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La race mérovingienne venait de finir ; Pepin le Bref, ambitionnant la couronne dédaignée par Charles Martel son père, avait su s'attacher les hommes d'armes et le clergé, et l’on n’ignore pas quel fut le cas de conscience soumis par lui à la décision du pape {1}. « Faut-il que « le litre de roi appartienne à celui qui en a la puis- « sance, ou à celui qui, étant roi, est incapable de « régner ? »
Le souverain pontife répondit : « Celui qui a le pou- « voir doit être le chef suprême, » et le jeune prince, dont la main débile tenait depuis dix ans le sceptre, relégué dans un monastère, dut céder le trône à celui dont l'énergie et la sagesse semblaient donner à la nation
4) Zacharie, successeur de Grégoire HI.
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des garanties pour l'avenir. A l'exemple des juifs, Pépin voulut mettre la royauté sous l'égide de la religion , et, au lieu de se faire élever sur le pavois, il se fit proclamer par saint Boniface. Ainsi, quand l'Église, pour la première fois en France, fut appelée à sacrer un roi, c'est sur la tête d’un usurpateur qu’elle posa la couronne. Mais hâtons-nous de dire, afin de ne pas donner lieu à une fausse interprétation de notre pensée, que Childéric If, le dernier rejeton de la première race, était mcapable de gouverner à cause de la nonchalance et de la faiblesse de son caractère.
Cette seconde lignée de souverains, commencée par trois grands hommes, Charles Martel, Pepin et Charlemagne, brilla, dès son début, d’un éclat que mille ans écoulés n'ont pu affaiblir encore; et cette époque, mémorable à si juste titre, restera éternellement l'honneur du trône et la gloire du pays.
Dans ces temps de luttes continuelles nécessitées par les migrations et la répartition des peuples sur le territoire, la guerre contre les Aquitains mérite surtout d’être signalée. Pendant un demi-siècle, ces adversaires belliqueux, aussi terribles après une défaite que redoutables après la victoire, perdirent et recouvrèrent plusieurs fois leur indépendance, et toute la puissance de Charlemagne suffit à peine pour arriver enfin à les sou-
mettre.
Après une opposilion si longue et si acharnée, il était
permis de croire à l'opportunité de démembrer un royaume dont les habitants, subjugués par la force, gardaient toujours l'espoir de se soulever contre leur maître.
C'est, en effet, ce qui détermina d’abord Charlemagne à réunir l'Aquitaine à son empire; mais ensuite ce monarque jugea indispensable, comme moyen de s'attacher des contrées disposées à la révolte, de les laisser former un État séparé ; d'ailleurs, il constituait, de la sorte, un riche apanage au fils que sa femme Hildegarde venait de lui donner.
En mettant la couronne sur la tête d'un enfant au berceau, 1l était loin de penser que ce prince, né sous des drapeaux victorieux, porterait un jour l'oubli de ses devoirs jusqu'à consentir à une dégradation publique, jusqu à se laisser dépouiller de la pourpre impériale pour revêtir le froc d'un pénitent, et, plus moine que roi, recevrait de l’histoire l’indulgente appellation de Louis le Débonnaire.
Le royaume d'Aquitaine, composé de tous les pays occupés par les Wisigoths, s’étendait de la Loire aux Pyrénées, et comprenait, comme on le voit, la plus belle moitié de la France.
La ville de Toulouse, si florissante sous les Romains, devint la capitale de ce nouvel État. Elle méritait cette distinction, non-seulement à cause de sa population considérable et de sa position géographique, mais aussi
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par le rôle important qu'elle avait constamment joué par l’ancienne illustration de ses écoles, le grandiose de ses édifices rappelant l'époque de la civilisation et des arts, et surtout enfin par l’héroïsme dont sans cesse elle avait fait preuve.
