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une assemblée publique au sein de cette ville, où se trouvent réunies en quelque sorte, par un don de Dieu, toutes les jouissances de la vie et toutes les faciliés du commerce?
« Déjà l'illustre préfet Petronius, par un dessein louable et plein de raison, avait ordonné qu'on observât cette coutume {1}; mais, comme la pratique en fut interrompue par l'incurie des temps et le règne des usurpateurs, nous avons résolu de la remettre en vieueur par l'autorité de notre prudence. Aïnsi donc, cher et bien-aimé parent Agricola, ton 1llustre Magnificence, se conformant à notre présente ordonnance et à la coutume établie par tes prédécesseurs, fera observer dans les sept provinces les dispositions suivantes :
« On fera savoir à toutes les personnes honorées de fonctions publiques, ou propriétaires de domaines, el à tous les juges des provinces, qu'ils doiventse réunir en conseil, chaque année, dans la ville d'Arles, dans l'intervalle des 1des d'août à celles de septembre, les jours de convocation et de session pouvant être fixés à volonté.
« La Novempopulanie et la deuxième Aquitaine, comme les provinces les plus éloignées, pourront, si leurs juges sont retenus par des occupations indispensa-
4) Entre l’an 402 et 408,
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bles, envoyer à leur place des députés, selon la coutume. |
« Ceux qui auront négligé de se rendre au lieu indiqué, dans un temps prescrit, payeront une amende qui sera, pour les juges, de einq livres d'or, et de trois livres pour les membres des curies et les autres dignitaires.
« Nous croyons, par cette mesure, accorder de grands avantages et une grande faveur aux habitants de nos provinces ; nous avons aussi la cerütude d’ajouter à l’'ornement de la ville d'Arles, à la fidélité de laquelle nous devons beaucoup, selon le témoignage de notre père et Patrice (1).
« Donné le XV des kalendes de mai, reçu à Arles le X des kalendes de juin (2).»
Cette pièce, fort curieuse, combat victorieusement l'o-
pinion généralement répandue, qu’il faut attribuer aux barbares l'avantage obtenu par les provinces méridionales de la Gaule, d’avoir eu des assemblées choisies parmi la nation tout entière, pour décider les ques-
{1} Constantin second, mari de Placidie, le collègue d’Honorius,
l'an 421.
(2) Voir Aug. Thierry, Lettres sur l'histoire de France (let, XXV,
ions administratives les plus importantes. Les Wisigoths et les Franks continuèrent, 1l est vrai, ces réunions, qui avaient toujours été dans leurs habitudes et considérées, par eux, comme obligatoires; mais les mdls, autrement dits les champs de mars ou de mai, étaient mis en pratique dans le pays avant leur invasion, et les conquérants ne firent autre chose que maintenir un usage déjà établi par les Romains (1).
Les droits politiques s’exerçaient à Rome seulement, et les villes municipes elles-mêmes en étaient venues à ne jouir de certaines libertés qu’en ce qui touchait aux questions purement locales. Ainsi leur importance se trouvait réduite à un régime municipal ne les rattachant, en aucune façon, aux grands intérêts de l'empire. Les principaux citoyens des villes municipes avaient, en effet, été appelés à la métropole pour y être chargés de hautes fonctions publiques, mais, par suite de leur soumission servile vis-à-vis du pouvoir, et de l'indifférence de leurs compatriotes pour ce qui ne les concernait pas directement, 1ls cessèrent peu à peu de prendre part aux affaires gouvernementales, et, bornant leur attention à des détails admimistraüfs, 1ls ne s’appliquèrent bientôt qu’à étendre les priviléges et l'indépendance des populations auxquelles les unissaient leurs relations personnelles.
4) Voir Aug. Thierry, Lettres sur l’histoire de France, lettre XXV, p. 473.
Enfin, d'un autre côté, tandis que les villes cherchaient à accroître leurs prérogatives, et ne connaissaient presque le pouvoir central que par les impôts dont elles étaient accablées et les injustices dont elles avaient à souffrir, le christianisme séparait en quelque sorte de la famille politique toute la famille religieuse, et l’église ou la paroisse était devenue un centre nouveau, qui tendait à dépouiller la commune de ses biens et de son autorité (1).
Les Gaules, ne présentant plus n1 unité d'intérêts ni unité d'action, ne pouvaient, malgré les avantages de la civilisation sur la barbarie, opposer la moindre résistance aux attaques dirigées alors contre elle. Las d'une domination oppressive, les peuples ne songèrent nullement à se défendre, et l’on vit disparaître, dans un jour d’étonnement et de stupeur, cette puissance si confiante en sa force, qui, la veille encore, dictait ses volontés à l'univers.
