CHAPITRE VINGT- QUATRIÈME
SOMMAIRE
Lysoit sire d'Amboîse. — Lysots, nom célèbre entre les vieux François , est autant à dire que Cyrus des Perses. — Observation curieuse sur ce mot Lyce. T-Poorquoy la maison de Montmorency à uac Lyce pour tymbre. — Cbef-Boutonnc , pourquoy ainsi appelle'. — Grande bataille entre le duc de Guyenne et Martel comte d'Anjou prés Sainct-Jonin-de-Marne. — La taille aux quatre cas non encores en usage. — • Censures des histoires de Paul j£mile et de du-Haillan.
La guerre estant ouverte entre Guillaume V duc de Guyenne et Geoffroy Martel comte d'Anjou , pour les causes que vous avez , entendues: au commencement on ne voyoit que fourrages et diverses courses qui furent faites sur les terres des deux seigneurs. Les, Poitevins et ceux de Saumur, saccagèrent et destruirent le pau de Loudunois et de Mirebalais (si est-ce que Saumur dès Tan 102 5 estoit tombé en la puissance de Fouques-Nerre qui l'avoit pris sur Eudes II , comte de Champagne.) Martel et les Angevins de leur costé firent le gast autour de Poictiers , dont ils bruslèrent les fauxbourgs et pillèrent plusieurs bourgs et villages sur les lisières du Clain. Un an coula de cette sorte au grand dommage du plat païs. Raoul vicomte de Thouars quoy que vassal du due tenoit le parti de l'Angevin, l'assistant de ses forces et de sa personne, (mais il semble que Raoul estoit décédé , et que Geoffroy tenoit le vicomte.) Un vieux et expérimentez capitaine appelle Lysois qui estoit sire d'Amboise , avoit la charge de la conduite de l'armée de Martel , ce qui lui fut un bon présage : car ce nom fort célèbre entre les vieux François est cela même que les Perses disent Cyrus , les Italiens, Can ou Mastwo, les Latins, Lycisca, par une termination grecque , les Scytes , Alan , et les François en langage poly disent
i3a msTomfi ms corffEs Hé <*oïctou
Lyce , d'où vient que la maison de Montmorency Tune des plus illustres de la chrétienté porte une lyce ou un chien , pour tymbre de ses armes: pource que le baron autheur et source de tarit de magnanimes seigneurs qui en sont issus, lequel se jetta dans les fonds de baptesme avec le grand Clovis , avoit nom Lysois par un terme de bon augure , ce qui a donné sujet au philosophe Platon de faire comparaison des chefs de sa république avec des lyces animaux très prudens et fidellcs. Ce Lysois doncques establit un bon ordre au camp de Martel. Le duc aussi ne s'endormit pas, car il estoit belliqueux, nompareil en hardiesse , et riche à merveille (possible que ce lieu et un antre de Glaber sont cause que Vignter a donné à nostre duc le surnom de Pécunieux ) accompagné de force gendarmerie désireux d'acquérir louange, mais au reste haut à la main, plein de présomption et de grande réputation , son armée se trouvoit composée de soldats de Poictou , de Limousin , d'Angouraois, de Périgord, d'Auvergne , de Gascongne et de Déarnois (le latin de deuxmânuscripts* dit Barrois; mais il y a faute, car tfeux-cy estoient lors sujets de Gauzelin duc de Lorraine ♦ et les Béarnots estoient vassaux et sujets de nostre duc; et d'Eudes comte de Gascongne son frère qui l'assistoit en cette guerre), les Tolosâins aussi et plusieurs autres nations estoient à son service , et tous énsemble revenoient à un nombre immense , s'appercevarit que Martel prenoit la route de Saintes ils résolurent de l'attendre de pied coy à Chef-Boutonne un bourg de Poictou sur la frontière de Saintouge, (lequel est assis sur une hante roche , et s'appelle ainsi, non pas à causé des concavités, renfoncemens et voûtes de la montagne: mais pource que la fontaine qui donna source et origine à la rivière de Boutonne , boutte et pousse en cet endroit son chef et se fait hors de terre , prend naissance et se forme un commencement. Pacius confond icy la guerre de Tan 1061 qui se démesla entre le duc Guillaume VII et Geofroy lè Barbu comte d'Anjou , et touques Rechin son frère nepveus et héritiers de Martel , au lieu que la bataille fut donnée près Sainct-Jouin-de-Marne (un gros bourg et abbaye en Poictou à trois lieues de Thouars) plusieurs des capitaines et gens du duc consultèrent entre eux j s'ils dévoient ré-