Dans chacune des provinces de l’Aquitaine, Charlemagne mit un gouverneur particulier qui, sous le titre de comte, exerçait en son nom les pouvoirs souverains. Ce gouverneur réunissait donc le commandement des forces militaires, l'administration, la justice, les finances, et il voyait sa volonté d'autant mieux respectée, que, représentant un prince àgé de trois ans à peine, il devait occuper plus longtemps la place du jeune roi.
Le comté de Toulouse, proprement dit, fut d'abord, paraît-il, extrêmement restreint; car les villes d'Albi et de Castres, toutes deux fort rapprochées de la capitale, eurent aussi chacune un comte, ou gouverneur particulier.
is Chorson, le premier comte de Toulouse, ayant été 1 romiede créé duc par Charlemagne, exerça sa prééminence, par suite de ce dernier titre, bien au delà des limites de ce comté. Son autorité s’étendait sur la Septimanie {1) entière et sur la Marche d'Espagne, c’est-à-dire sur les conquêtes nouvellement faites au delà des Pyrénées. S'il
(1) La Seplimanie comprenait les viiles de Toulouse, Béziers, Nimes, Agde, Maguelone, Lodève et Uzes. Voir l'Introduction.
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faut en croire certains auteurs (1), il aurait eu aussi le gouvernement de toute l'Aquitaine.
Nous ignorons complétement l’origme de ce personnage, et rien ne nous fait connaître comment il avait gagné la faveur de Charlemagne. Les historiens ne sont pas même tout à fait d'accord sur son nom. Les uns l’appellent Chorson ou Corson, les autres Torson (2), et enfin il en est qui lui donnent le nom de Torsin (3); mais ces différences, consistant, pour ainsi
dire, dans le changement d’une seule lettre, ne permettent pas de douter qu'il ne s'agisse de la même personne.
On sait combien le huitième siècle a été fécond en traditions bizarres, en récits merveilleux : la poésie, abusant de ses privilèges, s'est plu à parer de ses couleurs brillantes une époque pleine déjà de magie et de mystères ; mais, si elle a jeté un vif intérêt sur ces paladins qui pourfendaient les monts d’un coup de leur épée, par elle aussi on en est venu, plus d’une fois, jusqu'à mettre en question leur existence.
Un ancien auteur (4), jaloux sans doute de la réputation du fameux Roland, si vanté dans toutes nos bal-
(1) Catel et dom Vaissette.
(2) Bernard Guido.
(3) Les Chroniques de Saint-Denys.
(4) Bertrand, Gest. Tolos. V. la traduc. de la Peyrière, Gestes des Toulousains et des autres nations des environs.
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lades, a fait de Torsin un autre neveu de Charlemagne, et voici ce qu'il raconte à son sujet :
« Torsinus, comte de Tolose, auecques l’aide des Tolosains, et d’autres que lui auait laissés son oncle Charlemagne, s’en ua contre Bayonne, laquelle étoit, pour lors, payenne, et là mist son siége. Les Bayonnois payens estounés de la bataille si subite, demanderent à faire la paix, en enuoyant la branche d'olivier, et pour ce, par aucuns attendant trève, Torcin lui manda qu'il estoit uenu pour leur salut; c’est à sauoir, pour les réduire à la foy chrétienne ; mais les Bayonnois respondirent qu'il se moquoit et qu'il estoit payen, ainsi que démonstroient ses armes, esquelles estoyent troys moutons, lesquels auoient de coustume adorés les Tolosains. Torein cela uoyant, et que les Bayonnois n’auoient pas du tout tort, il pria Dieu très humblement, qu'il lui baillast conseil sur cela, et incontinent Dieu enuoya son ange auecques des armes, esquelles auoient une Croix sur douze pomeaulx et foulant un mouton, lequel estoit deuant signe des ydoles. Et ce uoyant, les Bayonnois se soubmirent tous à la puissance de Torcin et furent en la fin bons chrétiens. Et en après Torcin retourna à Tolose et montra ses nouvelles armes, lesquelles furent apposées à toutes les portes, au Capitole et à lAmphithéâtre. »
Dans ces temps d'ignorance et de crédulité, on voyait