‹ Histoire des comtes de Poictou et ducs de Guyenne; contenant ce qui s'est passé de plus memorable en France, depuis l'an 811 jusques au roi Louis le Ieune ed. by J. Besly the youngerChapitre 27 sur 38 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

SOMMAIRE

Sacre de Philippe I. — Belle Forcst repris de ce qu'il a corrompu l'acte du sacre de Philippe I. — Auvergne tenue à foy et hommage des ducs de Guyenne. — Agnès remariée avec Martel , comte d'Anjou, de rechef veuve.— Guerre entre le duc Geofroy , et les nepveux de Martel, Geofroy le Barbu, comte d'Anjou , et Fouques Bechin, pour raison de la ville de Saintes. — Prise de Saintes. — L'évesque Arnulfe chassé.

— Fausse opinion d'Arcentré sur l'alliance d'entre le duc et Fouques. — Bechin. — Répudiation de Mathilde, première femme du duc. — Hildebrand, dit Grégoire VII cognoist du divorce du duc et d'Aldéarde. — Le pape Grégoire confirme l'ex? communication d'Isambert faite par Geraut, évesque d'Hostie. —Origine du droit d'amortissement et d'indemnité. — Chalonger que c'est. — Les donations des pères non valables sans le consentement des enfans. — Diverses sortes de tradition des choses données , et la forme de taire agréer lesdites donations. — Siège et prise de la ville de Barbastio. — Siège de Mortaignesur Gironde. — Maison de Parthenay en grand honneur. — Origine des comtes de Diois, et Valentinois. — Fondation du Prieuré de Saint-Gemme de Saintonge. — Droicts des autels et cimetières, faits héritages patrimoniaux. — Règlement pour les chanoines de Sainct-Htlaire de Poictiers.

— D'où vient que le roy est toujours abbé de Sainct-llilaire de Poictiers. — Observation notable de l'église gallicane. — Déceds de Guy comte de Poictou. — Tremblement de terre et erobràzemcnt de partie de la ville de Poictiers, et de l'église de Saincle-Badégonde.

Guy surnommé Geofroy et enfin Guillaume VII du nom succéda en tous les états et seigneuries de son frère Guillaume VI , Tan

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io58 , aucuns rappellent Geofroy-Guy , ce qui ne se doit pas : car Guy fut son premier nom de jeunesse, dequoy une vieille relation du temps nous fait certain, et une lettre de Rainai ou Renan t ? comte de Portien ou plustost Ponthieu , addressée au mesme duc , laquelle on pourroit plus à propos mettre ensuite de la généalogie de sainct Arnoult de Mets que de la chronique de Frodoard qui finit Tan 966 , puisque le duc Guy nasquit au monde plus de 4° ans après, il fut présent au sacre de Philippe I à Reims , le jour de Pentecoste , le 29 de may 1 059 , auquel assistèrent pareillement Guillaume, comte d'Auvergne, et Aldebert, comte de la Marche, cestuy-cy estoit fils de Bernard dont il a été parlé , et frère d'Eudes archevesque de Tours, que Guy par une charte appelle son nepveu , parce qu'il avait espousé la sœur d'Audebert II , comte de Périgort , cousin germain d'Eudes. Et quant au comte d'Auvergne nous n'avons peu jusques icy remonter plus haut pour découvrir son b'gnage , et sçavoir s'il estoit issu de la maison de Poictiers. Toutesfois Belle-Forest a esté si hardy de corrompre l'acte du sacre du roy Philippe, que du Tillet a traduit fidèlement en François, et l'a deux fois incorporé dans ses mémoires que uous avons conféré avec le manuscript , suivant lequel du TiUet a bien nommé Guy duc d'Aquitaine et Guillaume comte d'Auvergne , au lieu dequoy Belle-Forest a supposé Guillaume, duc d'Aquitaine, et Guillaume fils du duc d'Aquitaine comme comte de Poictou et d'Auvergne : suffira d'avoir remarqué cecy , afin d'oster l'erreur commune qui pense que l'Auvergne fut portée en dot par une petite fille de nostre duc , sœur de Guillaume IX , à Guillaume , petit-fils de cestuy-cy , et comte sous le règne de Louis le Gros devant l'an 1 126 , ce qui ne se peut , puis que dès l'an xooo l'Auvergne avoit ses comtes particuliers qui la tenoient à foy et hommage des dues de Guyenne, mais de dire quand, ny comment de domaine des ducs , elle devint leur fief, et arrière-fief de la couronne de France , quelques meilleurs mémoires nous l'esclairciront cy-après. Cependant nous dirons que la duchesse Agnès, mère du duc , remariée avec Geofroy Martel comte d'Anjou , se trouva derechef veufve le 12 de novembre 1060, il y a tillre à Vandosme

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dalté du 3 dn règne de Philippe II , de Geofroy comte d'Angers, et le 18 d'Eusèbe évesqoe, indiction i5. Ce Geofroy estoit le nepveu Martel , qu'on a nommé le Barbu : autre tiltre du 12 des cal. de juin 1 060, vivans encores Henry roy de France et Geofroy fils de Fouques comte d'Anjou , mais qui moururent la mesme année. Nous pourrions en adjouster plusieurs autres , mais ceux-là suffiront pour corriger ce qu'on en croit vulgairement : ainsi Martel et le roy Henry moururent en une mesme année , le premier en habit de religieux en l'abbaye de Saint-Nicolas d'Angers , et le roy ta™. à Vîtry en Brie , in Bieria , ce dit un mémoire de Sens. Malmes- tt Jmf 'J ' buri tient qu'il avoit esté empoisonné. Anne, sa seconde femme,