Au nombre des nations ignorées jusque-là, qui se précipitèrent sur l'Europe occidentale comme ces avalanches que rien n'arrête, auxquelles rien ne résiste, et qui ne laissent après elles que la destruction et la mort, étaient les Scandinaves, qui comprenaient les Goths de l’ouest ou West-Goths, appelés Wisigoths; les Goths de l'est ou Est-Goths, appelés Ostrogoths ; les Gépides, les
4) Voir l’Essai sur l'histoire de France, par M, Guizot,
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Suiones, les Cimbres et les Danois, plus connus dans la suite sous le nom de Nord-mann (1) ou Normands.
Nous ne suivrons pas ces peuples dans leurs incur-
sions successives, nous nous contenterons de dire qu'à cette époque la Narbonnaise fut occupée, comme toutes les contrées au delà de la Loire, par Ataulphe, roi des Wisigoths.
Voici le tableau que fait un Contemporain de la situa-
tion du pays peu après son envahissement :
« Quand tout l'Océan aurait inondé les Gaules, 1l n'y aurait pas fait de si horribles ravages : nos bestiaux, nos fruits et nos grains ont été enlevés; nos vignes el uos oliviers désolés ; nos maisons de campagne ruinées, et à peine reste-t-il encore quelque chose dans les champs. Mais tout cela n’est que la moindre partie de nos maux. Depuis dix ans, les Vandales et les Goths font de nous une cruelle boucherie : les châteaux bâtis sur les rochers, les villes les plus fortes, les bourgs situés sur les plus hautes montagnes, n’ont pu garantir leurs habitants de la fureur de ces barbares, et l'on à été partout exposé aux dernières calamités. Ils n'ont épargné ni le sacré n1 le profane, ni la faiblesse de l’âge ni celle du sexe; les hommes et les enfants, les gens de la lie du peuple et les personnes les plus considérables, tous ont été sans distinction
4) Hommes du nord,
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« les victimes de leur glaive. Ils ont brûlé les temples « dont ils ont pillé les vases sacrés, et n’ont respecté n1 « la sainteté des vierges ni la piété des veuves. Les soli- « taires n'ont pas éprouvé un meilleur sort. C'est une « tempête qui a emporté indifféremment les bons et les « mauvais, les innocents et les coupables. Le respect dù « à l'épiscopat et au sacerdoce n’a pas exempté ceux « qui en étaient honorés : ces barbares leur ont fait « souffrir les mêmes indignités et les mêmes supplices ; « ils les ont enchaînés, déchirés à coups de fouet, et « condamnés au feu, comme les derniers des malheu- « Teux. »
On n’est pas d'accord sur ce que devint alors la ville de Toulouse. Suivant les uns, elle résista au flot impétueux qui couvrit de ruines la Gaule méridionale; selon d'autres, au contraire, elle fut, comme le reste du pays, ravagée de fond en comble.
Saint Jérôme (1) dit dans une de ses lettres : « Je ne « peux retenir mes larmes quand je parle de Toulouse, « que les mérites d'Exupère (2) ont sauvée de la rage « des barbares. »
Il a suffi de cette phrase pour faire croire à quelques historiens que cette ville à dû nécessairement avoir été
(f) Saint Jérôme naquit vers l’an 340 et vécut jusqu’à l’an 420. (2) Saint Exupère, évêque de Toulouse, mourut vers l’an 417; il ne faut pas le confondre avec Exupère, évêque de Bayeux au 1v° siècle.
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préservée des désastres subis par la Narbonnaise; cependant l’on verra bientôt qu'il ne faut pas tirer de ces paroles une conséquence aussi absolue; car 1l est possible que le prélat dont parle saint Jérôme ait eu assez d'autorité, par la sainteté de sa vie, pour arrêter les premiers excès des Wisigoths, mais que Toulouse, malgré cela, n’en soit pas moins tombée au pouvoir des vainqueurs. Une lettre de Rutilius, écrivain contemporain, donne beaucoup de poids à cette dernière opinion. Né dans la province, et par conséquent mieux à même que saint Jérôme de savoir exactement ce qui s'y passait, 1l raconte comment il a retrouvé, en Toscane, Victorinus, rhéteur de Toulouse, son ancien ami, que la prise de celte ville par les barbares avait forcé de s'exiler et d’aller chercher, par delà les monts, une patrie nouvelle (1). Il est donc à croire, comme, au reste, certains auteurs le pensent, que Toulouse ouvrit ses portes aux Wisigoths, mais que, grâce à l'intervention de son évêque, Exupère, elle fut garantie du pillage.
