‹ Histoire des comtes de Poitou, 778-1204 (volume 3)Chapitre 10 sur 19 · AYMAR · texte numérisé non relu

AYMAR

rendit plus lard la vicomte de Marcillac. On peut se demander si, en agissant ainsi, le comte d'Angoulême cédait à un sentiment de pitié ou bien s'il prenait le contre-pied des actes d'Aymar et de Sanche.

Aymar mourut le 2 avril 926 et fut enterré à Saint-Hilaire de Poitiers, ce qui témoigne qu'à cette époque il était totalement réconcilié avec Eble (1). Il ne laissa pas d'enfants. Sa femme, qui mourut à Angoulôme et fut inhumée dans Téglise de Saint- Cybard (2), était, comme lui, d'une piété extrême ; aussi les deux époux purent-ils, sans craindre de voir contester leurs dernières volontés, se montrer très généreux envers l'Église. Cinq grandes abbayes reçurent d'eux d'importants domaines, tous situés sur les confins du Poitou, de la Saintonge et de l'Angoumois; ils donnèrent Vouharte à Charroux, Mouton à Saint-Martial de Limoges, Gourville à Saint-Cybard d'Angoulême, Néré à Saint-Jean d'Angély et Courcôme à Saint-Hilaire de Poitiers (3). La présence de ce dernier domaine entre les mains d'Aymar vient à point pour attester, à défaut de tout autre témoignage, l'existence des bons rapports qui se sont établis, à un moment donné, entre lui et Eble, On se rappelle que ce dernier avait concédé en 890 l'alleu de Courcôme à Saint-Martin de Tours, mais qu'il s'en était réservé la jouissance par un acte de précaire; quand il fut évincé du Poitou, en 893, toutes ses possessions passèrent naturellement entre les mains d'Aymar, qui les perdit à son tour en 902 et qui, par suite, ne pouvait détenir Courcôme à sa mort que par un don particulier d'Eble (4).

(i) Chron. d*Adémar, pp. i45 et 201. La chronique d'Angoulême fixe à Tannée 980 la mort d'Aymar, mais il parait plus sûr de s'en rapporter à la chronique d*Adèmar qui, à deux reprises différentes, le fait succomber dix ans après le comte d'Angoulême, Audouin, lequel mourut certainement en g 16.

(2) La chronique d'Adémar (p. i45),qui relate la mort de Sanche, dit qu'elle eut lieu le 2 des nones d*avril (4 avril), sans indiquer Tannée.

(3) Bien que le texte de la chronique d^Adéniar qui rapporte ces donations dise qu^elles furent le fait d'Aymar, et provenaient de son domaine prive, de jure proprio (pp. ]4i et 199), il nous parait rationnel d'y faire participer Sanche, à qui Aymar avait dû constituer un douaire sur ses propres biens.

(4) L'abbaye de Saint-Martin de Tours ne rentra jamais en possession de Courcôme ; il n'est même pas sur que Tabbaye de Saint-Hilaire ait été appelée à jouir de la donation d'Aymar, car, au milieu du xe siècle, lefi comtes de Poitou étaient encore en possession de cet alleu qui fut donné à Saint-Hilaire par Guillaume Fier>à-Bras (Rcdet, Doc, pour Saint-Hilaire, I, p. 44).

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Avec Aymar s'éleignil la doscendance d'Emonon qui, pondant qualre-vingls ans, fui une uuMiaco porprluello pour la dynastie fondée par Honoul 1 el dont la disparition assurait à colle-ci la possession incontestée du Poitou.

VI bis. — EBLE pour U Mcoada fois

Le coup de main d'Eble ne devait pas lui sust^iler do diflicultés du côté du roi de France. Aymar avait perdu son plus fort appui dans Eudes, décédé quatre ans auparavant, et Charles le Simple ne pouvait voir qu'avec satisfaction un membre do cotte famille d'Auvergne, qui lui était si dévouée, administrer Timportanl comté de Poitou. Heconnu par le roi, soutenu par son parent Guillaume le Pieux, Eble porta tous ses soins à consolider son autorité.

Il avait d'abord à récompenser les dévouements personnels grâce auxquels il avait pu rentrer dans son héritage. Los bénéfices laïques ou ecclésiastiques à sa disposition furent par lui distribués à ses fidèles ; toutefois, comme, parmi ces derniers, il s'en trouvait à qui Toclroi de domaines ou de sommes d'argent ne pouvait suffire, à ceux-là il conféra des dignités. Jusqu'alors le Poitou n'avait compté qu'un seul vicomte, qui résidait ci Tbouars, el dont la charge avait fini par devenir héréditaire (1). Eble en créa deux autres : l'un, Maingaud, qui fut placé à Aunay ; l'autre, Alton, à Mello(2). La situation d'Aunay était 1res impor-

(i) Le premier vicomte que l'on paisse attribuer àThouars est Geoffroy, qui assiste en cette qualité à une donation de biens faite en août 876 à Fabbaye de Sainl-Jouinde-Marnes (Grandmaison, Cariai, de Saint-Joiiin, p. 12) ; toutefois, on ne saurait affirmer qu'il se rattache directement à ses successeurs. On trouve après lui Savari, qui est présent en juillet Qo^ à une vente de biens faite près de Saint-Maixenl (A. Richard, Chartes tU Saint-Maixenl, I, p. i8j, et qui, jusqu'ici, paraît être la tige de départ des vicomtes héréditaires de Thouars.

(2) Cis deux vicomtes assistent, le 14 mai 904, à un plaid tenu par Ëble, dans la villtî de Poitiers (De Lasleyrie, Etude sur les comtes de Limojes, p. loG) ; le nom d*Attv^n est accomp.iijaé de la qualification de vicomte de Melle dans un autre plaid

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lante. Celte ancienne localité romaine, posée sur la grande voie de Poitiers à Saintes, à quelques pas de la frontière de la Saintonge, était tout indiquée pour devenir un poste de surveillance. Quant à Melle, c'était encore le centre monétaire du Poitou ; les produits de ses mines et de son atelier entraient pour une large part dans les revenus du comte de Poitiers, à qui celte ressource spéciale permettait de se livrer à ces dépenses pour lesquelles l'argent immédiatement disponible est une nécessité. Eble ne crut pas trop faire pour celui de ses fidèles qui avait la garde et peut-être la gérance de ce précieux domaine. C'est dans les siens queSavari,le vicomte de Thouars, fut principalement récompensé ; son frère Aymar reçut Tabbaye de Saint-Maixent et son autre frère Airaeri Tavouerie de la même abbaye (1) ; une seule famille possédait, par ce moyen, la plus grande partie des revenus de ce puissant établissement. Un des fidèles du comte, Ebbon, fut pourvu de Tabbaye de Saint-Paul de Poitiers (2) et d'autres largesses furent répandues sur tous ces grands du Poitou, sur ces autres fidèles que l'on voit se presser autour du comte lors de la tenue de ses plaids (3). Ses générosités furent sûrement nombreuses, car ce n'étaient pas seulement des dévouements d'un jour qu'il convenait de s'assurer. Jusqu'à ce qu'il fût bien établi qu'Aymar n'était plus àredouter, on pouvait toujours craindre de sa part un retour offensif. 11 ne semble pas s'être produit, et pourtant le pécule qu'il avait abandonné était beau. En dehors du Poitou, son domaine patrimonial, qu'Eble avait enlevé à son adversaire, il l'avait encore dépouillé du Limousin, dont il est

d'Eble, d'avril 907 (Arch. de la Vienoe, orig.,Noaillé,n» 20 ; Besly, Hisl, des comtes^ preuves, p. 224).