Chrim, Sinon.

fille de Ladislaus, roy de Russie ou Moscovie, peu de temps après espousa Raoul comte de Valois ou Crespy, quoy que proche pa-u. b»«,u. a« rent du roy , un mémoire dit Consanguineus Régis , et nonobstant ] M " on * aussi qu'il fust marié ayant à cette fin répudié sa femme. Il faillit à s'en ensuivre une guerre civile en ce royaume, comme on peut apprendre d'un rescript du pape Alexandre II , et d'une lettre de * ,e "^ "J^* Gervais arche vesque de Reims. Raoul enfin fut excommunié sans «*6. néantmoins vouloir quitter prise jusques à l'an 1 066 , auquel temps il mourut , et lors la reine s'en retourna en Russie. Nous avons expressément cotté c*t incidant du comte Raoul, parce que son c b.o«i, ci. de petit-fils du même nom que lui, espousera cy-après Pernelle de T<L£'~. Guyenne , sœur de la reine Aliénor. Quand a la duchesse Agnès elle "— "* k

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estoit encores vivante l'an 1067, en laquelle saison elle prit le voile «,««• j« a>wn* de religieuse , au récit d'une charte de la Trinité de Vandosme , *£ T qM , ^.J! et mourut le 1 , jour de novembre , ce dit l'obitaire de Nostre- ^"J? 1 Dame de Verdun. Or Martel de son vivant avoit toujours possédé Gautier, n . r «» la ville de Saintes, ou comme héritier de son père, ou par usur- ^^l™"^ pation sur le duc Guillaume V, ce qui est plus probable, et que «7,«*Hi.*o* Fouques-Nerre en avoit jouy à tiltre bénéficiaire à vie , autrement dTiu'iii T** c'est sans apparence que nostre duc l'eust voulu revendiquer après roy le trespas de Martel , qui en avoit jouy depuis le décès de Guillaume V, par la courtoisie de Guillaume VI et de Guy, en considération de son mariage avec leur mère , joint l'affection particulière dont il estoit porté envers Guy, lequel aussi de son costé Faim oit à

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Tégal de son propre père , comme il tesmoigne Iui-mcsme par une chartre qui nous fait croire qu'il prit le surnom de Geofroy en l'honneur de Martel, les héritiers duquel il n'eust voulu frauder de la ville de Saintes , si elle eust fait partie de sa succession. Tant y a que Martel décédé, guerre se meut pour raison de Saintes entre le duc et les nepveux de Martel , Geofroy le Barbu comte d'Anr jou , et Fouques Rechin frère , fils de sa sœur et d'Aubry le Bref, comte de Gâtinois. Les deux armées vindrent aux mains près Chef-Woutonne , et combattirent de grande animosité, mais des traistres qui estoient à la suite du duo ayans abandonné leurs drapeaux et enseignes, furent cause que son armée se mit en fuite, plusieurs eslans demeurés morts sur la place, et plusieurs prisonniers des frères Angevins, le mardi, jour sainct Benoist, Tan lofii , dont furent faits quatre vers latins pour en garder la mémoire; c'est la bataille que Thomas de Loches , ancien écrivain des gestes des comtes d'Anjou, le chanoine de Tours et la chronique vulgaire d'Anjou , et les autres à leur suite ont confondu avec celle de Sainct-Jonin-de-Marne , donnée près le mont Calouer l'an io33 ; mais l'année suivante le duc mettant une nouvelle armée sur pied investit Saintes , et après un long siège , ceux de dedans mattez et par la guerre et par la famine , se rendirent à mercy ; l'évesque Arnulfe fut chassé de son siège, auquel fut subrogé Goderan,. abbé de Maillezais. Pacius excuse les Angevins de n'avoir secouru Saintes , sur la guerre civile qui nasquit entre les deux frères , pour le fait de la succession de Martel. Mais si le duc estoit gendre de Fouques Rechin, ayant espousé Ermengarde sa fille qu'il répudia environ l'an 1068, auquel an il espousa il est merveille que leur différent n'ait été terminé à L'amiable, attendu leur alliance si proche ; toutesfois Argentré le tient ainsi , et que le duc ayant répudié Ermengarde duc de Bretaigne l'espousa. Et un autheur plus ancien , à sçavoir Guillaume archevesque de Tyr * qui a bien plus de poids et de créance , Tavoit déclaré avant lui en son histoire de la guerre sainte. Ce divorce n'auraitil point esté le sujet de la discorde, d'entre le beau-père et le gendre ; quelque chose qu'on die ce mariage est supposé , d'autant

