‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 22 sur 68 · ARE · texte numérisé non relu

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Dire quel était, alors, l'emploi de la journée d'un évêque, ce sera faire connaître des vertus peu communes dans tous les temps et une simplicité que nous croyons plus rare encore ; nous ne craindrons donc pas de répéter une citation déjà faite par un historien moderne, célèbre à plus d’un titre {1}, au sujet de l'évêque d'Arles et de ses habitudes quotidiennes :

« Saint Hilaire (2) se levait de grand matin ; il habi- « lait toujours dans la ville. Dès qu'il était levé, quicon- « que voulait le voir était reçu ; il écoutait les plaintes, « accommodait les différends , faisait l'office de juge de « paix. Il se rendait ensuite à l’Église, célébrait l'office, « prêchait, enseignait quelquefois plusieurs heures de « suite. Rentré chez lui, il prenait son repas et, pendant « ce lemps, on lui faisait quelque lecture pieuse, ou « bien 1l dictait, et souvent le peuple entrait librement « et venait écouter. Il travaillait aussi des mains, tantôt « filant pour les pauvres, tantôt cultivant les champs de « son église. Ainsi s'écoulait sa journée, au milieu du « peuple, dans des occupations graves, utiles, d’un « intérêt public, qui avaient à chaque heure quelque ré- « Ssultat. »

Saint Cézatre, également évêque d'Arles vers l’an 540, pour obliger le peuple à apporter plus d'attention aux

4) M. Guizot, Hist, de la civil, en France, t. 1, p. 73, (2) Saint Hilaire vivait au milieu du v* siècle.

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offices divins, voulut que tous les assistants chantassent à haute voix, en latin ou en grec, les psaumes, les hymnes et les cantiques ; cette pratique, adoptée bientôt par les églises voisines, nous prouve que l'usage des langues grecque et latine était encore commun dans le midi de la France au commencement du vr° siècle.

Les rois wisigoths, nous le ferons remarquer, quoique pratiquant l'arianisme, ont, pour la plupart, laissé toujours beaucoup de liberté aux catholiques; cela s'explique sans trop de peine : étant fort religieux, ils respecaient ce sentiment chez ceux-là mêmes qui ne partageaient pas leurs croyances ; mais Wamba, qui lui, au contraire , avait abjuré les erreurs de sa secte, porta, à son insu, un coup des plus funestes à l'Église en ordonnant aux ministres des autels, sous peine d'exil et de confiscation de leurs biens, d’être toujours prêts à venir au secours de la patrie, soit contre les révoltes intérieures, soit contre les ennemis du dehors. Cette obligation d'avoir des armes et de coopérer aux travaux des hommes de guerre amena un grand relâchement dans la diseipline sacerdotale ; le mal s’étendit encore quand les Wisigoths purent parvenir aux premières dignités de VÉelise. C’est surtout l'ordonnance du roi Witisa, l’un des successeurs de Wamba, qui, en forçant les ecclésiastiques à se marier , les jeta dans des désordres dont ce souverain donnait le premier l'exemple.

Malgré son inconduite, le clergé, cependant, voyait de

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plus en plus s’accrottre son influence ; car, d’un côté, il acquérait, chaque jour, des biens considérables, par suite de donations et de legs de toute nature, et, de l'autre, il se trouvait être, en quelque sorte, l’intermé:diaire obligé entre les vainqueurs et les vaincus. Aussi les évêques et les supérieurs des monastères étaient-ils les centres où venait se rallier toute l’ancienne populaon du pays. |

Ce qui ajoutait encore à l'autorité re évêques, c'est que, à dater de l'occupation romaine, ces prélats avaient été élus par les habitants, et cette coutume, plus ou moins modifiée, subsista jusqu au xrm° siècle. Le quatrième concile de Lairan, l'an 1215, déshérita seulement alors le peuple de ce droit.

Après l'arrivée des Wisigoths, le latin usuel commença à se corrompre, et celte altération donna naissance à un idiome appelé par les anciens romanum rusticum, mélange de celte, de grec, de germanique, de latin, où dominait encore cette dernière langue ; car, ainsi que l'a fait si judicieusement observer un de nos plus illustres littérateurs : « Les vainqueurs ignorants se ser- « valent de l'esprit des vaincus et leur laissaient leur « idiome et leurs DEAR (LT ©»

Sulpice Sévère, on n'en peut douter, voulait parler de ce nouveau langage quand il fait dire à Postumien : « Tu

4) Villemain, Cours de littérature française.

our. MÉLANT

vero vel celtice, vel, si mavis , gallice loquere. » De ce bizarre assemblage de mots se forma, plus tard, le roman, qui, une fois épuré et réglé, parvint en peu de temps à se rendre populaire (1).

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