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nard, roi d'Italie, rejeton illégitime (1), a les yeux arrachés par les ordres de son oncle Louis le Débonnaire et expire dans d’horribles souffrances ; Charles le Chauve, cet objet de prédilection et d'amour, succombera bientôt empoisonné par son médecin, par celui-là même dont le devoir est de veiller à la conservation de sa vie ; et Lothaire, couronné à deux reprises différentes, après avoir jeté le trouble et la désolation dans l'empire, tremblant devant la pensée de la mort, ira terminer ses jours sous la bure, dans une abbaye ignorée au milieu des Ardennes (2).
Les peuples, à cette époque d’anarchie et de désordre, n'étaient guère plus heureux que les princes ; ils avaient subi le joug des Wisigoths , combattu les agressions des Sarrasins et, à peine commençaient-ils à se rassurer du côté de l'Espagne, qu'ils devenaient la proie des Normands, ennemis plus entreprenants encore, et surtout bien autrement cruels.
Sur de frêles embarcations construites avec des troncs d'arbres, et sur des barques à douze ou vingt rames appelées snekhkars (serpents), ces hardis pirates bravaient
{4) C'était un fils naturel de Pepin.
(2) Dans l’abbaye de Prum. Adhémar, moine de Saint-Gibar d’Angoulème, raconte que, après la mort de Lothaire, les bons et les mauvais anges se disputèrent son àme, mais que les bons l’emportèrent en disant aux démons : « Nous vous abandonnons l’empereur, mais nous « voulons conserver le moine... »
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les vents et les tempêtes, et venaient des régions glacées du nord porter la terreur sur le littoral de l’Europe méridionale; ceux qui les dirigeaient, décorés du titre de rois de mer, monlaient des drakars (bateau du chef), espèce de galères ayant à leurs proues l’image d’un dragon aux ailes déployées. Sortis des äpres solitudes de la Scandinavie et des forêts des bords de la Baltique, ces hommes, poussés par l'instinct secret qui nous fait chercher toujours une condition meilleure, avaient songé depuis longtemps à abandonner une patrie stérile et marâtre; mais, jusque-là, leurs excursions s'étaient bornées à quelques tentatives sur les côtes de la Gaule, et nulle part ils n'avaient pu pénétrer dans l'intérieur des terres. Battus par Charlemagne, ils s'étaient vus constamment forcés de regagner leurs retraites brumeuses, laissant d'horribles traces de leur passage, et emportant avec eux le butin, fruit de leur audace et de leurs rapines. Cependant, ces échecs, loin de les décourager, ne firent, au contraire, qu'accroitre chez ces peuples le désir de quitter le séjour des frimas et de la misère, pour vivre sur un sol plus fertile et sous un ciel moins rigoureux. Aussi Charlemagne disait-1l, dans sa sage intuition : « Si, malgré ma puissance, les Normands insultent mes frontières, que n'oseront-ils pas lorsque je ne serai plus (1)! »
{4} Eginhard, #ila Carlo magn., t. 2, p. 100.
En effet, après sa mort, ces hordes barbares, profitant de l’apathie de Louis le Débonnaire, reparurent en grand nombre dans la Manche, et, remontant la Seine, ravagerent les deux rives de ce fleuve. Les Normands, que suivaient partout la dévastation et l'incendie, emmenaient les hommes en esclavage, se partageaient les femmes, et enlevaient jusqu'aux enfants, pour les élever parmi eux et se recruter un Jour aux dépens de l'ennemi. Les populations dont les cris de détresse n'étaient pas entendus du souverain fuyaient épouvantées de toutes parts, sans songer même à se défendre. Aussi bientôt vit-on s'élever sur tous les sommets d’un accès difficile ces châteaux aux donjons menaçants, précurseurs du régime féodal que Charles le Chauve ne tarda pas à inaugurer et à couvrir de sa protection.
A la mort de Louis le Débonnaire, Louis de Bavière et Charles, s’apercevant que Lothaire, au mépris de leurs conventions, voulait étendre sa domination sur tout l'empire, conclurent entre eux une alliance pour s’opposer aux prétentions de leur frère. Dans cette longue lutte, Charles chercha souvent à s'attacher le duc de Septimanie ; il l’invita même, une fois, à venir à Nevers conférer avec lui de leurs intérêts communs. Mais Bernard, auquel Pepin avait donné l'assurance de ne jamais traiter séparément avec les princes, crut de son honneur de n’entamer, de son côté, aucune négociation particuhère. Il est, d'ailleurs, à remarquer que Bernard élait
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vassal de Pepin pour le duché de Toulouse et le gouvernement d'Aquitaine, et soumis à Charles le Chauve pour le duché de Septimanie. Cependant, comme preuve de son bon vouloir, il offrit à Charles d’aller trouver Pepin et de tâcher, par tous les moyens en son pouvoir, d'obtenir sa soumission, prenant, au reste, l'engagement de lui prêter foi et hommage, dans le cas où le roi d'Aqui- {aine ne consentirait pas à le reconnaitre pour son souverain.
