‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 2)Chapitre 19 sur 30 · IG · texte numérisé non relu

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loiiiLa au pouvoir des révoltés, qui le chargèrent de chaînes. Aledran se hâta de faire instruire son procès, et Guillaume , par une fatalité singulière , accusé du crime de lèse-majesté, bien qu'il fût toujours resté fidèle au prince, pour lui le seul et véritable souverain, finit, comme avait fini son père, de la mort des lâches et des félons (1).

Ce jeune duc de Toulouse, dont le destin termina sitôt la carrière, se faisait remarquer par des qualités qui donnaient l'espérance de le voir marcher sur les traces de son aïeul. Quoiqu'il n'eût que vingt-trois ans à l'époque de sa condamnation, tous les historiens s'accordent à reconnaître en lui un homme politique et un homme de guerre. Néanmoins sa vie fut loin d'être irréprochable, et, pour notre compte, il nous est impossible de ne pas faire peser de graves accusations sur sa mémoire. Jamais la trahison ne saurait être permise, même quand il s'agit de punir une trahison. D'ailleurs Aledran et Isebard n'étaient pas les auteurs de la mort de son père, et rien ne l'autorisait à les en rendre responsables. Sa conduite vis-à-vis d'eux ne put donc que soulever l'indignation de tous les chevaUers fidèles aux lois de l'honneur. D'un autre côté, quelle que pût être sa haine a l'égard de Charles le Chauve, le plus juste ressentiment devait céder devant la ruine de son pays, et

(1) Entre février otjuiii do l'an 850.

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c'était manquer au plus saint des devoirs que d'amener les Sarrasins dans la Seplimanie, et de combattre à leur tête contre sa patrie et contre son Dieu.

Lorsque de hautes existences sont atteintes ainsi d'une manière inattendue et terrible, elles excitent presque toujours un intérêt qui résiste même à la puissance du temps. Notre imagination rêveuse aime à s'arrêter sur les événements qui l'étonnent, et se plaît à établir des corrélations entre des faits qui souvent n'en ont aucune. Comment, en effet, ne pas chercher à pénétrer des arrêts qui nous confondent? Pourquoi Bernard et Guillaume, ces deux princes nés avec le même avenir de grandeur et de gloire, tombent-ils sous les coups d'un destin également fatal? Pourquoi le père et le fils, à peu d'années de distance, sont-ils, l'un après l'autre, victimes, tous deux, d'une vengeance imméritée, et tous deux frappés par le glaive de la justice? On se demande si Guillaume P', en voulant, malgré les instances de Charlemagne, abandonner le palais des ducs de Toulouse pour aller prier au fond d'un cloître, n'avait pas comme une intuition secrète des malheurs de sa famille, et n'espérait pas conjurer, par un grand sacrifice, la sentence sanglante qu'il voyait planer sur la tête de plus d'un de ses descendants.

Rien ne nous dit que Guillaume II ait été marié ou non; toutefois il est certain qu'il ne laissa pas d'enfants. A l'époque de sa mort, son frère Bernard comptait à

peine neuf ans> et, quant à sa sœur Rogelinde , elle était femme de Wulgrain, comte d'Angouleme. Quoique Charles le Chauve n'ait sanctionné que plus tard l'hérédité des fiefs, déjà les ducs et les comtes avaient profité de la faiblesse des successeurs de Charlemagne pour perpétuer dans leurs familles, à la faveur des inféodalions (1), la possession des provinces ou des domaines composant leur gouvernement. Ainsi Guillaume II donna en dot à sa sœur les comtés d'Agen et de Périgueux, et il ne se le serait pas permis s'il ne les eût considérés comme une propriété incommutable.

Cependant Pépin, qui, à défaut d'habileté, montrait au moins un grand courage dans sa mauvaise fortune et une persévérance inébranlable dans ses revers, parvint un instant à recouvrer la couronne ; mais sa sévérité maladroite envers ses adversaires et le caractère mobile des Aquitains changèrent bientôt la face des choses.

