‹ Histoire des comtes de Poictou et ducs de Guyenne; contenant ce qui s'est passé de plus memorable en France, depuis l'an 811 jusques au roi Louis le Ieune ed. by J. Besly the youngerChapitre 30 sur 38 · CHAPITRE TRENTE-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-UNIÈME

SOMMAIRE

Siège de Japhe par les infidèles. — Le duc les contraint de lever le siège. — L'admirai qni gardoit Ascalona pour le Soudan tué à une sortie par les gens du duc. — Le Duc et ses gens adandonnérent le siège , leur retour à Japhe , et de là en Hiérusalem. — D'Aimbert , arche vesque dePise et patriarche de Hiérusalem , chawé pour cause de simonie, depuis réintégré. — D'Aimbert convaincu du crime dont il est accusé. — Tancred et le duc obtindrent son pardon et l'emmenèrent. — Le due fait voile et se retire en France. — Perte de trois cens navùcs , et d'un grand nombre d'hommes. — La duchesse Mahaut en l'absence du d«c son raary gouverne ses pays. — Le duc avant le voyage de la Palestine donue une femme , appellée Sénégonde , au monastère de Sainct-Jean. — La forme qui fut tenue en cette donation. — Thomas, chambellan du duc. — «fait de pré donné par Ayrard Bardon ayant son départ en Hiérusalem. — Forme de la donation.

Au mesme an en la saison d'automne , les infidèles assiégèrent Japhe, le duc de Guyenne , Baudouin de Bourg fils de Hugues, comte de Rethel , Guillaume vicomte de M eleun , surnommé le Charpentier, pour les excellens faits d'armes exploités contre les Maures et Sarrasins d'Espagne , montèrent à cheval avec Tancred prince d'Antioche , auquel les assiégez avoient envoyé demander secours, ils arrivèrent à unze mille de Japhe au mois de septembre, mais les Sarrasins avoient desjà levé le camp , et s'estoient retirez dans Ascalona, après avoir souffert une perte de trois mille de leurs gens. Le roy Baudouin , adverti de leur arrivée, car il estoit lors à Japhe, envoya leur faire la bien venue , et les inviter de joindre leurs forces aux siennes, afin d'assaillir Ascalon. Or d'Aimbert Italien, archevesque de Pise, et lors patriarche de Hiérusalem, que le roy avoit chassé de son siège pour cause de simonie et trahi-:

son contre les chrestiens, avoit suivi Tancred et les princes, pour assayer d'eslre rcstably parleur moyen, tellement qu'ils tindrent conseil, et d'un commun advis envoyèrent par devers le roy, afin qu'il eust à faire raison à l'archevesque, autrement qu'ils n'estoient pas résolus de favoriser son entreprise d'Àscalona , et l'aider de leurs personnes et soldats. Le roy volontiers condescendit à la volonté des princes, à la charge de l'examen de l'accusation de d'Aimbert , par devant Robert de Paris, cardinal et légat eu la Palestine pour le pape Pascal II, sa response ouïe et les deux camps unis ensemble, ils firent le gast l'espace de huit jours à l'cntour d'Ascalona; ce que voyant l'admirai qui gardoit la place pour le Soudan de Babylone, entreprit de faire une sortie à la malheure pour lui: car il fut défait et tué par les nostres , qui s'opiniastrèrent quelque temps au siège , néantmoins la bonté de la place presque imprenable, et la saison de l'hyver qui appro choit , les obligea de trousser bagage : tellement tni'ils retournèrent à Japhe et de là en Hiérnsalem, où en présence du duc de Guyenne, et des autres princes et du légat , d'Aimbert fut réintégré en son siège. Le lendemain venu la cause de l'archevesque examinée en assemblée solennelle au temple du sainct sépulchre, lui trouvé coupable et convaincu, il fut déposé et excommunié. Tancred et le duc ne sçachant plus de remède en son fait obtindrent son pardon , et l'emmenèrent avec enx en la ville d'Antiochc. Là le duc de Guyenne qui se vid dénué de commodité* et de gens, pour pouvoir mener à chef quelque mémorable entreprise pour le service de l'exaltation de la foy chrestienne , et qui par mesme moyen peust tourner à sa gloire et à son honneur, s'embarqua vers l'équinoxe d'hyver, et ayant le vent bon , vint heureusement prendre port en la coste de France : en cette entreprise trois cens navires firent nauffrage, et la dixiesme partie de cent quarante mille personnes, dont estoient chargées , réchappa à toute peine, et tombé ès mains et à la merci des infidelles. Tel fut l'événement du voyage de nostre duc en la Palestine, et de cette immense armée qu'il y avoit conduit. Quelques au t heurs mal informez de la vérité, ont voulu dire que le duc, dès avant la prise de Rames et la mort du duc de Lezignem , s'estoit mis sur

mer pour repasser de deçà. Toutesfors tes temps et les périodes que nous avons curieusement remarquez après Albert d'Aix qui vivoit lors, se peuvent confirmer par plusieurs Chartres qui collent la saison et Tannée de son parlement, et de son retour! y ot accusent de négligence et de peu de soing Guillaume de Tyr , et ceux qui le suivent. Durant l'absence du duc, la duchesse Mahautsa femme chum de gouvernoit ses païs et seigeuries, faisant des vœux et aumosnes, j' sX l0 ^ t mmv pour la prospérité de son voyage, comme lui avant aller , estant en son chasteau de Mauzc , donna une femme appellée Sénégonde , au monastère de Sainct-Jean pour servir à leurs mestairics à jamais , et tous ses enfans aussi , par la manière qu'elle esloit tenue de servir, ce qu'il fit pour l'amour de Thomas son chambellan , qui sesloit rendu religieux, lequel il baisa en signe de son ancienne amilié. Aucuns trouveront cslraiigc que nous insérions icy des vœux et des aumosnes. Mais quand ils lisent Tite-Live, et les s . /„, ■ autres anciens anlheurs ils ne pleigncnt point le temps qu'ils emploient pour s'csclaircir d'un vœu à Jupiter Férélrien , ou à Mars ou semblables dieux du paganisme , où la gloire du vray Dieu est offensée. Davantage ces petites menues particularilez peuvent servir à divers usages, comme en l'exemple qu'avons rapporté tel esclairrira qui estoit ce chambellan du duc, el se trouvera de son lignage : tel s'en servira pour monstrer que les princes à l'imitation des rois, avoient leur cour garnie de grands officiers, comme chambriers, chambellans, bouteillers . seneschaux et ainsi des autres qui estoient en honneur et crédit dès le temps de Charles- Magne : tel aussi le tirera en preuve pour l'usage des servitudes, et des gens de morte- main et de poëté, et ainsi chacun selon son estude et profession , en pourra faire profit , ce qui nous donnera sujet d'adjouster icy qu'au mesme instant que le duc fil cet aumosne , Airald Bardon voulant pareillement aller en Hiérusalem, donna pour l'amour du mesme chambellan un juit de pré, à condition que s'il estoit chalangé et disputé aux religieux , sans que ses frères le peussent gareutir , ils seroient tenus en fournir un autre de pareille valeur sur leur propre héritage , et fit la donation par un jonc qu'il tenoit en main à la veue et de Tassent de ses frères, et là- dessus

jSo histoire des comtes de poictou

baisa la main du chambellan. Que quelques-uns de ces esprits si délicats et dégoustez appliquent sa pensée sur ce qu'on peut remarquer en cet exemple de six lignes , il confessera qu'il y a matière d'en faire six chapitres.

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