(1) A. Richard, Chartes de Snini'Maiœent, iDlrod., I, p. lxiv. Aymar aurait, selon la chronique de Saint-Maixent (p. 373), possédé Fabbaye dès 903.

(2) Voy . l'acte d^échange de biens passé au mois de mars 923 entre Rothard, abbé de Noaillé, et Eble, comte de Poitou, ce dernier agissant pour le compte de Tabbaye de Saint-Paul que possédait en bénéfice son vassal Ebbon (Arch. de la Vienne, orig., Nuaillé, n» 3o; Besly, Hist, des comtes, preuves, p. 221).

(3) On connaît Tcxistence de quatre plaids tenus par le comte Eble: en 904, i4 °iai (De Lasieyne, Etude sur les comtes de LimoffeSy p. 106); en 907, avril (Arch. delà Vienne, orig., Noaillé, no 20; Besly, Ilist. des coM/cy,preuves, p. 22/1) ; en 926, 28 avril (A, Richard, Chartes de Saint-Maixent^ I,p. 23) ; en 926, 21 mai (Besly, Nist, des comtes, preuves, p. 218). On y constate la présence, parmi les très nobles hommes^ vassaux du comte, des vicomtes de Thouars, de Melle, d'Aunay et de Limoges, de juges, audiiores et amanaenses^ et de vicaires ou viguiers.

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reconnu comle dès 904, cVsl-à-dire deux ans soulomonl après la reprise du Poitou. Le 14 mai, Kble, enlouré des f^rands du pays, parmi lesquels on remarquait les viromtes Maingaud et Atlon, l'auditeur Begon, Tamman Romaire, tenait un plaid à Poitiers. Devant lui se pn'^senla Galon, avocat du monastère de Nouaillé, qui demanda justice contre Audebert, viromte do Limoges, lequel, par cupidité, avail enlevé aux mnjnes la forêt de Notre-Dame de Bouresse. Audebert, qui était présent, après avoir entendu les dépositions des témoins, reconnut son tort et rendit àTabbaye son bien usurpé (1).

Pendant le temps qu'Aymar avait possédé le Poitou, sa bravoure bien connue le rendant redoutable k ses adversaires, le pays si fatigué avait pu respirer. L'occupation inopinée de Poitiers par Ëble ne changeait rien à la situation. Néanmoins, le estime n'existait pas dans le sens absolu du mot, les Normands restant toujours pour les populalions h Tétai de menace permanente. Kn 897, ils avaient encore commis de nombreuses déprédations dans la région (2), mais en 903 leur expédition prit presqu(» le caractère d'une invasion. Ils remontèrent la Loire et s'emparèrent encore une fois des villes de Nantes et d'Angers ; puis ils se portèrent sur Tours, oix ils brûlèrent l'église et le monastère de Saint- Martin; mais ne purent emporter la ville (3j. La rive gauche du fleuve ne resta certainement pas indemne. Toutefois, cet état de trouble n*existait qu'au nord du Poitou, la tranquillité régnait au centre. On en a la preuve par la détermination que prirent

(i)Dc Lasieyric {Etude sur les comtes de Li mot/ es fp,io(j). Dans ce savant mémoire, M. de Lastcyn'e déclare (pp. ^o et 40 <I"'il rciionce à expliquer comment il se fait que le Limousin, possession certaine des comtes de Toulouse en 887, se trouve, au commencement du xe siècle, aux mains d'un comte de Poitou. Il hasarde toutefois cette supposition que ce chan «cément a pu se produire après la mort d'Eudes, comte de Toulouse en 918, et que le roi de France aura dépossédé les héritiers d'Eudes pour donner le Limousin à son fidèle le comte de Poitou. Celte supposition est absolument gratuite et n'a pour elle que ce que l'on sait des fa<;ons d'atçir des rois de cette époque. Nous ne savons pour quel motif M. de I^asleyrie ne mentionne pas la charte de Beaulieu de 898 qui nous apprend qu*à cette date Aymar était comte de Limoges; si à ce fait Ton joint le plaid de 90/j, tenu seulement six ans après, duquel il résulte qu' Audebert, en venant se présenter devant le comte de Poitiers comme son justiciable, reconnaît par ce fait sa suzeiainelé, il nous semble (ju'à dt'faut de tout argument contraire on peut faire remonter aux dernières années du ixe siècle la prise de possession du Limousin par les comtes de Poitou.

(2) Ann, de Saint-Berlin^ p. 355, Saint- V'aast.

(3) Çhron. dç TQuraine, éd. Salmon, pp. 1 07 et 108.

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en 908 les moines de Charroux de rapporter dans leur monastère le bois de la Vraie Croix et les ornements précieux de leur église, qu'à la fin du siècle précédent, par crainte des Normands, ils avaient mis en sûreté à Angoulême. Mais le comte Audouin ne voulait pas se dessaisir du trésor dont il était détenteur ; il lui avait même assigné une église de sa capitale pour lieu de dépôt, celle de Saint-Sauveur. Cependant, une maladie de langueur étant venue Tatleindre et la famine ravageant ses états, il crut voir dans ces faits une intervention divine et, en 915^ il chargea son fils Guillaume de restituer aux moines de Charroux le bois précieux qu'il avait fait placer dans une châsse dorée enrichie de pierres précieuses (1).

D'un autre côté, en 911 (2), les moines de Saint-Maixent projetèrent de faire revenir de Bretagne le corps de leur saint patron, mais, quand le cortège atteignît la Loire, ils apprirent que les païens dévastaient le Poitou. La Bretagne^ d'où ils venaient, était aussi menacée ; dans cette alternative, il ne leur restait d'aulre ressource que de s'éloigner au plus vite. Ils remontèrent le fleuve, et achetèrent l'église de Candé-sur-Bcuvron, mais, le danger étant toujours imminent, ils ne purent se fixer en ce lieu, et, contraints d'aller toujours de l'avant, ils gagnèrent l'Auxerrois, ofi le comte de Bourgogne, Richard, leur donna l'hospitalité (3).

C'était devant Rollon que s'enfuyaient ainsi les porteurs des précieuses reliques. Le grand chef des Normands dirigeait en ce moment une des plus importantes entreprises qu'il ait tentées. Après avoir ravagé le centre de la France, il s'était replié sur Chartres. L'évêque de cette ville, Guateaume, s'adressa, pour avoir des secours, aux deux plus vaillants et plus puissants guer-

(i) Chron. (VAdémar, p. i44- ^^ morceau du bois de la Vraie Croix, dont la pos session donna tant de relief k l'abbaye de Charroux, avait été donné à Charlemagne par le patriarche de Jérusalem et déposé par ce prince dans l'és^'lise de Charroux, que fit construire son fidèle, le comte de Limoçes, Roijer. Celle abbaye dut à celle circonstance la sanctification de son nom, Sanctns Carro/us, ainsi que nous i*apprend Adémar (Chron. ^ p. 162, add.), lequel désigne généralement cette localité avec cette qualification pieuse.