Un comte de Gascogne, d'abord un de ses plus chauds partisans, et devenu ensuite son ennemi déclaré, trouva le moyen de s'emparer de sa personne , et , comme il désirait faire oublier sa conduite antérieure, il proposa au roi de France de remettre le prince entre ses mains. Charles , très-éloigné de s'attendre à un si heureux hasard, ne voulut laisser à aucun autre le soin de recevoir

(1) Raynal, Histoire de la ville de Toulouse.

— lor) —

le prisonnier ; lui-même se rendit aussitôt en Aquitaine, et , maître enfin de son infatigable compétiteur, il le fit conduire à Soissons, au monastère de Saint-Médard, où il l'obligea à prendre l'habit religieux. Frcdéioa, Frédélon, que nous avons vu créer duc d'Aquitaine

comlc

(Je par Charles le Chauve pour avoir ouvert à ce prince les

Toulouse. 1 1 > • 1

portes de Toulouse, n en est pas moins, malgré la cause peu honorable de son élévation , le successeur de Guillaume II ; car le titre dont il jouissait lui avait été conféré par celui qui disposait de tout le royaume. D'ailleurs non-seulement ce nouveau gouverneur général conserva l'autorité sans contestation sa vie entière, mais, après lui, tout ce qui était soumis à son pouvoir devint, jusque vers la fin du xm' siècle, l'héritage de sa postérité.

Frédélon était fils de Sénégonde et du comte Fulguad, ou Fulcoad, qui exerça les fonctions d'envoyé sous l'empereur Louis le Débonnaire (I). Sa famille possédait de grands biens dans le Rouergue [%], et il est probable qu'il eut le commandement de cette province avant d'être appelé à celui de l'Aquitaine en l'absence de Guillaume II ; peut-être même avait-il été comte particulier de Toulouse, comme le pensent divers auteurs; au surplus, il n'est pas nécessaire qu'il ait occupé

(1) Voir les notes joiiUes à VHisloire <jcncrale du Languedoc.

(2) Aujourd'hui le dcparlemeul de l'Aveyron.

ce poste pour expliquer le choix fait de sa personne dans une circonstance importante , car Pépin avait eu déjà l'occasion de l'employer et de juger de son mérite.

Ce prince , se trouvant régner un moment avec tranquillité , prit sous sa garde spéciale , pour être agréable à son oncle Charles, les biens immenses possédés par l'éghse de Reims dans l'Aquitaine, l'Auvergne, le Limousin et le Poitou, et il en confia la surveillance à Frédélon, ce qui mécontenta plus d'un grand personnage très-désireux des bénéfices considérables attachés à ces fonctions.

Cette marque d'intérêt aurait dû porter Frédélon à demeurer fidèle à son protecteur ; cependant, soit qu'il attribuât au roi Charles la faveur dont il avait été l'objet, et supposât, par conséquent , en devoir à lui seul de la reconnaissance, soit que l'ingratitude, chose si commune depuis les premiers âges du monde , eût éteint chez lui le souvenir du passé, il ne se fit aucun scrupule d'abandonner la cause de son souverain. Combien de fois, dans la solitude de Saint-Médard, Pépin ne dut-il pas accuser cette trahison de la perte et de sa liberté et de sa couronne !

Depuis la prise de Toulouse, la vie de Frédélon est restée entourée d'une obscurité complète ; jusqu'à sa 8o2. mort , survenue vers la fin de 852 , les chroni(|ues gardent à son sujet le silence le plus profond. La querelle,

il est vrai, entre Charles et Pépin était enfin terminée, et les Sarrasins, venus sur les côtes de la Provence, d'après les conseils de Guillaume II , assaillis par des vents contraires et entraînés par les courants du golfe de Lyon, avaient été entièrement détruits par la population riveraine; mais les Normands exerçaient toujours les mômes dévastations et les mômes cruautés, et l'on s'étonne, dans la lutte si longue soutenue contre ces étrangers, de ne pas voir figurer Frédélon, lui qui, plus d'une fois sans doute, fut appelé à les combattre.

