‹ Histoire des comtes de Poictou et ducs de Guyenne; contenant ce qui s'est passé de plus memorable en France, depuis l'an 811 jusques au roi Louis le Ieune ed. by J. Besly the youngerChapitre 14 sur 38 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

SOMMAIRE

Les rc-ys confirmoient aux enfans les villes et comtes qu'ils possëdoient par leurs an» cettra. — Guerre entre le roy Loujs d'Outre- mer et Hugues le Grand. — Hugues Capet bit duc de France. — Teste-d'Estouppe ,que si go i fie ce sobriquet donné au duc Guillaume et à d'autres princes , Herbauge, M auge, et Tiphauge. — De l'ancien hommage de Poictou.

Quelques mois devant Guillaume II, surnommé Teste-d'Estouppe, estoit venu à la succession du duché de Guyenne , corniez dePoictiers, Auvergne, Limoges et Vellay, par le déceds du duc EblesII, son père, advenu Tan 935, comme il a esté dit, fut abbé de sainct Hilaire. Une chronique non imprimée qui finit Tan 1025, laquelle autrefois m'a esté communiquée par feu monsieur Petau, conseiller en la cour, dit nommément que le roy Louis d'Outre-mer, cousin germain du duc, luy donna l'Auvergne et le Vellay , ce qui monstre qu'encores que les en fans recueillissent à t iltre héréditaire les villes et comtez jadis possédées par leurs an-* cestres , néantmoins le respect de l'autorité royale n'estant du tout esteint, et les dignités asseurées en succession, les princes, et seigneurs, par devoir d'obligation, se les faisoient confirmer par les rois. Le duc tesmoigna toujours beaucoup de fidélité et d'affection à la lignée de Charles-Magne, comme on peut voir dans Flo-

doard qui en parle comme de choses advenues de son temps. Le Simple estant mort prisonnier en la tour de Péronne en Vermandois, dès le 7 may ou d'octobre 929, Louis, son fils, craignant un semblable traitement , passa la mer et se retira près de son oncle o. Tiu,i, f.u. Aldestan, roy d'Angleterre et bien qu'après le déceds de Raoul, usurpateur de la couronne, advenu le 12 ou i5 de janvier de l'an 936, les seigneurs et princes françois l'eussent rappelé, et fait oindre et sacrer en la ville de Laon , le 20* de juin ensuivant. Toutesfois la confusion et le désordre parvenus à leur comble , les parualitez des seigneurs et les entreprises qu'on brassoit contre Testât, ne luy permirent jouir d'un long repos. Car Hugues le Grand ayant dès l'an 938, esppusé Huvide , c'est Havoye , et non Halinde sœur d'Othon I, roy de Germanie , afin de s'appuyer de ce costé-là, re- 1. mua si bien mesnage que Louys , Tan 940 , se veid abandonné de

LT^rTXi * ous l es François, excepté du duc de Guyenne. Le roy n'avoit gpère ftiom autre retraicte que la Bourgongne , où il estoit réduit au petit pied , le duc l'alla trouver , et l'accompagna jusques à la ville de Laon que Hugues le Grand, et Hébert de Vermandois, assistez de Guillaume , comte de Rouen , tenoient assiégée. Le camp levé à leur venue et la ville refraischie de gens , le duc reconduit Je roi en Bourgongne , et de là se retira en Guyenne , puis Tan neuf cents quarante-ttdeux, comme le roy , au milieu d'une abisme d'angoisses et de détresses , recherchoit de tous costez des alliez et amis pour se maintenir, il vint à Poictiers visiter le duc, et de là s'en alla droit à Rouen voir le comte Guillaume Longue-Espée I, fils de Rollo ou Robert, où le duc de Guyenne, béau-frère du Normand, luy mena une grosse suitte des siens et de seigneurs Bretons, Le roy désormais fortifié d'hommes alla camper sur la rivière d'Oise. Hugues le Blanc comte de Paris , Hébert de Vermandois , et Olon duc de Lorraine se tenans à l'autre rive à l'opposite. Là-dessus (resves depuis la my-septembre jusques à la my-novembre , et en' fin quelques jours après les comtes s'accommodèrent avec le roy et luy firent hommage. Les chartes tesmoingnent qu'au mois de janvier de ceste année le roy estoit à Poictiers , où en faveur du duc , d'Ebles évesque de Limoges son frère , et de Rogier, comte,