qu'il attribuerait un trop grand aage à Fouques qui décéda seulement l'an 1109 et s'il avoit une fille bonne à marier Tan io6o t il ne pourroit avoir esté moins aagé de 80 ans ou davantage lors de son déceds. Puis il est certain que la première femme de nostre duc s'appeloit Mathilde ou M ahaut , et estoit fille d'Aldebert I ou II , comte de la Marche , laquelle il répudia par proximité et parentelle , nonobstant qu'il fut issu une fille de leur mariage , qui espousa Hildefons ou Alfonse , frère de Ferdinand , roi d'Espagne et nepveu de Garcie : il se trouve des tiltres de ce temps soussignés de cette princesse. La princesse Adelarde , fille de Robert I, duc de Bourgongne, ainsi qu'atteste la chronique de Maillezais, estoit niepce du roi Robert parent du duc, qui fut occasion qu'on tascha de rompre le mariage comme il sera dit cy-après. Le duc, ayant subjugué Saintes l'année suivante io63, passa en Espagne avec une puissante armée contre les Sarrasins , ausquels il arracha Barbastro des mains : au mesme an il y eut éclipse de lune le premier d'aoust. L'an io63, fut sacrée l'église de Saincl-Pierre-d'Oirvaut et les religieux changez en chanoines Tan 1068. Geofroy de Bully , Rainaut de Chasteau-Gontier et autres barons d'Anjou et Touraine , trahirent Geofroy le Barbu , comte d'Angers , et livrèrent avec la ville d'Angers , en la puissance de son frère le comte Fouques-Rechin qui le retint prisonnier jusques à son trespas , mais l'année suivante, le 26 de juin, le duc de Guyenne prit le chasteau de Saumur, brusla la ville et fauxbourgs, et les églises de Sainct-Florenl, Sainct-Jean-Baptiste , et Salin t- Pierre , et ne fut pardonné à une seule maison , ains les Salmuriens furent cruellement chastiez de leur félonie et infidélité. Le religieux de Maillezais le rapporte à un juste jugement de Dieu. L'an 1067 , le duc espousa la princesse Aldéarde fille de Robert II duc de Bourgongne, niepce du roy Henri I , et puis après meu de raisons que nous ignorons , il fut assiéger le chasteau de Luçon qu'il prit et réduisit en cendres , sans pardonner au monastère de Nostrc-Dame , ny encores à homme et femme trouvés dans le fort. L'an 1068 , le duc jetta les fondemens de Montiers-Neuf de Poictiers, comme aussi fit bastir les abbayes de Sainct-Severin qui est de chanoines en la

forest d'Angers, et Sainct-Vincent-de-Nioeil à deux petites lieues de cette ville de Fontenay-le-Comte. Corlieu en donne l'honneur à la maison de Voluyre , sans dire d'où il tient cela. Au mesme temps Alfonse, roy de Tolède, espousa fille du doc et de

la princesse Mahaut , sa première femme , qui' fut le sujet d'une grande dispute en Espagne sur la loy romaine, qu'il voulut y introduire et changer celle de Tolède , la décision en fut commise an combat de deux champions , et fut le chevalier François vaincu et sa loy reprouvée. L'an 1071 , le 21 des cal. d'oclob. nasquit un fils au duc, lequel fut nommé Guillaume qui fut cousin germain de l'empereur Henri III , et cousin du roy Philippes I. En après la duchesse Adelarde lui fit une fille qu'espousa Pierre, fils de Sancie roy d'Arragon , Tan 1073, la lune esclipsa en octobre, Hildebrand donc dit Grégoire VII , entreprit la connoissance du divorce , et donna la commission à Aymé évesque d'Oleron, son légat en Guyenne , et à Goscelin de Parthenay archevesque de Bourdeanx, successeur d'Archambaud de Sainct-Maixant, et thésaurier de Sainct-Hilaire de Poictiers, où ils s'assemblèrent Tan 1074, indict. 12 ; la chronique de Maillerais dit 1075. Isembert II, évesque de Poictiers , soit qu'il fust induit par le duc , soit pour son intérest particulier, fit forcer les portes de l'abbaye par ses gens qui maltraitèrent si bien les commissaires et ceux de l'assemblée qu'ils furent contrai nets de fuir haslivement pour mettre leur vie en asseurance. Le pape Grégoire VII, sur les pleintes du légat et de l'archevesque, escrivit en colère à Isembert, le blasmant de son entreprise et témérité en une affaire si grave, et si importante pour la religion chrestienne , comme estoit le divorce du duc et de sa cousine , et pour cette cause lui bailla jour à comparoistre en personne dans la feste de la Sainct-André lors prochaine , afin de respondre par sa bouche sur les chefs de son accusation. Au mesme temps il escrivit an duc des lettres pleines de respect et d'honneur ; « qu'il rend grâces à Dieu tout puissant , de ce que pénétrant le « fond de son cœur il l'a incliné à son amour et à sa crainte , et le « faisant surmonter les désirs et affections de la chair, l'a confirmé « en l'obéissance de ses commandemens : car il a entendu comme

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</ le duc selon justice et raison, quittant et renonçant à ce qu'il « possédoit de plus cher au monde , a consenty en faveur et res- « pecl de la religion chrestienne , d'être séparé de son espouse « pour la proximité du lignage qui est entre eux : mais d'autant plus « que par un rude combat , il lui a fallu vaincre la charnalité de ses « sens pour les humilier , et assujettir plus estroitement sous la loy « de Dieu, aussi doit-il espérer qu'une gloire d'autant plus sublime « lui est préparée en récompense et un loyer infiny. C'est pourquoy « sa saincteté se réjouit davantage en son coeur , parce que l'amen- « dément de la correction du duc est un préjugé de l'espoir cer- « tain de son salut , et que cette générosité de race qui s'est tou- « jours maintenue en son illustre maison , y sera conservée « moyennant la grâce de Dieu , d'autant que la noblesse de sang « s'altère et corrompt bien fort quand les enfans sont mis au monde « sous le meslange d'un mariage illégitime et deffendu. Doncques « son altesse (le latin dit eminentia) se doit moins esmerveiller de « ce que le sainct père s'y est porté avec tant de rigueur et de sé- « vérité en son endroict, parce que l'église romaine qui par une « singulière charité a de tout temps affectionné le duc , sa maison « et toute sa race, n'a peu souffrir de le voir au milieu d'un si « grand et périlleux danger : au reste quand à ce qu'il désireroit c< volontiers de retenir la duchesse près de sa personne jnsques <t au synode prochain, sa saincteté ne l'ose consentir ny accor- « der, encores que l'impératrice Agnès sœur du duc, et que « lui pape ayme à l'esgal de sa propre mère, l'en ait instamment « requis, et fait son possible pour l'impètrer: car ilsait que l'ende l'homme remply de fraude et de tromperie, suggère « avec plus de subtilité et de finesse si l'occasion s'en présente, ce « qui est principalement interdit et deffendu. Doncques que le duc c m ; rogant; »t a la fasse éloigner de lui afin que la submission et obéissance qu'il / "'' rt ' rttinfrt ii - « offre à Dieu , serve d exemple et de miroir à un chacun, et que ^.«^-m,^. « le diable ne trouve invention de troubler son salut, il l'advertist J'^Z << cependant que si Isembert, évesque de Poictiers, ne se présente ""'*• « devant lui avant la feste de sainct André, pour rendre raison de « son orgueuil et présomption , il sera interdit de toute fonction

