‹ Histoire des comtes de Poitou, 778-1204 (volume 3)Chapitre 9 sur 19 · VII.— AYMAR · texte numérisé non relu

VII.— AYMAR

Il ne semble pas qu'il soit possible de refuser à Aymar le titre de comte de Poitou bien que Ton ne possède aucun acte qui lui attribue cette qualité (;)) ; il était de fait possesseur du comté ou, du moins, de Poitiers et cela suflisait sans doute à son ambition. La lutte d'Kudes contreCbarlesleSimpIe,commencéeen89.'{,duralouterannée89i, et le roi ne put pendant ce temps s'occuper des affaires de l'Aquitaine; enfin, dans le courant de l'été de 81)5, désireux de prendre quelque repos, il se rendit à Tours, où il se trouvait le 17 juillet, sans doute à la sollicitation de son frère Robert (i). C'est alors que durent se régler définiliveaienl les droits prétendus par ce dernier et par Aymar à la poss(\ssion du comté de Poitou. Aymar garda le comté, mais il lui fallut abandonner à son concurrent d'importants domaines, précédemment possédés par le jeune Eble

(i) Richer, //isioire, I, 12,

(2) CarluL de Cormeri/, p. 67. Le diplôme d'Eudes csl inexactement dalc par l*éditeur de celle publicaliou qui le pluce en 8()2 ; or, la dale inscrite sur cet acte est celle du 5 des calendes de juin de la sixième année du rétine d'Eudes, ce ({ui répond au 28 mai 898. Les rensciiçnemenls fournis par les chroniqueurs sur le séjour d'Eudes en Aquitaine sont tcllemenl confus qu'il est à peu près impossible d'en établir la chronologie exacte. Toutefois, on peut assurer que les faits rapportés se sont passés entre le 3o septembre 892 et le 28 mai 8()3, datesccrtaînes de la présence d'Eudes dans ces régions, fournies par des diplOmes royaux (/<cc. des hist. de France, IX, p. l\Cn).

(3) Dans les textes anciens, il est désig-né sous les noms d'Adamarus (Rcdet, Don. pour Saint'Hilair'e, I, p. iG), d'I/adamanis (Ami. de Sainl-Vdasl, p. 340), dVlt/emarus {Chron, d'Adémar^ p. i4o); Besly l'appelle Aymar (I/isl. des comtes, p. 3i).

(4) Rec. des hist. de France, IX, p. 464 ; diplôme d'Eudes.

AYMAR 5i

et particulièrement la terre de Doussais, que Robert restitua solennellement aux chanoines de Saint-Martin de Tours, le 27 mars 897, jour dePâques(l). Quanta l'abbaye deSaint-Hilaire, le puissant bénéfice qui avait servi aux rois de France à diverses reprises pour rémunérer de précieux services, elle se trouvait sans titulaire depuis la mort de Tabbé Eble en 892; les deux compétiteurs ïb mirent d'accord pour proposer au roi de Taltribuer à Egfroi, évêque de Poitiers, dont les bons offices avaient dû amener le rapprochement qui s'était fait entre eux ; mais Eudes, tout en acquiesçant à leur demande, laissa indécise la question de possession du comlé ; dans son diplôme, il ne donna à aucun d'eux le tilre de comte, il les appelle seulenrent ses fidèles et des marquis dévoués (2). 11 est possible qu'Eudes ait, en outre, laissé à Aymar la jouissance du comté de Limoges, soit qu'il ait été enlevé par celui-ci aux comtes de Toulouse, qui le possédaient encore en 887 (3), soit qu'Aymar l'ait échangé avec Eudes de Toulouse contre l'Agenais qui, après la mort de Wulgrin, en 886, était tombé dans le lot de Guillaume, beau-père d'Aymar (4). Quoi qu'il en soit, ce dernier était reconnu dès 898 comme comte de Limoges. Au mois de novembre de cette année, il se trouvait dans l'abbaye de Beaulieu en Limousin, où il assista à la donation de l'église de Condat, en Quercy, faite par un particulier à cette abbaye; le donateur, Godefroy, et sa femme Godilane imposèrent dans l'acte, au bas duquel le comte Aymar apposa sa signature, l'obligation pour les moines de prier pour eux et pour le comte (5). Toutefois il est bien possible que ce dernier ne soit véritablement

(i) Mabille, Pancarte noire, d? lv, p. 94; Marténe, Thés, nov, anecd,, I, col. 56.