(2) Cartnl, de Redon^ éd. de Courson, pp. 228-230.

(3) Le domaine où le comte de Bourfrogne installa les religieux de Redon, situé sur les bords de TArmançon, s'appelait Ancy. C'est une commune du département de l'Yonne, pendant longtemps désignée sous le nom d'Ancyle-Serveux et qui porte aujourd'hui celui d'Ancy-le -Libre; son église a toujours saint \IaixeQt pour patroi).

riers du royaume, Richard le Juslicier,comle de Bourgogne, el EbleManzer, comte de Poitou. A diverses reprises, ces deux comtes avaient essayédesecouerrapalllie des FrancsquiconsliluaienlTenlourage de Charles le Simple, et s'étaient offerts, en cas de guerre aveclespaïenSjdevenir directement en aideauroi. Ils répondirent donc favorablement à la supplique de Guateaume,et^ rassemblant leurs troupes, ils se dirigèrent vers Chartres, où Robert, duc de France, devait venir les rejoindre avec les contingents du Nord. Rollon,qui assiégeait la ville, se vit à son tour menacé. La bataille s'engagea le samedi 20 juillet 911. Afin de paralyser la tactique habituelle des Normands, qui se déployaient en arc de cercle et, par leurs pointes, cherchaient à pénétrer dans le gros de Tarmée adverse ou même à la prendre à dos, Richard divisa ses troupes en trois corps : le premier comprenant les Aquitains, c'est-à-dire les contingents d'Auvergne el de Berry commandés par Tauvergnal l)almace(l), assistés d'une troupe de Neustriens d'élite; le second corps élait composé de gens du Nord, et le troisième du gros des Neustriens. Le centre de RoUon, qu'il avait dégarni pour renforcer ses ailes, fut enfoncé, et quand celles-ci eurent fait leur mouvement convergent elles se heurtèrent au second corps, à qui le troisième vint en aide. A ce moment, les habitants de Chartres firent une sortie sous la conduite de leur évêque ; Rollon, se voyant cerné, culbuta les troupes qu'il avait en face el opéra sa retraite. Les Aquitains firent alors volte-face et achevèrent de décider la victoire. Mais si une partie des Normands put rejoindre son chef, qui n'était pas inquiété dans sa marche, ceux qui composaient l'aile séparée de lui par l'armée des comtes ne purent le rejoindre el, combattant pas à pas, finirent par gagner la colline de Lèves où, la nuit survenant, on cessa de les poursuivre. A cet instant, Eble, qui avait été retardé dans sa marche, arriva avec ses Poitevins. 11 reprocha amèrement aux Francs el aux Bourguignons de ne pas l'avoir attendu, leur disant : « J'aimerais mieux mourir avec tous mes compagnons plutôt que de ne pas me battre. »

Les confédérés lui montrèrent le parti qui occupait la colline de

(i) Le vicomte Dalmace fultémoÎQ d'une donalioa faite au mouaslère de Sauxtilauges, le II octobre 926, par Acfred, comte d'Auvergne et duc d'Aquitaine [Cartal. de SauxillangeSf éd. Doniol, p. 5o).

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Lèves et lui dirent de l'exlerminerafin de venger le sang des leurs qui avait été répandu dans celle lulle foraiidable. Eble monta à l'assaut de la colline, mais les Normands, comballanl avec le courage du désespoir, réussirent à le repousser. Les Poitevins apportèrent alors les fascines et autres objets dont les troupes de RoUon s'étaient munies pour donner l'assaut à la ville ; ils comptaient s'en servir pour entourer la position des assiégés, mais ceux-ci s'en emparèrent et formèrent une enceinte dans laquelle ils se trouvaient à l'abri. Pendant ce temps, les Francs restaient paisibles spectateurs de la lutte. Eble, voyant qu'il ne pouvait aboutir et que le succès était incertain, fît demander aide à Hicliard, qui avait installé son camp sur le champ de bataille; avec son secours on entoura la colline de façon qu'aucun Normand ne pûl s'échapper (1). La situation de ces derniers devenait des plus critiques; ils tinrent conseil, et l'un d'eux, Frison de nation, leur donna cet avis : «Pendant le silence de la nuit, qu'un certain nombre d'entre nous descendent de la colline et se glissent sans bruit, aussi loin que possible, au milieu des tentes; ils sonneront alors de la trompette. En entendant ce bruit, nos ennemis croiront queRollon est revenu les attaquer et, remplis d'effroi, ils s'enfuiront de tous côtés. C'est alors que, profilant de leur désarroi, le restant de notre troupe se précipitera sur le camp, et là, combattant avec acharnement,nous arriverons à le traverser. » Ce plan s'exécuta. Les troupes de Richard, surprises dans leur premier sommeil, se dispersèrent de toutes parts et livrèrent passage aux assaillants qui se hâtèrent de gagner les bords de TEure, où ils se retranchèrent sur une motte, dans un marais. Puis, pour arrêter la poursuite des cavaliers qui composaient l'armée des comtes^ ils employèrent le procédé barbare de se former une enceinte avec les cadavres dépecés elles chairs sanguinolentes d'animaux domestiques. Quand, au matin, l'armée, revenue de sa panique, constata la fuite des assiégés, la poursuite recommença, mais les clie-

(i) Le corps de saiot Maixenl s.5 trouvait encore, le 27 novembre 910, dans sa résidence bretonne de Maxent (Cariai, de Redon, p. 226), où il avait été transporté vers 860; or, comme le comte Richard est mort en 921, et qu'il n'y a pas trace d'une importante invasion normande dans ces ré<^tous entre celle de KoUon en 911 et celle de Raa^heioH en 928, il en résulte que l'exode des moines de Saini-Maixent ne peut se rapporter qu'à l'invasion de 911.

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vaux reculèrent devant Tobslaclerépu^anl qui leur était opposé, et les Normands, laissés en paix, purent s'embarquer tranquillement et rejoindre leur chef (1). L'émotion causée par leur attaque soudaine pendant la nuit avait été telle qu'Eble s'était enfui comme les autres et resta caché jusqu'au jour dans lamaison d'un foulon(2).

Si les bandes normandes n'avaient pas été anéanties, néanmoins un grand résultat avait été atteint. Kollon sentit que, désormais, il ne lui suffirait plus de se précipiter sur une contrée pour voir la population se dérober devant lui; il comprit que l'idée de la résistance à outrance était née et le fait que sa tactique ordinaire avait été déjouée lui inspira des craintes pour l'avenir. Aussi accepta-t-il peu après les avances que Charles le Simple lui fit faire et, Tannée suivante, le traité de Saint-Clair-sur-Eple, en lui donnant la Neuslrie occidentale et la fille du roi, fit-elle de lui un défenseur de celle société dont.Jusqu'à ce jour, il n'avait cessé d'être l'ennemi. Du reste, la frayeur instinctive que les Normands inspiraient depuis plus d'un demi-siècle se dissipait peu à peu par l'effet de leur fréquentation ; les connaissant mieux, on ne redouta plus d'entrer en lutte avec eux, si bien que lorsque Rap^henold se lança, en 923, sur la haute [Loire avec tous les aventuriers qu'il put rassembler, il trouva devant lui les Aquitains, commandés par Raymond^ comie de Toulouse, et Guillaume, comte d'Auvergne, qui l'arrêtèrent et lui tuèrent douze mille hommes (3).