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« épiscopale et de prestrise , ensemble de pouvoir participer à la « salncte communion. Quanta l'affection que le duc porte au ser- « vice de Sainct-Pierre , comme il tesmoigne par sa lettre , les « nouvelles en ont été aggréables à sa sainctelé, mais de lui mander « déterminement la résolution de son voyage dont il parle , ce se- « roit manquer de discrétion , mesmement que les chrétiens d'Ou- « tre-Mer, selon le bruit commun, ont chasse au -loing les barbares « et infidèles payens ; et de ce qu'il doit faire au reste , le conseil « en est en la main de Dieu , lequel sçaura bien récompenser la « bonne volonté du duc. Et néantmoins le sainct père au cas de a nécessité accepte ses offres, sur lesquelles il se confie comme de « son frère et de son fils bien-aymé. » C'est en substance ce que le pape Grégoire VII , escrivit de Tivoli à nostre duc le de septembre, indict. i3~, et depuis, à savoir le i5 de novembre ensuivant, il confirma l'interdict que Géraut, évesqne d'Hostie son légat, avoit jetté contre Iserabert évesque de Poictiers, et veut que l'exconimunication demeure jusques à la première sepmaine de caresme, qu'il tiendra un synode auquel il l'assigne. Dequoy le mesme jour Grégoire bailla advis à nostre duc et à Gozelin archevesques^e Bourdeaux, leur mandant que si l'évesque semonstroit réfractaire, et ne gardoit ce qui lui estoit commandé, il le déposoit sans espoir de reconciliation ; il leur enjoint de son authorité apostolique , qu'aucun d'eux ne lui obéisse et le reconnaisse pour évesque , et à celte fin commet à Gozelin le soin et maniement du spirituel de son évesché : et -d'admonester le peuple et les clercs de non lui obéir, et commet au duc l'administration de la justice, c'est-à-dire la connaissance du temporel, et se remet à eux deux de la cause de sainct Hilaire , et d'en faire justice. Voilà ce qui se trouve touchant le divorce deaostre duc , et de son espouse , sans qu'il apparoisse qu'elle fust la fin de la poursuite , laquelle nous estimons avoir esté assoupie , ou que la preuve de la parenté ne se peust avérer, le pape ne nomme pas la duchesse , mais il n'y a .point de doute que ce ne fust Aldéarde , parce qu'elle a soussigné plusieurs Chartres avec le duc son mary , au mesme temps qu'on Jraictoit de les séparer , et en avons veu autres infinies qu'elle a

soussignées du depuis. Pour le regard d'Isambert, l'excommunication fut levée , et rcstabli en authorité : car Grégoire puis après se servit de lui en plusieurs affaires, mesmemcnt l'an 1078 qu'il lui envoya lettres patentes , par lesquelles il lui mandoit avoir eu advis que Hugues de Lezignem VI du nom s'estoit emparé des biens de Dreux, de Conhé , au préjudice de Hugues frère et légitime héritier du deffunct , et parce que Hugues estoit clerc et chanoine de Sainct-Hilaire, et par conséquent en la protection et sauvegarde de sa saincteté -, il lui recommandent l'affaire et d'en Iraicter avee le duc ; et l'exhorte tesmoigner en cette occasion l'amour et fidélité qu'il avoit envers le sainct siège. L'on ne sçait point si Hugues de Lezignem obéit , tant y a que de cette heure la Couché a toujours demeuré à ceux de Lezignem et à leurs successeurs : et monstre ce rescrit, l'absolution d'Isembert. L'an 1076 fut tenu un concile à Poiclicrs, président Girard légat apostolique, sur le fait du Corps et du Sang de no sire Seigneur , où Bérengairc faillit à estre tué ; et la raesme y en avoit esté tenu un antre le 24 juin dont estoit chef Gozelin archevesque de Boordeaux, successeur d ? Archambaud , et Guillaume et autres suftragans. Or nostre

duc estoit un prince courageux et vaillant , durant sa jeunesse» après la mortd'Othon sou frère paternel, et que Guillaume VI son frère germain fut venu au duché: il fit un voyage en Gascongne pour chaslier ceux du païs qui s'estoient rebellez, et s'aidoient de Guillaume comte de Tolose, frère de Raimond de Sainct-Gilles , lequel par trahison ayant fait boucherie de cent gentil-hommes de son camp, près la ville de Bourdeaux, et le comte G'eofroy assemblant sa noblesse en sceut bravement tirer raison, et fist le gast autour de Tolose , l'assiégea et l'enleva de vive force ; comme pareillement s'estant meu guerre entre Guillaume le Bastard duc de Normandie , et son oncle Guillaume comte d'Arqués que le roy Henry de France favorisoit, Guy fut mis dans la place appellée les Moulins, dont le roy s'estoit rendu maistre, pour lequel il la défendit tousjours jusques à ce que le duc Normand eust défait le comte d'Arqués en bataille rangée, la place rendue à discrétion, et le comte prisonnier : car alors nostre duc avec beaucoup de prt*-