Satisfait de la proposition, Charles le Chauve s’avança jusqu’à Bourges, afin d’être instruit plus promptement du résultat de ce pourparler. Mais lorsque Bernard le rejoignit dans cette ville, ce fut pour lui apprendre le peu de succès de sa démarche. Après un entretien dont nous ignorons les détails, le duc, soit par mécontentement, soit par conviction, refusa le serment de fidélité que, quelques jours auparavant, il avait promis au roi.
Irrité de ce manque de parole, Charles aurait tiré vengeance de l’insolent vassal, si Bernard, prévenu à temps, n’eût réussi à s'échapper, non sans perdre toutefois bon nombre des siens et tous ses équipages.
Le danger qu’il avait couru lui fit, sans doute, concevoir des craintes pour l'avenir ; car, peu de temps après, il se présenta volontairement devant le roi pour se disculper de ce dont on l’accusait et lui jurer obéissance.
Charles, quoique peu persuadé de la sincérité de Bernard, l’accueillit néanmoins avec bonté, et le combla
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même de présents, dans l'espoir de le porter à user de son crédit sur Pepin, pour faire rompre à ce jeune prince son pacte avec Lothaire. Ces démonstrations, diciées par la politique, ne lui firent pas acquérir un serviteur bien dévoué, puisque le jour de la sanglante journée de Fontenay (1), où ce prince et Louis le Germanique défirent les troupes de l’empereur, Bernard, suivant un historien du temps, était à moins de trois heures de marche du champ de bataille, et il resta, pendant toute l'affaire, dans une inaction absolue, sans se prononcer en faveur de l’un ou de l’autre des princes, qui combattaient, pour ainsi dire, sous ses yeux. Ce fut seulement quand il sut Charles demeuré vainqueur, qu’il envoya près de lui son fils Guillaume pour lui offrir ses services et [ui proposer de reprendre les négociations avec Pepin, en y mettant, toutefois, la condition qu'il le rétablirait dans les honneurs et dignités dont sa famille jouissait, en Bourgogne, sous l’empereur Charlemagne.
Charles le Chauve reçut avec bienveillance le fils du duc de Septimanie , et fit tout ce qu'il lui demandait au nom de son père. Le duc, d'après cela, se vit obligé d’avoir une entrevue avec Pepin, mais il n’amena pas ce prince à reconnaitre le roi de France, et à se soumettre à son autorité. Bernard ne prit pas beaucoup de peine pour arriver à ce résultat; tandis qu’il
(4) Aux environs d'Auxerre.
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semblait servir la cause de Charles le Chauve , il s’intéressait secrètement au sort de son compéliteur, et travaillait même à se rendre {out à fait indépendant pour son duché de Septimanie. Nous savons, effectivement, qu'à cette époque il datait ses chartes de la mort de Louis le Débonnaire, sans faire mention du roi régnant;; chose contraire à la formule adoptée alors, et à laquelle on se conformait toujours.
Cependant, malgré la victoire de Fontenay, la guerre n’en continuait pas moins; mais les princes finirent par convenir d’un arrangement, dont les bases furent provisoirement réglées jusqu'à ce qu'ils pussent donner à cette convention la consécration voulue.
D'après les articles arrêtés entre eux, l'Aquitaine devant rester à Charles le Chauve, ce prince partit aussitôt pour chasser de ce royaume le jeune Pepin, qui, grâce à ses amis nombreux, y était regardé, presque partout, comme le véritable maître.
Arrivé devant Toulouse, Charles commença immédiatement le siége de cette place, etil le poussa vivement depuis le 13 mai jusqu'au 20 juin suivant. Voyant le peu de progrès de ses attaques et pressé, d’ailleurs, par la nécessité de se trouver à la diète où se partagerait définitivement l'empire, 1l renonçca momentanément à son entreprise, et se rendit à Verdun, lieu désigné par les princes pour leur nouvelle conférence.
Le traité signé dans cette ville, personne ne l’ignore,