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on l'avait laissé s'emparer, et souvent 1l fallut employer la force pour le contenir dans ses limites. Les chefs les plus entreprenants et les plus habiles parvinrent néanmoins à se créer de petits États indépendants les uns des autres, et surent se maintenir, malgré même la grande invasion des barbares. En effet, un peu plus tard, nous voyons Sigebert, roi à Cologne; Clovis, roi à Tournay ; Ranacher, à Cambray ;: Renomer, au Mans, etc.
Au milieu de ce pêle-mêle de souverains, Chlodovie, ou Clovis, se distingua par sa bravoure, son activité et son adresse. Voulant continuer l'œuvre de ses prédécesseurs, 1l profita de l’affaiblissement de Rome pour marcher contre Syagrius, et baltit ce patrice romain aux environs de Soissons, l'an 486. Puis, quand les Allemands cherchèrent aussi à pénétrer dans les Gaules, il se porta à leur rencontre et les défit complétement à Tolbiac, aujourd'hui Zulpich, à quelques lieues de Cologne.
La conversion de Clovis au catholicisme ajouta à la puissance de ce prince. Profitant du succès qu'il venait d'obtenir, 1l porta en Bourgogne ses armes victorieuses, et, après avoir vaincu Gondebaud, après avoir su contraindre les Armoricains à devenir ses alliés et ses tributaires, 1] songea à combattre les Wisigoths, qui élaient possesseurs de la plus belle partie des Gaules. « Courons aux ariens, dit-il, et, avec l’aide de Dieu, nous les réduirons en notre pouvoir. »
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Clovis, favorisé par des circonstances tellement heureuses que Grégoire de Tours n’a pu les expliquer autrement qu'en les attribuant à une intervention divine, passa la Loire et la Vienne, et défit les Wisigoths, en 507 ou 509, dans les champs de Verlade, Vouglé ou Vouillé, à environ 3 lieues de Poitiers.
Nous ignorons ce qui arrêta ensuite le monarque francais, mais il ne profita pas de sa victoire; car, si les Wisigoths furent chassés de Toulouse, dont ils avaient fait leur capitale, 1ls restèrent maîtres, deux cents ans encore, de presque toutes les villes de la Narbonnaise.
Cependant les Sarrasins, sous la conduite de Tarik et de Moussa-ben-Nessair, gouverneur en Afrique, apparurent tout à coup sur les côtes de l’Andalousie ; et, après une bataille gagnée par eux, près de Xerès de la Frontera, il ne leur fallut pas plus de quinze mois pour soumettre en entier la Péninsule ibérique (1).
Enhardis par un succès si extraordinaire, les Africains victorieux ne furent arrêtés ni par l’Ébre, fleuve alors difficile à franchir, n1 par les monts pyrénéens, barrière plus imposante et non moins à dédaigner, surtout lorsqu'on ne sait quels ennemis vous attendent
(4) Les historiens ne sont pas d'accord sur l’arrivée des Sarrasins en Espagne; la plupart la fixent à l’an 714; mais nous avons cru devoir adopter l'opinion de J. Perrez, savant bénédictin espagnol, qui semble appuyée sur les fondements les plus solides. (Voir Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale.
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au delà. Se fiant à leur courage, les Maures, résoliment, pénétrèrent dans les Gaules.
Nous rapporterons, à celte occasion, une conversation assez Curieuse empruntée aux auteurs arabes, et qui ne laisse aucun doute relativement à l'apparition des Sarrasins à cette époque sur le territoire de l'ancienne Narbonnaise. |
Le calife Abd-el-Meleck, ayant rappelé près de sa personne son lieutenant Moussa-ben-Nessair, voulut avoir de lui quelques détails sur les différentes nations qu'il avait combattues. Après lui avoir adressé déjà plusieurs questions à ce sujet : « Et des Frandji (des Francs), lui « dit-1l, qu'as-tu à m'en dire? — C'est, répondit Moussa, « un peuple très-nombreux et abondamment pourvu « de tout; brave, impétueux à l'attaque, mais üimide « dans les revers. — Et comment s’est passée la guerre « entre eux el toi? ajouta Abd-el-Meleck ; t’a-t-elle été « favorable ou contraire? — Contraire ? non, par Dieu « et le prophète! répliqua Moussa; jamais nos troupes « n'ont été vaincues, jamais corps de mon armée n’a « sub1 une défaite, et jamais les musulmans n’ont hé- « sité un moment quand je les ai menés quarante « contre quatre-vingts. »
IL est probable que cette incursion des Sarrasins eut pour but de reconnaître le pays, et non pas de s’y établir, car, Sans avoir éprouvé aucun échec, l’armée d'Abd-el- Meleck reprit bientôt le chemin de l'Espagne.