Ces bandes redoutables , répandues principalement sur les bords de la Loire, ne se contentaient pas de ruiner le pays , elles emmenaient avec elles , comme on le sait déjà , les femmes et les enfants. Emma , la belle comtesse de Limoges , l'objet des plus brillants hommages, ayant eu le malheur de tomber en leur pouvoir, resta trois ans leur prisonnière, malgré les sommes importantes offertes chaque jour pour sa rançon. Ces forbans l'obligèrent à parcourir avec eux les mers et se plurent à lui faire partager leurs périls ; il fallut l'intervention de Richard, comte de Normandie, pour obtenir enfin la liberté de cette princesse. De là, dit un auteur moderne (1), vinrent ces fables de jeunes filles enlevées par les throls , ou génies des eaux , qui les emportaient au fond des abîmes et ne les rendaient à la lumière que

(1) Voir VHist. polit., rdùj. cl Ull. du midi de la France.

longtemps après, pâles, défaites et frappées d'une atteinte mortelle.

Frédélon épousa une femme appelée Ode; cette particularité de sa vie est la seule dont fassent mention les chroniques, et même serait- elle restée inconnue, si un acte parvenu jusqu'à nous et daté de l'an 877 n'était signé Udalgarde, fille de Frédélon et d'Ode.

D'autres écrits du temps nous apprennent qu'Udalgarde s'unit à un seigneur du Rouergue.

Tous nos renseignements sur ce duc d'Aquitaine se résument donc, pour ainsi dire, dans une mauvaise action ; et pourtant, par un de ces contrastes dont l'histoire, heureusement, nous ollre plus d'un exemple, si l'origine de la fortune de ce prince imprime à son nom une tache ineffaçable, la race d'un parjure et d'un traître mérite d'être signalée par ses bienfaits et ses vertus.

Chose encore digne de remarque, lorsque les fils de Guillaume F", de ce patriarche loyal , pieux et chevaleresque, tombent, avant l'âge, victimes du sort le plus funeste, la famille de Frédélon, de cet homme infidèle à ses souvenirs, infidèle à ses serments, hérite, sans obstacle, du comté de Toulouse et jouit en paix, pendant plusieurs siècles, du prix accordé à un crime. Que cela cependant ne nous fasse point accuser la volonté suprême ; ne devons-nous pas, au contraire, nous humilier devant ses décrets impénétrables? Les successeurs de Frédélon ont fait lebonheiu' de leurs sujets; nous csl-il permis de dire

quel sort eût été réservé aux peuples par les descendants

de Bernard ou de Guillaume II?

aymoud Bien que l'hérédité des fiefs n'eût pas encore été déi" comte clarée légalement, elle était si bien reconnue de fait, que

de

ûuiouse. Frédélon étant mort sans enfant mâle, Raymond n'é- 852. prouva aucune difficulté pour entrer aussitôt en jouissance des titres et des dignités de son frère.

Le comté de Toulouse fut alors augmenté du comté de Rouergue, héritage paternel de Frédélon; et, comme de son côté Raymond tenait de ce dernier le comté de Ouercy, il s'ensuivit que le Toulousain, le Rouergue et le Quercy se trouvèrent réunis dans les mêmes mains , et furent ensuite transmis, de père en fils, dans la famille des comtes de Toulouse.

Tous les auteurs contemporains ne parlent de Raymond I" qu'à dater de l'an 864 ; cependant, malgré cette circonstance assez extraordinaire , il faut le dire , il est pour nous hors de doute que Raymond a remplacé immédiatement son frère Frédélon. En eïïei, le roi avait un intérêt si grand à empêcher les Sarrasins de pénétrer dans ses Etats et, par conséquent, à ne pas livrer à elle-même la frontière d'Espagne, qu'on ne saurait supposer qu'il eût laissé, pendant douze ans, le comté de Toulouse sans gouverneur pour l'administrer et sans chef pour le défendre. Or étant prouvé, de la manière la plus positive, qu'aucun autre comte ou duc n'a existé de l'an 852 A l'an 864, il faut nécessairement en conclure que Ray-

mond succéda à son frère sans éprouver ni embarras ni retards.