sister ou tenter le hasard de la bataille. La réputation de Martel et 1 heureux succez de ses entreprises» les corrvioient à faire retraicte, présageant de la victoire que naguère* il avoit obtenue sot Thibaud comte de Chartres et de Tours , un bon événement pour lui de la guerre présente , de sorte qu'à chacun le poux lenr battoit merveilleusement (Ce Ken monstre que la pluspart de la narration de Pacius n'est sinon une fantaisie romancière inventée pour complaire au comte d'Anjou , auquel il dédie son œuvre. Car ht journée d'entre Martel , Thibaud et Estienne courte de Blois son frère, en laquelle Tkibaud fut fats prisonnier et lui cousta le comté de Tours pour sa rançon,, fut donnée le 20 du mois d'aoust i*44< lement cinq ans après la mort de nostre duc) au contraire la colère et la honte les encourageoient an combat f afin de réprimer la téméraire arrogance des estrangers dont ils se confioient de venir fdei~ lement à bout , ato moyen de leur hardiesse et courage, et cette grande multitude de personnes qui estaient en leur camp : car c'eust esté une tache et une vergongne perpétuelle à eux, estans en si grand nombre de ne pouvoir chàstier la bestise et l'orgueùil d'une poignée de gens , et chasser hors des Marches de Saintonge leur païs naturel, et lé propre héritage de leur duc , les Angevins venus d'ailleurs et estrangers. Les Bretons ét seigneurs de Guyenne mnrrauroient de ce que le combat tiroit trop de longue, et de ne pouvoir promptement jouer des mains pour faire paroistre leur vaillance- Ce qu'entendu par le duc sur l'heure , il descendit à Val de Chef-Boutonne , et menant son armée en la rase campagne il s'advança droict au-devant de Martel et de ses gens , ils alloient par grosses bandes pleins d'allégresses 4 pensans désjà estre victorieux pour s'enrichir du butin et des despouilleS de» ennemis, il n'y en avoit pas un qui n'eust fait provision de ceps 1 et de cordages pour lier les prisonniers, et les emmener pins seurement quand il seroit question de là retraite, Les deux armées en véue l'une de l'autre , chacun pensa de se préparer au combat. Martel et ses capitaines ordonnèrent leurs gens de pieds et de trait ; lui marchant le premier à leurs teste selon la coustume , les admonestà de faire leurs cris à propos, (ce traict fait voir que Pacius représente icy plustost la
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pratique de son temps que non pas celle du siècle de nostre duc , auquel les cris particuliers des seigneurs, en fait de guerre , n'estoient encore en usage ) d'assaillir de pied ferme sans reculer et de n'assener un seul coup que bien à propos , qu'ils eussent souvent les yeux à leur estendard ou bannière , afin de se rallier sans s'estonner, faisant ferme et se raidissant contre les assauts des ennemis, et de cela ils n'en estoient pas apprenlifs , ayant souvent fait preuve de leur valeur en divers lieux , où l'issue du combat avoit tourné à leur avantage. On eust veu d'autre part les Poictevins se ranger par escadres , et puissans bataillons d'hommes et de dievaux en très grand nombre, s'estandans en espesses files sur les aisles et les flancs , et couvrans la campagne de tous les costez , ils tenoient les cordages prêts pour lier les Angevins comme s'ils eussent esté desjà victorieux : car ils pensoient qu'ib preadroient incontinant la fuite, ne songeant pas à leur propre fuite, tant ils présumaient de leur multitude et de leur courage, et au ban général que le duc avoit commandé faire autour du camp , qu'aucun ne se mist en fuite sur peine de la vie. Doncques les deux camps ainsi