CNE; 7 LR Pendant les quelques années qui suivirent, les provinces des Gaules, occupées encore par les Wisigoths, n'étant plus dirigées par une volonté souveraine, res-
tèrent en quelque sorte oubliées. On ignore compléte-
ment ce qui se passa alors du côté de Narbonne et de Nimes; néanmoins on est fondé à le croire, ces villes contimuèrent à appartenir aux Wisigoths, et ceux de cette nation qui fuyaient devant le glaive des Maures vinrent en assez grand nombre y chercher un refuge. Vraisemblablement aussi, à l'exemple des habitants de l'Espagne, qui s'étaient retirés dans les montagnes des Asturies et avaient reconnu Pélage pour leur roi, les Wisigoths, demeurés dans les Gaules, se donnèrent un chef pour les gouverner. Cependant l’histoire ne nous éclaire en aucune façon sur ce point.
À cette époque, la partie de la Narbonnaise au pouvoir des Français était sous l’obéissance d'Eudes, duc d’Aquitaine, dont l'autorité s’étendait également sur la Gascogne. Mais ce prince se vit ensuite menacé, et par les successeurs de Clovis, auxquels sa puissance portait ombrage, el par les Sarrasins, que leurs succès Iinespérés encouragealent à ajouter à leurs conquêtes. |
Les Sarrasins ne pouvaient manquer de tourner, un jour, leurs regards vers les provinces des Gaules, possédées longtemps par les Wisigoths. L'état d'anarchie de ces contrées leur donnait, d'ailleurs, l'espoir de les
Première tentative
des Sarra-
sins pour s'établir dans les Gaules.
— XO — réunir sans peine à leur royaume. Aussi, une fois, Îles paisibles possesseurs de l'Espagne s'empressèrent-ils de marcher sur la Narbonnaise. Confiants dans leur force, enorgueillis par leurs victoires, ils ne doutaient pas de la ranger sous leur dépendance.
Après s'être emparés de Narbonne, ils essayerent de passer le Rhône; puis, ne persistant pas dans cette résolution, ils se rabattirent sur Toulouse, et vinrent, l’année suivante, mettre le siége devant cette place.
La fortune, celte fois, ne leur fut pas favorable; le duc Eudes, étant accouru au secours de cette ville, Hvra, sous ses murs, dans le courant du mois de mai, une bataille sanglante, peut-être plus funeste aux infidèles que la fameuse journée de Poitiers, où, plus tard, se signala Charles Martel, et à laquelle cependant tous nos historiens se sont plu à donner une importance bien autrement grande (1).
Selon le récit du parti victorieux, 11 y eut, dans cette
(4) Le silence gardé sur cette bataille de Toulouse tient, très-probablement, à ce qu’elle à été confondue avec celle de Poitiers. Les historiens arabes les ayant prises l’une pour l’autre, il est très-facile de s’expliquer comment les auteurs venus ensuite ont pu commettre Cêtle erreur, Dans divers écrits arabo-espagnols, elles sont indiquées par un seul nom, celui de balat el choada, le pavé ou la chaussée des martyrs. Quoi qu'il en soit, Eudes, à coup sûr, mérita alors mieux du pays qué Charles Martel, car la victoire de ce dernier fut si peu complète, qu’il dut repasser la Loire et abandonner les provinces méridionales à ellesmêmés. {Voir l'Histoire de la Gaule méridionale, par Fauriel, 1, 3, p. #33.)
725, Deuxième expédition
des Sarrasins.
action mémorable, 375,000 Sarrasins de tués, et seulement 1,500 morts du côté de l'armée chrétienne. Sans nous arrêter à une évaluation si singulièrement exagérée, nous dirons que les écrivains arabes eux-mêmes parlent de cette affaire comme d'un désastre sans exemple. [bn Hayan, l'un des plus remarquables d’entre eux, va jusqu'à dire : l’armée entière y a péri; et, quoique écrivant quatre ou cinq cents ans après l’événement, cette bataille était, de son temps comme au premier jour, le sujet d’une commémoration générale de la part des Maures. Au reste, Eudes, à ce qu'il paraît, parvint à réunir, en celte occasion, des forces très-considérables, car El-Samabh, le Zama des chroniques, qui commandait les Sarrasins, crut avoir besoin, pour rassurer ses soldats à l'approche des chrétiens, de leur rappeler ces paroles du Koran : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Frappé d'un coup de lance au milieu de l'action, sa mort fut le signal de la déroute de ses troupes.
