‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 46 sur 68 · DB · texte numérisé non relu

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taine et ambitieuse, ne pouvait consentir qu’on sacrifiât celui dont elle était mère à des héritiers sans plus de droits, à ses yeux, que tout autre rejeton légitime. Usant de son ascendant sur un époux faible et indécis, elle l’amena à revenir sur ses dispositions premières. Un nouveau partage eut lieu, et Charles, cet enfant destiné à régner un jour sous le nom de Charles le Chauve, obtint alors, dans ce remaniement de l'empire, l’Allemagne, la Rhètie et une partie de la Bourgogne.

Les princes, se regardant par là comme injustement dépossédés, éclatèrent en murmures et en menaces; ils accusèrent surtout Bernard, due de Septimanie, d'avoir profité de son influence sur l'esprit du monarque pour servir la politique d’une étrangère. Sans respect enfin pour leur propre famille, ïls allèrent jusqu’à publier que cet arrangement, fruit des machinations du camérier et de l'impératrice, avait été le prix d’une intelligence secrète et criminelle.

Cette inculpation était trop grave pour trouver d’abord un grand crédit dans l'opinion publique; mais lorsqu’aux voix nombreuses intéressées à la répandre vint se mêler celle de Vala, abbé de Corbie, dont on vantait généralement la charité et la sagesse, ce qui n'était qu'une rumeur sourde et incertaine devint, pour des esprits prévenus, un fait avéré, une action infâme, digne de l’exécration universelle et de toute la rigueur des lois.

Vala, sous la sainteté de son ministère et l'austérité de ses mœurs, cachait des passions ardentes et haïneuses. Uni par le sang à la dynastie carlovingienne, plus d’une raison lui commandait d'éviter de porter la discorde et le scandale dans la demeure impériale ; néanmoins, emporté par son caractère fougueux et intraitable, il poursuivit Bernard et Judith avec la même ténacité et la même violence. L'impératrice fut proclamée adultère, le duc de Septimanie déclaré son complice. Tous les deux auraient essayé vainement une justfication impossible, et les princes, encouragés, dans leur délation perfide, par le témoignage si imposant de l’abbé de Corbie, virent bientôt la cour et la population entière partager leur feinte indignation et excuser les desseins coupables qui les portaient à la révolte.

Poussant jusqu à ses extrêmes limites l’outrage envers leur père, ils lui demandèrent, les armes à la main, la punition de celui dont le châtiment devait imprimer sur le front de Judith une tache ineffaçable; et Louis le Débonnaire , aveuglé sur les suites de cette condamnation, livra son ministre à leur vengeance, et, sans soutien, sans conseil, resta seul contre des ambitieux et des ingrats, mus par l'unique désir de répartir entre eux ses dépouilles. Ce monarque, trop indolent pour être plaint, ne pouvait non plus défendre longtemps la femme objet de ses affections, et que pourtant il croyait

digne de sa confiance. Il sacrifia l’impératrice, comme 1l = 14

“OT: | PS avait sacrifié le duc de Septimanie; et la malheureuse Judith, échangeant le diadème contre le voile de la pénitente, alla au fond d’un monastère expier une faute qui ne consistait, sans doute, que dans sa tendresse et son attachement pour son fils.

Quant à Bernard, 1l prévint la fureur excitée contre lui et se hâta de chercher un refuge dans son gouvernement de Toulouse. Cette précaution le sauva, car le frère de sa femme, assez imprudent pour ne pas s'être décidé à fuir, fut jeté dans les fers et cut les yeux arrachés, comme étant son confident et sa créature.

Cependant l’humiliation de l’impératrice et l'éloignement du duc de Septimanie ne suffisaient pas aux princes. Ce qu'ils voulaient de l’empereur, ce n’était pas la disgràce d’une femme et d’un favori, c'était l’abandon de ses États. Ils exigèrent done son abdication immédiate, et le fils de Charlemagne, s'inclinant devant une volonté qu'il n’osait combattre, consentit à descendre du trône pour y laisser monter Lothaire, déjà revêtu de la pourpre impériale par son imprévoyance.

Lothaire, loin de chercher à se faire pardonner ses iorls en gouvernant avec modération et sagesse, fit, regretter, par sa tyrannie, la faiblesse inexcusable de son père. Il mit un grand acharnement à poursuivre les partisans du duc Bernard, et paraissant, en toutes choses, être dirigé par la rapacité et la haine, il se rendit bientôt assez odieux pour engager ses amis les plus chauds,

ceux-là mêmes dont les efforts avaient amené la chute de Louis le Débonnaire, à s'employer, avec plus d’ardeur encore, à rappeler ce monarque au pouvoir.