dence mit sa gendarmerie a sauveté. Cecy advint Tan io43, Malmesburi là-dessus pour magnifier ses princes dit que cette retraicte n'adjousta pas peu de prix à la gloire du Normand. L'an 1060 , il eut guerre contre Hugues le Débonnaire, sire de Lezignem , l'assiégea dans son chasteau où il fit le gast autour, et finalement ses gens le tuèrent le 8 octobre de la mcsme année. A cet Hugues succéda son fils Hugues dit le Diable , né du lict d'Adelmodie de la Marche. Ce courage ne diminua point en lui pour avoir hérité . de tant de grandes seigneuries qu'il possédoit depuis la rivière de Loire jusqucs aux monts Pyrénées et la mer d'Espagne , se portant tousjours fidelle à la couronne, et an service du roy Philippe*, qui de son costé se confioit grandement au duc , de sorte que Guillaume le Conquérant ayant investi Doi en Bretaigne , le roy Philippes vint en personne à Poictiers à grand haste visiter le duc afin de tirer secours de lui pour faire lever le camp, et obîint facilement ce qu'il désira. Nous sommes incertains si le duc fit luimesme le voyage : mais les historiens anglois sont contraints de confesser que le Normand fut honteusement chasse avec perte de tout l'équipage et richesse de son armée , et de bon nombre de ses gens l'an 1076. En la saison que le roy vint à Poictiers , le duc avoit desjà fait l'édifice de l'abbaye de Montiers-Neuf , qu'il lui fit voir, et tira de lui une confirmation des aumosnes et légats en Alleuds , et héritages qui pourroient estre faits au lieu : car il n'estoit pas loisible aux vassaux et arrière-vassaux d'empirer le fief du roy ou de leurs seigneurs supérieurs ou suzerains , sinon de leur gré. D'où vient que les chartulaires des églises sont pleins d'actes octroyés par les seigneurs supérieurs de fiefs touchant telles donations faites parleurs vassaux, ou les bâtimens d'églises, chap pelles ou cimetières ; ce qu'ils faisoient quelquesfois gratuitement pour participer aux oraisons des religieux et estre receus en leurs sociétés et confrairies , et quelquesfois aussi prenoienl argent ou récompense pour prester leur consentement II ne suffisent pas que le seigneur supérieur approuvast la chose ; mais aussi falloit contenter tous les seigneurs moyens entre deux dont elle relevoit par degrez en plusieurs arrière-fiefs qui est , V Origine du Droict d'ad-

mortissement et d'indamnité, qu'on peut juger de là estre beaucoup pins ancien qu'on n'a pas estimé , dequoy les curieux pourront voir les exemples et preuves de cet ouvrage. Le roy , en son voyage de Poictiers , estoit accompagné de Hugues le Grand son frère, de Fouques esleu évesqne d'Amiens, et non encores consacré, de Raoul thésorier de Sainct-Martin , et de Galeran de Senlis chambrierde France, lesquels sous- signèrent la chartre avec le duc, (en cet endroit nommé Geofroy.) Àudebert comte de la Marche, et Guy de Ne vers le d'octobre 1076, mais la chartre de la dotation est seulement du 27 de janvier ensuivant, indict. i5 , Tan 4 du pontificat de Grégoire VIT, et cela est remarquable qu'elle fut faite es mains de Guillaume son fils oyans et voyans , Odon ou Eudes abbé de Sainct-Jean-d'Angély , Guy de Nevers , Hugues de Lezignem, Borrel de Mon treuil-Bellay , Béraud de Dun, (sire de Chasteaudun), Mangot de Melle, (vicomté), Gilbert de Sainct- .lean , Gautier de Corbonnières et quelques autres : car il estoit requis que les enfans consentissent les donations des pères , mesmes en actes de piété , autrement ils pouvoient Chalonger* (ce mot vient du latin , Cammniare , 1 1 voyele mité en g, on 1 consone, ttp . - 0 , iw«i« comme en Viridarium, Cambiare. Cambium. Somniare et Som- ^ u ' ara '

1 7 «( un in manam

nium , et infinis. ) C'est-à-dire répéter et vendiquer l'héritage. De mu .«» «*» fasorte qu'on inséroitpar les actes jnsques aux enfans à la mammelle. ^"^J?"**. Les père et mère , ou nourrices , ou autres personnes respondans lii J'^ pour eux, ou s'obligeans de leur faire ratifier, estans venus en ^«r •■m*» aage , et pour un tesmoignage que ces petits innocens , comme icy ■* "'^7 0 ^* le petit prince Guillaume aggreoit l'acte , on le leur faisoit toucher rtt vendit* irait de la main , et en cette cérémonie déposer la chartre sur l'autel qui nMMaT J"*" 0 estoit le signe de la tradition ou investiture , laquelle quelquesfois ampi— aussi estoit désignée par autre symbole , comme de donner la chose ^J t( ^J* qui leur tomboit en main à la première rencontre, comme par le «fa***

vtttito, ta fatUm

baston pastoral, un Cousteau droit ou plié , dont on remarquoit la iti umma „ U capu*> couleur du manche par un jonc, par une rose, une ceinture, (ôn disoit de quelle estofe) un gand , une motte de terre , le texte des évangiles, et morceau de pain , une corde ou ruban, ou bien une queue de parchemin qui servait pour attacher le scel , et plusieurs

