‹ Histoire des comtes de Poitou, 778-1204 (volume 2)Chapitre 4 sur 54 · II SI · texte numérisé non relu

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points du traité de paix? Uniquement la cupidité. Le bruit s*était répandu depuis quelque temps que, sur le territoire du vicomte de Limoges, il avait été trouvé un trésor d'une valeur inestimable. C'était, disait-on, des statues d'or très (in, représentant un empereur, sa femme, ses fils et ses filles, tous assis à une table également d'or, le tout accompagné d'inscriptions indiquant à la postérité l'époque où ces personnages avaient vécu (i).

Richard demanda à son vassal, Aymar, vicomte de Limoges, de lui remettre le trésor ou du moins de le partager avec lui. Le vicomte refusa; le roi, furieux, se rendit en Limousin afin d'obtenir par force ce qu'on ne voulait pas lui donner de bonne grâce et se mit à ravager le pays. Aymar ne l'attendit pas; il se réfugia h la cour de Philippe-Auguste, où ce dernier, sans souci de l'engagement qu'il venait de prendre avec le roi d'Angleterre, accueillit avec grande faveur le vassal révolté. Aymar s'était, du reste, en homme prudent, fait précéder par son frère utérin le comte Aymar d'Angoulême et c'est ce dernier qui avait négocié l'accord que l'un etl'autre se proposaient de conclure avec Philippe. Il ne s'agissait de rien moins que de se détacher de la vassalité du roi d'Angleterre et do passer sous la sujétion directe du roi de France. Le comte d'Angoulême apporta à ce dernier un acte sans date, mais authentiqué par le sceau du vicomte de Limoges, en vertu duquel celui-ci, son fils Guy, et tous les siens, déclaraient qu'en raison des violences qu'exerçait contre eux Richard, roi

(i) Rec. des hist. de France^ XVII, p. So, Rigord. Celte description da trésor est très précise et mérite, selon nous, la plus sérieuse considération. Ce qui nous a le plus frappé dans les détails fournis par Kigord, ce sont les inscriptions qui accompft* gnaient les statues et qui faisaient connaître Tépoque où vivaient les personnages dont celles-ci étaient la représentation : « qui posteris, quo tenipore fuerant,certsni dabani tt meinoriain », Un texte conçu dans cette forme ne peut être, à notre avis, qu'une inscription votive en Thonneur d'un dieu. Cette inscription devait être gravée sur un bouclier doré appartenant à quelqu'un de ces types si connus de l'époqoe romaine, dont rumbo avait été pris, par ceux qui le virent, pour une table autour de laquelle aurait é(é rangée toute la famille du donateur ; les personnages deraisnl être simplement gravés au trait, tandis que la renommée en avait fait des statues de grandeur naturelle. 11 est encore possible que l'indication de pièces d*or et d^argeiii dans la composition du trésor soit exacte, et que nous nous trouvions eo présence du contenu d'une cachette, remontant au temps des ravages des Bagaudes ou de celui des invasions barbares. Ce qui nous incite plus particulièrement à émettre celte opi* uion, cest le nom même du lieu où la trouvaille a été faite : CbAlus, c'est le c ce»- « trum luci », le cliAieau du lue, autrement dit du bois 8acré|la forteresse occupaol remplacement du bois vénéré de la région.

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d'Angleterre, ils s'étaient tournés vers le roi de France pour que celui-ci pourvût désormais à leur défense, ainsi qu'il le faisait pour leshommes de sa dépendance directe. Philippe, qui se trouvait alors à Paris, prit rengagement de protéger, envers et contre tous, quelque personne que ce fût qui déclarerait de bonne foi vouloir le seconder ou porter assistance au vicomte de Limoges en son nom (1).

Enfin, dans le même mois, mais après Pâques et alors que la mort de Hichard était connue,le vicomte de Limoges vint trouver le roi de France à Anet, et renouvela la déclaration faite en son nom par le comte d'Angoulôme. Les termes delà convention sont très précis et engagent formellement Tune et l'autre partie (2).

Le comte d'Angoulême traita dans les mêmes conditions avec Philippe- Auguste; toutefois, il spécifiait que si le roi de France venait à renoncer à sa suzeraineté directe sur son comté et à transmettre ses droits à une autre personne (évidemment les parlies avaient en vue Jean Sans-Terre, à qui Philippe avait précédemment offert l'Aquitaine), il s'engageait au nom du futur suzerain du comte à ce que celui-ci respecterait les droits de propriété de lui, d'Aymar et de son frère Wulgrin. En surplus de ces conventions, le comte d'Ahgoulême consentait à soumettre au jugement de la cour du roi la légalité de ses prétentions sur le comté de la Marche (3). Richard ignora ces accords qui constituaient à son égard un acte de félonie de la part du vicomte de Limoges et du comte d'Angoulême, il était, pendant ce temps, occupé à ravager leurs terres.

Le 19 février, il se trouvait à Colombiers, non loin de Châtellcrault,où,en présence du sénéchal d'Anjou, Robert deTurneham, de Guillaume dos Roches, son ami, et de Pierre Savary, seigneur du lieu, il donna aux religieux de Notre-Dame-des-Loges, dépendance de Fontevraull, 100 sous à percevoir chaque année sur le péage de Baugé (4).

