‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 51 sur 68 · ER · texte numérisé non relu

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conserva à Lothaire, avec le titre d'empereur, l'Italie et les provinces situées entre le Rhin, le Rhône, la Saône, la Meuse et l'Escaut. Louis le Germanique eut toutes les provinces sur la rive droite du Rhin et quelques villes de la rive gauche, telles que Spire et Mayence ; et Charles devint roi de toute la France, moins la partie cédée à Lothaire.

Possesseur enfin d’une couronne si longtemps disputée, Charles n’en soutint guère l’éclat au début de son règne. Deux fois il laissa les Normands venir piller Rouen, l’une des principales cités de son royaume, et ces aventuriers, ne trouvant de résistance nulle part, ne craignirent pas de se diriger sur Paris, qu'ils prirent sans plus de peine et saccagèrent également de fond en comble.

Charles le Chauve, à la lueur de l'incendie de sa capitale, était allé chercher un refuge dans l’abbaye de Saint-Denis, et de là, marchandant honteusement ce qu'il aurait pu obtenir par les armes, on lui accorda non pas la paix, mais une trêve de courte durée.

Les Normands, encouragés par leurs succès, se répandirent d’abord dans le nord de la France, puis, se jetant inopinément sur Îles provinces méridionales, ils inondèrent, comme un torrent dévastateur, tout le pays entre Bordeaux et Narbonne.

Cependant, Charles le Chauve, tiré de son inaction coupable, comprit enfin que le fer était préférable à l'or

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pour se débarrasser de ses ennemis, et, se décidant à marcher sur Toulouse, il reprit le siège de cette ville, dont la possession devait lui assurer l’Aquitaine. Arrivé, le 14 mai, devant cette place, 1l y resta jusqu’à la fin de juin, bien que ses tentatives demeurassent inutiles. Enfin Pepin, qui avait acheté le secours des Normands, accourut avec des forces imposantes, et l'obligea à se retirer sans combattre.

Bernard, ayant le gouvernement de la partie de l’Aquitaine soumise à Pepin, dirigeait probablement la défense de Toulouse. Ce grief, ajouté à ceux dont Charles pouvait déjà avoir à se plaindre (1), décida du sort du duc de Septimanie. Victime d’une trahison infâme, il trouva la mort au moment où 1l venait porter des paroles de conciliation et de paix. Bernard, élevé si haut par la fortune, favori du monarque, chargé des destinées de la France, longtemps plus roi que le roi, pour prix de ses longs travaux termine ses jours comme un criminel obscur; et Charles, Charles lui-même, dirige la main chargée de le frapper.

Plusieurs annalistes vont jusqu'à dire que ce prince « le tua lorsque le duc s’y attendait le moins (2). » Un vieux chroniqueur, sous le nom d'Odo Ariberti, raconte de la manière suivante la mort de ce comte de

{1) Voir l’ann. Bert.

(2) Incautum et nihil mali ab eo suspicantem occidit. I. 15

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Toulouse {1} : « Ce seigneur ayant conclu sa paix avec « le roi Charles, et l’ayant signée séparément l’un et « l’autre avec le sang précieux de J. C. pour la rendre « plus inviolable, le premier se rendit ensuite à Tou- « louse, et alla faire sa soumission au roi dans le mo- « nastère de Saint-Saturnin. Ce prince, qui était sur « son trône, se leva pour l’embrasser, mais, tandis qu'il « le contenait de la main gauche, il lui enfonça de la « droite le poignard dans le côté. Charles, étant ensuite « descendu tout ensanglanté de son trône, mit le pied « sur le corps du duc en disant : Malheur à toi qui as « osé souiller le lit de mon père et de ton seigneur! — » Cet historien ajoute : « que la ressemblance qu'on re- « marquait entre le duc Bernard et Charles le Chauve « appuyait, en effet, l'accusation qui était portée contre « lui (2). »

Pour notre compte, malgré le dire des contemporains, et les témoignages que nous venons de citer, nous croyons qu'il faut ranger de pareils détails parmi les fables de toute nature dont étaient si peu avares les écrivains de ce temps. Une seule observation suffira pour en démontrer l'invraisemblance. Si les liens auxquels Ariberti fait

(4) Voir l'Histoire générale du Languedoc.

(2) Ce fragment a été publié, par Pierre Borel, d’après un manuscrit que dit avoir vu Baluze; mais l’aulorité de ce document est révoquée en doute par certains critiques. Ils conviennent cependant que plusieurs détails s'accordent avec le récit laissé par l’annaliste de Metz.