A propos d'Exupère, et de ce que pouvait sa haute réputation de vertu, nous citerons un épisode de sa vie (2), de nature à faire connaître la simplicité et la naïveté des mœurs de cette époque.
« La plus coupable ingratitude ayant été la récom-
(4) de Rosoi, Annales de la ville de Toulouse. 1) Bertrand de Gest. Tolos.; traduction de la Peyriére.
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pense de la conduite d'Exupère, il se retira dans la vallée d'Aure, sa patrie, et, reprenant les habitudes du laboureur et du berger, il oubliait dans les occupations rustiques l'injustice de ses compatriotes.
« Bientôt une grande famine afflige la contrée, les effets s'en font principalement sentir à Tolosa. Le peuple, au désespoir, a cru voir dans l'absence de son évêque la cause de ce fléau : alors, dit la chronique, les Tolosains furent inspirés de la grâce de Dieu à chercher leur prélat, et pour envoyer les plus faconds orateurs par tout le monde, pour le quérir, parlustrant les Espagnes, les Gaules, les monts Pyrénées, et autres lieux : rien ne trouvèrent, et pour ce, revenalent à Tolosa comme hors d'espoir. Et en revenant, passèrent devant le saint homme, où 1l estoit en priant Dieu dévotement, et tenant vie d’ermite ; etse logèrent
en un lieu près, et par longs soupirs et regrets, disaient
telles paroles semblables : Q Exupère, notre père! nous te prions instamment qu'il te plaise nous donner secours en celte fière bataille. Hélas! il nous est incertain que de-
« vons faire. — Et d’adventure, la mère de saint Exu-
père estoit tout près, laquelle notoit bien lout, et quand elle oyt nommer son fils, elle dit aux orateurs : Messires qui estes si dolens, que demandez vous ? — lesquels lui expliquèrent la cause de leur douleur et voyage, et après la bonne dame répondit : — Celui que demandez est \ci derrière, en ces champs, avec son
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père : c'est celui qui est évêque de Tolosa, et à cette heure, touche les bœufs de l'aiguillon avec son père. — Les messagers, voyant leur seigneur, prirent course, et avec grand'joie vinrent, et le saluèrent humblement, en le priant qu'il lui plaise retourner à Tolosa, laquelle chose refusa en disant que le peuple de Tolosa estoit endurei et obstiné en son péché. Ce nonobstant, les orateurs comme bien appris, derechef supplièrent le saint homme en luy racontant le grand amour qu'avaient les Tolosains envers luy, et pareïllement la cruelle famine qui estoit par tout Tolosa, et pour cela le saint homme répondit fermement : — qu'il estoit possible que jamais retournât à Tolosa, comme estoit possible que le baston qu'il tenant ès-main pour toucher les bœufs, florit et verdoyät. Et ces paroles dites, incontinent le dit baston commence à florir, et pour ce, le saint homme, promit retourner à Tolosa, et luy émerveillé d’un tel mystère dit en cette manière : Vraiment la volonté de Dieu est que Je retourne à mes enfants de Tolosa. Et ce dit, le saint homme se départit de ses parents, non sans grandes lamentations. Ainsi s’en retourna saint Exupère à Tolosa, auquel les Tolosains vinrent au devant avec grande procession, et en chantant des hymnes. »
Les Wisigoths, après la mort d’Ataulphe, furent d’a-
bord chassés au delà des Pyrénées par les Romains ; de-
venus ensuile leurs alliés, l’empereur Honorius, pour se
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les attacher tout à fait, finit par leur donner le pays compris entre l'Océan et la Garonne.
Plus tard, un traité avec l’empereur Nepos mit au pouvoir des Wisigoths les provinces enfermées dans le quadrilatère que forme l'Océan, la chaîne pyrénéenne, le Rhône et la Loire; mais leur roi Évaric ou Euric ne se contenta pas de ces vastes et riches contrées, 1l franchitles monts et rangea la plus grande partie de l'Espagne sous ses lois.
Chez les Wisigoths, une assemblée composée de toutes les notabilités de l’État désignait, à la mort du souverain, celui qui devait le remplacer sur le trône. Cette assemblée était également consultée quand il s'agissait de résoudre quelque question d’un intérêt national.