ordonnez et près l'un de l'autre , en sorte qu'ils pouvoieot aisément s entre-connoistre et choisir, ils s'esbranslèrent d'un égal mouvevement et vindrent à s'entre-choquer furieusement , la colère et la crainte aiguillonnoient les Poictevins. Quant aux Angevins ils estoient animez par l'espoir de la conqueste du comté de Saintonge. Martel et les Angevins s'assaillirent vivement , et un gros de cavallerie de Tourengeaux qui accompagnoient leur seigneur , fit un grand carnage et renversa l'estendard du duc, préparant lés moyens et loisirs aux gens de pieds et de cheval , estans à leur queue de s'en saisir et l'emporter hors de la presse , ce qui ne causa pas un léger estonnement à l'armée du duc. Les Gascons et Limousins à l'instant prenant l'espouvante gaignèrent le haut , et le reste de l'armée les suivans , fors les Poictevins, ceux-cy à demy esperdus tindrent bon et résistent pour un petit de temps, Martel et les siens leurs courent sus et les défirent. Les Poictevins voyant le duc griesvement blessé, lors perdans cœur et courage , ils ne se donnèrent pas le loisir de respirer , et prendre halaine , tant ib avoient hastc
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de se sauver, ils forent poursuivis par les ennemis. Les Tourengeaux s'amusèrent à faire des prisonniers , mais les Angevins firent main basse et ne pardonnèrent à personne. Ce jour fut bien cruel ponr les Poictevins , pleins de trouble et de confusion , ils se virent liez des chesnes , et des cordages qu'ils avoient prépares pour leurs ennemis. Le duc luy-mesme fut blessé et pris. Martel et ses gens recrus du combat et de la chasse , s'en retournèrent au champ de bataille, où ils passèrent la nuit dans leurs tentes et pavillons, et recueillant les corps des morts les entassèrent à monceaux à l'opposite du vent de bise qui sooffloit de grande violence ( Pacius avoit ouy parler d'Homère ), puis le victorieux au plutost qu'il peut prit la route de Saintes qui lui fùst rendue par ceux de dedans , où il eut toute commodité de se reposer et rafraischir ses gens, ainsi il se rendit maistre du comté de Saintonge : car le doc ses plaies guéries et venu en santé' le lui restitua par l'advis de ses barons à la charge de l'hommage que Martel lui en fit sur l'heure, et en outre il paya une grosse rançon et fut délivré, et estant retourné en Poictou il mourut dans la mesme année. C'est ce que Pacius dit touchant cette guerre , où il n'a pas apporté une petite confusion. Or la bataille d'entre le duc et Martel , fut donnée près Sainct-Joninde-Marne suivant les vieux mémoires de Vinet io35, qui disent aussi que le duc fut trahy par aucuns des siens favotisans à la comtesse Agnès. Le chanoine de Saint-Martin dit l'an 4 de l'empereur u d . *f enry , et le 1 3 de Henry roy de France qui est l'erreur de la vieille J"^* * chronique d'Anjou. Les chroniques de sainct Aubin et de sainct ee«bd„di.«G«,ii. Serge qui la cottent de Tan io33 du 9 de septembre , sont plus vé- Uum *' onp ' !,e rîtables par un tiltre pour l'église de Valence datté du mois de mars io3y , du règne du roy Henry, le 10 de laquelle se recueille que le duc estoit en liberté cette année-là, à quoy Guillaume de Mahnesburi, et une chronique françoise non imprimée adjouste , que le duc en outre céda Bourdeaux et le Bourdelais pour sa rançon: (mais comment pouvoit-il bailler un païs dont il n'estoit pas propriétaire f ains son frère Eudes I comte de Gascongne. ) On dit ^
qu'à cause de la rançon trop excessive , la duchesse Eustache sup- etpi Mo
* Ml , M tjuufu* rt
portée dlsembert, évesque de Poictiers, fot contrainte de recourir
1a impeùu, r... au* thrésors des monastères et des églises , qui Cuit juger que la ET Z"ïl * ux q» atrc cas P* r,niae au * 6ei «neu« sur leur* sujets par la w*. .os,, c^^twnc de Poiclou conforme en cet endroit ans autres de la
Cum rmm niera
tau*. i« Litton. .