(i) Bien que ces faits se soicDt passés en 1199, rengagement du roi de France porte la date d'avril 1198, ce qui indique qu*il avait été signé avant Pâques, fêle où l'année commençait en France, et qui tomba cette année le 18 avril.

(2) Tculel, Layettes du Trésor des chartes^ I, p. 201,

(3) Teulet, Layettes du Trésor des chartes^ I, p. 201.

(4) Cariai, de Fontevrault, I, p. 2x9 ro, Pierre Savary, désigné dans cet acte, est.

324 Lfc;S COMTliS DE POITOU

De là il gagna le Limousin. Mercadier étant venu le rejoindre, il le chargea défaire le siège dos châteaux de Nonlron et de Piégul, pendant que lui-même s'occuperait de Châlus. C'est dans les environs de ce château qu'un paysan, en labourant la terre, avait découvert le trésor ; Achard, le seigneur du lieu, s'en était emparé, et, soit de force, soit de bonne volonté, l'avait remis au vicomte de Limoges près de qui il s'était finalement retiré.

Quand Richard, qui pouvait croire que tout ou partie de la trouvaille était restée sur place, se présenta devant Cbâlus avec une bande de routiers et les chevaliers de son escorte, ce château ne comptait en fait de garnison que deux sergents d'armes du vicomte, Pierre Brun et Pierre Basile, et environ trente-huit personnes, tant hommes que femmes Les sergents, confiants tant dans la solidité des murs de la tour dans laquelle ils s'étaient réfugiés que dans sa position naturelle presque inaccessible, se flattèrent de résister à la petite troupe d'assaillants qu'ils avaient devant eux et dont ils ne connaissaient pas la composition.

Pendant trois jours ils repoussèrent toutes les attaques ;enfin,le 26 mars, Richard, qui dirigeait lui-même les opérations du siège, s'étant avancé sans précaution pour examiner les travaux de sape de la tour, n'ayant pour toute armure que son casque de fer et négligeant de se garantir suffisamment avec le bouclier que Ton portait devant lui, fut frappé à Tépaule gauche, près des vertèbres du cou, par un carreau de flèche qui, arrivé au bout de son jet, était venu retomber sur lui par derrière.

Le guerrier limousin qui avait tiré ce coup d'arbalète était Pierre Basile, lequel, pendant tout le jour, était resté caché derrière un créneau, d'où il parait avec une poêle à frire les nombreux traits que le roi faisait diriger contre le sommet delà tour ; Richard cherchait à en éloigner les assiégés qui, lorsqu'ils en avaient l'occasion, faisaient tomber de grosses pierres sur les assaillants, tandis que Basile visait certainement leur chef, afin d'arrêter leur attaque s'il pouvait parvenir à l'atteindre.

selon toute vraisemblance, le futur maire de Poitiers. Le chef-liea de la teignearie s appelait la Tour, dumaine qui a pris le nom de la famille et est encore connu soos le nom do la Tour-Savary.O lieu, qui était jadisde la paroisse de Naintré^fiait aujourd'hui partie de la commune de Colombiers.

Le prince, sans rien faire paraître de la gravité de sa blessure, rentra dans le logis qu'il occupait dans le bourg de Cbâius et voulut faire ôter de son corps le trait qui y avait profondément pénétré, mais le bois se brisa, et le fer, qui avait une palme de longueur (la largeur de quatre doigts), resta dans la plaie.

Mercadier avait avec lui un prétendu chirurgien; celui-ci, à la lueur des flambeaux, car c'était le soir, rechercha le fer, mais il ne put le retrouver facilement dans la chair de Richard qui était fort replet; il taillada en tous sens la partie blessée et c'est à grand'peine s'il put saisir le carreau et le retirer. Quelque soin que l'on eût ensuite pris d'appliquer des emplâtres sur la plaie, celle-ci s'envenima et la gangrène finit par se déclarer. Le roi ne faisait rien pour venir en aide aux soins qui lui étaient donnés, bien au contraire ; forcé de garder la chambre, il ne changea rien à ses manières de faire et commit, suivant son habitude, des excès de boisson et d'incontinence.

Sous le prétexte de ménager son repos, les quatre principaux compagnons du roi entraient seuls dans sa chambre, et le commun peuple n'était nullement tenu au courant de sa maladie. Mais Bichard, ne pouvant s'empêcher de constater l'aggravation journalière de son mal, se résolut à faire venir sa mère, et, par une lettre close, la manda auprès de lui. Aliénor se trouvait à Fon-tevrault, où elle avait, depuis quelque temps, pris l'habitude de résider. Elle se hàla d'accourir, en compagnie de Lucas, abbé de Turpenay, et, bien que la distance fût considérable (environ cinquante lieues), elle arriva à temps pour assister aux derniers moments de son fils bien-aimé.

Richard se confessa àson chapelain,PierreMilon, l'abbé du Pin, que depuis la croisade il avait presque toujours auprès de sa personne et reçut la communion ; il y avait seplans qu'il n'avait rempli ce devoir religieux, parce que, disait-on, il nourrissaitdansle fond de son cœur une haine mortelle contre le roi de France et qu'il ne voulait pas luipardonner.il succomba le mardi 6 avril, onze jours après avoir reçu sa blessure, vers les sept heures du soir, étant dans sa quarante-deuxième année; Milon, qui lui avait donné l'extrême-onction, lui ferma la bouche et les yeux.