Quant au silence gardé sur ce comte par les chroniques, nous devons l'attribuer à l'état d'anarchie de l'Aquitaine. On s'explique facilement comment l'attention des historiens, fixée sur des désordres de nature à compromettre l'avenir du pays , a pu être détournée des individus pour s'arrêter sur les événements graves qui survenaient chaque jour.

Des seigneurs de l'Aquitaine, irrités de la rigueur du souverain, sans espoir du côté de Pépin, qu'ils croyaient enfermé pour toujours, envoyèrent proposer au roi de Germanie, frère de Charles le Chauve, de venir, lui ou son fils, se saisir d'un sceptre qu'ils donneraient, disaientils, aux Sarrasins ou aux Normands, plutôt que de le voir aux mains du monarque français.

Le roi de Germanie, séduit par la perspective d'un succès facile, consentit à ce que son fils Louis se rendît à Toulouse. Ce jeune prince, dès son arrivée sur la Loire, ne fut pas longtemps à renoncer à ses espérances et à reconnaître la faute qu'il avait commise en cédant avec tant d'irréflexion aux promesses trompeuses d'un parti sans force et sans influence.

Retenus par la crainte, ou bien inspirés par un secret pressentiment, les Aquitains, au lieu de se prononcer «m sa faveur, le reçurent, au contraire, avec un dédain affecté. Le connaissant à peine, ils parais-

saient prendre plaisir ù témoigner à un étranger leur peu de sympathie. En efTet , ces peuples , inconstants et légers, appelaient Pépin de leurs vœux, et, quoique souvent ils l'eussent abandonné sans trop de raison, il leur semblait maintenant que lui seul , prisonnier et retenu loin de sa patrie, leur assurerait désormais le repos et le bonheur.

Parmi les princes destinés à occuper un trône, il en est peu dont la carrière ait été, comme celle de Pépin, soumise sans cesse à une alternative étrange de triomphes et d'infortunes, de puissance et d'humiliation. Déjà plusieurs fois nous l'avons vu tantôt régner paisiblement, grâce à des traités ou à la reconnaissance de ses droits, tantôt dépouillé de la couronne et trouver à peine un asile pour reposer sa tête. Pourtant, quoiqu'il parût avoir épuisé toutes les chances possibles de succès et de revers, sa vie aventureuse n'était pas terminée.

Engagé par un serment solennel à finir ses jours dans une retraite monastique, on le croyait à Saint-Médard, méditant sur le peu de valeur des biens les plus prisés en ce monde, quand tout à coup il apparut au centre même de ses anciens États, ralliant autour de sa personne ceux qui encore avaient foi dans sa fortune.

Trois compétiteurs se disputaient donc alors l'Aquitaine : Charles, Pépin et Louis. Peu de temps après, il y en eut même un quatrième, Charles, le (ils

de Charles le Chauve. Les Aquitains l'avaient demandé avec instance au roi pour souverain; mais ce prince leur ayant paru ensuite trop jeune pour les défendre contre les Normands, ils rappelèrent Pépin, qui exerça le pouvoir jusqu'à ce que ces populations , si inconséquentes et si mobiles , eussent déclaré ne vouloir être gouvernées ni par l'un ni par l'autre.

858. Un traité entre Charles le Chauve et Pépin vint une seconde fois assurer à ce dernier une certaine étendue de territoire. Les historiens n'entrent dans aucun détail à ce sujet, et ne disent même pas si Pépin conserva le titre de roi. En 859, Charles le Chauve déposséda de nouveau son neveu , qui se retira chez les Bretons.

On comprend que, pendant une lutte mettant, chaque jour, en question l'existence du royaume d'Aquitaine, les chroniqueurs contemporains ne se soient pas occupés du comte de Toulouse, dont l'autorité devait être, d'ailleurs, fort affaiblie, sinon très-souvent compromise, par le changement continuel du chef de l'État. Cependant

860. nous voyons qu'à la fin de l'an 860 un concile fut assemblé à Thusi, dans le diocèse de Toul, à l'occasion d'un différend auquel avait donné lieu l'alliance d'une fille de Raymond avec Etienne, comte d'Auvergne. Hincmar, archevêque de Reims, rapporte longuement les principales circonstances de ce procès. Cette affaire offrant plus de scandale (juc d'intérêt, nous nous contenterons

de mentionner l'annulation de ce mariage par le concile.