Lorsque les rois wisigoths, maîtres, comme nousvenons de le dire, de presque toute l'Espagne, abandonnèrent Toulouse, pour aller s'établir dans la Péninsule ibérique, la Narbonnaise fut laissée à un gouverneur général, ayant sous sa dépendance un duc ou comte de premier ordre, qui, outre la direction des affaires publiques, avait aussi le commandement des troupes, et la haute main dans l'administration de la justice civile et criminelle (1).
Chaque cité, ou diocèse, se trouva alors soumis à l’autorité d'un comte de deuxième ordre, gouverneur parti-
4) Cassiod,, Cod, wisig., lib. 3,
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culier, ayant, pour le seconder, un ou plusieurs viguiers ou vicaires (1), et un nombre considérable d'agents subalternes d’une importance plus ou moins grande.
Les habitants de la Narbonnaise, Romains ou Wisigoths, formaient deux classes séparées, les hommes libres et les esclaves. Les premiers, considérés comme la noblesse du pays, prétendaient à tous les honneurs et à tous les emplois; quant aux esclaves, ils se partaseaient en serfs du roi, appelés fiscalins, et en serfs particuliers.
Les fiscalins étaient admis à remplir diverses charges du palais, et au besoin témoignaient en justice, ce qui n'était permis, même aux affranchis, que dans des circonstances exceptionnelles, comme les cas d’adultère ou de crime de lèse-majesté. Les fiscalins pouvaient avoir des esclaves et posséder des terres, mais 1l leur était interdit de donner la liberté à leurs serfs sans la permission du prince, et de disposer de leurs biens autrement qu'en faveur d’autres fiscalins, en faveur des pauvres, Où en œuvres ples.
Les Wisigoths défendaient, sous les peines les plus sévères, les alliances entre les personnes libres et les esclaves ; ils livraient aux flammes les transgresseurs de cette loi.
M) Vicarii comitis,
Dans la Narbonnaise, la propriété était de trois sortes : allodiale, bénéficiaire ou tributaire.
Après la conquête, les terres ayant été distribuées entre les vainqueurs, chaque personnage important se trouva ainsi possesseur d’une certaine étendue de territoire. Ces domaines, tout à fait indépendants et dont on pouvait disposer avec une entière liberté, formaient ce que l’on appelait un alleu (1). Des biens provenant d’échange, d’acquisitions ou d'héritages ne tardèrent pas à s’adjoindre à ces propriétés allodiales, et ils jouirent alors des mêmes priviléges qu’elles. |
Mais si, dans le principe, ces terres ne furent soumises à aucune redevance envers un chef supérieur, elles ne restèrent pas longtemps exemptes de toutes charges envers l'État. Lorsqu’à l'isolement des familles sur le sol succéda l'établissement d’une société compacte et régulière, les alleux durent faire des dons au souverain, fournir gratuitement à l’entrelien de ses envoyés, et participer aussi à toutes les obligations du service militaire.
Les bénéfices résultaient de la concession de terres ou de domaines. Dans les premiers temps, laccomplissement des conditions exigées par le donateur déterminait seul la durée de cet engagement réciproque; plus tard,
4) Alod du mot loos, d’où sont venus les mots lof, loterie, etc. [Voir l'Essar sur l’histoire de France, par M. Guizot.
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la fixité des institutions réagissant sur les bénéfices, 1ls finirent par être à vie, et devinrent même héréditaires. Cependant ils demeurèrent toujours soumis à celui de qui ils provenaient, soit pour les obligations militaires, soit pour les servitudes stipulées dans l'acte convenu entre les parties.
On désignait sous la qualification de tributaires les terres dont on avait seulement la jouissance, et qui payaient un cens ou revenu à leur véritable propriétaire. Elles étaient possédées par des hommes libres, des colons ou fermiers, ou bien par des serfs qui les cultivaient pour leurs maitres.
Cette situation particulière de la propriété titré. qui se prolongea jusqu’à la fin du x° siècle, ne partagea pas la société, comme on serait en droit de le supposer, en classes bien distinctes. Dans un temps où la force l’'emportait sur les lois, chaque individu, fût-il possesseur d'alleux, de bénéfices ou de terres tributaires, ne pouvait se dire libre et exempt de toute oppression, s’il n'avait assez de puissance ou d’habileté pour ne pas subir le joug que l’on cherchait à faire peser sur lui.