Louis le Débonnaire, aidé par ses autres fils, ressaisit le sceptre de ses mains mal assurées, et, pardonnant à ses plus ardents antagonistes, 1l fit preuve d’une clémence toujours très-louable sans doute, mais non sans danger chez un prince, si elle n’est accompagnée de la force qui punit le mal, de la justice qui encourage le bien. |

Louis replacé sur le trône, Judith quitta aussitôt le monastère de Sainte-Radegonde de Poitiers, où elle avait été cacher ses chagrins. Quoique cette illustre victime de l'ambition se revit avec joie au milieu d'une cour dont elle avait fait longtemps les délices, 11 dut manquer quelque chose à son bonheur en ne retrouvant plus celui qui avait partagé ses infortunes. Lors même qu’un tendre sentiment ne lui aurait pas parlé en faveur d’un preux célèbre par sa vaillance, d’un paladin honoré de la chevalerie, son cœur reconnaissant pouvait-1l oublier l'affection et le dévouement de son serviteur le plus fidèle. Soit que la jalousie eût ébranlé la confiance du monarque, soit que Louis, toujours incertain et craintif, redoutàt la présence d’un ministre cause de lant de clameurs et de troubles, Bernard ne put obtenir de reprendre sa haute position à la cour. Vainement fit-il l'offre de se justifier devant ceux qui le croiraient cou-

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pable, vainement proposa-t-il le duel à quiconque se dirait son accusateur, l’empereur refusa, avec une opiniâtreté dont jamais 1l n'avait fait preuve, de rapprocher de sa personne le duc de Septimanie. Toutefois une diète assemblée à Thionville pour examiner sa conduite reconnut qu'il n'avait mérité aucune des attaques dirigées contre lui, et proclama publiquement son innocence.

Cette déclaration ne parut pas à Bernard une satisfaction suffisante. Récapitulant ses actes antérieurs, ses faits de guerre, ses services dans la direction du gouvernement, il fut irrité de l'ingratitude du souverain; blessé profondément de l'oubli de l'impératrice, et, trop fier de son autorité pour accepter un outrage, il se rangea parmi les ennemis de Louis et de Judith.

Pepin, de son côté, pensant avoir à se plaindre de l'empereur, s'était empressé, malgré sa défense, de regagner le royaume d'Aquitaine. À ses veux, Bernard, dans la disposition d'esprit où 1l se trouvait, devait être pour lui un auxiliaire important et sûr. En effet, ces deux cœurs ulcérés ne tardèrent pas à s'entendre, et Toulouse devint l'asile des mécontents, le lieu de réunion de tous ceux qui désiraient une nouvelle révolution dans l'État.

Dès que Pepin eut laissé voir ses intentions hostiles, ses frères Lothaire et Louis s'associèrent à ses projets, et une armée nombreuse fut réunie, par eux, aux

RICE environs de Strasbourg, entre Brisach et la rivière d'IIL. Les évêques de Lyon, de Vienne et d'Amiens qualifièrent de traîtres tous les barons et prélats qui ne se rallieraient pas au pari des princes, et la plupart des autres évêques de France se prononcèrent également contre Louis le Débonnaire. Ce monarque s’était aliéné le clergé en voulant porter la réforme dans la discipline ecclésiastique; il n’avait pas compris, lui, par caractère sans autorité et sans résolution, que, pour réprimer des abus, il faut être fort et persévérant. Pressé par les circonstances , 1l se détermina pourtant à se mettre à la tête de ses troupes; mais aurait-il osé lirer l'épée lorsque dans le camp de ses adversaires figurait Grégoire IV.

Les papes, sans avoir alors la puissance qu'ils surent acquérir plus tard, commençaient néanmoins à s’immiscer dans les affaires des souverains ; et le pontife romain agit, en cette occasion, avec tant d’habileté et d'adresse, que, lorsque l’empereur se flattait, par son entremise, de négocier avec ses fils et d'obtenir d'eux un arrangement, 1l était, en quelque sorte, prisonnier au milieu de ses soldats, et forcé de laisser encore le pouvoir à Lothaire.

Louis le Débonnaire, s'agenouillant devant les ministres de l'Église qui l’entouraient, non-seulement consentit à déposer la couronne, mais il s'avoua coupable de tous les maux qui affligeaient l'empire , confessa toutes les

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fautes que l’on se plut à lui prêter, et se soumit à considérer comme un crime d'avoir fait marcher ses troupes pendant le saint temps de carême. Après cette dégradation humiliante, on le conduisit dans une cellule du couvent de Saint-Médard, à Soissons, où il se revêtit du froc et se couvrit du cilice.

Quant à Judith, elle eut les cheveux rasés et on la fit partir pour Tortone, dans la Lombardie.

Le duc de Septimanie, touché de l’infortune de cette princesse, se rappela-t-il alors des sentiments conservés en secret dans son cœur, ou bien, mécontent du peu d'avantages obtenus pour s'être écarté de ses devoirs envers un maitre bon et généreux, finit-il par convenir de ses torts envers lu1? Cette question n’a pu être décidée. Tout ce que l’histoire nous apprend, c’est que Bernard, regrettant le passé, chagrin de la déposition de son bienfaiteur, fut le premier à prendre les armes pour remettre en ses mains un sceptre qu'il avait tant contribué à lui faire perdre.

Rétabli pour la seconde fois sur le trône, Louis le Débonnaire témoïgna sa reconnaissance au duc de Septimanie en le rappelant à sa cour et en lui rendant toutes les dignités dont il avait été revêtu. Bernard eut nécessairement alors une très-grande influence sur le nouveau partage du royaume que décida l'empereur, partage dont l'exécution devait donner à Charles le Chauve la France presque entière. On peut supposer qu'à cette

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