ET DtCS »E GUYENNE. 71

qui 1*611 supplièrent , il confirma les privilèges de sainct Hilaire , comme sur les prières d'Ebles et du comte Rogier (nous n'avons peu remarquer sa comté) , il pourveut un personnage nommé Martin, de l'abbaye de sainct Jean d'Angeric, aujourd'huy Angeli, laquelle les Normands avoient cy- devant ruinée et destruite. Il fut chargé d*y mettre les religieux de la reigle de sainct Benoist. L'an 95i, le roy s'estant acheminé pour faire un voyage en Guyenne , le duc fut au devant de luy le recueillir. Mais le roy mourut le septembre 964. Le 1 2 de novembre suivant Lothaire fut couronné roy à Reims , du consentement des seigneurs français , Flodoard dit particulièrement des seigneurs de Guyenne. Toutesfois le duc n'y assista pas, et pource qu'il fut lent à se trouver en Cour, et à rendre l'obéissance, Hugues le Grand qui l'avoit toujours eu pour adversaire durant le vivant du feu roy , persuada Lothaire d'aller investir Poictiers l'an 9 55, au mois d'aoust. Hugues pour vanger ses passions abusoit de la jeunesse du roy , aagé de li à i4 ans seulement: car il estoit nay l'an 941; encores que le duc fut absent de Poictiers , ceux de dedans firent telle résistance que les assiégeans furent contraints de descamper au bout de deux mois, joint qu'au mesme temps ils se trouvèrent combattis de trois antres puissans ennemis , faute de vivres , la rigueur de l'hyver proche de leur tomber sur les bras, et le ciel qui se mit de la partie, car le foudre par l'intercession de sainct Hilaire (comme on a creu)se lança sur le pavillon ou tente du duc Hugues , et le mit en pièces. Hugues et son camp , sur l'heure saisis d'estonnement et de terreur incroyable , se tournèrent en fuit te, ne cuidans jamais avoir assez de loisir pour se sauver. Flodoard ad j ouste que le duc Guillaume survenu d'advanture là dessus voulut se servir de l'occasion , et poursuivit les fuitifs jusques à la rivière de Loyre , où les deux armées s'estans jointes et venues aux mains , le duc vérifia le mot vulgaire , qu*on doit faire un pont d'or à son ennemy fuyant ; car il receut un cruel revers de fortune , la pluspart de sa noblesse estant demeurée pour les gages en la meslée , et partie prisonnière à la mercy des ennemis. Lothaire peu mémoratif des services faits au roy Louis, son père, parle duc Teste-d'Estouppe , et de l'alliance

