LAIT
Au commencement du vr' siècle, Justinien °° imprima d'abord un mouvement ascensionnel aux beaux-arts, non-seulement en Grèce et en Italie, mais dans les provinces gauloises, et la ville de Toulouse ne fut pas la dernière à se ressentir de cette révolution heureuse. Les Francs se firent gloire alors d'employer des peintres et des architectes de leur propre nation. « Ce ne sont « point des artistes venus de l'Italie, disaient-ils,
« sont des barbares qui ont exécuté ces grands ou- « vrages (1). »
Mais bientôt, ce même Justinien, par son luxe immodéré, fit, en toutes choses, oublier les plus sages préceptes. À la simplicité on préféra le bizarre; l’on ne vit plus de beaux effets que dans l’éclat de l’or' prodigué sans discernement, ou dans la crudité et l'opposition des couleurs, et l'art, au lieu de s’améliorer par la protection qui lui était accordée, se corrompit au contraire, el rétrograda de nouveau (2).
La proscripion des images religieuses, prononcée
(1) Gregorus, ego, indignus, basilicas, sancti Perpetuii adustas incendio reperi, quas in illo nitore, vel pingi, vel exornari, ut prius fuerant, artificum nosirorum opere, imperavi. (Greg. Tur., Hist. eccl. Franc., lib. X, cap. xx7, 3, 19.)
(2) C’est peu après cette époque, en 632, que Dagobert, dal la basilique de Saint-Denis, qu’il venait de fonder, accumula l'argent, l'or, les perles et les pierres précieuses, en un mot, suivant l'expression de son historien, foutes les espèces d’embellissement connues dans tout l’univers. Gest. Dag., cap. xx, apud D: Bouquet, Recueil des hist. des Gaules.
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en 726 par l'empereur Léon IIT, ne pouvait manquer de porter un coup très-sensible à la peinture; cependant, si cette mesure devait être funeste à l’art en général, ses résultats s’en firent peu sentir dans les Gaules, parce que les papes s’attachèrent à recueillir les artistes grecs condamnés à l'exil, par suite de leur désobéissance aux ordres du souverain (1).
Enfin arriva le règne de Charlemagne, et ce prince, dont tous les efforts tendirent constamment à faire revivre une civilisation presque effacée de la mémoire des hommes, ne protégea pas moins la peinture et la sculpture que les sciences et les lettres.
Après avoir soumis au concile de Francfort la décision de celui de Nicée, qui était favorable aux images (2), il s’occupa de la manière dont il convenait de les honorer (3). L'ancienne coutume de peindre les églises sur toute leur surface intérieure subsistait encore dans les Gaules, aussi bien qu’en Italie. L'empereur, trouvant, avec raison, ce mode d’embellissement digne d’être encouragé, puisqu'il offrait un moyen d'instruire le
(1) I existait alors, dans les usages de l'Église grecque et de l'Église latine, des différences fort singulières. Ainsi les tableaux grecs nous représentent la Vierge, par exemple, tenant l’enfant Jésus dans ses bras, tandis que, dans le style des Latins, la mère du Sauveur tient l’enfant Jésus sur ses genoux. Jamais les artistes n’ont manqué de faire cette distinction dans la staituaire comme dans la peinture.
(2) Daniel, Æist. de France, t. ij, p. 83 et suiv.
(3) Voir les Discours historiques sur la peinture d'Émeric David, p. 129.
2e (OOENI. —
peuple et d'empêcher les chrétiens nouvellement converts de regretter là pompe de leur ancien eulte, confirma cet usage par une loi; il prescrivit aussi aux envoyés chargés de parcourir, en son nom, les provinces de lui faire connaître l’état dans lequel se trouvaient les églises; d'examiner avec soin leurs murs, leurs pavés, en un mot toutes les parties de ces édifices, et particulièrement là peinture (1). Des règlements spéciaux déterminèrent les contributions à percevoir pour ce dernier objet. Si les réparations à faire concernatent une église royale, l'évêque et les abbés du diocèse devaient y pourvoir; au contraire, s'il s'agissait d’une église dépendante d'un bénéfice, c'était le bénéficiaire qui restait chargé de cette dépense.
Même au milieu des camps, l'oratoire que faisait construire Charlemagne, pour lui et les personnes de sa suite, était peint intérieurement sur toute sa surface (2). Tant qu'une église n'avait pas reçu ce genre d’ornement, on la considérait comme non achevée.
Les Sarrasins venant d’être chassés des provinces méridionales de l'empire, on vit alors s'élever les cathé-
(4) Un capitulaire de Charlemagne et de Louis le Débonnaire con tient la phrase suivante : Ut missi nostri, una cum episcopis propriis, magnam curam habeant quatenus dirutæ ecclesiæ pleniter restaurentur aique ornentur. Capit. Kar. mag. et Lud., p. ij, lib. vj, cap. Ixix. La loi qui précède celle-ci fait voir que le mot pleniter se rapporte à la peinture. (Voir Emeric David, p. 130.) |
(2) Voir le fait que rapporte le moine de St.-Gall. De reb. bell. Kar, mag, CXXI).