Avant de mourir, il avait eu la satisfaction d'apprendre la prise

de Châlus. Le château était tombé aux mains des routiers, qui ravalent assailli avec rage et Tavaient promptement emporté. Ils avaient massacré tous les occupants, sauf Pierre Basile, qui fut amené devant Richard. Le roi lui pardonna et même ordonna qu*il fût relâché et qu'on lui donnât cent sous de monnaie anglaise; mais Mercadier retint le prisonnier et, après le décès du prince, le fît écorcher vif (1).

Selon Tusage, aussitôt la mort de Richard, il fut procédé à soo embaumement; ses entrailles, et autres parties détachées de son corps, furent mises en terre à Châlus et le cœur fut réservé pour être porté dans Téglise de Notre-Dame-la-Grande de Rouen. Le lieu que le prince avait choisi pour sa sépulture était Téglise abbatiale de Fontevrault ; le cortège funèbre mit quatre jours pour s'y rendre. Le cinquième jour après le décès, qui se trouva être le 11 avril, dimanche des Rameaux, les obsèques, dont tous les détails avaient été réglés par Tabbé de Turpenay^ le confident d'Aliénor, se firent en grande pompe et le corps de Richard fut déposé dans une fosse creusée aux pieds du roi Henri; le père et le fils se trouvaient désormais réunis dans la mort (2).

La cérémonie funèbre avait été présidée par Tévêque de Lincoln, assisté des évêques de Poitiers et d'Angers. Parmi les amis du roi qui s'y étaient rendus, on remarquait Milon,rabbé du Pin, qui ne se sépara de son maître qu'au dernier moment, Aimery, vicomte de Thouars, et son frère Guy, Pierre Bertin, sénéchal

(i) D*aprcs une iodication fournie par le Livre des Doailions de U commane de Bordeaux (pp. SOy et 4^0)) 1^ bi*^^ du meurtrier de Richard fut exposé aa PadoaeD de celle ville.

(2) Le récit le plus intéressant et le plus véridique des derniers jours de Richard est sans contredit celui qui est dû à Raoul de Coggeshale (Hec, des hist, de France^ XVIII, p. 85), qu'il y a lieu de compléter sur certains points par quelques écrita eootcmporains dont on trouve des extraits dans Touvrage de Tabbé Arbellot, /a Vériié sur (a mort de Richard Cœur-de-Lion, roi d* Angleterre. L'historien anglais a présente deux versions sur les causes de la campagne de Richard en Limousin, PunCaurait été un traité d'alliance conclu entre le vicomte de Limoges et le roi de France l'autre, le désir du roi d*An<|^leterre de s'emparer d'un trésor de très grande Taleo trouvé sur les terres du vicomte. Nous avons adopté cette dernière versiou, tandii ({ue M. Tabbé Arhellot, admettant la première, déclare que Thistoire du trésor esl u lé£!^cn(le.Pournous,KMI y a Iciçendc, elle se rapporterait uniquement à b composiiî de la trouvaille, et, pour appuyer notre manière de voir, nous nous contenterona u. faire remarquer que c'est seulement au mois d'avril, au moment de la mort d Richard, que fut conclu le truite entre le vicomte Aymar et Philippe- Auguste, et qa cet accord ne fut évidemment qu'une conséquence de l'irruption aoudainedu roid*Aa^ gleterre en Limousin, motivée par son désir de mettre la main sur le fameux tréaofl^

(le faire remarquer qu'à l'opposé de ses prédécesseurs il ne disposa pas en faveur de ses créatures des revenus des évèchés, des abbayes ou des chapitres vacants, mais qu'il pourvut le plus tôt possible au remplacement des titulaires. Il ajoute ce détail curieux qu'il se plaisait énormément à assister aux offices des grandes fôles, qu'il décorait sa chapelle des ornements les plus précieux et des plus riches vêtements de chœur, que, par des cadeaux ou des sollicitations pressantes, il incitait les clercs qui la desservaient à déployer toute leur voix et qu'il lui arrivait, en marchant dans le chœur de çà et de là, de les exciter de la parole et de la main, aGn qu'ils chantassent sur le ton le plus élevé. Pendant la secrète et jusqu'après la communion, il gardait le silence et ne se départait pas de cette réserve, lors même qu'on venait le déranger pour quelque affaire importante (1). Il est un fait certain, c'est que, bien qu'il soit mort encore jeune, il fut un des comtes du Poitou qui se soit montré le plus généreux envers l'Église, et il rappelait les traditions de son ancêtre, Guillaume le Grand.

Ce sentiment artistique, dont Richard avait hérité de ses ancêtres angevins, il l'appliqua à d'autres objets qu'à la musique et au chant ; comme Foulques-Nerra il édifia plusieurs forteresses, et Chàleau-Gaillard, qui nous permet de juger ses conceptions, est un véritable chef-d'œuvre de Tart militaire.

