CHAPITRE SEPTIEME
SOMMAIRE
Tuteurs admini'jtroient leur bail sous le tiltre de seigneurs propriétaires. — La majorité à 21 ans. — Origine du droit de bail et garde-noble. — ■ Grande confusion sur le déclin du règne de Charles le Chauve en tout et principalement la distribution des charges. — Estât du gouvernement sous le Chauve. — Temps de sa mort — Le lieu où il mourut. — Béformation de Testât dû royaume projettée par Louys son fils.
Depuis la mort de Ranulfe I, les mémoires manquent durant 20 années sans faire mention des comtes de Poictou en aucun livre qui soit digne de foy. Une seule chronique non imprimée qualifie du tiltre de comte de Poictiers le comte Bernard d'Auvergne , frère de Ranulfe. Par avanture il prit la tutelle de ses neveux , lesquels pour leur basaage ne furent incontinent confirmez aux estats et honneurs de leur père ; comme à pareille occasion le gouvernement du duché de France ne fut sitost conféré à Eudes et Robert , Ai »« *p» «s
enfans du marquis Robert. Les tuteurs alors , auparavant et depuis, ^.tû dTi^.!" administraient quelquefois leur bail sous le tiltre de seigneurs et J'£ f ** 5 ££ propriétaires , jouissant des biens et charges des mineurs , jusques 8 a ce qu ils tussent capables de tenir terre , qui estoit en 1 aage de j. u». t. 21 ans, par les loix de France imitées par les Anglois ; et delà est procédé le droit de bail et garde-noble en ce royaume. Quant au •* «7- rduché de Guyenne, Girard comte de Bourges en fut pourveu, puis Z
qu'en Tan 87 1 Charles le Chauve le des-apointant de ses estats , donna la comté de Bourges à Boson , frère de l'impératrice Richent sa femme, et par mesme moien le fit gouverneur ou duc de Guyenne, (ce dit la suile d'Aymoin). Sur le déclin du règne du Chauve la confusion et le désordre montèrent à leur comble , rien ne se pouvoit imaginer de pis. Ce roy paroissoit tellement muable , et inconstant en ses résolutions, vindicatif et cruel où il appliquent son inimitié, avaricieux et bruslant après les richesses, taillant à ceste occasion ses vassaux et snjects en diverses sortes, sous prétexte de la pension des Normans , que les comtes et autres officiers n'attendoient de jour à autre sinon la nouvelle de leur destitution , ce qui gesnoit leur esprit d'une crainte perpétuelle. Les arche veschez , éveschez et abbayes, les comtez , vassel âges et honneurs, et autres charges de gens d'église et de lais estaient vénales et exposées au plus offrant. Ce que Ilincmar, archevesque de Reims autrefois son grand chancelier, ne craignoit point de dire lui vivant, etmesmes de le publier par escrit: delà les principaux seigneurs du royaume commencèrent à le hayr secrètement en leur cœur, et conspirèrent contre luy. Us firent esclater leur mescontentement lors de son deuxiesme voiage d'Italie , qu'il avoit entrepris contre leur gré, et de l'impératrice mesme : car au lieu de se trouver au r-jc^^ck^ 9> rendez- vous qu'il leur avoit assigné, Hugues l'abbé , le marquis Bernard, comte d'Auvergne, frère de Ranulfe I, et plusieurs autres lui faillirent d'obéissance et prindrent les armes. Hincmar prit sujet! d'en escrire à Gozlin, évesque de Paris, afin de retirer Bernard de ceste faction , et que lui-mesme Gozlin et son frère Gerfroy, possible comte de Tours, ne vinssent à s'y embarquer, ainsi plustost eussent mémoire de la fidéti te de leurs ancestres envers la couronne, et de suivre le chemin qu'ils leur avoient frayé. Néantmoins le roy, qui avoit déclaré Louis le Bègue son fils pour successeur au royaume, passant à Crécy à ce voiage d'Italie, dressa des articles touchant le gouvernement de Testât, et obligea son fils de prendre l'advis et le conseil des mesmes Hugues l'abbé , Bernard d'Auvergne , et le duc Boson. Or Charles mourut en ce voiage au mesme an , le 10 octobre, selon Fauchet, toutesfbis la chronique de Sens
dit le 3 des calendes d'octobre , qui est le 20 de septembre. Quant Aymom.i. ;, e .
