. de juillet 936.

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