11 avait aussi comme eux le sentiment d'unification qui a fuit la force de la maison d'Anjou, et son idée de remplacer les monnaies de caractères variés qui avaient cours dans ses étals continentaux par un type unique révèle chez lui certaines tendances qui se seraient sans doute développées sans sa mort prématurée. Les plus répandues de ces monnaies étaient certainement celles du Poitou, dont le type banal se reproduisait depuis plus de deux

(i) D. Martcoe, Amplisstma collectio, V, col. 855 è 858. Ces détails ontccrUioe» meot été fournis à Kaoul de Coc^t^eshale par Miioo, abbé du Pin et chapeUiQ de Kichard; Tuii et Tautre appartenaient à Tordre de Citeaux, et c'est pour ce motif que le chroui({ueur éniiniére complaisaninient les faveurs que le roi d^Aoçleterre accorda à diverses maisons de cet ordre. A pro|>os du luxe déployé par Richard daQS sa chapelle et de son amour pour les chants religieux, nous ne saurions nous empêcher de faire un rapprochement entre lui et Gilles de llaiz, chez qui Ton a constaté les mêmes i^uùts, ou plutùt certaines aspiratious artistiques qui, de notre tempa» se pro» duiraient assurément sous une autre forme.

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siècles; connu de tous, il avait, avec les croisés, pénétré jusqu'en Orient et élait acceplé sans diffîcullé dans les transactions, aussi y avait-il une certaine liardiesse aie remplacer par un autre.

Hichard, avec sa prudence ordinaire, ne voulut pas toutefois heurter par trop les habitudes reçues, et, s'il remplaça les légendes des pièces, il en conserva les dispositions et le faciès. Les mots niCARDvs rex furent substitués aux mots carlvs rex sur le droit, et au revers picxAViENSis en trois lignes remplaça METALO. Celte modificalion essentielle des légendes emportait certainement cette signification, que les pièces qui les portaient étaient émises par Richard, le puissant roi, et que l'indication du Poitou voulait dire qu'elles devaient tenir lieu des pièces poitevines courantes, sur lesquelles le mol metalo n'avait plus aucune signification (1).

On ne connaît pas le sceau dont Richard a dû se servir pendant qu'il était comte de Poitou; celui qu'il employa comme roi d'Angleterre a absolument le même aspect que celui de son père Henri et que celui dont s'est servi après lui son frère Jean- Sans-Terre. Ces sceaux ne portent pas la mention de comte de Poitou, mais seulement celle de duc d'Aquitaine. On y voit d'un côté la représentation du type de majesté, le roi assis, vu de face et couronné, avec la légende : ... dei gratia rex anglorvm. et au revers le type équestre, c'est-à-dire le chevalier sur sa monture, recouvert de son armure et brandissant son épée, avec la légende : ... dei gratia dvx normannorvm et aqvitanorum et coMEs andegavorvm. Il y a toutefois une diflérence essentielle à noter entre le sceau d'Henri et celui de Richard, c'est que le bouclier du premier est absolument uni, tandis que sur celui du second on voit [un lion, en H 95, et trois lions passants en 1198.

(1) U Dous paraît hors de doute que les poitevines de Richard, remplaçant les melloises ou mailles y ne furent pas émises seulement par Tatelier de MontreuiU Boniiin, mais qu'il en fut frappé dans tous les ateliers de TAquilaine. Poêy d'Avant, dans ses Monnaies féodales^ II, pp. 23-28, no« 25o5 à 2668, signale 54 variétés de monnaies au nom de Hichard^caractérisées par des signes accessoires, dont les principaux sont des anneiets ou des clous, et M. Musset, dans son étude sur une trouvaille faite aux environs de La Hochelle [le Monnayage de Richard Cœur-de-Lion en Poitou), en relève encore trois autres. Si certains de ces signes ont pour objet de Cl ract ériger les diverses émissions de ces monnaies,il en estassurément d'autres qui s'appliquent à des ateliers.

Celte dernière décoration a été conservée par Jean Sans- Terre (l).

Le surnom de Cœur-de-Lion donné à Richard parait assez récent. Il ne se trouve dans aucune de ses épilaphes,où pourtant sa place eût été toute nalurelie, et il n'a été rencontré dans aucun. écrit avant le xv® siècle (2). Cependant on peut citer divers textes poétiques où, à raison de sa bravoure, il est comparé à un lion. De plus, il est possible qu'il y ait eu une certaine corrélation entre cette qualification de Cœur-de-Lion et la décoration que le prince avait adoptée pour son bouclier, sur lequel il avait fait représenter des lions. Il parait certain qu'il porta de son vivant celui de Robert le Diable que lui aurait un jour donné saint Bernard qui, l'ayant vu enfant, aurait dit : « Il est venu du diable et il y retournera; » du reste, lui-même aimait às'appliquer ce surnom, quand il rappelait certaines légendes qui couraient sur la famille des comtes d'Anjou (3). L'histoire enfin a retenu son juron favori: « Par la gorge de Dieu »,qui, en d'autres temps, aurait été considéré comme un blasphème (4).