Eble ne paraît pas avoir pris part à cette dernière affaire, d'autant plus qu'il semble qu'à celte époque il n'avait rien à redouter des pirates danois. Ceux-ci, depuis leur apparition sur les côtes de France, n'avaient pour ainsi dire pas quitté l'embouchure de la Loire qui fut le théâtre de leurs premières expéditions^ mais

(i) DudoD de Sainl-Quenûn, De moribns Normanniœ ducum^ 1. II, 2[\ (éd. Lair, p. i65) ; Rîcher, ffisloire, liv. I, 28-80. Voy. aussi Lair ; Le siège de Charlres par les Normands, Congrès archéoL de France, LXVII* session, pp. 17G et ss.

(2) Cette aventure, rapportée par Dudon et ainpHHée par Guillaume de Jumicges (/îec. des hisl. de Fronce^ VIII, p. 266), fut pendant lono temps matière à plaisanterie pour les Normands. Elle fit même Tobjel d'une chanson satirique qu'un trouvère, parlant « d'Ëbalus quens de Peiliers », rappelait encore au xii** siècle dans les vers suivants :

Vers en firent e estraboz (chanson) Il ont assez de vilains moz.

(Benoît, Chron, des ducs de Normandie^ I, pp. 2^6 et 288.)

(3) J\ec. des hist, de France, VIII, pp. 17g et 180, Flodoard.

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aussi ils n'avaient guère touché à la Bretagne proprement dile, où des chefs résolus avaient toujours su les tenir à distance. En 911, ils finirent par se jeter sur elle elenfinen 919, après plusieurs années de luttes sanglantes, ils en avaient fait Tinvasion méthodique. Ils s'étaient d'abord attaqués à Nantes, qui tomba à nouveau en leur pouvoir et oh ils s'établirent à demeure, à la suile de la cession du comté nantais que leur fit, en 921, Robert, frère d'Eudes, qui, chargé de la défense des Marches, n'avait pas trouvé d'autre moyen de se débarrasser d'eux. Vis-à-vis de Nantes, de l'autre côté de la Loire, se trouvait le pays de Raiz, que Charles le Chauve avait jadis cédé à Erispoé ; les chefs normands, étant aux droits des comtes de Nantes, s'y installèrent et, partant de là, poussèrenttouslesjoursplusloinleurs déprédationsdans la partie du Poitou qui confinait à leurs possessions; bientôt cette région ne fut plus qu'uneruine. Désireux d'arrêter ce mouvement qui menaçait de gagner le centre de ses possessions, Eble, se conformant à la politique de l'époque, arrêta les pirates à prix d'argent; il offrit d'abord de leur abandonner les territoires dévastés et presque déserts de l'ancien comté d'Herbauge et de plus il s'engageait à leurpayer un tribut annuel, moyennant quoi ilss'éloigneraientpour toujours du Poitou. C'est ce qui eut lieu : les barques normandes en cours d'expédition dans la Loire respectèrent désormais le littoral poitevin et on ne voit pas que les bandes qu'elles portaient aient, pendantlesvingt années qu'elles occupèrent le pays nantais, manqué à leur parole. Telle nous paraît devoir être l'explication d'un fait que certaifts historiens poitevins ont nié par patriotisme et qui, mieux compris, est tout à l'honneur d'Eble.

Il ne semble pas que le comte de Poitou se soit lancé dans de grandes expéditions militaires et qu'il fût un de ces hauts barons dont l'état de guerre était la vie ordinaire ; il est hors de doute qu'il eut des difficultés avec des voisins entreprenants, mais son caractère conciliant dut amener promptement la fin de ces contestations, dont le souvenir n'a pas été conservé (1). Ce qui était de

(i) M. DesDoyers (Ann. de la Soc. de VhisL de France pour t855y p. i83) dit, à l'article de Guillaume I''', comte de Périgord, qu'Eble, comte de Poitiers, lui enleva l'Agenais ; nous ne nous arrêterons pas à discuter cette opinion qui ne repose sur aucun fondement et qui a été reproduite dans les mêmes termes par M. de Mas-Latrie dans son Trésor de Chronologie ^ col. 1669.

la prudence, voire même de Thabilelé, devait passer aux yeux de beaucoup pour do la couardise, parliculièremenl chez les Normands, dont les historiens ne tarissent pas sur les démi^'irites des Poitevins, identifiés par eux avec leurs chefs.

Poursuivant la politique de Kenoul, Khie Tut, en Aquitaine, Tun des principaux tenants de la dynastie carlovingienne, mais sa déférence envers Charles le Simple, qui avait été lepupille deson père et dont il avait été le compagnon pendant son enfance, ne fut pas poussée jusqu'au point de faire de lui Thomme du roi* Bien mi contraire, il se portait presque son égal, sMnlitulant «comte par la grâce de Dieu » aussitôt qu'il eut reconquis son comté et témoignant par là que, s'il soutenait les intérêts de Charles, c'était avec la toute pfénitude de son indépendance (1). Il avait du reste de nombreux motifs pour se montrer hostile à Robert, son ancien adversaire, quand celui-ci, qui avait succédé à son frère Eudes comme duc de France, voulut, à son exemple, monter sur le trône. 11 se fit élire roi le 22 juin 922, mais Kbie ne reconnut jamais cet acte (2). Robert n'eut pas le temps de chercher à réduire le Poitou ; le 16 juin 923, il fut tué à la bataille de Soissons; toutefois Charles le Simple ne jouit pas longtemps de ce succès, car, en 924, Herbert, comte de VermandoiSjTayant attiré dans un piège, se saisit de lui et l'enferma dans le château de Péronne (3). Herbert prit parti pour un nouvel adversaire du

( i) Dès Tannée 907, Use qualifiait ainsi : « Prcveoienle ggatia Dei comitem o (Arch. de la Vienne^ orig., Noaillé, no 20); en 984, on relève aussi cette formule : « Ebolus, misericordia Dei^Pictavorum umilis cornes» (Arcb.de la Vienne, orig., Saint- Cyprien, no i).