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allusion avaient existé réellement entre le due de Septimanie et le roi, comment Bernard se serait-il montré toujours si favorable à Pepin? Ce qu'il y a lieu de supposer, c'est que le duc fut attiré dans le camp du roi, sous prétexte de traiter de la paix; que Charles le fit saisir, et juger dans un conseil présidé par lui, au monastère de Saint-Saturnin, et que, la peine capitale lui ayant été appliquée comme coupable de félonie, la sentence reçut immédiatement son exécution. Mais où était pour le souverain la nécessité de se faire justice luimême, et pourquoi aurait-il commis publiquement un assassinat de nature à le rendre odieux et à inspirer aux Aquitains le désir d'en tirer vengeance ?

Bernard resta deux jours sans sépulture devant la porte de l’abbaye où 1l était tombé sous les coups d’une main déloyale. L'évêque de Toulouse, profitant ensuite d’un moment où Charles était à la chasse, l’inhuma avec pompe et en présence d'une foule considérable. Le roi, irrité contre celui qui avait osé le braver si ouvertement, le fit citer trois fois par le viguier. L'évêque refusa de comparaître, et demanda à être renvoyé par-devant ses collègues. Cette prétention n'ayant pas été admise, on le condamna à payer une très-forte amende et à faire détruire le tombeau élevé par ses ordres et à ses frais. Ce monument fut pourtant conservé, et on y lisait l'inscription suivante, traduction de l’épitaphe primitive faite au xu° siècle et écrite vraisemblablement en vers latins.

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Aiïssi jay lo coms M. Bernat Fidel credèire al sanc sacrat, Que lostemps pros hom es estat.

Preguem la divina bontat Qu'aquela fis que lo tuat Puosca son’arm'aver salvat (1).

Peu de temps après, tous les évêques de France réclamèrent, dans l’assemblée de Chavignon, à l'égard du jugement rendu par l'autorité séculière, contre le prélat de Toulouse, jugement qui, suivant eux, attaquait les prérogatives de l’épiscopat. Mais Charles maintint sa décision, en déclarant que, s’il était interdit aux évêques de donner la sépulture avec des prières publiques, aux individus reconnus hors du droit commun , il tolérerait bien moins la prétention de leur ériger des mausolées, et de se mettre par là au-dessus des lois du royaume et de la juridiction royale.

Aïnsi, le comte de Toulouse, dont la carrière avait été si brillante et si enviée, pour lequel un monarque puis-

(1) Ici Bernhard est enterré, Croyant fidèle au sang sacré, Qui toujours montra loyauté.

Prions la divine bonté Que cette fin qui l’a tué Puisse son âme avoir sauvé.

{Voir l'Histoire politique, rehgieuse et littéraire du midi de la F rance.)

Gr; Meme sant croyait qu'il n’y aurait jamais n1 assez de récompenses ni assez d'honneurs, n’eût pas trouvé, sans la pieuse sympathie d'un prélat, un peu de terre pour recouvrir ses restes, une simple pierre pour rappeler sa mémoire. |

Il est difficile de se faire une opinion exempte de toute erreur sur un homme qui a été placé trop haut pour n'avoir pas compté de nombreux ennemis. Le témoignage des contemporains ne peut guère même être invoqué à son sujet, car la plupart d’entre eux sont les plus ardents admirateurs de Lothaire ou de Charles le Chauve, et à ce litre ils accusent, avec une acrimonie sans exemple, la conduite et la moralité du duc de Septimanie. Malgré l'obscurité, l’inexactitude ou l'exagération des chroniques, on voit néanmoins quelle part d’éloge ou de blâme il nous est permis d'accorder à Bernard. Ce comte de Toulouse fut à la fois un guerrier remarquable et un administrateur distingué. Mais, s’il eut les qualités qui lui méritèrent une haute faveur, son caractère remuant, ambitieux, dissimulé explique et sa fin misérable et les inimitiés qui lui survécurent. Il joignit à ses défauts une avarice sans excuse et, de même que tous les grands de cette époque, il se fit peu de scrupule de s’approprier le bien des autres. Au moins sommes-nous en droit de le penser d’après une démarche des députés de l’Aquitaine, près de la diète de Kiersi-sur-Oise, en 838, qui vinrent se plaindre à l’empereur des exac-

tions du duc, et le dénoncèrent pour ne ménager ni la noblesse ni l'Église. Quant à ses relations avec l’impératrice , tout semble prouver que cette accusation n’eut d'autre but que de le perdre dans l'esprit de Louis le Débonnaire, de porter ce prince à lui retirer sa confiance, et surtout de l’obliger à lui ôter la direction du royaume.