Richard ne laissa pas d'enfants légitimes; il ne semble même pas que Bérengère, sa femme, lui en ait jamais donné. Sa vie dissolue permet de supposer qu'il eut plusieurs enfants naturels, toutefois on n'en connaît quun seul, nommé Philippe. Quand celui-ci fut en âge, il le maria avec Amélie, fille mineure d'Hëlie de Cognac, dont il avait le bail comme comte de Poitou ; c'était la petite-fille de Bardon, un de ces turbulents seigneurs de Saintonge qui avaient si activement pris part aux guerres du commencement du siècle (5).

(i) Douël d*Arcq, Collection de sceaux, HI, no« iOyOo4à 10,009.

(2) Arbellot, la Vérité,,., p. 62.

(3) Rcc, des hist. de France^ XVUI, pp. i56 et i58, G. de Cambrîe.

(4) Rec, des hist, de France, XVUI, p. i53, G. de Cambrîe. Les blasons populaires n^épargnèrent pas Richard et lui reconnurent trois filles : la superbe nu un^^ueil excessif, Tavarice ou amour immodéré de larg^int, et la luxure; il les aurait doo nées en mariage à des corps religieux qui variaient suivant les sentiments de ceux qui jasaient ainsi, mais tous s'accordaient pour attribuer la première fille aux Templiers. (Voy. Arhellot, la Vérité.,,, pp. 87 et 92).

(5) Arch. hist. du Poitou, IV, p. 21, comptes d^Alpboose de PoiUers; Hec, dew hist. de France^ XVII, p. 599, H. de lloveden.

ALIENOR 33i

j , — Ali£nor et Jean SANS-TEans (1199-12041

Richard, inlenlionnellemenl à ce qu'il semble, n'avait pas en nQOurant désigné son successeur. Jadis, lors de la croisade, il avait, étant à Messine, reconnu cette qualité à son neveu Arthur, alors qu'il Tavait fiancé à la fille de Tancrède, le roi de Sicile. Mais, depuis ce jour, les événements avaient marché; il s'était brouillé avec Constance, la mère d'Arthur, et, en 1196, il avait môme prêté les mains à son emprisonnement parle comte de Ches- 1er, son mari. D'autre part, il avait son frère Jean en médiocre estime ; il le savait prêt à tenter toute entreprise contre lui et, récemment encore, pendant cette campagne du Limousin, qui devait si mal finir, Jean l'avait quitté à la suite de violentes querelles, causées sans doute par des demandes d'argent auxquelles Richard n'avait pas voulu satisfaire, ensuite de quoi il s'était retiré dans son comté deMortain (1). Bérengère, sa veuve, qu'il avait à peu près délaissée, n'avait jamais été couronnée en Angleterre el, de ce fait, ne pouvait prétendre à aucune ingérence dans les alTaires du royaume. En somme, Aliénor seule, qui continuait à se qualifier de reine d'Angleterre, de duchesse de Normandie et d'Aquitaine, et de comtesse d'Anjou, représentait le principe d'autorité légale, et avait seule qualité, pendant cet interrègne, pour parler aux habitants du royaume. Elle ne paraît pas toutefois avoir guère usé de cette prérogative en dehors de son duché d'Aquitaine où elle allait agir en véritable propriétaire.

Bien que cinq jours à peine se fussent écoulés entre la mort de Richard et son inhumation, le bruit s'en était vite répandu et, de

(i) Rec. des hist. de France, XVIÏ, p. SgS, R.de Hoveden, el p. 658, R. de Dicct; Id,, XVIIÏ, p. 85, R. de Coggeshale, el p. 33o, chron. britann. R. de Coggeshale, le plus véridique des chroniqueurs anglais de ceUe époque, ne touche pas un mol d*ua prétendu testament qu'aurait fait Richard sur son lit de mortel par lequel, selon les chroniqueursR.de Hoveden et R. de Dicet,il aurait désigné Jean Sans-Terre pour son successeur, lui aurait fait prêter serment par les personnes de son entourage, lui aurait laissé les trois quarts de son trésor, le dernier quart devant être distribué k ses serviteurs el aux pauvres, et enfin aurait légué ses joyaux à Othon. Les dispositions de ce prétendu acte, qui n'a jamais été produit, semblent avoir été conçues après coup, pour légitimer le coup de force de Jean Sans-Terre,

toutes parts, des gens inléiesséss'étaient dirigés vers Fonlevraull, afin d'assister aux obsèques du prince. Parmi ceux-là se trouva Guillaume de Mauzé. Ce seigneur avait été dépouillé par Richard du domaine de Marans; poussé par des amis, alors qu'Aliénor se trouvait encore dans l'église de Fontevrault et que les dernières pellelées de terre venaient à peine d'être jetées sur la fosse de son fils, Guillaume vint la supplier de lui rendre Marans.