(2) On trouve la preuve certaine de ce fait dans le contexte de la date apposée par Adalbert, scribe du chapitre de Saint-Hilaire de Poitiers, au bas de l'acte ({u*il venait de dresser en avril 928 pour des particuliers et quiporle la mention qu'il fut passé la vingt-sixième année du règne de Charles le Simple (Hédet, Doc. pour Sainl'/Iilaire,

(3) D'après Pinterpolaleur d'Adémar de Chabannes (éd. Chavanon, p. il[2), Charles

serait venu en Limousin chercher des secours et l'armée avec laquelle il combaUit à Soissons aurait été formée partie d'Aquitains et partie d'Allemands. Puis, après la victoire, le roi aurait envoyé à Saint-Martial des livres et des ornements précieux, dépouilles de la chapelle domestique du roi Robert. M. Eckel, auteur d'un travail critique sur Charles le Simple (BibL de P Ecole des Hautes-Etudes ^ 124^ fascicule), ne signale même pas ces faits qu'il a dû considérer comme de la pure légende, d'autant plus que le narrateur y fait intervenir Othon, empereur d'Allemagne, qui n'est monté sur le trône que treize ans après la bataille de Soissons. Il n'y a pas lieu d'accorder plus d'autorité au texte reproduit par le Gallia Christiana, II, col. 556, à l'article d'Etienne, abbé de Saint- Martial, lequel rapporte que, sur l'ordre de Charles le

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pauvre carlovingien,à savoir,de Raoul, duc de Bourgogne, qui, un mois après la mortde Robert, le 13 juillet923, s'était faitélireroi. Tant que Charles avait pu lutter contre Tusurpaleur, le comte de Poitou lui avait gardé sa foi, et on en a la preuve par les formules qu'il faisait insérer dans les actes émanés de lui ou dans ceux que des particuliers de ses états passaient entre eux. Mais quand ce prince fut enfermé dans un lieu d'où il ne semblait plus devoir sortir, qu'il ne possédait même plus Tombre du pouvoir, il fallut bien accepter les faits accomplis, toutefois, en y mettant une restriction significative : les actes poitevins furent donc datés de Tannée du règne de Raoul, à laquelle on ajoutait cette mention caractéristique que ces choses se passaient pendant le temps que Charles était détenu en prison (1). Raoul ne sembla pas d'abord prêter attention à ces indices de mauvais vouloir et il chercha à se rapprocher d'Ëble. Comme il était toujours en compétition avec le comte d'Auvergne au sujet de la possession du Berry, il avait intérêt à se ménager le comte de Poitou, dont on connaît les liens étroits avec les comtes d'Auvergne, à qui il pouvait prêter, en cas de lutte, un puissant secours. Accorder des faveurs c'était se créer des amis et, parmi ces témoignages d'amitié que le roi de France prodigua à Eble, on peut citer l'acte par lequel il mit, à la (in de 923, la puissante abbaye de Tulle, en bas Limousin, sous la sujétion de celle deSaint-Savin en Poitou. Bien qu'Ëble fûtdepuis vingt ans en possession du titre de comte de Limoges, son autorité n'était pas aussi solidement établie dans ce pays que dans son domaine héréditaire, et le fait d'avoir dans la partie la plus éloignée du comté un poste important, occupé par un homme à sa dévotion, c'était une garantie de

Simple, Karolo j^f/iore, cet abbé aurait fortifié Limos^es pour s'opposer aux entreprises de Guillaume, comte de Poitou; or, le roi de France mourut en gag, tandis que le premier des comtes de Poitou du nom de Guillaume n'arriva au pouvoir qu'en g35 (Voy. Duplès-Ajs^er, Chron. de Sainte Martial y p. 3, Commemoratio abbatum).

(i) « (juando Karolus in custodia tenebatur » (Rédet, Doc, pour Saint'Hilaire^ \, p. 20, donation datée de la deuxième année du règne de Kaoul,août g34).La même formule se retrouve au bas de chartes de l'abbaye de Noaillé, avec quelques variantesiuaunoIII regni Rodulti quando Karolus in custodia tenebatur», décembreg25; « anno IIII regni Rodulfi régi Karolo in custodia tenentem », juin g27 (Arch. de la Vienne, orig., Noaillé, nos 3i et 32).Cependant, àSaint-Maixent^au mois demarsg24| Raoul est désigné comme roi sans aucune autre mention (A. Richard, Chartes de Saint Afaixent, ï, p. 22).

64 LES COMTES DE POITOr

plus pour l'exercice de ses droits de suzeraineté sur les turbulents seigneurs de celle ri'^j^ion (1).

Salisfait, Eble se tint tranquille. Il reconnaît Raoul comme roi de France, et à mesure que le temps s'avance il s'éloigne de Charles dont il finit par approuver remprisonnen)onl. Ainsi, le 8 avril 925, ayant tenu à Poitiers un plaid solennel auquel assistèrent les personnages les plus importants de ses états, il se contenta de faire constater par Adalherl, le notaire de Saint-IIilaire et peut-être le sien, que Charles était retenu en prison avec ses infidèles, c'est-à-dire avec les gens qui suivaient sa cause et étaient hostiles au roi de France, autrement dit à Raoul, bien que le nom de ce dernier fût omis dans la formule de la date et que celle-ci fût exprimée par le nombre des années du règne de Charles, la trentième (2); mais Tannée suivante, au mois de janvier 926, ayant assisté à une donation faite à Téglise de Sainte- Hadegonde, il laissa Rainard écrire que l'acte était passé la troisième année du règne du roi Raoul, « alors que Charles était à bon droit retenu en prison avec ses infidèles (3) n .

Ayant donc réussi à détacher le comte de Poitou du groupe de ses ennemis et étant à tout le moins sûr de sa neutralité, Raoul

(i) De Lasteyrie, Etude sur Us comtes de Limoges ^ p. 4i» diaprés Baluze, Hist, Tuiel.y app., col. 325.

(2} « Anno XXX, quando fuît Karolus detentus cum suis infidelibus d (A. Richard, Chartes de Saint- Maixent, I, p. 24» d'a()rès l'oris^inal). Ce dernier acte est daté du jeudi 4 des calendes de mai (28 avril) de la trentième année du règne de Ciiarles le Simple. D. Fonlcneau (t. XV, p. g3) a rapporté cette indication à Tannée 928, D. Col et M. de Lasleyrie à Tannée 927 (De Lasteyrie, Etude sur les comtes de Limoges, p. i i4)t mais il appartient réellement à Tannée 920, où le 28 avril tombe un jeudi. Il semble toutefois à première vue qu'il y a contradiction entre cette année 925 et la trentième annéedu règne de Charles leSimplequi, selon le comput ordinaire, lequel fuit partir le règne de ce prince du icr janvier 898, date de la mort du roi Eudes, correspondrait à Tannée 928; mais ce mode de compter comportait des exceptions et certains dataient le commencement du régne de Charles le Simple du jour où Eudes lui attribua offtciellement une partie du royaume de France, c'est-à-dire du 4 avril 896, ce qui fait correspondre la trentième année du règne de Charles à Tannée 926. Tel est le système qui a été suivi, dans le cas présent, par le notaire AdaU bert. Il n'est pas hors de propos, à ce sujet, de faire remarquer que nous avons suivi la règle commune pour fixer la date des actes de cette époque lorsqu'elle est sim^ plement fournie par l'énoncé des années du règne de Charles le Simple, et en conséquence il pourrait arriver, si le notaire rédacteur d'un acte s'est conformé au système d'Adalbert, qu'il y ait lieu de vieillir ce document de deux ou trois ans.

(3) Anno III regni Rodulfi régi, Karolo cum suis inBdelibus mérite caplus (Bibl. Nat., uHrs acq., latin, n» 23oC, fo 2, orig.; Besly, Hist. des comtes, preuves, p. 225).