Une charte datée de la vingt-troisième année du règne <63. de Charles le Chauve, c'est-à-dire de l'an 863, nous prouve encore que Raymond était alors comte de Toulouse, quoique les écrits du temps ne nous parlent de lui qu'à partir de l'année suivante. Cette charte est l'acte de fondation de l'abbaye de Yavres dans le Rouergue. Voici comment un auteur du ix" siècle (1) raconte ce qui porta Raymond et sa femme Rerteyz ou Rerthe, tous deux d'une grande piété, à faire construire ce monastère.

« A cette époque, dit-il, les païens avaient démoli « la plupart des abbayes qui existaient en Aquitaine. « Celle de Pannata, en Périgord, n'avait pas non plus « été épargnée; son abbé, Adalgasius (ou Adalgise), ne « savait où trouver un asile; Raymond, instruit de cette « infortune, manda Adalgasius et ses religieux, et fit « bâtir pour eux le monastère de Vavres. »

Par les païens, il faut entendre ici les Normands qui, ayant dépeuplé presque toutes les côtes de France, étendaient leurs déprédations dans une portion considérable de l'Aquitaine.

Raymond, après avoir doté richement l'abbaye créée par lui et sa femme Rerteiz, se décida au voyage de Paris, pour aller prier Charles le Chauve de placer cette maison

(1) Agio, abbé du monastère de Vavres.

sous sa protection royale. Le souverain accéda aussitôt à ce désir, traita Raymond avec une distinction particulière, et en outre, au moment de son départ, lui fit don de 60 livres d'argent (1).

Cette même année , l'Aquitaine vit surgir un nouveau prétendant au pouvoir ; comme s'il ne suffisait pas des quatre compétiteurs qui déjà se disputaient ce malheureux pays. Humfried, marquis de Gothie, vint mettre le siège devant Toulouse.

Les historiens se taisent sur l'origine de ce personnage et sur les raisons qui l'engageaient à revendiquer le comté de Toulouse. Toutefois il y a lieu de croire qu'Humfried appartenait à la famille de Guillaume I", dont le fils et le pefit-fils avaient été ducs d'Aquitaine, et comme Frédélon s'était trouvé en possession de ce gouvernement, au détriment des héritiers de cette famille, Humfried se croyait, sans doute, autorisé à réclamer ses droits.

Quoi qu'il en soit, Humfried, au moyen de quelques intelligences dans Toulouse , s'empara de cette ville, et en chassa le comte Raymond (2). Charles le Chauve, fort irrité , déclara le marquis de Gothie déchu de tous ses honneurs, et, pour l'empêcher de s'unir aux Sar-

(1) Catel, Histoire des comtes de Toulouse. — D'après la Polyp. d'Irm., par Guérard, la livre d'argent valait alors 563 fr. 20 c. de notre monnaie.

(2) Ann. IJcrliii, historien contemporain.

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rasins, lui-même s'allia avec Abdérame. llumfried , soutenu peut-être par le fils de Charles le Chauve , révolté aussi contre son père , ne se laissa pas effrayer et continua à faire valoir ses prétentions.

Pendant ce temps, Pépin, privé de l'appui des Bretons par suite d'un traité entre le roi de France et ces peuples, se joignait aux Normands, entrait avec eux en Aquitaine, et, suivi de ces hommes redoutables, portait la terreur jusqu'à Poitiers, Limoges et Clermont.

Après ces excursions, plus profitables à son trésor qu'à ses intérêts comme roi, Pépin, à son tour, se présenta devant Toulouse (1). Les Normands poussèrent d'abord leurs attaques avec une très-grande vigueur; puis, découragés par la résistance opiniâtre d'Humfried, ils abandonnèrent leur entreprise et se contentèrent de ravager impitoyablement les environs de cette place.