Il était difficile à Aliénor, dans les circonstances présentes, de refuser cette grâce, mais, suivant une habitude qu'elle avait déjà pratiquée et dont elle ne se départit guère par lasuile, elle imposa au quémandeur une charge assez lourde. En échange du domaine de Marans^ qui allait lui revenir dans toute son intégrité, la reine Aliénor exigeade Guillaumequ'il constituât, afin d'obtenir la miséricorde de Dieu pour Tàme de Richard, une rente de 100 livres de monnaie angevine sur tout ce domaine, payable par moitié, à la Saint-Jean et à Noël. Le sire de Mauzé n'hésita pas à accepter cette obligation et, devant toutes les personnes qui s'étaient trouvées à la sépullure du roi, il prêta serment, sur les reliques des Saints, d'exécuter fidèlement les engagements qu'il venait de prendre. Deux actes, passés tous deux le même jour et qui sont presque uniquement la reproduction l'un de l'autre, constatèrent l'accord ; l'un est émané de Guillaume de Mauzé, l'autre d' Aliénor, qui spécifia que les 100 livres de rente^ dont elle dotait ainsi le monastère de Fontevrault, seraient exclusivement affectées aux robes des religieuses (1).

Mais ce n'est pas à ce seul acte que se borna la générosité de la reine en faveur du monastère qui venait d'accueillir dans sa terre bénie les dépouilles de son fils. Presque immédiatement après la cérémonie, car on trouve auprès d'elleTévêque de Lincoln et les principaux personnages qui y avaient pris part, elle donna à Fontevrault la villa de Jaulnay, dont les revenus devaient être afl'ectés spécialement à la cuisine des religieuses (2).

Dans les jours qui suivirent arrivèrent à Fontevrault un grand nombre de personnes notables, telles que Pierre, cardinal de

(i) Dibl. nal., Man. latin 5,48o, page 25, extraits du cartulaire de Footevraull, par le P. I^rdier.

(2) Marcbegay, Notices et piéctn hist,, pp. 261 et 262.

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Capouo, l(^çat du pape, Tévêque d'Agen, le trésorier de l'église d'Angers, Robert de Turneham, sénéchal d'Anjou, la reine Bérengère,Malliildede Saxe, comtesse du Perche, petite-fille d'Aliénor, et enfin Jean Sans-Terre.

Tous ces personnages, et bien d'autres, se trouvaient réunis dans Tabbaye le 21 avril et assistèrent à la donation qu'Aliénor fit à Lucas, abbé de Turpenay, de l'élang de Langeais et des moulins que ses eaux faisaient tourner, pour le récompenser des services qu'il lui avait rendus pendant la dernière maladie de Richard (1).

Dans la charte de cette concession, Aliénor déclare qu'elle associe à son acte son très cher fils Jean, comte de Mortain. Celui-ci n'avait été avisé qu'assez tard de la mort de son frère. Lorsque Richard avait compris la gravité de son état, il avait envoyé en Normandie un messager chargé d'en informer secrètement l'archevêque de Cantorbéry et Guillaume Le Maréchal, ses confidents ; il lui avait en outre remis des lettres patentes, scellées d'un sceau pendant, par lesquelles il confiait à Le Maréchal la garde de la tour de Rouen ainsi que celle du trésor qui y était conservé. Ce dernier se trouvait au Vaudreuil, avec l'archevêque de Cantorbéry, l'évêque de Bath, Jean et Pierre de Préaux, et Guillaume de Mortemer, quand le porteur des lettres de Richard le rejoignit le 7 avril. Trois jours après, le 10 avril, arriva un nouveau messager, nomméThierry,qui venait apporter la nouvelle de la mort du roi, laquelle remontait déjà à quatre jours (2).

C'est vers ce temps que Jean dut être informé par sa mère du grave événement qui venait de se produire, et, sans plus tarder, il s'en fut la rejoindre afin de s'entendre avec elle sur la conduite qu'il aurait à tenir. Aliénor ne dut pas hésiter, et voulut que son dernier fils succédât à son aîné. Toutefois, elle ne fit pas aussitôt connaître le fond de sa pensée, et dans la charte qu'elle fil délivrer à Tabbé de Turpenay, elle ne qualifia Jean que de son titre de comte de Mortain. Toutefois, en l'associant aux dispositions qu'elle venait de prendre pour honorer la mémoire de Richard, elle semblait déjà le désigner comme l'héritier légitime du roi.

(i) Teuîcl, Layettes du Trésor des chartes^ I, p. 200. (2) V histoire de G. Le Maréchal, 111, p. i58, note 5.

Evidemment c'est elle aussi qui agit sur Robert de Turneham, le sénéchal d'Anjou, qui dès le premier jour était venu la relrouver. Quand Jean arriva, le sénéchal était conquis aux projets de la reine, et, sans hésiler, il livra au prince le château de Chinon où élait conservé le trésor royal, et les places fortes de Saumur et de Loches. Puis, d'un commun accord, ils décidèrent de marcher sur Angers, afin de prendre possession des domaines héréditaires de la maison d'Anjou, mais ils avaient été devancés; le jour de Pâques, 18 avril, la troupe de Jean, partie de grand malin, élait encore à cinq lieues de la ville, à Beaufort-en-Valiée, quand on apprit que Thomas de Fumes, neveu de Robert de Turneham^ venait de livrer la capitale de l'Anjou aux Bretons commandés par Guillaume des Roches, lequel amenait avec lui Arthur de Bretagne et sa mère.

