‹ Histoire des comtes de Poictou et ducs de Guyenne; contenant ce qui s'est passé de plus memorable en France, depuis l'an 811 jusques au roi Louis le Ieune ed. by J. Besly the youngerChapitre 32 sur 38 · CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-TROISIÈME

SOMMAIRE

Sidgfl tlu Sainct-Muchaire en Gascongne. — Prétentions de Hugues de Leïigtiem sur la Marche. — Siège de Blaye-sur-Gironde. — Confolant et Chabanais Refit masculins. — Mort du roy Philippe. — Sacre du roy Louys le Gros. — Siège de Saragoce, Tudclle, Daroca , Bilbili. — La Gascongne mourante de la couronne de France sou* l'hommage du duché de Guyenne.

La Guyenne a esté de tout temps stérile d'escrivains qui ayent rédigé les annales du pays , et les estrangers quoy que voisins n'en ont presque rien touché , et lors qu'ils en ont parlé , ça esté pour magnifier leur nation et leurs princes , ne se souvenant jamais de nos comtes et ducs, sinon pour compter leurs infortunes et malheurs, ce qui nous reste de certain, et pour marque de leur gloire, ce sont quelques Chartres et menus fragmens, qui néantmoins nous laissent plus à deviner qu'ils ne nous enseignent de l'histoire. Un tiltre de l'an 1096, monstre que le duc de Guyenne assiégea Sainct- Machaire en Gascongne, place lors forte , qu'il prit et la ruina, il eut aussi quelque différend avec Guillaume III , comte d'Angoulesme , à cause des deux chasteaux que les vieux mémoires disent de Sai net-Martial et d'Assise > environ le temps que Hugues de Lezignem , queréloit la Marche à droict héréditaire , et avoit le comte d'Angoulesme pour adversaire , contre lequel le duc favorisa le sire de Barhezieux nommé Ardouin , Aymar sire d'Archiac, et Baudouin sire de Cougnac qui lui firent guerre plusieurs années. Corlieu adjouste que le duc et le comte entrèrent en pique pour les chasteaux de Beauvois-sur-Mastas et de Marcillac, mais les gestes en latin des comtes et évesques d'Angoulesme , d'où il a tiré tout ce qu'il a escrit jusques à l'an mil cent soixante et un le contredisent , et le convainquent d'avoir pris Beauvois pour Benauge,

et Marcillac pour Sainct-Machaire. Le comle d'Angonlesme se disoit seigneur de ces deux villes , et leurs dépendances à cause <l« la comtesse sa femme , fille d'Emenion vicomte de Benauge , pour raison dequoy il estoit vassal du duc; aucuns de ses sujets s'cstan> rebellez, et luy ayant soustrait ces deux places, le duc l'assista en personne , et luy donna moyen de chastier les mutins. Une autrefois le duc investit Blaye-sur-Gironde , qui appartenoit à ce comte -d'Angoulesme , et l'ayant pris le fit desmenteler et abattre le chasteau, ce qui doit estre avant Tan 1120 , puis qu'en ce mesmean fut le décès du comte qui eut pour successeur Vulgrin IL Cestui-cy estoit ennemy d'Aymar sire de la Roche-Foucaut , et luy contestoit les terres de Confolant et de Chabanais, dont il se disoit seigneur du chef de sa femme, par le déceds de Jourdain Eschival, décédé sans hoirs masles. Aymar attira le duc de son parti , lequel se rendit maistre des chasteaux par le moyen de quelques gentilshommes du païs qui en avoient la garde. Cependant Vulgrin avoit 1 accordé la fille de Jourdain avec Robert de Bourgongne , un gentil-homme son parent, qui dilaia quelque temps d espouserladamoiselle , espérant toujours qu'on le réintégreroit en l'hérédité du deffunct : Enfin voyant qu'on lui manquoit de parolle , il refusa de consommer lé mariage , et de dépit se fit moyne : car le duc joiust toute sa vie des chasteaux , et possible il prétendoit qu'ils fussent fiefs masculins , et réunis au chef dominant à faute d'homme , les filles estans incapables de servir en guerre , ce qui est absurde de cw .w.. penser au préjudice de l'usage contraire. L'an mil cent huict, le dix-neufiesme juillet, le roy Philippe mourut à Melun. Louysle Gros son fils , le 3 des nones d'aoust fut sacré en la ville d'Orléans, parles mains d'Aimbert, archevesque de Sens. L'église de Reims, après l'acte y envoya former opposition de l'authorité du sainct siège, avec deffense de passer outre , comme si le droit de couronner les rois de France eust esté attaché à leur ville, ce qui est absurde de penser au préjudice de l'usage contraire ; si est-ce que le roy n'en receut pas peu d'incommodités et d'ennuis , par ce que sous ce prétexte , il semble que les ducs de Guyenne et de Bourgongne , firent les lents à rendre l'obéyssance , refusèrent l'hom-