EBLE MANZER Gf>

se tourna vers l'Auvergne, où toutes ses tentatives avaient échoué. Dans le courant de Tannée 924, il s'attaqua au comte Guillaume le Jeune, qui se refusait ouvertement à le reconnaître pour roi. Au cours de sa marche, il se trouvait arrêté sur les bords de la Loire, dans l'Autunois, torque le comte Guillaume parut de l'autre côté du fleuve. Avant d'en venir aux mains, des pourparlers s'engagèrent entre les deux parties; enfin, pressé par les siens, le comte se décida à passer le fleuve et à venir faire sa soumission au roi .qui l'attendait à cheval ; malgré l'accolade qu'ils échangèrent, l'accord ne se fitpas de suite et c'est seulement après huit jours de négociations que Raoul, trouvant sans doute son intérêt k céder aux demandes du comte d'Auvergne, lui restitua le Berry (1). Comme on peut le croire, celte réconciliation n'était pas bien sincère, et, en 926, les hostilités recommencèrent; le roi, reprenant sa primitive entreprise, attaqua Nevers, qui était défendu par Acfred, frère de Guillaume, et se fit livrer par lui des otages en garantie de sa soumission, puis il poursuivit le comte jusque dans l'Auvergne et allait sans nul doute l'atteindre, quand une invasion des Hongrois le contraignit à se retirer. Guillaume survécut peu à ces revers successifs et mourut le 16 décembre 926 (2). Il eut pour successeur Acfred, qui professait les mêmes sentiments que lui à l'égard du roi de France et qui les a exprimés de la façon la plus énergique dans l'acte de fondation du monastère de Sauxillanges que, par son ordre, le prêtre Raginberl data ainsi : «Fait le 5 des ides d'octobre (H octobre 927), la cinquième année à partir du jour oh les Francs, manquant à leur serment de fidélité, «in/îrfWe^, » envers leur roi Charles, le dégradèrent, (iinhonestaveruntyyj et se choisirent Raoul pour chef (3),» Acfred mourut peu après, à la fin de celte même année 927, ne laissant pas d'enfants et sa succession, comprenant les comtés d'Auvergne et de Velay et le titre ducal d'Aquitaine, passa àEble, son parent

(i) Rec. des hisl. de France, VIII, p. i8i, Flodoard; Richer, Histoire, I. I, 48; Chron. de Toaraine, p. iio»

(2) Rec, des hisL de France, VIII, p. 184, Fiodoard.

(3} Carlul. de Sauxillanges^ n» xiii, p. 5i. Dans le carlulaire de Saint- Julien de Brioude^on relève l'emploi de formules aussi énergiques tant du vivant de Guillaume le Jeune que de son successeur dans des actes des 16 février, 11 octobre et 8 décembre 926 et II octobre 927. (Voy. Bruel^ Essai sur la chronologie du car lui, de Brioade.)

éloigné, qu'il avait pu du roslc désigner comme son successeur, cl qui étail, à celle époque, le seul descendant direct de leur ancAlre commun (1).

Comme Charles le Simple jouissait alors de quelque liberté, son geôlier, le comte de Vermandois, rayant momentanément tiré de sa prison, Eble obtint de lui d'être confirmé dans la possession de rimporlant héritage qui venait de lui échoir (2). Mais la restauration de Charles n'eut qu'une durée éphémère; le malheureux prince fui enfermé de nouveau dans la tour de Péronne, où il ne larda pas à succomber, le 7oclobre 929, et sa mort remit bien des choses en suspens.

Eble, malgré quelques défaillances, ne s'était pas contenté de témoigner hautement de sa fidélité à la racecarlovingienne, dette de reconnaissance que son père lui avait léguée et dont son éducation s'était ressentie ; il affirma un jour ces senlimenls par un témoignage palpable qui est parvenu jusqu'à nous. Bien qu'Eudes eut, par l'expulsion du fils de Renoul II et par la reconnaissance d'Aymar, mis fin aux velléités d'indépendance des comtes de Poitou, il ne parait pas toutefois avoir exercé sur le pays une autorité assez directe pour y faire prévaloir le monnayage à son nom qu'il avait imposé à Bourges, à Limoges et à Toulouse.

(i) Voici, d'après les recherches de M. Mabille (Le royaume (V Aquitaine^ p. 19), le tableau de la filialion des comtes d^Auvergne el de Poitou, élablissanlqirEble et Acfred étaient pareols au dixième degré :

Gérard, comte d'Auvergae Guillaume, frère de Gérard, qui fut comte

I d'Auvergne après lui.

Renoul \^^^ comte de Poitou

I Bernard I, comte d^Auvergne.

RcDoul II, comte de Poitou |

I Bernard II Plantevelue, comte d'Auver-

Eble, comte de Poitou ff^c.

Guillaume le Adalinde, mariée à Acfred, Pieux, cio comte de Carcassonne.

d'Auvergne.

Guillaume le Jeune, Acfred, comte du comte d'Auvergne Gévaudan , puis

d'Auvergne.

(2) Chron. (TAdémar, p. i43. Adémar commet une erreur en disant qu'Ëble succéda directement à Guillaume le Jeune. H n'a pas eu connaissance d'Acfred, qui ne fut, il est vrai, que pendant quelques mois en possession de l'héritage de son frère.

EBLE MANZER C;

Aymar conlinua h émollre en Poitou des monnaies au nom cl au monogramme de Charles le Chauve, accompagnés de la croiselle comlalo, ainsi que Tavaienl fait ses prédécesseurs. Eble s'affranchit de celle routine, et fit preuve dans celte matière d'un esprit d'initiative que l'on retrouve dans beaucoup de ses actes. Les monnaies poitevines frappées jusqu'à ce jour portaient d'un côlé une petite croix avec le nom du roi, carlvs ou carlemanvs REx, et de l'autre celui de l'atelier de Melle, metvllo, encadrant le monogramme royal. Il ne toucha point à la marque essentielle, celle qui s'appliquait au roi, mais, sur le revers, reprenant un type des monnaies de Charles le Chauve, il plaça le nom de Melle sur deux lignes, seulement on lui appliqua l'or Ihographe du temps et METALLVM dcvint METALO. Du coup, le monogramme du roi disparut^ et comme ces pièces n'avaient pas leurs similaires dans le monnayage royal, Eble supprima la croiselle qui permettait jusqu'alors de distinguer la fabrication du comte de Poitou de celle du roi de France (i).

La disparition de son compétiteur ayant enlevé à Raoul toute crainte au sujet de la fidélité des grands seigneurs du royaume, il reprit ses projets de domination directe sur l'Aquitaine. La maison d'Auvergne disparue, ce fut à celle de Poitou qui la remplaçait qu'il s'attaqua, et il le fil sans larder. Bien qu'Eble, quand il lui fut acquis que la restauration de l'héritier des Carlovingiens était impossible, eut reconnu à tout le moins dans les protocoles de ses actes la royauté de Raoul que, pendant deux ou trois ans, il avait feint d'ignorer, ce dernier ne fut pas dupe de cette manifestation platonique, attestée par ce qui se passa dans les établissements religieux de la région où l'on voit, de 925 à 927, certains d'entre eux, tels que Saint-Hilaire, Sainte-Radegonde, Saint-Maixenl, inscrire dans leurs formulaires le nom de Raoul, tandis que d'autres, tels que Saint-Cyprien, ne connaissaient que Charles le Simple (2).

Tout d'abord, dès 930, sous prétexte d'aller combattre un parti de Normands qui avaient fait irruption dans l'Aquitaine, il pénétra dans ce pays et rencontra les envahisseurs dans le Limousin,

(i) Voy. Appendice VIU,

(2) Cari, de Saint-Cyprien, pp. i5/|, i55 et i58.

