‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 44 sur 68 · OP · texte numérisé non relu

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vers sa famille, et se déclara étourdiment contre le pouvoir souverain.

C'est seulement à dater de cette époque que nous voyons apparaître Bérenger en qualité de comte de Toulouse (1) et de duc d'Aquitaine (2) : lui et le comte d’Auvergne reçurent l'ordre d'aller soumettre les populations rebelles. Le duc Loup ayant poussé la témérité jusqu’à risquer une bataille, Bérenger, en une seule rencontre, le mit dans la déroute la plus complète. Centule fait prisonnier, dépouillé de ses domaines, dut, à son tour, aller loin de sa patrie expier les erreurs de ses ressentiments et de son ambition.

Fils d'un comte de Tours appelé Hugues, proche parent de Louis le Débonnaire, et ancien ambassadeur de Charlemagne à Constantinople, Bérenger, par sa prudence, son esprit éclairé, son caractère droit et ferme, avait mérité la faveur d’être investi du comté de Toulouse, faveur à laquelle sa naissance seule aurait pu lui donner des titres.

Malgré le rétablissement de la tranquillité dans les provinces méridionales, l'attention de Louis le Débonnaire ne tarda pas à être attirée sur la frontière d'Espagne. Les Sarrasins semblaient se préparer à la guerre, et une attaque sérieuse de leur part étant à

(4) Voir Egin., Annal., p. 262, et l’Astronome, p. 300. (2) Thegan, auteur contemporain, lui donne ce titre.

craindre , 1] parut nécessaire au nouvel empereur de convoquer une diète pour s'entendre sur les moyens de prévenir toute invasion. Pepin et les principaux seigneurs de l’Aquitaine durent donc se rendre à Aïx-la- Chapelle. Bérenger accompagna, sans doute, le roi dans ce voyage; mais, à cet égard, nous en sommes réduits aux conjectures, car les historiens se taisent sur les individus présents à ce conseil, et même sur les questions qui y furent agitées. Ils nous apprennent une seule chose, l’inutilité des dispositions reconnues nécessaires par l’assemblée, car les Infidèles obtinrent alors d'assez grands avantages, ce qu'au reste 1l faut peut-être attribuer au retard apporté dans les opérations, ou bien à la mésintelligence qui régna entre les chefs.

Nous n’entrerons dans aucun détail sur la révolte des trois fils de l’empereur : Lothaire, Pepin et Louis; cette longue contestation est étrangère à notre sujet; nous nous bornerons à dire que, lorsque Louis le Débonpaire recouvra pour la première fois ses droits, le fils aîné de Guillaume, Bernard, comte de Barcelonne et duc de Septimanie, ayant été accusé d’avoir poussé Pepin à la révolte contre son père, fut déshérité de ses dignités et de ses honneurs, et que Bérenger, sans cesser d'être comte de Toulouse et due d'Aquitane, remplaça Bernard comme duc de Septimanie. Cette substitution fit naître une vive inimitié entre ces deux hommes puissants, et donna lieu à une querelle dont les

PET |: PIE suites auraient pu entraîner les plus fâcheuses conséquences (1).

Quand, de nouveau, Lothaire se fut injustement emparé de la couronne impériale, et marcha sur Blois, dans l'intention d'assurer son pouvoir par une action décisive, Pepin, avec toutes ses forces, rejoignit Louis le Débonnaire. Bérenger, ayant suivi son maitre, se trouva donc commander aux Aquitains au moment où il s'agissait de savoir à qui appartiendrait l'empire, et cette situation particulière dut accroître encore sa considération déjà fort grande.

Le comte de Toulouse jouissait, en France, d’une si haute réputation de sagesse, que l'empereur, avant de recourir aux armes, voulant essayer, par la persuasion, de rappeler son fils à ses devoirs, choisit Bérenger pour conduire cette négociation difficile (2). Le gouverneur de l’Aquitaine fit preuve, dans cette mission délicate, d'une habileté telle, que Lothaire, l'histoire nous l’apprend, se résigna à venir implorer son pardon aux genoux de l’empereur.

Lorsque tout semblait ainsi servir les intérêts du comte de Toulouse, la fortune s’apprêtait pourtant à lui porter

{1} Le titre de vicomte date probablement de cette époque, car nous le voyons donner, pour la première fois, à un commissaire de l’empereur dans un plaid tenu à Elne par Bérenger, et depuis lors il a remplacé celui de viguier (vicarius), ou lieutenant des comtes.

(2) Louis le Débonnaire désigna trois personnes pour aller près de Lothaire : le duc Bérenger, l’évêque Badarade et le duc Gebbenard.

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un coup des plus sensibles. Nous avons dit qu'il avait été fait duc de Septimanie, lors de la disgrâce du duc Bernard ; celui-ci, homme faux et rusé, au lieu de laisser paraïtre son mécontentement, témoigna, au contraire, un attachement très-vif à l'empereur, lorsque Lothaire se saisit momentanément de la couronne ; aussi Louis, remonté sur le trône, se crut-il obligé de reconnaître cette conduite en restituant à Bernard le duché dont il l'avait dépouillé dix-huit mois auparavant.

Bérenger céda avec beaucoup de peine ce qu'il pensait lui avoir été concédé pour toujours; et cette circonstance a donné lieu de supposer à deux écrivains modernes (1) que la Septimanie et la Marche d'Espagne appartenaient peut-être au duché de Toulouse avant l'an 817. Dans ce cas, Bérenger aurait pu considérer comme une simple restitution et non pas comme une faveur la remise de la Septimanie entre ses mains, quand elle fut ôtée à Bernard. Au surplus, s'étant acquis déjà des amis nombreux dans le pays, on vit bientôt ces provinces se partager entre les deux compétiteurs, et devenir le théâtre de désordres qui prenaient, chaque jour, un caractère plus sérieux et plus alarmant.

Dans le but de remédier à cet état de choses, l'empereur réunit une diète à Crémieu (2), où se trouvèrent

(4) Le P. Labbe et du Mège.

(2) Ville du département de l'Isère.

Pepin, roi d'Aquitaine, son frère Louis, roi de Bavière, et une foule de députés de la Septimanie; les uns dévoués à Bernard, les autres à Bérenger. Cependant, les partisans de ce dernier étant en grande majorité, il est probable que l'assemblée se serait prononcée pour le comte de Toulouse, si un événement inattendu n’était venu rendre inutile toute décision de la diète, et mettre fin à une lutte qu'un monarque plus ferme que Louis le Débonnaire aurait aisément prévenue. Bérenger, dans son voyage à Crémieu, mourut subitement.

L'empereur etles rois ses fils se montrèrent fort affligés

à la réception de cette nouvelle. Ils perdaient, en effet, dans le duc d'Aquitaine, un chef expérimenté et sage; un paladin redouté, un administrateur habile, un homme enfin devant leur être cher et par les liens qui l'attachaient à la famille souveraine, et par les services éminents qu'il n'avait cessé de rendre à tous les princes de la maison impériale, dans leurs débats scandaleux et interminables. ù

enardl Non-seulement la mort de Bérenger donna à Bernard

Tolouse. Septimanie, mais elle lui valut encore l’Aquitaine ;

825 ou 86 Car, étant le fils ainé de Guillaume [”, de ce protégé de Charlemagne, qui avait préféré les rigueurs d’un cloître à la puissance, il sut, en rappelant sa naissance et ses travaux, obtenir les deux gouvernements possédés autrefois par son père, sous la dénomination de duché de Toulouse.

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