I1ISTOIHE DES COMTES DZ POICTOU

autres matières , dont le nombre est infini ; avec cela on appelloit des personnes en tels actes, pour y servir à diverses fins selon le païs , et la coustume des lieux , les uns pour tesmoigner de ce qu'ils avoient ouy : parce que la donation estoit leue publiquement en l'église , principalement à jour de festes pour plus grande solenvnité , et tesmoignage des assisians : les autres pour attester ce qu'ils avoient veu , comme d'escrirc la chartre , la porter sur l'autel , après y avoir mis les cordons ou lacets, les seings ou croix , et les sceaux : et encores d'autres pour estre fidejusscurs et garands des donations , et en respondre en cas de chalange , querelle ou éviction. D'où viennent ces termes, Adfuerunt testes, visores, nodatores , Jîdejussores , et comme en la donation de nostre duc , Audienr tibus , et mdentibus istis. Ce qui par advanture eust mieux à propos esté réservé aux preuves , sans interrompre le fil de l'histoire de nostre duc : mais chacun a son goust , et ce que nous escrivons est plustost pour le commun que pour les doctes qui ont assez, dequoy occuper leur esprit , et leur loisir en matières plus graves et sérieuses. L'année précédente qu'on contoit 1075, Montiers-Neuf avoit esté soumis à Hugues abbé de Cluny , lequel constitua pour premier abbé un bon religieux nommé Guy ,. qui eust pour successeurs Guibrand, Letaud , Giraud H, puis Marquis ou Marc. Vous avez veu comme le pape Grégoire VII entreprenait jusques à connoistre des choses réelles sous prétexte de la clericatnre de ceux qui y avoient intérêts, et se servoit des princes et seigneurs des pays, pour tenir la main à l'exécution de ses rescrits et mandemens ; comme il usoit de son authorité contre les personnes privées , aussi faisoit-il contre les roys : car il se trouve une lettre de lui escritc à nostre duc, sur le sujet d'aucuns marchands d'Italie , lesquelles venans à une foire de Guyenne* avoient esté destroussez sous Fadveu de Philippe roy de France , comme on supposoit, et pour cette cause et pour quelques violences commises envers des églises qu'on lui imputoit. Le sainct père dépeint le roy pour estre pire que tous les princes chrétiens et payens ensemble , qui est un langage excessif, lequel monstre qu'il y a de l'homme partout , quelque grand personnage que ce puisse estre : prie le duc de choisir

ET DUCS DE GUYENNE. 1 5g

un nombre de prélats françois, et avec eux aucuns seigneurs plus notables du royaume , afin de moyenner envers Sa Majesté qu'il réforme ses mœurs sur le modelle des bons roys de France ses prédécesseurs ; arreste la confusion qu'il apporte à Testât des églises, et fasse faire raison du destroussement des marchands de Saint- Pierre. Que si le roy se monstre réfractaire aux admonitions du L'»n 1077, r»l>duc, des évesques et seigneurs, il le menace de l'excommunier , et «"^JT"

tous ceux de ses sujets qui entreprendroient de lui rendre Thon- v«*

* »°79» Hugur»

near et l'obéissance due à un roy , et que l'interdit en sera chacun arew**™. a e jour aggravé sur l'autel de Sainct- Pierre ; si est-ce que c'estoit un Lyan ' t \ l ^ lXdu

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peu légèrement appliquer le feu el le cautère à une playe dont le * ***

mal ne le requeroit pas , comme il semble , et tels remèdes ex- j^' u k v Z™i traordinaires et violens envers les oingts du Seigneur, ont tousjours Pi " ^e • tl lti ""

, , demain i Saincl-

plus empiré qu'amendé le mal. Néantmoins cette lettre escrite de Bii.ir e .i e .Gr„«i, Rome le de novembre 1074, indict. i3, fait voir en quelle ? Um ?Tl cut grandeur de réputation estoit le duc de Guyenne envers les estran- de,ox - oû ■««•-

• 1 ■ ■ 1 tt¥ i # 1 11/411 rendit rstfon

gers; ce qui ne se doit estimer de 1 Italie seule et de 1 Allemagne , de M fo 7 ,etnu. veu que l'empereur Henry III avoit recherché son alliance , et es- mW * ,,e

, Sainct - Liguaire-

pousé sa sœur , mais aussi des Espagn es , où il exploita des faits «r-s^re t ut déd'armes incroyables. Un fragment de l'histoire de France remar- ^«Tp'arTr! que particulièrement que sous le règne du roy Philippe I, lesFrançois entreprindrent trois signalez voyages en l'Espagne pour l'exal- tLÙa*™"* talion de la foy et de la religion chrestienne , contre les Maures et 11 ; ,u , """"

J © 1 temp» le ntonai-

Sarrasins infidelles , dont il attribue l'honneur du premier à nostre ,,re de s«in C iduc , lequel assiégea prit et saccagea la ville de Barbastro , lors en ch*»* grande vogue et renommée , et ayant destruit une bonne partie du ""' * pW ' co "païs, s'en retourna en France , chargé d'honneur et de despouilles «ocpi u .d e m,iic des ennemis. Il y a chartre à Sainct-Jean dallée de l'an 1080, Ut ^J 1 "^ Indiction estant Philippe roy de France , Guy surnommé t ( i " ton cw ™ |p »