Le coup étant manqué, Jean revint sur ses pas et resta auprès d'Aliénor pendant trois jours au moins^ puisque, le 21 « il assista à la donation faite à l'abbé de Turpenay ; il partit ensuite pour la Normandie. Il avait déjà employé l'argent du trésor de Chinon ou du moins fait des promesses qu'il lui fut possible de tenir, car le 25 avriljourdela Saint-Marc,il reçut dansla cathédrale de Rouen, des mains de l'archevêque, l'épéè et la couronne de roses d*or des ducs de Normandie, dont par ce fait il était reconnu le successeur. Il visa ensuite l'Angleterre, mais cette fois sans agir personnellement et sans se hâter; il y envoya l'archevêque de Cantorbéry, Geoffroy fils, de Pierre, le justicier du royaume, el Guillaume Le Maréchal, qui devaient préparer les esprits et lui assurer le trône (1).

Kn ce moment la situation était celle-ci : les Normands reconnaissaient Jean Sans-Terre pour leur duc, et l'on pouvait prévoir que l'Angleterre ne tarderait pas à l'acclamer comme roi ; les Gascons, les Limousins, les Poitevins, les Angevins et les Bretons étaient plutôt portés à se placer sous la domiDalion d'Arthur (2).

Aliénor, oubliant le serment qu'en 1192, à Londres, dans une

(i) Rec. if es hist. (if France, XVll, p. 5/», 1^. de lIovcdcD,el XVIU, p. 87, H. de Cogi^cshale; L'histoire de(i. Le Maréchal, II, vers 117^.^ à iiQ^o. (2) Uhistoire de G. Le Maréchal, W, vers 1192/1 à 11926.

Le coup porté était dur, niais Aliéner se rendit bien vite compte que le château do Talmond allait cesser de devenir une résidence royale du jour où Jean passerait roi d'Angleterre; que désormais il n'y aurait plus de comte de Poitou et que, quant à elle, il lui importait asseï peu de posséder les plus belles chasses de l'Aquitaine. De ce côté elle céda donc et renonça aux droits séculaires des comles de Poitou sur le Talmondais; mais il en était autrement de la Rochelle, et sur ce point elle se montra intraitable. C'était le port du Poitou ; elle l'avait en quelque sorte vu naître; elle avait assisté à son développement, elle prévoyait Textension qu'il était encore appelé à prendre ; c'était un joyau dont elle connaissait tout le prix. Elle résista donc.

Sans nier les droits de Raoul, elle lui oITrit une compensation, et cela encore au détriment des plaisirs des comtes de Poitou; elle lui abandonnerait le château do Renon avec toutes ses dépendances, à l'exception de ce qu'elle avait précédemment donné à Hugues de Thouars. En outre, n'oubliant jamais dans ses actes ridée religieuse qui la dominait, elle spécifia le maintien de toutes les donations, qu'elle et sos prédécesseurs avaient faites aux établissements religieux, de domaines situés sur les territoires qu'elle cédait fi Raoul. Celui-ci consentit à tout; il renonça à tous ses droits sur la Rochelle, à l'exception d'une rente de 500 sous sur la monnaie du lieu, et s'engagea spécialement à garantir à la reine la possession intégrale de la ville ; mais Aliéner, presque honteuse de se laisser dépouiller ainsi, tint à en donner publiquement le motif et elle fit insérer dans l'acte une phrase par laquelle elle disait qu'elle n'avait agi de cette sorte qu'afin de s'assurer les services de Raoul de Mauléon, services qui étaient nécessaires aussi bien à elle-même qu'à son fils Jean (1).

Rien que, par ces paroles, Aliéner ne se fût pas prononcée catégoriquement en faveur des prétentions de Jean Sans-Terre & la totalité de l'héritage de son frère, cependant elle semblait reconnaître en lui le futur maître de l'Aquitaine, où elle voulait lui

(i) ArcAre, Hiit. de la Rochelle y II, p. 647, preuves. Gîry (Etabl. de Roaen^ I, p. 63, D** 3) donne à cet acte la date du 24 décembre, mais cette indication est inexacte, elle est démentie par le texte même de la charte, qui porte qu'eUe fut délîtrée le 29avril, le lendemain de In ftMe de naiot Vital, martyr, que Too célèbre le s8 arril, « crastino Vitalis marlyris ».

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ménager des partisans; mais elle ne dut pas tarder à sentir que son désir d'être utile à son fils Tavait entraînée trop loin et on ne voit pas qu'elle ait payé par d'autres faveurs exceptionnelles le concours des personnages qui se trouvaient à Loudun et qui furent les témoins de ses générosités, à savoir : Aimery, vicomte de Thouars, Hugues, vicomte de Châtellerault, H ugues et Raymond de Thouars, Eble de Rochefort, Guillaume de TElang et autres.

De Loudun elle gagna Poitiers. Mercadier, qui n'avait pas à dissimuler ses sentiments, traita en ennemi le pays qu'il traversait ; c'était une portion de l'Anjou, c'est-à-dire une contrée hostile à Jean Sans-Terre dont il avait embrassé la cause, etilla pilla (1).

