CHAPITRE VINGT-HUITIÈME
SOMMAIRE
Gaston vicomte de Bcarn , fait hommage de sa vicomte à D. Alfonsc II duc d'Arragon. — Supposition dudit hommage. — Béarn tenu en souveraineté* , et la cause pour* quoy. — Saint-Georges-d'Oleron. — Chasteau de Bcnon maintenant comte de U maison de la Trimomlle.
Guillaume VIII , fils aisné de Guy-Geofroy dit Guillaume VII et d'Aldéarde , vint à la duché par le déceds de son père, le vingtquatriesme de septembre 1086, auquel temps il estoit fort jeune, et de l'aage de quinze ansseulement, qui fut cause que plusieurs de ses vassaux tant de de ça que de de là la Garonne , se soucioient peu de luy garder fidélité , et se rebellèrent contre luy , tellement que Gaston , vicomte de Béarn , fit hommage de sa vicomte à Don Alfonse II, roy d'Arragon l'an 1087 (1), nonobstant que Béarn fut de
(1) L'an40S7,lc roy Alfonsc d'Espagne envoya tes députez pur tous les endroîcU de la l'rance , afin d'avoir secours contre les Maures et Sarrasins , qui fut cause qu'une grosse armée des nostres passa les Pyrénées, et se joignit à son armée prés de Tudelle à présent Tuy, prés l'Océan, archevesché de Compostcllc, et de compagnie, forcèrent le chasteau de l'Estoille. L'authenrque nous suivons dit: que le plus grand seigneur des François estant là , lequel il vid , se nom moi t Guillaume et estoit de Normandie, nous ne doutons point que ce ne i'ust celuy , lequel depuis fut surnommé le Charpentier, à cause de ses valeureux faits d'armes, exécutez contre les infidèles en ce pays-là, et lequel depuis fit le voyage en la Terre-Saincte , avec Geofroy de Bouillon. L'année •uivautc mourut Audcbcrt comte de la Marche, auquel succéda Bosou son fils , et l'an-
l'ancien fief de Gascongne ou Guyenne , et que ses ancestres n'en a.,.. «».
• • tt k • . rf« «font. Franeor.
eussent jamais cogneu 1 Arragonnois. Quoyqjie Sunta et Blanca „•,. n , nuM . , 1( historiens d'Espagne ayent voulu advancer pour l'honneur et la ,, " ,5 • gloire de leur prince, qui est plutost leur but que la vérité de s.trou»e*.rcRii. l'histoire. Car vous avez veu que le duc Geofroy coramandoit en î„ Vom™t tout l'archevêché d'Auch; qui fait soupçonner que cet hommage * ^^ùmë est supposé : et de fait il y a charlre au monastère de Saint- Pierre- a. de-la-Réole en Gascongne datté de l'an no3, Philip pes roy de
France estant encores vivant, mais le jeune Louys son fils gouver- «•« nant le royaume , et Guillaume comte de Poictiers la Gascongne , Duti
etitntem ic
par lequel le duc termine un différend en plaine cour garnie de ses '*"'''"
troni juriiurum ,
pairs et barons du pays , à sçavoir Asta-Nova comte de Fezenzac , t ta fu* atque , in Bernard comte d'Armagnac , Gaston vicomte de Béarn, Loup Ana- ^| ,a """^*
tio vicomte de Marçan , Vivian vicomte de Lomagne , Pierre sur- ««• nommé Guillaume vicomte de Gabaret. Le jugemeut est rendu 7.J^J°
contre le vicomte de Benauges , qui donna pour pleige de l'exécu- *^ tion les vicomtes de Béarn' et de Gabaret. Certes il n'y a point de promi.it. doute que le deffunct sieur de la Scala, peisonnagc incomparable , s'il eust vescu eust changé d'opinion , et retracté ce que Georges Mérula en sa géographie rapporte tenir de luy, que le " ! Béarn a tousjours esté tenu en pareil droict de souveraineté que le royaume ^"^^ de France, d'autant que le Béarn souloit estre un fief immédiat du dp***.