68 LES COMTES DE POITOi;

OÙ il les défit complèlemcnt(l). Ce succ^s lui acquit beaucoup de réputation auprès des Aquitains et les disposa en sa faveur; mais, rappelé en F'rance par la guerre que se faisaient Hugues le Grand et le comte de Vermandois, il ne poussa pas plus loin son entreprise; toutefois, et ce fut un premier acte de méfiance à Tégard d'Eble, il délivra Tabbaye de Tulle de la sujétion envers Tabbaye de Saint-Savin qui lui avait été imposée sept ans auparavant et afTaiblit d'autant l'autorité du comte de Poitou dans cette partie reculée de ses états. Il est possible que cette mesure de Raoul ail concordé avec la mort d*Adémar, seigneur des Echelles, abbé laïque de Tulle. Ce dernier, qui n'avait pas d'enfants légitimes, fit vers cette époque son testament en présence du comte de Poitou, de son fils Cuillaume, des comtes Odolric et Gauzbort. Il abandonnait aux moines de Tulle les grands biens qu'il possédait dans les comtés de Limoges et de Cahors et ne demandait en retour que des prières pour le salut de son âme, pour sa femme Gauzla^ pour le roi Raoul et pour son seigneur le comte Eble, qui avait donné son consentement à celte générosité (i). C'est à la même époque que, pour couper court à toutes les prétentions qu'Eble pouvait faire valoir sur le Berry en sa qualité d'héritier des comtes d'Auvergne, Raoul déclara que ce pays ferait désormais partie intégrante du domaine royal et ne posséderait plus de comte (3). Durant l'année 931, le roi vint de nouveau en Aquitaine sous ombre de réconcilier certains seigneurs du pays qui se faisaient la guerre (4), mais des dissensions ayant éclaté dans le nord de la France, il dut encore repartir et, par là, fut empêché de donner suite à des projets qu'il poursuivit résolument Tannée suivante (932). Toutefois, avant d'agir, Raoul prit soin de s'assurer la neutralité et peut-être l'aide des grands seigneurs du Midi. Il leur donna rendez-vous à la limite de ses possessions, sur les bor<ls de la Loire ; là on vit se rendre Raimond-Pons, comte de Toulouse, et Ermengaud, comte de Rodez, qui placèrent leurs mains dans celles du roi et lui jurèrent fidélité suivant la

(i) Ricfaer, Histoire, I. I, 67; Rec. des hist, de France, VIII, p. 186, Flodoard.

(2) Gallia Christ,, II, instr., col. 2o5. . (3) De Lasteyrie, Etude sur les comtes de Limoges, p. 4o, d'après Baluze, Ilist, Tatei., app., col. 325.

(4) Flodoard dit aussi que Raoul fut visiter le tombeau de saint Martin (Rec. des hist, de FrancCy VIII, pp. 18G et 187).

KBLE MANZEU 69

formule que celui-ci leur imposa. Quant à Loup Acinaire, comte des Gascons, il fut encore plus loin ; il remit son bénéfice à Raoul qui le lui rendit et lui concéda de le tenir désormais directement du roi de France (1).

Ces actes étaient évidemment dirigés contre Eble, à qui on enlevait les droits de suzeraineté qui lui appartenaient en sa qualité de duc d'Aquitaine, mais Raoul ne s'en tint pas là. Quand il eut ainsi détaché du comte de Poitou ceux-là quipouvaienllui porter secours, il s'attaqua directement à lui. Une semble pas qu*Eble ait voulu tenter le sort des armes ; il préféra se soumettre aux dures conditions que lui posa son adversaire. Afin de rattacher à sa cause le comte de Toulouse, Raoul avait dû lui faire des promesses dont la dépouille d'Eble était le gage; en sa qualité d'héritier pour partie de Guillaume le Pieux, dans la succession de qui il avait recueilli le marquisat de Gothie, Raimond-Pons revendiquait le titre de duc d'Aquitaine et, par surcroît, le comté d'Auvergne : Raoul lui donna l'un et l'autre (2).

Bien qu'à première vue le sacrifice consenti par Eble paraisse considérable, il diminue d'importance quand on l'examine de près, et l'on en arrive à constater que sa soumission spontanée aux volontés de son ennemi fut un acte d'habileté politique. Isolé comme il l'était, il se sentait incapable de résister aux forces dont le roi de France pouvait disposer ; vaincu, il était menacé de perdre ses états et peut-être la vie; il préféra transiger et s'assurer la possession tranquille de son patrimoine en abandonnant ce qui faisait l'objet de la convoitise de ses adversaires, d'autant plus que, n'étant pourvu que depuis peu de temps de l'héritage

(i) Richer, Ilistoire, 1. I, 64; Rec, des hist, de France^ VIII, p. 188, Flodoard.

(2) D. Vaissele,/^f>/. de Languedoc, u^^* éd., III, p. 1 1 1 . Le 28 août gSèyRaimond'Pons, preDaatle litre de duc des Aquitains, assiste dans l'église de Saiat- Julien de Brioude, en compagnie de Godeiscac, évéque du Puy, des vicomtes Dalmace et Robert, à une donation faite en faveur de ce monastère (Doniol, Cariai, de Brioade, Mém. de TAcadémîe de Clermont-Ferrand, XXXIV, p. 897). Les fluctuations diverses auxquelles a été soumise TAquilaine et particulièrement l'Auvergne à cette époque sont netlement indiquées par les indications chronologiques des chartes du cartulaire de Briuude ; on y voit que jusqu^au mois d'octobre 926 celles-ci sont fournies par le nombre des années du règne de Raoul, roi des Fhancs ; puis, de novembre 926 à août 927, c'est Raoul, roi des Aquitains; de celte date à novembre 929 on voit reparaître le roi des Francs sans autre désignation et enfin, à partir de décembre929 jusqu'au 2 oclobre 933, Raoul est pourvu de la double qualité de roi des Faancs et des Aqijitains (Voy. Bruel; Essai sur ia chronologie da cari ul a ire de Brioade),

d'Acfred, il ne lui avail pas encore été possible de bien asseoir sa domination en Auvergne ou de faire valoir tout ce que pouvait comporter le titre de duc d'Aquitaine.

Nous sommes loin de connaître tous les actes accomplis par Raoul à cette époque et qui avaient pour objet d'amoindrir la puissance du comte de Poitou. L'un d'eux du( être la reconnaissance eiïeclive d'une situation ambiguë dont les premières manifestations remontaient sans doute fort loin. Il existait entre le Poitou et le Limousin une bande de territoire fort étendue, empruntée presque en entier au diocèse de Limoges et qui portail le nom de Marche ; sa possession, comme celle de toutes les marches réparties sur plusieurs points du royaume, avail dû rester contestée entre les comtes des pays limitrophes à la suite des guerres privées advenues entre eux; Téloignement des comtes de Toulouse, possesseurs du Limousin, n'avait pu que favoriser les empiétements des comtes de Poitou, mais quand ceux-ci eurent réuni à leur domaine le comté de Limoges, la Marche aurait dû disparattre.il n'en fut rien ; il y avail des situations acquises à ménager et il semble que ce territoire, en tout ou en partie, avait été inféodé aux seigneurs de Charroux. Raoul fil de ces seigneurs, toujours prêts à guerroyer, le pivot de sa politique à regard d'Eble, et, sous le nom de marquis ou de comtes, leur donna un rang égal à celui des comtes de Poitou (1).