Cette journée fatale ne découragea cependant pas les serviteurs de Mahomet. Leur nouveau chef, Anbessa, ou Ambisa ben Sohim, que les auteurs languedociens appellent Ambiza, reparut bientôt avec une autre armée, et s'empara de Carcassonne et de Nîmes. Suivant ensuite le bassin du Rhône, il pénétra dans la Bourgogne, et s’avança jusqu’à Autun; mais, soit qu'il comprit le danger de sa situation, soit, comme le prétendent certaines chroniques, qu'un échec l'eût mis dans la nécessité de
Troisième expédition
des Sarrasins.
Quatrième expédition
des Sarrasins.
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se retirer, 1l se décida à revenir sur ses pas, et à reprendre le chemin de l'Espagne.
Une nouvelle tentative de la part des infidèles ne tarda pas à avoir lieu. Aucun renseignement ne nous est parvenu sur celte expédition; mais il est probable que les Sarrasins coururent alors l’Aquitaine , le Velay, le Gévaudan, le Rouergue et les contrées voisines (1). C'est aussi, sans doute, durant le cours de cette campagne, que le duc Eudes se vit obligé d'acheter la paix avec ses dangereux voisins, en donnant sa fille en mariage à leur chef Otman-ben-Nessa, ou Munuza.
Au milieu des chances diverses de cette guerre, on n'a pas une entière certitude sur le sort de Toulouse. Si l'on s’en rapportait à l’auteur de la vie de saint Théodard, cette ville aurait été prise par la trahison de quelques habitants juifs. Cependant, d'après Roderic, auteur d'une histoire des Arabes, et d'autres écrivains contemporains, Eudes, au contraire, serait resté possesseur de cette place.
Trois ans plus tard, les Sarrasins franchirent encore les Pyrénées sous la conduite d’Abd-el-Rahman, et c'est à cette époque que, s'étendant jusqu'au delà de Poitiers, ils ravagèrent le Limousin, le Quercy, le Rouergue, l’Al-
(4) Le P. le Cointe avance, sans le moindre fondement, que le ravage
de la Bourgogne par les Sarrasins a eu lieu en 731, {Voir la Chroniqur d'Isidore Béja, auteur contemporain.)
— XUN — bigeois, la Gascogne, le Toulousain et une grande partie de l’Aquitaine. |
Pendant ce temps, le duc Eudes se trouvait dans la position la plus périlleuse. Munuza, son gendre, étant mort après avoir trempé dans une conspiration contre son souverain, 1l lui fallait nécessairement, pour se mettre à l'abri du côté de l'Espagne, appeler à son secours Karle le Marteau, autrement dit Charles Martel, qui venait de triompher des populations germaniques. Ce maire du palais, à la tête d’une armée composée de Français et de Bourguignons, se porta au-devant des Sarrasins, et les rencontra vers le milieu du mois d'octobre entre Tours et Poitiers.
Bientôt s'engagea une épouvantable mêlée. Malgré la valeur de leurs adversaires, les Austrasiens, plus fortement armés que les troupes africaines, et doués surtout d'une force physique plus grande, finirent par remporter la victoire, et la chréuenté fut sauvée.
Aujourd'hui que, pour éerire l'histoire sous un point de vue nouveau, on se fait un devoir d'attaquer toutes les réputalions acquises, remonteraient-elles aux premiers âges du monde, au lieu de reconnaître Charles Martel pour le vainqueur de l'Islamisme, on veut faire seulement de lui le dévastateur de nos provinces méridionales (1). Cette opinion peut, à certains égards, se
(4) Voir Aug, Thierry, Lettres sur l'histowre de France, lett, 2, p. 35,
Cinquième expédition
des Sarrasins .