La justice était rendue par les comtes, les viguiers et leurs sous-ordres. Les évèques, aidés de quelques assesseurs choisis par eux, demeuraient les juges naturels des pauvres; 1ls terminaient leurs différends, et les juges
séculiers devaient forcément se conformer à leurs déci- SIONS.
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Longtemps les Wisigoths eurent pour seules règles Îles coutumes transmises par leurs vieilles traditions; mais le roi Euric (1) réunit en un corps d'ouvrage ce que l’usage seul avait établi jusque-là; et, plus tard, Alaric, pour soumettre tous ses sujets à la même législation, ordonna de fondre le code théodosien avec celui d'Euric, et fit composer ce que l’on appelle le Breviarium, qui devint dès lors la loi unique.
Dans le Breviarium commença à se montrer l'élément démocratique, et c’est peut-être à ce travail, étendant le droit de juridiction à la eurie tout entière, au lieu de le restreindre à des magistrats pris dans son sein, qu'il faut faire remonter l'origine de la commune, institution desinée, dans le moyen âge, à remplacer la municipalité romaine.
Le nouveau code infligeait les peines les plus fortes aux magistrats convaincus de prévarication, et dans ce cas, ou même lorsqu'il s'élevait seulement quelques doutes au sujet d’un jugement, l’évêque diocésain pouvait évoquer l'affaire à son tribunal et réformer un arrêt injuste. Cependant alors la sentence devait être confirmée par le roi.
Les alliances entre parents étaient interdites jusqu'au
(4) Euric fut plus qu’un conquérant; il avait quelques-unes des qualités qui font les grands princes; malheureusement son ambition l’entraina à être fratricide, et son ardeur pour l’arianisme le porta à des persécutions qui le rendirent l’émule des (ralérius et des Dioclétien.
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sixième degré inclusivement (1). Pour s'unir, il fallait que les conditions fussent égales, et la femme devait être moins âgée que le mari. Si l’on manquait à cette condition, celui des deux époux qui croyait avoir à se plaindre faisait, à sa volonté, annuler le mariage. Un projet d'union étant convenu, soit par écrit, soit en présence de témoins, si un anneau avait été donné à la femme, rien alors ne rompait l'engagement.
Les lois des Wisigoths punissaient très-rigoureusement l’adultère dans l’un et dans l’autre sexe. L'homme aussi bien que la femme devenaient les esclaves de l'offensé, auquel on laissait toute liberté d'action pour exercer sur eux sa vengeance. Les biens du coupable restaient confisqués à son profit, si toutefois 11 n'existait pas d’enfants.
Relativement aux successions, les Wisigoths suivirent à peu près la législation romaine. Les pères et mères étaient obligés de partager leurs biens entre leurs hériuüers directs, et 1ls disposaient seulement du tiers de leur fortune en faveur de celui qu'ils voulaient avanlager.
Tout le monde pouvait plaider sa propre cause. Cette autorisation s’élendait même aux femmes; il n'y avait d'exception qu'à l’égard des princes et des évêques, par respect pour leur dignité. Mais, chose remarquable, jus-
) Les cousins germains faisaient le troisième degré.
qu'au x° siècle chaque peuple conserva des juges de sa nation, qui décidaient suivant les lois spéciales observées par les parties.
La jurisprudence et la médecine continuèrent seules, après l'invasion, à être cultivées avec quelque succès. La même personne cumulait alors les fonctions de médecin, de chirurgien et de pharmacien. On s’accordait sur le prix avant de commencer un traitement, et le malade ne payait qu'après son entière guérison. En cas de mort, le médecin ne recevait aucun salaire. S'il estropiait quelqu'un en le saignant, 1l payait une amende de cent sols d'or (1), et, si l'individu mourait peu de temps après l'opération, 1l expiait par l'esclavage sa mauvaise fortune ou son peu de savoir. Les parents du défunt pouvaient en user, à son égard, comme bon leur semblait, et même devenaient les maitres de sa vie.
Les Wisigoths, qui, à leur arrivée dans la Narbonnaise, trouvèrent les arts presque à leur apogée, loin de profiter des avantages de cette heureuse situation, se firent un devoir sauvage de tout abattre et de tout détruire. Jaloux d'effacer jusqu'aux moindres traces de leurs prédécesseurs, monuments, insüitutions, sciences, littérature, rien ne fut respecté par leur brutale ignorance. On eût dit qu'ils avaient reçu d’un génie in-
(4) Soit 9,000 francs, le sol d'or valait alors 90 francs, Polyptiques d'Irminon, par Guérard,
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fernal la mission de ramener les peuples à leur barbarie primitive.