Cependant Charles le Chauve avait obligé son fils à se soumettre , et Humfried , qui alors se vit sans aucun soutien , craignant d'être traité un jour par le monarque comme un sujet rebelle , s'éloigna inopinément et alla chercher un refuge au delà des Alpes, près de l'empereur. Cette renonciation volontaire fit rentrer Raymond dans son comté de Toulouse, et au même moment une circonstance moins attendue encore rendit Charles le Chauve le seul maître en Aqui-

(I) Voir Ainioin, bénédictin de l'abbaye de lleury-sur-Loire.

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taine ; Pépin, pour la seconde fois, était tombé entre Tes mains de ses ennemis.

Envoyé à Senlis , ce prince fut de nouveau relégué dans un monastère, et, selon le dire d'un contemporain (1), la manière dont il y termina ses jours donna lieu à des soupçons d'empoisonnement que rien, d'ailleurs, ne justifie.

Raymond ne jouit pas longtemps de son retour de fortune; il mourut à la fin de 864, ou au commencement de 865 ; car son fils Bernard, dans une donation datée de la vingt-cinquième année du règne de Charles le Chauve (2), prend le titre de comte et de marquis de Toulouse.

Quoique dans une grande ignorance à l'égard de Raymond, il est impossible de ne pas reconnaître que, pour s'être maintenu comte de Toulouse pendant la longue querelle des quatre prétendants au trône d'Aquitaine, il dût être doué de beaucoup de prudence et d'esprit de conduite. Non-seulement il sut soutenir avec des princes puissants une lutte difficile et dangereuse, mais il eut à se défendre contre les Normands et contre lîumfried ; ce marquis de Gothie qui, s'appuyant sur des droits de famille, ne pouvait manquer, par là, d'être l'objet de l'affection des Toulousains, toujours très-

(1) Annal, mot., ad ann. 851.

(2J Charles le Chauve fui couronne, on le sait, en 840.

attachés à leurs comtes et i\ leurs héritiers légitimes.

Raymond touchait à l'accomplissement de ses vœux ; car, au milieu des circonstances les plus critiques, il avait fini par demeurer maître de l'héritage de son père, c'est-à-dire des gouvernements de Toulouse, de Quercy et de Rouergue. Cependant tous les actes émanés de lui sont empreints de cette teinte mélancolique et pieuse qui, du reste, est le cachet de l'époque, et un des traits les plus caractéristiques du moyen âge.

« Ainsi, lorsqu'il fonde l'abbaye de Vavres, c'est « pour le salut de son âme, celui de Fulguald, son père, « de Sénégonde, sa mère, et de Frédélon, son frère ger- « main, afin, dit-il, que, ayant été étroitement unis en ce « monde, l'aumône soit commune et également utile à « tous (1). »

Raymond avait les passions de son siècle , l'amour de la domination et de la gloire, et pourtant on découvre facilement en lui cette disposition à l'isolement inspirée par l'exagération des principes religieux. S'il ne se retire pas dans le monastère élevé par son zèle fervent, un de ses fils voudra aller s'y préparer à mourir. Ce goût pour la vie contemplative n'existe pas seulement en Aquitaine : le fils de don Sanche, roi d'Aragon, reste quarante ans enfermé dans l'abbaye de Saint- Pons de Thomières avant de monter sur le trône, et, après avoir

(1) Catel, Histoire des comtes de Toulouse.

régné, il est heureux de rentrer dans le cloître où s'est écoulé son jeune Age. C'est qu'alors les esprits réfléchis et sérieux se préoccupaient de l'avenir bien plus encore que du présent. Les pensées philosophiques , les jouissances matérielles n'avaient pas le pouvoir de séduire et d'entraîner. Constant dans ses goûts, modéré dans ses désirs, l'homme concevait de lui-même une opinion qui le grandissait, l'ennoblissait à ses propres yeux; il ne pensait pas avoir été créé uniquement pour finir ; il aimait à vivre pour espérer, à rêver une existence plus durable, et cette idée consolante, qui n'est pas innée en nous sans raison, n'exerçait pas seulement une action restreinte, individuelle, elle se reflétait sur la société entière, sur les habitudes, sur les arts, sur toutes choses enfin. Nous voyons des preuves de cette influence secrète dans la plupart des monuments appelés gothiques, échappés aux ravages du temps et à la destruction. Ces figures taillées dans la pierre , qui , recueillies et les mains jointes, semblent adresser au ciel une expression de gratitude ou une prière, ne nous peignent-elles pas, sous leurs couleurs véritables , ces siècles de simplicité et de croyance, où le doute ne remplaçait pas la raison, où le plaisir ne faisait pas oublier le bonheur.