cop. non immunitatt Bcclt»
wp r. ci,*»»* France , n'estoit pas encore en usage. Paul AEmue , après Malme«- JatvL". <t Tx" bur), escrit que Martel se porte fort insolemment contre Le duc qui '".^•""rr estoit son vassal: l'ayant si mal traicté qu'à cause de la rigueur des
ut A* , multo fit' y » u
fers et du jeusne , il se laissa mourir de dépit et de regret: et que d-,ù. c«. ncui pour comble d'impudence Martel espousa la marastre du deffoact, ;• et prit la tutelle de ses jeunes frères qu'ils administra jusque* ace * qu'ils fussent capables de tenir terre î ce sont rêveries qui procèdent a.,, w». d «ne mesme source ; ce qui n est pas «strange de Paul AfcamM m. pip™^ <|e 30n histoire estant un chaos de confusion , en quoy ils
» , nom», il. I » # '
esté syivy par du Haillan escrivain négligeât s il en fat onques, -et qui ne se soucie pas de ce qu'il escrit , pourveu qu*il escwe à tort et à travers; car il constitue le temps de cette guerre après la mort de l'empereur Henry le Noir, qui advint le 5 «d'octobre iol»i, vwe après Je déceds de Martel mesme , qui fat en 1061 , d'autant qu'il la met après que Hanno, ereJaevesqne de Couloogne,entso» trait Henry IH hors de la puissance de l'impératrice Agnès sa mère, qui fut l'an 1062, davantage UsemWe asseurer que Martel espousa lors seulement ]a duchesse Agnès ,mi lieu qu'il faut entendre qu'il y eut divorce entre Agnès et lui, depuis lequel il prit à femme Gracia ou Grise , veufve de Beday de Moutreuil, dontEwfcifc, famme de nostre duc Guillaume V estoit {Me, Nous avons vw ek> sieurs Chartres soussignées de Mariai et de Gracia comtesje, «njtre~autre* une pour saint Clément de Craon, du 7 des cal. d'avril io53» <çui monstre que le divorce d'Agnès procédoit ce temps-la. voke de longtemps devant : car aussi H y, a ebartre au thrésor dt ... .6, m saint Nicolas d'Augiers sous-signée de la (Comtesse Gr*cia el ^ comte Geofroy Martel, marquée de iWiction i5 , 6 des ««leiades 4'amist-4«î«* l'indice de l'a» iofr Gr»eia enfin survesquit son mary, et se ueodit religieuse comme enfin i'Obitaire de saint Maurice ffAn^er* ♦ mourut le i 5 d'avril , l'a» n'es* cotte* * qui doit estre après 1 061 ; Grecia de son premier Uet laissa Ginaut qui fal J» 1 * ^ Montre»!, Hugues et Jlainaut premièrement thrésorier *
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ET DUCS DE GUYENNE. i$j
Saincl-Martin-de-Tours , et ertlin arche vesq^e de Reims. Giraut fut père d'un autre Berlay , sire de Monstreuil, qui eut Agnès à femme, et fonda 12 religieux au susdit lieu, et aumosna la place pour construire Frontevrault. Or Guillaume le Gras décéda environ Tan io38 , Glabcr dit Tannée que mourut l'empereur Conrad, il fut enterré à Ma'rllezais près son père. Comme atissi la duchesse Eustache mourut peu de temps après , et gist en l'église de Nostre- c*™. Dame de Poictiers. Après le déceds du duc Guillaume le Gras , les barons dePoictOu se trouvans en merveilleuse anxiété, despeschèrent promptement en Gascongne et en rappelèrent le comte Eudes frère du deffunct du costé du père.
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