Néanmoins, une fois établis au milieu d'une nation éclairée, les Wisigoths, paraît-il, devaient s’assimiler à elle, et acquérir bientôt l'intelligence et les lumières qui leur manquaïent. Il n’en fut point ainsi. Le maintien de la loi romaine, s’opposant d'une manière absolue à toute alliance avec les habitants, les tint, au contraire, dans un isolement complet, et les bienfaits de la civilisation continuèrent à leur rester inconnus. Lorsque cette défense cessa d'exister, ils se mêlèrent peu à peu à la population, mais ce fut seulement vers la fin du x° siècle que les deux peuples se confondirent tout à fait.
Sous la domination des Wisigoths, l'on ne vit donc pas renaître ces écoles célèbres où s'étaient formés les Monanus, les Domitius Afer, les Statius Surculus, les Artanus, les Favorin (1), et tant d’autres personnages devenus illustres par leurs écrits ou par leur éloquence. Des cris de guerre se faisaient seuls entendre dans la
1) Montanus, né à Narbonne, se distingua dans la poésie et l’éloquence.
Afer, né à Nimes, devint préteur et consul; il eût élé un autre Cicéron, S'il n’avait pas donné une mauvaise direction à son talent.
Sureulus, fameux rhéteur de Toulouse, s'appelait aussi Ursulus.
Artanus ou Arcanus. Il est cilé, par Martial, comme s'étant rendu célèbre dans les belles-lettres.
Favorin était un sophiste d’un très-grand renom; il s'aequit, par sou talent, lamitié d’Antonin,
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Narbonnaise, et au culte des beaux-arts avaient succédé le désir des victoires et l'amour des conquêtes.
Les Wisigoths étaient tous soldats, et tous, au premier appel, se rangeaient sous les drapeaux à la volonté du souverain. Chaque sujet libre, affranchi ou serf fiscalin devait se faire suivre par la dixième partie du nombre de ses esclaves. La moitié de ces hommes s’armait de frondes ; l’autre, d’épées, d'arcs ou de javelots. L’obligation du service militaire ne fut imposée d'abord qu'aux Wisigoths; elle s’étendit ensuite aux Romains et aux indigènes. L’exil devenait la punition des hommes d'un rang élevé qui n’obéissaient pas à l’ordre du maître, et l’état s'emparait de leurs biens. Les individus d’une condition inférieure recevaient deux cents coups de fouet, avaient les cheveux arrachés, et payaient une amende d'une livre d’or {1}. Lorsqu'ils ne pouvaient se procurer cette somme, on les donnait comme esclaves.
L'organisation militaire reposait sur des règles fort simples : dix hommes appartenant à la même localité obéissaient à un dizenier, qui non-seulement avait sur eux une autorité constante en sa qualité de chef d'armes, mais exerçail encore à leur égard une certaine juridiction civile. Dix de ces groupes étaient soumis à la surveillance d’un centenier, cinquante à celle d'un
(4) Voir Polyptiques d'rminon; Rotné de l'Isle ; Paucton. 1 livre d’or valait alors 6,500 francs de notre monnaie,
quingentenier, et cent formaient un corps sous les ordres d’un millenier.
Cette espèce de milice présentait sans doute des inconvénients de plus d’une nature ; néanmoins elle offrait, sous différents rapports, des avantages faciles à reconnaître. On réunissait, en très-peu de temps, des forces importantes, et cette armée improvisée se trouvait composée d'hommes ayant déjà reçu quelque instruction militaire, se connaissant tous entre eux, connaissant aussi leurs officiers et étant habitués de longue main à exécuter toujours la volonté du chef.
Quand ces troupes entraient en campagne, on leur distribuait avec abondance des denrées de toutes sortes, mais elles ne touchaient aucune solde.
Quoique la population entière, à fort peu d’exceplions près, concourut à subvenir aux dépenses de l'Etat, les ressources du royaume ne s’élevaient pas à des sommes considérables par suite de la mauvaise administration des finances. Les grands dignitaires recouvraient les impôts, et chacun, dans l’étendue de son ressort, en opérait les versements au trésor public. Aucun moyen de contrôle n’étant possible à l'égard des dues, comtes, etc., il est facile de concevoir quelle dilapidation devait être la conséquence d’un pareil système.
Les rois wisigoths, indépendamment du revenu de leur domaine particulier, formé de grandes propriétés
territoriales, recevaient, chaque année, le produit d'une L 6