Quatre fils furent laissés par Raymond : Bernard, Fulguald, Odo, Odon ou Eudes, et Arbert. Le premier et le troisième devinrent successivement comtes de Toulouse ; on n'est pas éclairé sur le second ; et, quant à Arbert,

il prit l'habit de moine et fut, par la suite, abbé de Vavres sous le nom de Benoît.

Raymond eut, en outre, une fille dont nous avons parlé à l'occasion de son mariage avec Etienne, comte d'Auvergne, ■îrnard II, Bernard II n'a été placé , par aucun ancien auteur,

't> comte ^ *

de sur le tableau chronologique des comtes de Toulouse;

'oulouse. .

mais Catel prouve, d'une manière évidente, qu'il succéda 865. . , ^

a son père.

Rien de plus positif en effet, car il nous est parvenu un acte dressé par lui à la mort de Raymond P', où se trouvent ces mots : « Ego Bernardus, comes et marchio « tolosensis. » D'un autre côté, nous possédons une charte de Charles le Chauve qui dissiperait toute incertitude, s'il pouvait y en avoir à ce sujet. Cette charte, datée de la trentième année de son règne, c'est-à-dire 870. de l'an 870, porte à la connaissance de Bernard, marquis de Toulouse, des exemptions accordées par lui à l'abbaye de Vavres.

La qualification de marquis, attribuée, dans cette pièce, au comte de Toulouse, ne soulève ni difficulté ni embarras. Sous les deux premières races (1), les titres de duc, de marquis et de comte étaient pris souvent l'un pour l'autre, quoique, cependant, chacun d'eux entraînât des droits différents, et eût, conséquemment,

(1) Voir rintrodaclioii.

— lâO —

une signification particulière. Ainsi le litre de comte donnait, par exemple, à Bernard, le gouvernement de Toulouse ; celui de marquis, certaine autorité dans quelques parties de la Narbonnaise ; et celui de duc, la prééminence sur une portion considérable de l'Aquitaine.

Nous ne croyons pas nécessaire de nous arrêter davantage sur ce point; néanmoins nous citerons encore un document historique qui viendrait, s'il le fallait, confirmer l'hérédité immédiate de Bernard. C'est une lettre (1) de l'archevêque de Reims, son parent, adressée à ce comte de Toulouse, presque aussitôt la mort de Raymond, dans laquelle on remarque ce passage : « qu'il ne peut lui donner en fief les terres que l'église « de Reims possède en Aquitaine, parce que saint Rémi « le lui a défendu par son testament; et il l'adjure, au « nom de Dieu, de la Vierge sa mère, et de saint Rémi, « de n'apporter aucun obstacle à la possession et à la « jouissance de ces biens. »

Il parait, en efî'et, que, malgré les exhortations et les menaces de l'archevêque, Bernard II s'emparait, sans y trouver grand mal , des biens appartenant à l'ÉgUse , et qu'il les considérait ensuite comme faisant partie de son propre patrimoine.

Le nouveau comte de Toulouse n'était guère installé

(1) Celle lellre esl ciléc par Flodoard.

