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Se Dieus vous croire saide et son confort, Respit auras ce saches ni de mort. »
Li quens Guillaume s’escria a effort :
« C. de haïz ait qui le proiera trop. »
Par un des estres le balancierent hors Aioz qu’il venist a terre fu il mort,
Et après lui en geterent C hors
Qui se briserent et les bras et les cors.
Or ont François la cité acquitée,
Les hautes tours et la sale pavée.
Vin et froment y truevent a charrées.
Se en iij ans n’en treust la deurée
Nen iert la vile de moient afamée,
Poise Guillaume que noz François nen levent, Les M François qui dedenz la sale crent
Qui la tour orent par force conquestée,
Sus el pales I olifant sonnèrent
Qui l'ont oy nos gens remezerent,
Quant illoirent forment s’asseurèrent,
A grant esploit adonques cheminerent.
Tresques à Nismes onques ne s’arrestèrent ; Quant il y vindrent grant joie demenerent ; Et li vilain qui après s’en alerent
Qui leur charroi et leur bues demanderent.
Frans sont preudomme onques ne loz velerent; Onc ni perdirent, ançois y gaaignerent,
Si que trestuit grandement s’en loerent.
En leur contrée arrière s’en ralerent.
Mes parmi France en va la renommée,
Que dant Guillaume à Nismes conquestée ; A Locys la nouvele est contée :
Li rois l’entent grant joie en a menée ;
Dieu en aoure et la Verge honorée.
Le Ag
Dis que tu veux croire en Dieu, en son aide, en sa puissance, Et tu sauves tes jours. »
Mais le comte s’écrie avec véhémence :
« Malheur à qui le priera trop fort! »
On le lance dehors par une fenêtre
Et avant de toucher terre il était mort.
Après lui on en jette ensuite cent autres,
Qui se brisèrent les bras et le corps.
Or les Français ont conquis la cité,
Les hautes tours et la salle pavée.
Ils ont trouvé, à charretées, du vin et du froment.
Il y en aväit tant qu’en trois ans (de siége)
La ville n’eût pu être affamée.
Guillaume aurait du regret si les Français n’emportaient pas de ces denrées ; C’est pourquoi les mille chevaliers qui sont dans la salle, | Après avoir conquis le dernier donjon,
Montent au haut du palais et sonnent l'olifant.
Les gens de Guillaume qui étaient restés en arrière,
Ayant entendu cette fanfare,
Ne doutent plus du succès et s’acheminèrent aussitôt,
Et ne s’arrêtèrent qu'à Nimes.
Quand ils y furent, ils se livrèrent à une grande joie,
Aussi bien que les vilains, qui ensuite s’en retournèrent
Avec leurs chariots et leurs bœufs.
Les Français sont des gens sages qui ne marchandent pas la gloire; Mais, cette fois, au lieu de perdre, ils gagnèrent beaucoup,
Ce dont ils s’applaudirent grandement.
Ils s’en retournèrent dans leur pays.
Cependant la renommée répand en France la nouvelle
Que le comte Guillaume a conquis Nîmes ;
Le bruit en vint jusqu'aux oreilles de Louis ;
Le roi en ressentit une grande joie
Et en remercia Dieu et la très-sainte Vierge.
Après la prise de Barcelonne, le royaume d'Aquitaine jouit, pendant quelques années, d’une tranquillité re- . marquable ; le comte de Toulouse , il est vrai, toujours sur le qui-vive, ne permettait aux Sarrasins ni excursions ni maraudes.
Guillaume cependant ne bornaïit pas ses devoirs à garder soigneusement la frontière, il faisait respecter les lois, rendait lui-même la justice, protégeait les faibles contre les exactions des grands, veillait sur tous avec la sollicitude d’un père; en un mot, gouverneur actif et sage, homme d'État éclairé, administrateur habile, rien n’échappait à son observation attentive et rien ne fatiguait la touchante bonté de son cœur. |
Animé d’une foi sincère, ses convictions religieuses lui montraient le bonheur dans le recueillement et l'oubli des choses d'ici-bas; aussi, lorsque la guerre et ses fureurs ne troublèrent plus le silence des campagnes, lorsque les populations rassurées n’eurent plus à redouter, chaque jour, la misère, l'esclavage ou les tortures, Guillaume tourna ses regards vers le ciel, concentra toutes ses pensées sur le Créateur, et, pénétré de sa faiblesse , il voulut chercher un appui contre lui-même dans un de ces refuges où les illusions se décolorent et où les désirs s’éteignent.
Sa piété le porta d’abord à fonder un nouveau monasière ; dans cette vue, 1l visita les parties les moins fréquentées de l’Aquitaine, pour trouver un asile où, loin
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de tous les yeux, il pourrait se livrer à une vie contemplative. IL découvrit dans les montagnes de Lodève une gorge étroite et profonde, favorable, par son isolement, à la méditation et à la prière. En effet, au milieu de ce site sauvage, qu'écrasaient de toutes parts d'énormes masses granitiques, on remarquait un petit plateau couvert de quelques arbres, arrosé d’un ruisseau d'eau vive, qui semblait occuper cette place pour dire au voyageur fatigué d'un long pèlerinage : Ici tu trouveras l'ombre, la fraîcheur, la solitude et le repos.
Guillaume , après avoir tracé lui-même le plan de la construction qu'il projetait, mit sur-le-champ les ouvriers au travail, et, simulant leur zèle par sa présence, il ne tarda pas à voir s'élever l’imposante abbaye de Gellone, avec son église ornée de marbres rares et son cloître aux arcades ogivales. Pour compléter son œuvre, il fit don à cette maison de différentes propriétés qu'il possédait aux environs de Lodève, de Maguelone, d'Albi et de Rodez, et il y installa des religieux appartenant à l'abbaye d’Aniane. Ce monastère fut appelé par la suite Saint-Guillem-du-Désert , en souvenir de sa situation et du nom de son fondateur.
L'année suivante, Charlemagne réunit ses trois fils à Thionville, dans l'intention de partager entre eux ses États. Guillaume accompagna le roi Louis à la cour; ce voyage lui offrait d'autant plus d'intérêt, qu’éloigné, depuis ses jeunes ans, du lieu de sa naissance il allait le
revoir pour la dernière fois. Accueilli par Charlemagne avec une considération particulière, il lui avoua, un jour où le monarque lui montrait toute sa confiance, son dessein d'abandonner le monde et de passer le reste de son existence dans sa retraite de Gellone. « Prince, lui dit-1l, après avoir si longtemps servi sous vos étendards, permettez-moi de servir désormais sous la bannière de Notre-Seigneur. »
Charlemagne, qui regardait Guillaume comme l’un des plus fermes soutiens de son empire, refusa d'abord de donner son approbation à un semblable projet; 1l usa de tous les moyens propres à faire revenir le duc d'Aquitaine de cette détermination inattendue ; mais, quand il reconnut l'muütlité de ses efforts, il ne put qu'admirer sa résolution pieuse et consentit à ce que Guillaume laissât les affaires publiques pour le cloître.
Prêt à se séparer d’un souverain dont la faveur l'avait suivi sans cesse, le comte de Toulouse éprouva une émoion à laquelle Charlemagne lui-même ne demeura pas insensible. Ce prince, au moment du départ de Guillaume, le combla de présents, et, pour lui témoigner combien le touchait sa sainte abnégation, 1l lui remit, pour le monastère de Gellone, des reliques précieuses que venait de lui envoyer le patriarche de Jérusalem.
Guillaume, après avoir résisté aux instances de son maitre, eut aussi à combattre les vives sollicitations de ses amis et de sa famille; tous voyaient avec peine qu'il