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soutenir ; car, en effet, le maire du palais ravagea les environs de Béziers, de Nîmes, etc.; mais, si on lui attribue la bataille extraordinaire livrée aux Sarrasins, au lieu d’en accorder le mérite au duc Eudes, on admettra bien aussi que Charles amena à sa suite une armée immense, puisque plusieurs centaines de mille hommes restèrent, dit-on, sur le terrain. Or, comme il fallait pourvoir aux besoins de cette masse de troupes et la faire vivre dans un pays déjà occupé par les forces innombrables des ennemis, 1l eût été difficile, même au chef le plus dévoué au pays et aux intérêts des peuples, d'empècher la dévastation et la ruine des misérables contrées, théâtre d'une lutte si terrible. Ce sont là de ces nécessités auxquelles 1l fautise résoudre quand, au prix d’un désastre momentané, on veut se défendre contre l'envahissement et la conquête.
Malgré cette journée décisive, les Sarrasins reparurent pourtant une fois encore de ce côté des Pyrénées ; mais cette tentative, la dernière qui présente quelque imporlance, n'aurait probablement pas été entreprise, si Mauronte, gouverneur de la Provence, poussé par le désir de se rendre indépendant, n’eût arboré l'étendard de la révolte et appelé les infidèles à son aide. Ceux-ci s’empressèrent de lui accorder ieur appui ; 1ls passèrent le Rhône, et s’établirent sur la rive gauche de ce fleuve. Dans la même année, ils entrèrent dans Arles, se firent livrer Avignon, et étendirent leurs déprédations jusque
+ AOM —
dans la vallée de la Saône. Charles Martel accourut de nouveau , battit une seconde fois les Maures, et les obligea à abandonner le pays. Néanmoins, deux ans après, Charles ayant été forcé de s'éloigner pour châtier les Saxons, les Sarrasins, sur les instances du duc Mauronte, revinrent un moment dans la vallée du Rhône, et le concours de Luitprand, roi des Lombards, devint nécessaire pour réduire le gouverneur qui avait trahi ses devoirs, et chasser entièrement les étrangers de la Provence (1).
Depuis, les Sarrasins ne tentèrent plus d'entreprises sérieuses dans les Gaules ; mais ils étaient restés les maitres de Narbonne et de plusieurs autres villes de l’ancienne Septimanie : aussi, l'un des premiers soins de Pepin, lorsqu'il monta sur le trône, fut-il de les obliger à repasser les Pyrénées.
L'occasion paraissait des plus favorables, car les Maures d'Espagne se disputaient entre eux la couronne, et ne pouvaient, par conséquent, venir au secours de leurs provinces d'au delà les monts. Déjà même, un seigneur wisigoth, appelé Ansemond, avait profité de la circonstance pour s'emparer de Nîmes, de Maguelonne,
(1) C’est sur la Bere, petite rivière près de Narbonne, que Charles Martel baitit, pour la seconde fois, les Sarrasins. On lit, dans la Vie de
Charlemagne, par Eginhard, à l’occasion de ces deux combats : uno in
Aquitania, apud Pictavium, allero juxta Narbonnam apud Birram Fluvium,
d'Agde et de Béziers, dont il s'était fait un petit royaume. Cependant Narbonne, où les Sarrasins accumulaient depuis longtemps leurs moyens de défense, opposa la résistance la plus opiniâtre, et 1l fallut sept ans de blocus ou de siége pour amener cette place à ouvrir enfin ses portes; encore Pepin y entra-t-1l parce que les habitants la lui livrèrent, après en avoir massacré la garnison. La population de Narbonne, chose assez remarquable, mit même pour condition, avant de se soumettre, que le roi s’engagerait, par serment, à la maintenir dans l'usage de ses lois et de ses coutumes.
Ainsi, cette conquête, gage de l’affranchissement des contrées méridionales et de leur réunion au royaume de France, n'avait pas été obtenue par la force des armes ; elle était le résultat d’un traité solennel entre les sujets et le souverain, entre ceux qui tenaient leurs droits des empereurs romains, et le monarque qui les délivrait de la domination des infidèles.
Nous nous sommes arrêté sur cetle particularité, pour faire voir que les villes destinées à composer plus tard le comité de Toulouse n'oublièrent, dans aucun temps, d'exiger des garanties pour la conservation de leurs droits et de leurs priviléges.
Si, dans la Narbonnaise, Pepin voyait ses efforts couronnés par le succès, la fortune ne le protégeait pas autant sur d’autres points. Après la mort d'Eudes, Charles Martel occupa l’Aquitaine, afin de prévenir le
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démembrement de la monarchie ; mais les fils de ce due ne cessèrent de combattre pour recouvrer l'héritage de leur père, et pendant plusieurs années une lutte sanglante désola ce pays.