mage dcu an roy. Néantmoins Raimond Bérengier III, comte de Barcelone, luy ayant envoyé des ambassadeurs Tannée suivante, pour luy demander secours contre les Maures et Sarrasins, qui ctoicnt descendus en ses terres avec une puissante armée, fit volontiers paix avec ses vassaux., receut l'hommage des uns et donna stirseanec aux autres ; promit aux ambassadeurs de préparer ses forces afin de leur aider au printemps, cependant qu'il le feroit entendre en la prochaine assemblée de sa cour , qui se tiendroit aux festes de Pentecoste , pour en avoir advis comme il estoit bien raisonnable en affaire de telle importance. Les ambassadeurs s'en retournèrent bien satisfaits. Cependant les histoiriens de France ib'ont point fait mention d'une si mémorable particularité qui sert à l'honneur de nos rois, ordinaires protecteurs et défenseurs des princes affligez , et les vrais libérateurs de l'Espagne , et ne faut point douter que le voyage que depuis les François firent outre les Pyrénées l'an un, et les années suivantes , ne fust arresté par le roy et de Tadvis de ses barons en, cette assemblée de Pentecoste. Par le moyen de quoy , le roy Alfonse d'Arragon défit ALmgalin en bataille rengée , et mit le siège devant la ville de Sarragosse , prit Tudelle , Daroca , Bilbili, maintenant Calataiud, selon Vasaîus , y ayant eu divers journées et combats durant quatre ou cinq années , où le duc de Guyenne avoit amené bonne troupe de ses vassaux et sujets, et s'en retourna chargé d'honneur et de butin, là-dessus pour loyer et récompense de tant d'offices signalez , dont les Espagnols sont redevables à nostre duc , leurs annalistes les luy imputèrent à nécessité, comme s'il eust tenu la Gascongne à foy et hommage de leur roy, et ainsi à cause de son fief fust obligé de les servir en guerre , au leu que c'estoit le vray héritage du duc mouvant de la couronne de France sous l'hommage du duché de Guyenne , comme cette histoire a monstré plusieurs fois. Et corn- imo. bien que ces autheurs déguisent tant qu'ils peuvent la vérité, quand i*. , 7 , fap . 7 . il est question de sujection et hommage , néantmoins nous en tirons soulagement en^ la connoissance de quelques particularitez : car Estieone de Garibay , en son histoire universelle , nous advertit que l'an 1.116, le duc de Guyenne faisoil guerre contre Bertrand

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comte de Toiose , qui pour cette occasion se retira en la cour du roy Alfonse où le duc alla, fit de grands faits contre les Maures, et par ce moyen détourna l'oncle de secourir son nepvcu : mais comment peut cela estre véritable , puisque dès Tan 1 1 10 le comte B.n.f, s, Bertrand, fils du grand Raûnond de Sainct-Gilles passa en la Pa- ^ ' ' lestine , et rentra en la possession du comté de Tripoli-, que Guillaume Jourdain comte de Gerdaigne , (ce nom est corrompu en tous les historiens de la guerre saincte) son cousin germain avoit tenue depuis la mort de Raimond. Toutesfois Garibay a trouvé des François qui le suivent , et comme une foule de gens , il advient que plusieurs tombent les uns après les autres , sans qu'ils sçachent qui a esté le premier autheur de la cheute ; ains la pluspart des escrivains faillent par s'entre-suivre , sans examiner si bien ou mal le premier a mis en avant l'opinion qu'ils embrassent : mais il y en a qui sont si hardis que de commenter sur l'histoire , et y adjoostent du leur , ou par dessein malicieux ou par inconsidération, et par une nature dépravée à médire. Car que diriez-vous de quelques-uns qui, en cet endroict, se licentient non-seulement de falsifier l'histoire en plusieurs sortes, mais aussi d'avancer que le duc de Guyenne estoit de jeunesse adonné à tout vice et brigandage; ils devraient apprendre , dans les fables des poètes , à parler pins sobrement des princes , et à couvrir leur ignorance du voile du silence. L'an 1 1 1 1 , le duc avoit guerre contre Simon de Parlbenay , laquelle se renouvela l'an 1 1 18, Hugues de Parthenay s'estant joint avec son nepveu. Mais enfin le duc les vainquit , 5 , ïd. Aug. et le sire de Parthenay, et plusieurs autres demeurèrent ses prisonniers. L'année suivante le duc passa en Espagne au secours du roy d'Arragon son allié , et de compagnie combattirent le roy Abraham , et quatre autres rois espagnols mécreans qu'ils vainquirent, ayant tué sur la place quinze mille Sarrasins, et pris une multitude innombrable de prisonniers. Le butin fut de six mille chevaux , et antres sans nombre , puis ils prirent plusieurs chasteaux et forteresses. L'an 1 121 , Simon de Parthenay mourut subitement, et le 28 de mars l'an suivant, le duc à force d'armes se rendit maistre de Parthenay.

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