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provinciale qui écoutait les plaintes des communes et faisait droit à leurs justes réclamations : elle en fut privée un moment par suite des troubles et des discordes intérieurs; mais Honorius rétablit ce privilége, et, chose remarquable, 1l continua de subsister malgré deux invasions successives qui bouleversèrent de fond en comble le pays. |
Cependant, par suite d'une longue occupation, les provinces gauloises finirent par se trouver dans une situation tout à fait semblable à celle des provinces italiennes et par se ressentir, plus qu'elles encore, des vices d’une constitution qui n'avait pas été faite en vue de leurs intérêts. Si la population d'extraction romaine ne se montrait pas turbulente et disposée à la révolte comme celle de la capitale de l'empire , cela tenait à ce que toute alliance avec les anciens habitants du pays lui élant sévèrement interdite par les lois, sa position 1solée lempêchait d'avoir assez de confiance dans sa force pour oser s'attaquer au pouvoir. Néanmoins, à Toulouse comme à Rome, les masses supportaient avec impatience le joug imposé par un pouvoir exigeant.
La condition des plébéiens soulevait de justes colères ; il ne suffisait pas aux familles patriciennes d'être seules appelées aux fonctions civiles et religieuses, de posséder (ous les avantages et toutes les prérogatives attachés au rang et à la fortune, leur patronage inquisitorial s'exerçail jusque dans l'intérieur des familles, s’immisçail
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dans les plus petits détails de la vie privée, et même les affranchis, lorsque, à la seconde génération, ils devenalent citoyens romains, se trouvaient obligés, sous peine de punitions très-fortes, de garder vis-à-vis de leurs anciens patrons une subordination qui ne leur permettait d'oublier n1 leur origine n1 leur existence première.
S1 la constitution romaine armait l'aristocratie contre les attaques du peuple, sa sévérité excitait chez les plébéiens un vif désir de sortir de leur condition misérable ; car, bien qu’ils eussent été protégés par la création des tribuns, la société restait réellement partagée en deux classes, les maîtres et les esclaves.
Les Romains laissaient aux peuples soumis par eux l'usage de leurs coutumes ; cependant, dans la Narbonnaise, le droit romain fut introduit de très-bonne heure. Cette circonstance doit être attribuée à l'établissement des colonies, au grand nombre des villes municipes et aussi à ce que les habitants furent les premiers à invoquer une législation pouvant leur offrir des garanties contre l'arbitraire.
Au reste, la marche de la civilisation dans les Gaules se ressentit des efforts faits par les consuls pour rendre moins sensible aux colons l'espèce d'exil auquel les condamnait la conquête. À peine les aigles romaines se posaient-elles quelque part, qu'on voyait s'élever comme par enchantement des temples, un capitele , un amphi-
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théâtre, un cirque, tous les édifices, en un mot, propres à rappeler les idées religieuses, la grandeur de la nation, la puissance de l'autorité, et, qui, à défaut des joies de la famille, occupaient par des tableaux émouvants les imaginations inquiètes.
La Gaule changea donc bientôt d'aspect, surtout dans la partie méridionale qui, nous l'avons dit, avait perdu depuis longtemps de sa rudesse par ses rapports avec la colonie phocéenne établie à Massalia (1).
Il faut que les progrès en tous genres aient été bien rapides, car Strabon fait déjà l'éloge de la prospérité de la Narbonnaise sous le règne de Tibère. Nous savons par lui que l’on y cullivait tous les arts, et que ses habitants, aussi instruits que les Romains, parlaient presque généralement la langue latine. Alors Narbonne, la métropole , était le port le plus important du pays, et aucune ville n’avaitsu étendre, comme elle, ses relations avec les contrées lointaines. Cependant Nimes et Toulouse se faisaient aussi remarquer par leur industrie et leur commerce.
Pline dit en parlant de la Narbonnaise : « Il n’est « pas de contrée qui la surpasse, si l’on considère la « culture et la fertilité de ses terres, ses richesses, son « abondance, le mérite et les mœurs de ses habitants. « En un mot, ajoute-t-1l, c’est l'Italie même, plutôt « qu'une province. »
(f) Justin, lib, 13.
L'an 54,
api : Pons
monuments, récemment découverts {1}, nous révèlent aujourd'hui l'existence.
Ce n'était pas assez de tant d'êtres surnaturels, de tant d'objets matériels divinisés, une honteuse adulation fit ajouter, par les Romains, à ces légions célestes les hommes dont une nation dépravée voulait flatter l'oroueil; et le triumvir Octave, qui avait été revêtu du titre d'Auguste pour avoir fait couler des flots de sang, eut, de son vivant même, des autels à Narbonne.
Enfin, lorsque Néron succéda à l'empereur Claude, le christianisme fit sa première apparition dans les Gaules. Devant cette éclatante lumière, on vit bientôt s’effacer les vagues et pâles lueurs qui, depuis tant de siècles, avaient égaré les peuples; et les paroles de l'Evangile, si simples et si sages, furent écoutées partout avec confiance et espoir. Rome, on le sait, ne montra pas, cette fois, la quiétude qui, jusqu'alors, avait signalé sa politique en matière de religion : il s'agissait d’un culte qui sapait le polythéisme par sa base, et, ne voulant pas renoncer à ses erreurs, elle poursuivit avec acharnement ceux dont la mission sainte était de répandre la vérité. Les chrétiens eurent done à lutter contre des perséculions cruelles, et Marc-Aurèle lui-même, qui a
(4) Voir l'Archéologie pyrénéenne et les notes de l'Histoire générale du Languedoc.
L'an f61.
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mérité pourtant d'être surnommé le philosophe, ordonna, à Lyon et à Vienne, le supplice de plusieurs martyrs. Mais ces arrêts de mort, ces tortures affreuses ne purent empêcher le jour de succéder aux ténèbres, et la Narbonnaise presque entière ne fut pas longtemps à renoncer à l'idolâtrie.
On ne peut s'empêcher de remarquer, à cette occasion, que, à l’époque où Marc-Aurèle fut proclamé empereur, déjà une scission dans l’Église se manifestait au sein de la Gaule méridionale Deux gnostiques fameux, Va'entin et Basilide, partisans des principes manichéens, eurent pour disciple un nommé Mare, qui porta leurs doctrines dans toutes les provinces voisines du Rhône ct de la Garonne, et même en Espagne, où elles se propagèrent jusque vers la fin du 1v° siècle (1).
Ainsi des disputes religieuses s’élevèrent dans le Languedoc lorsque la conviction pénétrait à peine dans les esprits, lorsqu’'à peine on commençait à connaitre et à comprendre les bienfaits d’une haute et imposante révélation.
Cette sorte de manifestation du caractère national ne semblait-elle pas faire pressentir les guerres désastreuses et les poursuites impitoyables dont ces malheureuses contrées devaient un jour devenir le théâtre?
(1) Quelques auteurs prétendent que saint Jérôme , qui se plaint de ce schisme, veut parler d’une autre secte.