Il fallut Charlemagne pour mettre un terme à cette longue guerre; ce monarque, dès son arrivée au trône, arrêta son attention de ce côté.
L’Aquitaine comprenait alors toutes les provinces situées entre la Loire et la Garonne, c’est-à-dire ce qui a formé plus tard la Guienne, la Saintonge, le Berry, le Poitou, le Bourbonnais, l'Auvergne, et la partie orientale du Languedoc : à peu près le quart de la France actuelle.
Waifre, arrière-petit-fils du roi mérovingien Caribert, gouvernait ce pays en souverain, et n'avait jamais voulu reconnaître la suprématie du maire d’Austrasie, devenu roi des Francs. Mais, lorsque Charlemagne songea à ranger à son autorité la Gaule méridionale, Waïfre venait de tomber victime d'un assassinat, et Hunald, son père, depuis vingt-trois ans retiré dans un cloître, en était sorti pour reprendre le pouvoir et l'empêcher de passer dans des mains étrangères.
Charlemagne marcha aussitôt contre Hunald, battt ses troupes, l’obligea à aller chercher un refuge en Gascogne, et, non content de cet avantage, il exigea que Loup, duc des Gascons, lui hivrât son ennemi. Loup était le neveu d'Hunald ; cependant, ayant à exercer une ven-
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seance de famille, 1l n'hésita pas à se rendre aux injonctions du roi. Le duc de Gascogne poussa même plus loin l’obéissance; 1l envoya aussi la femme d’Hunald à Charlemagne, et se mit lui et ses États sous la sauvegarde de ce prince.
À peine l'ordre était-1l rétabli dans l’Aquitaine, que la mort de Carloman ajouta à la couronne impériale l’Austrasie et la Bourgogne. Charlemagne, après s'être rendu à Corbény, près de Laon, pour y recevoir l'hommage de quelques-uns de ses nouveaux sujets, se décida à porter d'abord la guerre dans la Saxe, et, l'année suivante, 1l marcha contre les Lombards. Il fut bientôt maître en [talie; quant à la Saxe, quoique plusieurs fois brûlée, pillée, saccagée, elle combatüt fort longtemps pour son indépendance. On eût dit que les habitants de ces malheureuses contrées ne pouvaient périr ni par le fer ni par le feu.
L'empereur se reposait, à Paderborn, de l’une de ces expéditions guerrières, lorsque le Sarrasin Ibn-al-Arabi et plusieurs autres émirs vinrent réclamer son appui contre l’omniade Abdérame, qui les avait dépouillés de leurs gouvernements : ils promettaiéht, en échange de ce service, de le proclamer leur souverain et de rester attachés à ses intérêts.
Charlemagne vit bientôt tout le parti qu'il pourrait ürer de cette demande; aussi se garda-t-il de refuser son secours. C'était, en effet, une occasion fort heureuse
pour mettre à l'abri celle de ses frontières la plus dif-
ficile à défendre; et, devenu maître des provinces pour
lesquelles on sollicitait sa protection, non-seulement il garantissait la France contre les entreprises de l’Espagne, mais 1l s’ouvrait, pour l'avenir, les portes de ce royaume. | Franchissant aussitôt les Pyrénées, ce prince attaqua et prit Pampelune, dont il fit raser les murailles, et, après s'être emparé de presque toute la rive gauche de l'Ébre, sans cependant avoir pu obliger Saragosse à se soumettre, il annexa à son empire, sous la dénomination
de Marche d'Espagne, le territoire dû à ses dernières
conquètes.
Rappelé vers le nord par une nouvelle révolte des Saxons, Charlemagne comprit que, ne pouvant suffire au gouvernement de ses possessions immenses (1), il convenait de former un État séparé des pays situés au delà de la Loire, qui, récemment acquis à la couronne, ne lui semblaient pas disposés à rester longtemps tranquilles. D'ailleurs les Aquitains, accoutumés à obéir à un prince de leur nation, devaient supporter avec impatience le joug d’un souverain étranger, et il y avait lieu de croire qu’ils seraient moins mécontents, si un mo-
(4) Charlemagne possédait une partie de la Hongrie, toute l’Allemagne, les Pays-Bas, le continent italien jusqu’à Bénévent, toutes les Gaules, et les provinces septentrionales de l'Espagne.
narque, résidant parmi eux, se dévouait à leurs intérêts et s'identifiait à leur sort.