qui estait entr'eux , ou plutost forcé de la nécessité du temps , et des affaires qui n'ont point de loy , Tan 960, fit non seulement duc de France Hugues Capet , lors aagé de 1 7 ans au plus , et luy confirma les seigneuries du duç Hugues son père décédé Tannée d'après le siège de Poictiers: mais aussi a la persuasion de Brunon, archevesque de Coulongne son oncle et frère de la reine Gecberge sa mère , lui fit présent du Poictou. Toutesfois il n'en peust jouir et le duc Guillaume fit bien-tost sa paix , puis qu'au mois d'octobre 96S, il accompagna le roy au siège de Vitry , lequel à la supplication confirma le don de la seigneurie de Faye qu'Adelle de Normandie, femme du duc , avoit fait à l'abbaye de la Trinité; laquelle avoit esté fondée peu devant par la duchesse Adelle d'Angleterre, veufve d'Ebles H. Or le duc Guillaume ne vesquit pas long* temps, tombé malade, et prévoyant la fin de ses jours se fit religieux en l'abbaye de sainct Cyprian, où ayant demeuré quelques temps, il s'irrita contre l'abbé, qui fut cause qu'il se retira en l'abbaye de sainct Maixant, où il décéda la mesme année, l'an 963, au plus tard (dit la chronique de Maillezais) et par une autre charte du mois de janvier du règne de Lothaire le i3. Ebles , évesque de Limoges, son frère , est nommé oncle de Guillaume duc de Guyenne. Le président Fauchet a pensé qu'on l'appelle , Teste d'Estoupjpe, pource qu'il avoit le poil blond comme lin : paradvanture estoit-ce un sobriquet que lui donnèrent les partisans de la maison royale , l'accusant de n'avoir pas la teste assez bien faite, et de manquer de sens et d'industrie * pour se maintenir et dissiper les menées et l'authorité des communs adversaires du roy, Louis d'Oatre-mer et de luy , à cette occasion la chronique de M. Petau ; composée sous le roy Lothaire , donne au roy et au duc le tiltre Insyuens , c'est-à-^ire Hébété , et qui n'a non plus de sentiment que de l'estouppe, imprudent et mal advisé, un Raimond comte de Barcelonne , fut pareillement surnommé Teste-d'Estouppe , mais à cause de sa perruque espoisse , blonde et déliée , qui ne sert pas de petit ornement et de grâce à un prince. Ce duc entretint paix avec ses voisins , et ne se trouve point qu'il y aye rien eu à démesler entre luy et eux , (ors qu'il soutint une guerre contre

Alain Barbetorte, comte de Bretaigne, pour raison des seigneuries d'Herbauge , Mauge et Tiphauge , qui sont de l'ancien hommage dePoictou» lequel, comme Argentré confesse, s'estendoit jusques à la rivière de Loire , et cela est bien vérifié par les lois de Louis le Débonnaire , rapportées au 4 e Livre des capitulaires , où cet empereur ordonne la charge à Pépin I, roy de Guyenne son fils, de mettre ordre à la perfection des levées de la rivière de Loire. Il avoit espousé Adelle de Normandie. La chronique de ce païs-là et une antre, disent fille de Rollo et de Pope, qui avoit pour père Bérengier, seigneur d'illustre race, ou Guy comte de Senlis, fort belle princesse au rapport de Vualsingham. Le fragment de l'histoire de Guyenne la fait fille de Guillaume Longue-Espée , et saçur de Richard I, comte de Lion. Enquoy il y a erreur sans aucun doute. Guillaume de Gemièges, et le vulgaire à sa suite, le nomme Gerîot, àUàs, Guibord, dont nous ignorons la cause ; mais le duc Guillaume III son fils , pair une autre charte de sainct Jean , et le roy Lothaire par un tiltre de la trinité de Poictiers , l'appellent Adelle ; et il est bien raisonnable de les croire puis qu'ils parlent de leur propre fait. Elle gist sous un tombeau de marbre blanc dans une chapelle près la porte, où tous les ans on célèbre son obtt avec grande cérémonie. L'an de son déceds n'est cotté et ne nous reste aucun tesmoignage des actions de sa vie , sinon de sa dévotioii. Le dnc Guillaume Longue-Espée ayant rebasti l'abbaye dé Gemièges, et ayant besoin de religieux pour y mettre, eut recours à la duchesse Adelle sa soeur qui lui en envoya 12 avec leur abbé Martin, lesquels ellè tira de sainct Cyprian de Poictiers, monastère' lots 'florissant en religion et piété, comme tesmoigne Thotnas dè Vualsingham. Guillaume II et Adelle laissèrent un fils de leib? mariage portant le nom de son père.

iii ;-. r il j - • i» ' ' ■ • .: ( î; : : * '' ' . • ■ \ • ;

©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©©•©©©©#©ee©©

- .) . .» t «) j.fîv; ',l> rr 7! ; ; i .•

Page 1