Guillaume, qui a destruit Barbastro, prince en Poictou, Fouques, prochaine un auoncle de Jourdain de Chabanais , comte d'Angoulesme évesque de rT^r"^»!! Limoges , Aymar évesque d'Angoulesme, et Baudry abbé de Bour- fu,d *p°« etHa-

, . HUlfe mit en M

gueil, de sorte que nous avons justement rapporté à son année cette P uce , «t sim™ mémorable expédition de guerre, non pas que dès auparavant 0

aucuns seigneurs de France n'eussent passé en Espagne , et Ar -

l6o HISTOIRE DES COMTES DE POICTOU

fuud,c:iuy» U c exploité quelques notables faits d'armes. Car Ebles, comte de ^lud nr.«p- Roussi , dès l'an 1087 , indict. xj , y avoit desjà fait un tour , jus- «u.i-rd, P ui ' ques à s'estre fait bailler lettre de confirmation de ses futures conquestes par le pape Grégoire VII. Et de cet Ebles et de la guerre qu'il a fait en Espagne, Suger en fait mention en la vie de Louis le Gros. Or qui voudroit s'amuser aux cottes et calcul des historiens espagnols , se jetteroit dans un labirinthe d'où tous les filets d'Ariadne ne le sçauroient tirer, et vaut mieux courir aux calendriers de nos églises , et à de petits fragmens de nos annales espendus ça et là , pour apprendre la vérité , qu'aux romanciers d'Arragon et de Castille , qui asseurent tout à torts et à travers, n'importe, pourveu qu'il serve à la gloire de leur maistre. Voylà ce que le dnc a exploité ès païs estrangers. Et pour le regard de ses voisins , il eut quelques différends à démesler avec Fouques I comte d'Angoulome , ce qui l'obligea de mener quelques trouppes en Angoumois, et depuis assiégea Mortaigne-sur- Gironde, et l'avoit réduit à une telle extrémité qu'elle estoit preste de se rendre sans une bonne armée qui vint au secours , et par ce moyen cette guerre se termina sans effect, ce qui fait juger que le motif n'estoit de grande importance. C'est ce que le temps nous a conservé de ses gestes , fors infinis témoignages de piété et d'affections envers les églises et religieux; comme pareillement il se plaisoit à pourvoir aux plaintes de ses sujets , et à leur faire administrer la justice , ayant à cette fin estably des prévosts et commissaires à temps , qui alloient sur les lieux pour faire droit aux parties , et ces commissaires n'estoient pas de petits compagnons, mais de grands seigneurs , Ai.drc Duchwne e * P an3H * ceux-là l'on remarque une Signorul de Capdoeil , et Ar-

» ur chambaud l'arche vesque, sire de Sainct-Maixant, appelé l'Arche-

Alaiu Charlier, 4 . rr

p. s»fi, cite ccite vesque , parce quil lavoit esté de Bordeaux, et fut déposé, "comme enseigne une chartre de Vendosme, sans qu'il en expli-

que, ii ». q ue i a cause ; Goszelin de Parthenay, frère de Simon, et de

enfans de Guillaume , fut son successeur à l'arche vesché. Il n'est point dit si Archambaud estoit de la maison de Parthenay ,

et qu'il tira d« moy , qui d'itou

un a»» «mi. maij il es t bien certain qu elle estoit en grande honneur dès long-

né cotte dcsccule. ,

temps auparavant» et que depuis ce temps-là elle a produit de braves

ET DUCS DE GUYENNE. l6l

et illustres seigneurs , dont Taisné porte le nom de l'Archevesque , et les puisnés celuy de Parthenay , qui est une origine de plus de 600 ans fort véritable et non fabuleuse , comme celle qu'on en dit vulgairement. Nous ne devons obmettre que Tau 1060, ou environ , vivoit un grand seigneur de Provence nommé Joscelin de Poictiers , parce qu'il estoit issu de la lignée des comtes de Poicr tiers , lequel laissa un fils appelle Guy ou Guigues , au langage de ce pays-là, celui qu'on dit avoir amené de Constantiooble en Viennois le corps de sainct Anthoine-le- Grand , en faveur du pape Urbain. S'il est ainsi comme il n'y a point d'apparence de le contredire puisque Himar Fouques , autheur lors vivant, l'atteste en son. histoire escrite l'an 1092 , il faut dire que ce Joscelin fut fils de Guillaume Teste-d'Estouppe, et frère puisnéde Guillaume IV , et que de lui sont sortis les comtes de Diois et de Valentinois , qui ont tousjours continué le nom de Poictiers en leur famille, et affecté le nom d'Aymar. D'eux sera fait chapitre à part cy-dessous. Le duc Guy en outre fonda le prieuré conventuel de Sainte-Gemme de Saintonge , et y fit de belles aumosnes du consentement de la.Duchesse Aldéarde sa femme, et du prince Guillaume leur fils, ça présence de Guillaume Frcdélaud , et de son oncle maternel Arnault Ferrouil , sire de de Fouques Rechin comte

d'Anjou, Gardrad Barbot et autres seigneurs, et sousmit le Prieuré à la collation de Durand , abbé de la Cheze-Dieu en Auvergne : Frédéland estoit frère de Fouques I comte d'Angoulesme , afin qu'on adjouste cecy à Corlieu. Nous apprenons aussi de cette chartre que le duc et Fouq ues Recliin avoicnl pacifie leur querelle» Un g«w. cwion. r« autheur moderne escrit que ce prince aimoit si démesurément G " i " t '• E ^•' , • Guillaume, évesque d'Angoulesme, frère du comte Fouques , que pour fournir aux libéralilez qu'il lui faisoit, il. usa de sacrilèges , destroussant à cette fin les églises de Sainct-Hilaire de Poitiers, et de Sainct-Jean- d'Angély , de leurs ornemens plus précieux. Nous nous sommes apperceus qu'un mauvais exemplaire de l'ancien autheur en latin des vies des évesques de sa ville, l'ont convié. à le coucher ainsi : mais les bonnes copies font voir que le duc pourveut cet évesque de la thésaurerie de Sainct-Hilaire , et lui donna