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née après Aymé, légat du saint siège , tint le concile en la ville de Saintes le quatriesme mini » « i "«' ie «» , '«» novembre , où il fut ordonné archevesque de Bourdeaux. L'an 4091, Bosoo comte de '\ ' p *'
T ciali, «If., «un.
la Marche fut tué au siège de Confolant , et luy succéda en ses estais Almodie sa sœur ; „ 7J( ^ f ulmn ainsi la maison de la Marche fondit en quenouille , et passa dans peu de temps en celle s«»rtJffcA«/w. de Lesignem. Cette daine esloit femme d'un comte que la chronique de Matllezais ap- V ' '^"^ pelle Hoger , qui avoit eu d'elle deux enfans niasles. Au mesme an , Pierre de l'Estoille loy ,a t oc«t^én*. réputé sainct , commença la construction de l'abbaye de Fontgombault , au nom de nddowj wpc Nostre Djmc és marches de Poictou et Berry. Et Guy abbé de Montier-neuf de Poic- îementdc Toioie, tiers décéda, qui eut pour successeurs Raynaud, Daniel, Girard, puis Gerbert. L'an 1093 , le duc rebastit le chastcau de Germonl , pour quelques disputes qu'il avoit coirtro Eblcs et Gelduin de Parthcoay , le dernier mourut la mesme année en laquelle il y eut concile à Bourdeaux , et en laquelle le 16 de juin on commença à rebastîr le Monastère de Saint-Maixant d'un plus magnifique ouvrage qu'il n'estoit auparavant. L'an 109-1, Germontfut ruyné, et le duc espousa Philippe, fille de Guillaume comte de Tholose , et N. de Raimond le fameux comte de Saint-Gilles l'an 1095.
l66 HISTOIRE DES COMTES DE POICTOU
duché de Guyenne, et arrière-fief de la couronne, et ne faut pas s'arrester à ce qu'on en lit dans la chronique de Froissard, et dans Bertrand-Hélie de Pamiers , autheur de 80 ans, qui a publié en latin la chronique de Foix. La seule qualité de vicomte qui présuppose un comte par-dessus , et laquelle ils ont portée longtemps après Tan 1 200 , les réfute assez , et ce tiltre de vicomte est justifié par infinis lieux des historiens, notamment de ceux qiû ont escrit les guerres des chrestiens en la terre sainte. Voicy l'origine et la cause de cette souveraineté. Henri II roy d'Angleterre» et Aliénor sa femme, héritiers de Guyenne et Gascongne, firent don de Béarn, et de partie de Gascongne à Alfonse VIII, roy dArragon, qui en eut confirmation des roys Richard surnommé l'Orgueilleux , ou Cœur de Lyon, et de Jean Sans-Terre. De sorte que par ce moyen les vicomtes de Béarn se portèrent exempts de Guyenne jusques à ce que Fernand III, roy d'Arragon, ayant marié sa fille avec
Edouard I du nom , de la race d'Anjou, fils aisné de Henry III , il renonça en faveur de ce mariage à la querelle de Béarn , et de la partie de Gascongne donnée par Aliénor, si bien que le vicomte de Béarn retourna derechef en la sujétion, et arrière-fief de la couronne de France , et ne s'en est soustrait que bien tard durant les guerres de France et d'Angleterre , sous la faveur toutesfois des roys d'Arragon, du sang desquels estoit issu le prince Guillaume de Moncade. Car jaçoit qu'on trouve vulgairement que cettuy-cy n'a point commandé en Béarn , ains seulement Gaston son fils. Si est-ce que le registre ,k) des Chartres de Champagne justifie qu'il en a esté vi- (*>"<« daM comte Tan 1223. Mathieu de Paris, en son histoire angtoise, mons-
la libmrte.de M. w
u pràid** De tre que Gaston fiit condamné par arrest du roy
de France à faire hommage de son vicomté à roy d'Angleterre comme duc de Guyenne. Mais il faut reprendre le discours de nostre duc. Or soit que Gaston vicomte de Béarn ait fait hommage à Dom Alfonse d'Arragon , ou qu'il ne l'ait pas fait , il est certain néantmoins que nostre duc durant sa jeunesse souffrit beaucoup de traverses par la désobéissance de ses vassaux, lesquels se prévalans de l'occasion extorquèrent de lui plusieurs héritages des églises, comme en pareil cas avoit esté pratiqué envers le roy Phi-