SGG. depuis plus d'un an, lorsque Charles le Chauve permit à son fils Charles d'aller reprendre le gouvernement de l'Aquitaine. Ce prince, à peine arrivé, battit les Normands établis sur la Charente ; mais, étant mort peu de temps après, Charles le Chauve disposa de ce royaume en faveur de son autre fils Louis (Louis le Bègue), qu'il fit couronner dans une maison royale située sur la Loire. Les chroniques ne disent absolument rien du comte

870. de Toulouse à l'époque de ce changement de règne ; son nom est seulement cité dans des actes relatifs à l'abbaye de Beau lieu (1), et ces pièces nous éclairent très-imparfaitement sur son compte. Nous savons, par l'une d'elles, que Bernard tint des assises en un lieu nommé Semmarium, probablement dans le Quercy, où il rendit plusieurs jugements datés de la quatrième année du règne de Louis (2).

Deux ans plus tard, Bernard fut mandé par Charles le Chauve au palais de Sauvoy, près de Laon, pour y traiter, avec le roi d'Aquitaine , des affaires de ce royaume ; il

87-2. prêta alors serment au monarque français, qui mit sous sa direction supérieure les villes de Carcassonne et de Béziers.

Si Bernard occupa peu l'attention des auteurs contemporains, il n'en travailla pas moins secrètement

(1) Voir Mab., ad ami, 91-2.

("2] Louis le Bègue.

à étendre et à assurer son pouvoir ; c'est surtout dans une charte devant appartenir à l'an 871 que se montrent à découvert ses désirs ambitieux. Le style de cette charte (1), par laquelle il prend sous sa sauvegarde le monastère d'Alabon, dans le diocèse d'Urgel, est entièrement conforme à celui des diplômes des rois de France sous la seconde race , lorsqu'ils accordaient certains privilèges aux églises.

Bernard, en quittant le palais de Sauvoy, revint en Aquitaine avec Louis le Bègue ; quand, plus lard, Charles le Chauve alla en Italie recueillir la succession de l'empereur, il accompagna ce monarque, et, dans ce voyage, un accident quelconque termina probablement ses jours.

On voit effectivement, par la correspondance d'Hincmar, archevêque de Beims, relative aux terres dont il réclamait la restitution, que Bernard vivait encore lors du départ du roi ; mais, peu de temps après, ce prélat^ dans une lettre adressée à Adalgarius , évêque d'Autun, lui dit : « Le comte de Toulouse est mort d'une manière « funeste, en punition de ce qu'il avait usurpé les biens « de l'Église de Beims. » Au reste, Hincmar n'entre dans aucun détail sur cet événement, et nous ignorons quelle fut cette fm regcu^dée comme si fatale.

Bernard , ne laissant pas d'enfiuits , aurait dû être

[Ij Vuii' ïlht^ioirc (jénérak du Lanijucduc.

remplacé par Fulguad ; cependant, soit que celui-ci AU

Odes • »•! \ 1 ' 1 •

)u Kiides, niorl, soit qu il eut embrasse la vie monastique, Eudes, de le second de ses frères, prit possession du comté de Tou-

roulouse.

in de 87j lousc ; car le principe d'hérédité était déjà si bien établi,

ou coiq-

iieneeinyaf que Rajuiond P', après avoir succédé à son frère Frédélon , se disait, dans ses chartes, « comte et marquis « par la grâce de Dieu. » Au surplus, la loi couvrit bientôt de sa protection ce que l'usage seul avait autorisé jusqu'alors. Sur le point de partir pour son second voyage en Italie, Charles le Chauve, par les capitulaires «77. de Kiersi-sur-Oise, décida

« Que, si un comte, dont le fils serait à sa suite, ve- « nait à mourir durant son absence, le roi , son fils, « avec son conseil, feraient administrer, par provision , « le comté vacant, par les plus proches parents du dé- « funt, et par l'évêque diocésain, jusqu'à ce qu'il fut « informé de la mort du comte, afin de disposer du « comté en faveur du fils ; que, si celui-ci était en bas « âge, il aurait l'administration provisionnelle du comté « conjointement avec l'évêque et les officiers du lieu, « jusqu'à ce qu'il l'eût nommé aux dignités de son « père. »

Ainsi l'hérédité des fiefs et des grandes dignités était définitivement déclarée, et l'acte le plus contraire aux intérêts du souverain comme aux intérêts du pays venait porter le dernier coup aux institutions de Charlemagne, en préparant l'afiaiblissement de l'autorité, le

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