(2) Rédet, Doc, poar Saint-Hilaire, ï, p. 16; Arch. de la VicDDC, orig., Saint- Hilaire^ n* 9. La partie inférieure de ce diplôme ayant été mutilée, la date a disparu, mais elle peut être établie approximalivement par la mention du chancelier Gautier, archevêque de Sens, qui succéda à Anskerick, au commencement de Tannée 894.

(3) La domination des comtes de Toulouse sur le Limousin est bien constatée depuis le milieu du ix* siècle jusqu'à Tannée 887 ; à partir de cette date, les chroniques aussi bien que les cartulaires de la région ne font plus mention d'eux en cette qualité de comtes de Limoges; le dernier acte où leur nom apparaisse est la vente de la villa du Saillant faite par le comte Eudes et sa femme Garsinde à Frotier, archevêque de Bourges, lequel en fit cadeau à Tabbaye de Beaulieu, au mois d'août 887, en présence d'Egfroi, évêque de Poitiers (Cart, de Beaulieu, éd. Deloche, p. 24).

(4) La possession de l'Agenais par Guillaume, comte de Férigord, fils de Wulgrin, est indiquée à diverses reprises par Adémar (Chron., pp. 187, i38, 198).

(5) Cart. de Beaulien, p. 61.

5a LKS COMTKS I)K POÎTOC

enlré en jouissance du pays qu*après la inorld^Kiidos, qui avait pu avoir l'intention de réunirle Limousin à sps domaines. Il est unfail ^ qui témoigne de celle mainmise absolue du roi sur le pays, bien plus complète que surlePoitou,c*estque latelier de Limoges, sur Tordre du roi de France, frappa monnaie en son nom, tandis qu'il n'y a pas trace de ce nom d'Kudes sur les monnaies du Poitou (I). Kn ce moment, Charles le Simple «^lait monté sur le trône: Aymar avait reconnu son autorité et il pouvait dès lors se considérer comme possesseur incontesté du Poitou ; mais Klile n'avait pas renoncé à Thérilage paternel. A IVxtMnple de ce qu'avait fait son compétiteur, il a^it par surprise : une nuit de Tannée UOty profitant, sans nul doute, de Tabsence d'Aymar, il pénétra dans Poitiers et se rendit maître de la ville ; cet acte fut le principal épisode de la lutte qui reprenait enire eux. Vaincu, Aymar dut se résignera rentrer dans la vie privée et se fixa en Périgord. Bien que les chroniqueurs ne s'occupent plus de lui jusqu'au moment de sa mort, il est peu présumable qu'il soit resté étranger aux événements qui se sont déroulés pendant cette époque si troublée et dont les faits principaux sont seuls parvenus jusqu'à nous. On doit même admettre qu'après la mort de son oncle Audouin, le comte d'Angoulôme, arrivée le 27 mars 916, lequel ne laissait qu'un jeune enfant, Guillaume, surnommé plus tard Taillefer, il a pris de gré ou de force l'administration de ce comté (2). Ce qui pourrait faire croire que ce fut par violence, c'est que, peu après, Lambert, vicomte de Marcillac, et son frère Arnaud, vassaux du comte d'Angoulême, tentèrent d'assassiner Sanche, la femme d'Aymar. Celle-ci échappa à leurs coups ; Bernard, son frère, qui fut plus tard comte de Périgord, se chargea de venger celte injure. Il poursuivit les coupables et, s'élanl emparé d'eux, il les fil mettre à mort, le 10 avril 91 S (3). Or, ceux-ci laissaient un autre frère, Odolric ou Uorric à qui Guillaume Taillefer

(i)ËQgel et Serrure, Numismatique du moyen-àge, I, pp. 248 et 249.

(2) On peut tirer un indice de riniportance du rôle joué par Aymar dans les affaires de TAngoumois de ce fait que la date de sa mort a été notée par la chronique d'Angoulême qui, en dehors des évêques, ne cite que les comtes de ce pays, cl elle le fait dans la même forme concise : « DCGCCXXX. Quarto nonas aprilis Aderaarus cornes obi il » (Chron. Engolism,, p. 8).

(3) Chron. Engolism,^ p. 8, et Hist. ponti/. et com, Engolism.^ P« ai; Chron, d'Adémar, pp. i38, i45, ig8 et 200.

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