3 S, du prié. 1
au lieu, la diversité n'est pas petite entre les autheurs: mais une suite d'Àymoin, non imprimée, monstre que ce fut en un lieu nommé Brios deçà le mont Cenis. Les entrailles ostées , le corps fut embausmé pour l'apporter à S. Denis. On fut contraint pour la puanteur de le mettre dans une tonne enduitte et poissée dedans et dehors , et envelopée de cuir par dessus ce qui ne profita de rien : tellement qu'à toute peine on peut le porter à Nantna, un monastère entre les monts à trois lieues de Chambéri au diocèse de Lion, et là on le mit en terre tout ainsi qu'il estoit avec la tonne. Le roy Louis son fils ; sacré \ le 1 6 des Ides de décembre du racsme an , comme il est dit par une chartre de Tours , fut conseillé de mander les abbez Hugues etGozlin, Boson, Conrard comte de Paris, nostre Bernard et Bernard de Tolose , afin d'aviser ensemble sur le maniaient du royaume, suivant les mémoires et instructions dressées par le feu roy à Crécy. Il falloit premièrement pourveoir à nus. la seureté de Testât, à ce que la maison royalle fust conservée en son "V* \ x l ,iMt ' honneur et auctorité ; puis adviser sur les exactions et questes ordinaires , introduites sur l'église depuis 20 ans , dont les règnes de VZ! HHu'JZ Pépin, Charles-Magne et Louis le Débonnaire n'avoient point eu t * mu,l " Ul Kui '
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de nouvelles; faire que les princes, et grands barons, les sei— /«.^*ri««. gneurs et la noblesse ne fussent indignement trailez à l'advenir , et ej m fm^u^i. par mauvais artifices despouillez sans cause de leurs biens et hon-
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neurs. Car depuis que le coeur des roys s estoit enflammé de con- m** f™»-
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voitise , et laisse vaincre a 1 avarice, nul ou presque nul ne mon- riofum$urr ,JiZ. toit aux charges et offices, et ne s'y maintenoit en asseurance, sinon à force de donner et à prix d'argent. La paix et la liberté im^urn****»du conseil, la justice et l'exécution d'icelle estoient chassées et bannies de la France. Pareillement il estoit nécessaire de retrancher et esteindre les pilleries et malletotes imposées de longue main sur le pauvre et misérable peuple , sous une belle et spécieuse apparence de vouloir chasser les Danois et Normans , y rechercher le remède, et remettre sus la justice, et lui rendre sa puissance pour la laisser administrer sincèrement , afin que Dieu par sa miséricorde vint à nous esveiller et susciter le courage , nous don-
ner la vertù et le pouvoir de résister fortement contre les payéns ; au lieu que desjà par plusieurs années le royaume estoit tenu d'eux et comme tributaire , tellement que le peuple et l'église anciennement riches et aisez, se trouvoient à l'heure espuisez et pauvres jusques à l'extrémité. Bref le temps ne demandoit que l'union et la paix, et qu'une bonne intelligence fust establie et nourrie entre l'église et la noblesse , suivant l'avis du feu roi porté par les instructions de Crecy, et que le roy se maintint de sorte envers eux, que la liberté de le conseiller franchement et fidèlement leur fust rendue. . Car le royaume avoit grandement décheu dans le règne de son père par faute de bon advis et de conseil : ceux qui estoient capables de lui en donner d'utiles et salutaires ne l'osant faire , ou n'y estant pas admis et appelez. C'est ce qui fut conseillé au roy Louis, qui trouva les courages si aigris et revesches qu'il fut contraint de dissimuler et de s'accomoder au temps et à la volonté des seigneurs auxquels il accorda les fiefs , estats , et abbayes qu'ils demandoient, afin d'avoir paix dans son estât pour se défendre contre les Normans.
ET DUCS DE GUYENNE. 4l
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