Celte grosse question de la suzeraineté efTeclive du roi de France sur le Poitou étant définitivement réglée, Eble put consacrer les derniers jours de sa vie à l'administration paisible des importants domaines qu'il avail conservés. C'était un bon justicier, et ce que nous savons de lui, en dehors des faits militaires, nous a été surtout conservé par les notices des plaids qu'il a tenus et où on le voit exercer avec zèle celle attribution, la plus importante dont aient joui les comtes, celle de rendre la justice. Ce n'est pas seulement à Poitiers, dans son palais, qu'il tenait ses

(i) Le premier comte de la Marche est Boson le Vieux, qui est désigné dans un acte du mois d^août 95g avec la qualification de marquis, Boso marchio, et ailleurs sans marque de dignité, Boso Vetulus de Marca (Gallia Christ., II, inslr., col. 1O9; de Lasteyrie, Etude sur les comtes de Limoges^ p. 68 ; Chron, d'Adémar, p. i5o). Il était fils de Sulpice et petit-fils de GeofFroy, comte de Charroux (Marchegay, Chron. des égl. d'Anjou^ p. 896, Saint-Maixenl).

EBLE MANZea 71

assises judiciaires ; il n'hésitait pas à se transporter sur les divers points du comté où son devoir l'appelait. C'est ainsi que, dans une même affaire, une poursuite intentée par les chanoines de Saint-Martin de Tours contre Savari, vicomte de Thouars, qui leur avait enlevé les domaines de Curçay et d'Antoigné et les détenait depuis sixans^ il reçut leurs plaintes à son plaid de Poitiers, en avril ou mai 926, puis il les accueillit de nouveau à Coulombiers et enfin à Âvrigny, où, le 29 mai, il ratifia l'accord intervenu à Thouars entre les parties le 22 du même mois et le fit attester par ses fidèles (1). Dans une autre affaire, où un diacre appelé Launon était poursuivi par un nommé Ysarn en restitution de son bien qu'il avait injustement usurpé, on voit Ysarn, après une première sentence rendue par Eble et les très nobles personnes SCS vassaux, poursuivre sa réclamation pendant deux ans à tous les plaids publics, et comme personne ne s'y présenta pour contredire à la première sentence, Eble ordonna enfin l'exécution de celle-ci à un plaid tenu au mois d'avril 907, auquel assistaient trois vicomtes, un auditeur ou homme de loi, deux viguiers et quinze particuliers désignés spécialement comme témoins (2).

Toutefois, si, comme justicier, il se montra disposé à défendre les droits des établissements religieux, toujours menacés par des voisins trop avides, il ne parait pas avoir fait preuve à leur égard de la générosité à laquelle les rois de France ou d'Aquitaine avaient été si enclins. Ainsi, lorsqu'en 924 les moines de Redon vinrent négocier devant lui, avec les religieux de Saint-Maixent, le retour de Bourgogne des reliques de leur saint patron, qu'il accepta que les engagements pris de l'une et de l'autre part fussent placés sous sa sauvegarde et présida à la réception de leur serment religieux dans l'église de Notre-Dame de Poitiers, enfin que, le lendemain, il reçut d'eux un nouveau serment dans son palais, il se contenta, pour tout témoignage de sympathie, de défrayer les parties de leurs dépenses pendant qu'elles séjournèrent à Poitiers (3). A vrai dire, on ne connaît de lui, en dehors

(i) Mabille, Pancarte noire, no cxvi, p. 128; Besly, lIlsL des comtes, preuves, p. ai8.

(2) Arch. de la Vienne, orîg., Noaillé, n« 20.

{^) Cartal, de Redon, p. 238.

des autorisations qu'il donna à quelques-uns de ses vassaux de disposer de portions de leurs bénéfices, aucune donation faite par lui à des établissements religieux; on ne peut, en effet, considérer réellement comme telle l'abandon qu'il fit à Tabbaye de Noaillé, en 932, d'un droit de rivage situé dans le pays de Thouars, dépendant de son bénéfice particulier, et sur lequel il retint deux deniers que les religieux devaient lui payer annuellement (1). Comme les abbayes étaient pour la plupart en la possession de ses fidèles, et c'était le cas pour l'abbaye de Saint-Maixent, qui appartenait aux vicomtes de Thouars, il préféra sans nul doute faire directement à ceux-ci des largesses qui les attachaient plus étroitement à sa personne plutôt que de les leur faire arriver par une voie détournée qui ne pouvait atteindre le but qu'il se proposait. Cette attitude réservée, il la garda aussi à l'égard du pouvoir épiscopal et même, vers la fin de sa vie, s'étant brouillé, on ne sait pourquoi, avec Frotier II, évêque de Poitiers, il le dépouilla do son évêché (2).

Quand Eble mourut, dans le courant de Tannée 935 (3), à l'âge d'environ soixante-cinq ans, son pouvoir (4) était bien quelque peu amoindri ; néanmoins, il était encore un des plus puissants seigneurs de France. Il possédait le Poitou et sans doute le pays d'Aunis à titre héréditaire, le Limousin par conquête, et élevait

(i) Arch. delà Vienne, orig., Noaillé, no 29.

(2) Cart, de Saint-Cyprieriy p. 90. Au mois de décembre 934, Froticr remplissait encore les fonctions épiscopales, car on le voit se désister en faveur des religieux de Noaillé du droit de gile qu'il réclamait d'eux à cause de Téglisc de Montvinard (Arch. de la Vienne, orig., Noaillé, n»34; GalL Christ,, II, col. 1160).

(3) Besly (//{'«Z. des comtes, p. 39) adopte pour la mort d'Eble la date de 935 indiquée par Bouchet dans les Anuales d'Aquitaine (éd. de i644) p* ii7)> Taah M. Desnoyers et M. Rédet, qui Ta suivi, se rattachent à la date de 932^ au plus tard, fournie par la charte du cartulaire de Saint-Cyprien (p. 90). citée plus haut. Nous nous rangeons à Topinion de Besly, qui nous parait justifiée par une charte originale des archives de la Vienne (Saint-Cyprien,n° 1), datée du mois de janvier, Tan xi du règne de Raoul, c'est-à-dire du mois de janvier 934, et par laquelle Eble concède aux moines de Saint-Cyprien une aire de marais salants situés près d'Angoulins. Il nous paraît naturel d'accorder bien plus de confiance à une pièce authentique qu'à une transcription du cartulaire,lelle que se présente celle de 932, et bien que nous ne connaissions pas d'autre acte émané d'Ëble pendant les années 932 à 935, que celui de janvier 934, nous inclinons à le faire vivre jusqu'en 935, d'autant plus que le premier acte certain que l'on puisse attribuer à son successeur n^est que du mois de décembre de cette année 935.

(4) Ëbic étant fiancé en 890 alors que, d'après les textes, il était encore jeune, il est naturel de lui attribuer à cette date environ vingt ans, ce qui placerait sa naissance vers l'année 870.

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