VtSTOfltE DES COMTES DE POÏCTOT

le droict de la moitié des oblations et offrandes du monastère de Sainct-Jean , et en ce temps-là les droits des autels , cymetières et semblables, estaient en commerce, et en héritages patrimoniaux, sujets à vente, eschange, partage , donations , et semblables à la volonté des possesseurs et propriétaires; l'Angoomoisin estant •mort Tan 1074» le duc conféra la thésaureric de Sainct-Hilairc à Goszelin de Parthenay , archevesque de Bourdeaux , avec l'advis duquel et des barons de son palais, lui et le prince Guillaume son fils firent des ordonnances et réglemens, touchant les chanoines de Sainct-Hilaire conformément à ce que le pape Grégoire Vil en avoit déterminé, et avoit esté publié en un concile tenu à Poiclîers par Hugues évesque de Die, légat du saint siège en Guyenne: à sçavoir que doresnavant aucun fils de prestre , de diacre , ou dt sous-diacre, ou d'autre clerc, ou qui seroit bastard, ne ponrroit estre chanoine à Sainct-Hilaire , sans préjudice toutefois de ceux <pii y estoient receus dès avant la publication de l'article. Item qne le nombre des chanoines sera réduit à soixante , selon les anciennes constitutions de ses prédécesseurs , sans que pour présent, investiture ou prix d'argent, aucun puisse estre admis en leur collège, sinon par le déceds de l'un des soixante sans préjudice de ceux qui sont de présent outre les soixante, qui pourront estre faits chanoines à leur tour. Cet establissement est sous-signé Otgis chantre , Guil- j laume nepveu de l'archevesque , Hugues de Couhé , Guillaume sous-doyen, Renaut le Tard, Ranulfe Chevecier , Girard de Clois, Légier, Robert, Engilbaud, Léon, Rainaud, Gilbert, Arnant, Pierre Garnier , Mathieu, Arbert de Faye, Guillaume son irèrt, Constantin Liniot , Girard séneschal ou maistre-queux , Alleaume, Barthélémy de Vivonne, Estiennc la Dague , Pierre Gislebert, Pierre Johode, Jean, Vivian Guillaume, nepveu du chantre, Raignon , Geofroy duc de Guyenne , Guillaume son fils , Gosielin, archevesque de Bourdeaux et thésaurier de Sainct-Hilaire, Isembert évesque de Poictiers, Aymé légat du saint siège , Renaut thésaurier de Sainct-Martin , Simon prieur de Sainct-Nicolas , Guy abbé de Montier-Neuf, Aymar abbé de Sainct-Martial , Eudes abbé de Sainct-Jean, Gervais, abbé de Sainct-Savin , Bertrand,

ET D«C$ DE GUYENNE. l63"

abbé de Sairict- Vivien. Apres suivent les noms des Laïcs. Hugues de Surgères , Borrei de Montreuil, Hugues prévost, Mangot vicomte de M elle , Fierre F. de Ansfroy , Hugues de Lezignem, et Gautier de Corbonnières. Cette chartre descouvre tout plein des mœurs du siècle; car le duc et son fils ont sous-signé au< rang des clercs, comme eslans abbez laies héréditairement de père en fils. D'où vient que le roy est tousjours abbé de Sainct-Hilaire. Cet Hugues de Couhé-, est celui mesme sur lequel Hugues de Lezignem s'empara de Couhé. Guillaume N. de l' Archevesque , estoit fils de Geldouin de Parthenay. On void aussi que l'église gallicane ne s'obligeoit aux décrets et ordonnances des papes, lesquelles si elles estoient jugées équitables , les princes à l'imitation des roys en dressoient un estab lisse ment pour le faire garder comme loy eu leurs terres. Le duc décéda le 24 du mois de septembre 1 086 , au chasteau de Chizé , son corps fut porté à Poictiers, et inhumé en l'église de Montier-Neuf près la porte du chœur à main gauche du costé dn septentrion, où l'on void encore aujourd'huy son tombeau, autour duquel sont engravez six vers latins, et une petite inscription de cette substance , ( Cy gist Monsieur Gcofroy , autrement Guillaume comte de Poictiers et duc de Guyenne), son trépas semble avoir esté présagé par un tremblement de terre qin% advint le 1 7 d'octobre, jour de saint Luc de l'an mil octante quatre, auquel partie de la ville de Poictiers et de l'église de Saicte-Radégonde bruslèrent. La duchesse Aldéarde sa femme luy survesquit , de laquelle il laissa deux enfans masles, Guillaume qui fut duc après luy , et Hugues comte. Au mesme an moururent Goszelin de Parthenay , archevesque de Bourdeaux , et Isembert IL, évesque dè Poictiers, dont l'un gist en l'église de Nostre-Dame-de-Luçon , et l'antre en 1 abbaye de Saint-Cyprien aux faubourgs de Poictiers. a™ u.n, at .

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