lippe I, dont il se plaint dans une chartre de Sainct-Germain-des- Prez , et c'est ainsi qu'on respecte les jeunes princes , qui, venus en aage , sçavent bien discerner ceux qui leur ont gardé loyauté , d'avec les rebelles. Le duc pareillement se plaint de cette malefaçon par un filtre de la Trinité de Vendosme , et taxe Ebles de Chastelaillon , de ce que se voyant en une grande perplexité par la rébellion de plusieurs de ses sujets , lui manda qu'il prendroit le party de ses ennemis , s'il ne lui accordoit l'église de Sainct- Georges-d'Oléron avec partie del'Isle, prétendant que ses prédécesseurs en avoient esté infeudez , ce qui estoit faux , mais il vouloit déguiser son infidélité de ce prétexte. Le duc lui octroya sa requeste. Aymé légat du Sainct Siège en Guienne , et Ranulfe évesque de Saintes , excommunièrent Ebles et sa femme Juette , qui n'en firent point d'estat , et d'autant que la Trinité de Vendosme avoit esté faite alleud de Sainct-Pierre , par la chartre de sa fondation t le pape Urbain II , menaça le duc de jetter ses censures contre lui, s'il ne faisoit restitution dans trente jours après la réception de son rescript. Puis ayant passé les Alpes pour venir à refuge en France, il excommunia Ebles premièrement au concile de Clermont , le 17 s u. m«.(1m, novembre 1095, la seconde fois au concile de Tours du i5 de mars , et encores à Sainct-Jean-d'Angély , et finalement Urbain "»»»'>■ i p™. estant venu à Saintes (1), où il fit son entrée le i3 d'avril 1096, et ^.'ràiiT 1 *
(4) Urbain à Limogea où il déposa l'évesque Umbault 109b, Chron. Muilliac. A Poictiers à la feste de sainct Hilaire, et bénit et consacra Montier-neuf le 6 des cal. de Feu, de là il passa en la yille d'Angers, où il bénit l'abbaye de Sainct Nicolas. Pois alla il Tours, où il tint concile en l'abbaye de Sainct Martin , il réordonna en l'abbaye de Sainct-Maure-sur-Loire , dont le premier abbé s'appeloit Beraut , à qui Pierre et Ranulfe succédèrent , delà il reprit le chemin de Saintes, où il célébra la feste de Fasques. Puis suivit son chemin vers Borne , passa en la Ville de Nisraes où il tint concile , et reconcilia le roy Philippe de France. Au mesme an Pierre , roy d'Arragon et nepveu du duc, prit la ville de d'Osque, aujourd'hui Huesca, siège épiscopal , suffragant de l'archevcsché de Sa rra gosse, laquelle avoit esté possédée plus de trois cents ans par les Sarrasins, lesquels au mesme temps , se trouvant en bataille rangée en nombre de neuf mille chevaux et cent mille hommes de pied , furent vaincus par l'Arragonnois, ayant seulement cinq mille chevaux et vingt mille hommes de pied. Cette mémorable expédition fut faite au mois de novembre. Cette année mourut Audebert archevesque de Bourges, qui eut Légier pour successeur , et à Saintes fut tenu concile, où il fut
ayant ouy les parties après la feste de Pasques , en présence des cardinaux et évesques , il condamna Ebles à se départir de la détention des lieux, à quoy se monstrant réfractaire, il l'excommunia pour la quatriesme fois : Or , dès avant cela le duc à la sollicitation du légat avoit dépesché lettres de la restitution des lieux données en son chasteau de Benon , maintenant comté de la maison de la Trimouille , sous -signées Guillaume comte de Poictiers , Mathilde ou Mahaut comtesse sa femme , Aldéarde sa mère , Geofroy de Pruilly II , comte de Vendosme , Pierre évesque de Poictiers, Hugues III ou IV de Lezignem, Aymery III ou IV de Rancongne, Gilles d'Aix , Guillaume de Mauzay, séneschal ou grand maistre du palais, du comte Hugues de Doué, Geofroy de Taunay (la difficulté est si de Charente ou Boutonne) , Hugues et Ranulfe de Surgères, Geofroy III , en ordre abbé de Maillczais, Garnier abbé de Sainct-Maixant , et Geofroy abbé de Vendosme. Cet acte fut confirmé par le légat , et par l' archevesque de Bourdeaux , et 53 tant archevesques , évesques, qu'abbez , entre lesquels sont nommez Raimond archevesque d'Auch , Retland archevesque de Dol , Ranulfe évesque de Saintes , Hildebert du Mans, cet excellant prélat depuis archevesque de Tours, Geofroy évesque d'Angers , Marbot de Rennes, Simon d'Agen, et Pierre de Poictiers, l'an 1096, indiction 4» le 6 des Non. de mars. Ebles de Chastelaillon se voyant pressé de tous costez quitta ses prétentions aux religieux du consentement de sa femme , et de Guillaume dit Bertrand , et Marguerite ses enfans, moyennant cinquante livres monnoye de Poictiers , qui estoit plus forte que celle de Tours , présens Clarius sire de Mortagne , Geofroy et Umbert surnommez Amaubert , Guillaume Achard (sire de la Mothe) , Bernard , sire de Mairevent , Mesnard-Meschin , et Hugues-Chabot. Voylà une pièce qu'il ne faloit pas oublier pour les noms de tant de seigneurs de Poictou, et de Saintonge , desquels sont issus plusieurs barons et gentilshommes, qui seront bien contens d'y remarquer leur origine.
ordonné qu'on jeusneroît les Vigiles des apostres, et l'année suivante. Aymé archevesque, estant allé à Uuesea pour la consacrer , comme il fit, le jour de Pasques qui estoit le S avril , le comte d'Urgcl le retint prisonnier.