‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 41 sur 68 · CV · texte numérisé non relu

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hâtât la fin d’une carrière si glorieusement parcourue. Cependant rien ne put ébranler sa volonté, et, quittant pour jamais la cour, ses derniers adieux furent dignes de sa belle et noble vie ; il accorda la liberté à tous les serfs de sa maison.

Guillaume revint en Aquitaine par l'Auvergne, une des provinces de son gouvernement. Arrivé à Brioude, il se rendit à l’église dédiée à saint Julien, qui, lui aussi, avait été homme de guerre, et, se prosternant devant son tombeau, il resta plongé dans un recueillement profond ; se levant ensuite, il alla déposer sur l'autel sa cuirasse et son bouclier, puis il appendit aux murs du péristyle du temple son arc armé d’une longue fèche, son Carquois, son poignard et son épée.

Ces sortes de consécrations, fort ordinaires dans ces temps reculés, exerçaient alors sur l'imagination des peuples une influence qu'on ne saurait comprendre aujourd’hui; c’était rendre à l'Éternel, arbitre suprême de nos destinées, le glaive auquel il avait donné la victoire; c'était, en remerciant le ciel de ses faveurs, inspirer à chacun le désir de mériter, à son tour, sa protection et son appui, c'était apprendre aux hommes à ne jamais désespérer de leurs forces et de l'avenir ; c'était faire hommage au pays, pour les remettre en des mains plus jeunes et plus vigoureuses, des armes qui devaient vaincre parce qu’elles avaient vaincu ; c'était enfin

réveiller les dévouements attiédis, exciter les courages à p 13

abattus et rappeler dans les cœurs la confiance et l'espoir.

Le comte de Toulouse, duc d'Aquitaine, avait voyagé jusque-là d’une manière conforme à son rang : à sa sortie de l'église de Brioude, il marcha en simple pèlerin ; il arriva à l’abbaye de Gellone nu-pieds , recouvert d'un cilice, et tenant en ses mains une des reliques données par Charlemagne. Les moines et l’abbé du monasière se portèrent à sa rencontre processionnellement, ce qui blessa beaucoup sa modestie. Conduit dans la cellule désignée par lui à l'avance, il prit, pour ne plus le quitter, l'habit de l'ordre de Saint- Benoît.

Dès qu'il eut embrassé la vie monastique, Guillaume en accomplit les devoirs avec une sévérité extrême, et son exemple imprima bientôt à la discipline du nouveau monastère une régularité fort éloignée, à cette époque, des habitudes de toutes les autres maisons religieuses. Se regardant comme le dernier des frères de l'abbaye, il n’était aucun travail pénible ou rebutant dont il ne s’empressât de se charger, et rien en lui ne témoigna jamais qu'il eût conservé le moindre souvenir de son autorité et de sa gloire, de ses honneurs et de ses richesses. Il s’attacha à faire cultiver, le mieux possible, le sol rocailleux et aride choisi par sa volonté pieuse ; 1l acheva les bâtiments commencés avant ses vœux, ouvrit des communications sur les poinis peu accessibles ,

chercha les malheureux du voisinage, s’intéressa à leur misère, et pendant six à sept ans continua cette vie pénitente et laborieuse sans faire entendre une plainte, un désir ou un regret.

Guillaume mourut en l’an 812 ou 813. Soumis, jusqu'au dernier jour, à des austérités qui rappelaient l'existence de saint Jérôme dans la grotte de Bethléem, il mérita, par ses vertus, l’admiration des Aquitains et même celle de la cour de Rome; car, dans une bulle par laquelle le pape Alexandre confirme les priviléges accordés à l’abbaye de Saint-Guillem-du-Désert, déjà le chef de Église chrétienne lui donne le titre de saint.

L'amitié depuis longtemps établie entre Guillaume et le supérieur d’un monastère voisin avait peut-être contribué, autant que l'esprit du siècle, à inspirer au comte de Toulouse des idées ascétiques. En effet, Guillaume se retrait souvent dans l’abbaye d’Aniane, et c'est probablement de lui que veut parler Théodulphe, un des envoyés de Charlemagne, lorsque, dans un de ses poëmes, 1l cite un seigneur de haule considération, vivant solitaire dans la partie du couvent destinée aux étrangers, et qui avait « changé de milice. »

Deux anciennes chartes datées de la trente-quatrième année du règne de Charlemagne, c’est-à-dire de l’an 804, nous apprennent que Guillaume avait trois frères : Theudoin, Adatelme et Théodoric, et deux sœurs : Albane et

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Berthe. Ses deux sœurs embrassèrent également la vie religieuse et se retirèrent dans un monastère construit, par les ordres de Guillaume, à fort peu de distance du sien. Cette maison, par sa règle sévère, acquit bientôt de la renommée, et subsista jusqu'au xIm° siècle, sous le pontificat de Clément IV. C'est sans doute le souvenir de ces deux saintes filles qui a fait appeler une montagne des environs de Lodève le Pech des deux Vierges (1).

On sait que le duc Guillaume épousa deux femmes : Cunégonde et Guitburge. Quant à ses enfants, il règne à leur sujet beaucoup d'incertitude. On lui reconnaît généralement quatre fils : Bernhard ou Bernard, Witcharius, Gaucelme et Herbert; car le cinquième, Guillaume, paraît avoir été confondu avec Gaucelme. Il eut aussi une fille nommée Helimbruch; mais, suivant la plupart des historiens, il faut également faire une même personne d'Helimbruch et d’une seconde fille appelée Herberge, que Lothaire ordonna de jeter dans la Saône. Enfin certains auteurs pensent que Berthe, femme de Pepin, roi d'Aquitaine, était encore une fille du comte de Toulouse.

Bernard, d’abord comte de Barcelonne, arriva ensuile, comme nous le verrons, à être duc de Septimanie, et l’on croit que le comte Gotzelme, un peu plus tard

(4) Pech, en languedocien, signifie puits ou montagne (voir le vocabulaire joint aux notes de l’Histoire générale du Languedoc).

Toulouse.

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