Charlemagne désigna donc pour roi d'Aquitaine ou de Toulouse Louis, le fils né récemment de sa femme Hildegarde ; mais, en attendant l’âge où ce prince pourrait diriger ses affaires par lui-même, il nomma, pour adminisirer ces provinces, des gouverneurs qui, sous le titre
de comte, devinrent les dépositaires de l’autorité sou- -&. Veraine. |
des emtes Des comtes, gouverneurs particuliers, existaient déjà,
Toulouse. COMme nous l'avons vu, sous la domination des Wisigoths: ainsi ces grands dignitaires ne durent pas leur création à Charlemagne; l'empereur régla seulement. sur d'autres bases l'étendue de leur commandement, changea ceux dont il soupçonnait la conduite, et fit, par conséquent, alors quelques nominations nouvelles (1).
En cette circonstance, Humbert ou Hubert eut le
Berry; Abbon, le Poitou; Wilbade, le Périgord (2); Ictérius ou Îthier, l'Auvergne; Siguin, le Bordelais ; Roger, le Limousin ; Bullus ou Bullo, le Velay; Aimon, l’Albigeois, et Torsin ou Chorson, le Toulousain.
(1) Le titre de comie commença à être en usage au mme siècle, sous Dioclétien. Il était donné, ainsi que celui de duc, aux officiers envoyés pour commander les troupes dans les provinces annexées à l’empire. Sous Constantin, les proconsuls et les préteurs chargés du gouvernement politique portaient également ces titres.
(2) Suivant Noguiez, ce comte s'appelait Guidon où Guithodon. (Voir Hist. tol.)
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Telle fut l’origine des comtes de Toulouse, de ces hommes considérables qui, ayant su, par la suite, se reudre indépendants de la couronne, se firent redouter des plus puissants monarques, s’allièrent à presque toutes les familles souveraines, et, pour figurer au premier rang dans nos annales, eurent un litre encore plus rare et plus glorieux, celui d'avoir mérité toujours l'estime et l'amour de leurs peuples.
Avant de commencer l'histoire de chacun de ces princes, et avant de chercher à percer l'obscurité répandue sur eux trop souvent jusqu'au x1° siècle, nous examinerons d'abord, d’une manière très-succincte , comme nous l'avons fait pour les trois époques antérieures, quels caractères, sous le rapport politique et moral, offrait, du temps de Charlemagne, un pays possédé alternativement par les Celtes, les Romains, les Wisigoths et les Francs. Nous ne parlerons pas des Sarrasins, parce que leur occupation fut toujours partielle et momentanée.
Nous avons fait connaître la situation de la propriété sous les Wisigoths, et nous avons dit que la division des biens en terres allodiales, bénéficiaires et tributaires s’élait prolongée jusque vers la fin du x° siècle. Néanmoins, les changements successifs, qui peu à peu finissent toujours par donner aux sociétés une physionomie nouvelle, avaient apporté différentes modifications à cet état de choses.
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Le moment arriva, par exemple, où tous les petits propriétaires, pour avoir un protecteur et éviter une spoliation imminente, eurent intérêt à transformer les alleux en bénéfices; et cet acte, que l’on appela recommandation, devint, en se généralisant, la véritable origine du système féodal. Le manque de numéraire contribua beaucoup aussi à multiplier les bénéfices; car, par suite de la rareté de l'argent, on ne pouvait guère rémunérer certains services que par le don d’un bien territorial. Depuis Charles Martel, les églises mêmes étaient souvent conférées à ce titre. Les seigneurs auxquels on accordait des bénéfices de la couronne devenaient vassaux du rol.
Cependant, dès que la raison du plus fort est la seule règle d’un Etat, tous les moyens imaginés pour échapper à la rapacité des grands ne sauraient être très-efficaces : aussi voyons-nous les détenteurs de bénéfices, lorsqu'ils étaient puissants, ne se faire aucun scrupule de s’emparer des terres à leur convenance , et même de celles qui appartenaient au domaine royal ; l’histoire nous en fournit une preuve irrécusable.
Quand Charlemagne renvoya en Aquitaine son fils Louis, qu'il avait appelé près de lui à Aix-la-Chapelle, il voulut savoir « comment il se faisait qu'étant roi il fût « d'une telle parcimonie, qu'il n’offrait rien à per- « sonne, pas même sa bénédiction, à moins qu'on ne la « lui demandât, — Louis apprit à son père que les