A Poitiers, où elle séjourna pendant quelques jours, la reine organisa sa maison, dont le personnel se modifia peu pendant le restant de sa vie. Il se composait de quatre chevaliers : Raoul et Guillaume de Paye, ses cousins, Amelin du Breuil et Pierre, le chevecier de Chauvigny, et de plus, accidentellement, Laon Ogier et Châlon de Rochefort, de trois sergents : Geoffroy de Chauvigny, Geoffroy de Jaunoy et Guillaume Vigier, de trois clercs : maîtres Richard de Gnowsale, Geoffroy de Chinon et Guillaume de Saint-iMaixent, de trois chapelains : Roger, religieux de Fonlevrault, Joscelin et Renoul (2).

Le 4 mai, lendemain de l'Invention de la Sainte-Croix, l'abbé et les religieux de Montierneuf vinrent la trouver quand elle tenait sa cour au milieu de ses barons, et lui présentèrent les chartes de son père, de son aïeul et du père de celui-ci, qui avaient fondé et doté leur monastère. La reine, après un mûr examen des pièces, et sur le conseil de ses barons et des assistants, déclara qu'elle maintenait l'abbaye dans la possession de tous les biens qui lui avaient été attribués et qu'énuméra le charte que rédigea sur-le-

(i) Rec. des hist.de France^ XVII, p. 597, H. de Hoveden. La plupart deshistorieas qui se soDt occupés de celle époque a*oal pas compris le sens du passii^^e de rannaliste; ils ont cru que le mot a Andei^avia », qu'il emploie, signifiait Angers, et ils en ont conclu qu*AIiénor et Mercadier avaient fait la conquête de cette ville dans le cou* rant d'avril. Or « Andegavia » a ici le sens d*Anjou; Loudun faisait partie de ce comté qui, avons-nous dit précédemment,s'étendait jusqu'aux portes de Poitiers, et ce fut le Loudunaisqui,lors du passa jl^c des routiers de Mercadier,a été Tobjet de leurs déprédations.

(2) Les noms de ces divers personnai^çes se rencontrent parmi ceux des témoins de nombreux actes émanés d'Aliéoor; ce qui les distin&^ue et spécifie leur caractère, c*est qu*à la mention de leur qualité est joint le pronom «< nostris » employé par la reine pour indiquer qu'ils sont spécialement attachés à sa personne.

champ son clerc Roger ( 1 ). Aliénor avait en ce moment auprès d'elle les abbés de Saint-Maixent et de Sainl-Cyprien, Raoul de Lusignan, comte d'Eu, et Geoffroy, son oncle, Simon de Lezay, Guillaume de Rcaumonl, Jouberl de la Guerche, Raoul et Guillaume de Paye, Guillaume de Lezay, prévôt de Poitiers, et autres (2).

Le même jour, 4 mai, Roger obtint d'elle qu'elle fondât à Fontevrault une chapellenie de Saint-Laurent, dont il aurait la desserte, sa vie durant, et à laquelle elle assurait une rente de 10 livres de monnaie poitevine, assise sur les receltes de sa prévôté de nie d'Oléron. Outre les gens de sa maison assistaient h cet acte les évoques de Poitiers et de Saintes, les trois archidiacres du diocèse de Poitiers, le doyen et le sous-doyen de la cathédrale, et Mathilde, vicomtesse d'Aunay, qui était venue présenter ses devoirs à la reine (3).

Pendant qu'Aliénor était ainsi en train d'aliéner les revenus de la prévôté de l'île d'Oléron, elle disposa encore sur cette prévôté d'une autre rente de 10 livres de monnaie poitevine en faveur de sa petite-fille, Aelizie, fille de la comtesse de Blois pourlors décédée, avec faculté de les employer sa vie durant pour son usage personnel. Après sa mort, cette rente devait faire retour à Tabbaye de Fontevrault et être affectée à la dotation d'un anniversaire qui serait célébré annuellement pour l'âme de la comtesse de Blois et de sa fille (4). C'est sans doute en ce moment qu'elle délivra des lettres de sauvegarde aux abbayes de Sablonceaux et de Fontaine-le-Comte et qu'elle interdit spécialement au prévôt de Montreuil de porter atteinte aux propriétés de celte dernière abbaye (5).

(i) De cette longue lisfe de biens nous n'en retiendroos que deux, qui îotéreMent la toposii-raphie de la ville de Poitiers h cette époque, Fun est rétang, contifl^ ib la cité, que la comtesse Açuès avait faii éditier pour 8a défense, Fautre les traocbées (|ui allaient de cet étangs au Claio ainsi que la tour placée au-dessous de rëiaug ti que raïcul d*Aliénor avait autrefois confiée à la garde des religieux de Fabbaje.

(2) Arch. de la Vienne, orig., Montiemeuf, no 03 ; Teulet, Layeiies da Trésor de» chartes, I, p. 202.

(;{] Miirchegay, Notices et pièces hisf.^p. aGy, En accroissemeot de cette fondai tionja reine donna à Fontevrault une maison et un four qu'elle avait fait coostniire à Poiiiers el dont Roger cl ses successeurs devaient spécialement jouir.

{f\) Marchegay, Notices et pièces hist.^p 258. Cette pièce n'est pas datée^maif comme <M y rencontre lesniémestémoins que dans la précédenle.clle est évidemment du iDéme jour.

^'ij Arch. de la Vienne, Foutaiue-le-Comte, 1. 1. Dans le fonda de cet ëtabliaae

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