Bernard avait épousé à Aix-la-Chapelle, en 824, Duodène, sœur d’Aribert. Il en eut deux fils : l’un, né en 826 ou 827, fut appelé Guillaume, et lui succéda dans le comté de Toulouse; l’autre, né à Usez en 841, porta le même nom que son père (1), et devint, dans la suite, comte d'Auvergne et marquis de Gothie. Bernard eut aussi une fille nommée Regelinde (2).

L'instruction de Duodène la plaçait fort au-dessus des femmes de son siècle. Elle composa, à Usez, un Manuel destiné à servir de guide à son fils, qu'elle lui lui envoya à Aix-la-Chapelle, où 1l était alors. Ce livre, divisé en soixante-trois chapitres, est un des manuscrits les plus curieux qui soient parvenus jusqu'à nous. Il témoigne à chaque ligne de la piété de Duodène, de sa tendresse pour ses enfants, et du soin extrême qu'elle apportait à leur éducation. Ce sont des conseils qui partent d’un esprit élevé et judicieux. Voici les quelques

(1) Voir l’annaliste Bertin.

(2) Voir Catel, Histoire des comtes de Toulouse, et Raynal, Histoire de la ville de Toulouse.

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lignes, empreintes d'un touchant sentiment maternel, qui servent de préface à cet ouvrage.

« En l’heureuse année du Christ, qui était la onzième du règne éclatant de notre seigneur Ludwig, le 8 des calendes de juillet, je fus également donnée comme épouse, dans le palais d’Aix-la-Chapelle, à ton père Bernhard, et la treizième année du règne du même empereur, le troisième jour des calendes de décembre, Dieu, à mon fils! t’accorda à mes vœux ardents. Les troubles et les calamités du siècle, s’accroissant toujours, abrégèrent la vie du pieux Ludwig, qui finit sa carrière mortelle avant le temps, au bout de 28 ans de commandement. L'année qui suivit sa mort vit la naissance de ton frère. Il fut le second qui sortit de mon sein. C'était le 11 des calendes d'avril, et nous résidions alors à Usez. Il n'avait pas encore reçu la grâce du baptème, lorsque votre père Bernhard

« le fit appeler, et le montra à l’évêque Éléphantus et

à ses fidèles. Privée depuis longtemps, hélas! du bonheur de votre présence, et seule dans cette ville où vous êtes nés, j'ai dicté, dans ma faible intelligence, et fait transcrire, en pensant à vous, ce codicille, témoignage de mon amour. Bien que votre éloignement, mes enfants, me fasse vivement souffrir, je m'incline néanmoins devant la volonté de Dieu. Je voudrais m'y résigner de même, si Dieu m'en donnait la force; mais, Comme je ne suis qu’une pauvre pécheresse, je

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« ne peux que vouloir, et mon âme se dessèche dans « cet effort. J'ai appris que, conduit par ton père, tu « avais fait hommage au roi Karle et prêté serment entre « ses mains. Applique-toi entièrement à remplir les de- « voirs de tes dignités. Toutefois, comme dit l’Écriture, « cherche avant tout le royaume de Dieu, et tu rencon- « treras les biens du corps et ceux de l’âme. »

Duodène termine ainsi ses sages enseignements :

« Je te conjure de faire écrire sur ce codicille les « noms de tous ceux de ta famille qui mourront avant « toi; fais-y mettre également le seigneur Aribert, ton « oncle, si tu lui survis, et prie pour leurs âmes à tous. « Quant à moi, tu auras soin qu'on grave ces mots sur ma tombe : Le corps de Duodène, fait de terre, gît dans ce sépulcre. Roi tout puissant, recois son âme dans ton sein! »

Cette œuvre donne lieu à une remarque assez singuhère. Parmi les recommandations de la femme de Bernard à son fils, elle l’exhorte surtout à rester inviolablement attaché au roi Charles, qui avait accepté son hommage après la bataille de Fontenay, et elle garde le silence le plus absolu sur son époux, dont le dévouement pour Pepin ne pouvait être ignoré d'elle; ce qui ferait supposer que Duodène n’approuvait pas la politique du duc de Septimanie.

Tandis que la dispute entre le roi de France et le roi d'Aquitaine forçait toute la population des provinces

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méridionales à recourir aux armes, et désoiait ce pays par des scènes de carnage et de destruction, le goût de la vie contemplative se manifestait partout de plus en plus; et sur les monts escarpés, et dans les vallées profondes, on ne voyait que de pieux anachorètes préchant la paix dans les champs ravagés par la guerre, et donnant, à ceux qu’égarait l'ambition ou l'amour des richesses, l'exemple de l'humilité et des vertus les plus austères (1).

(4) Cette circonstance nous rappelle une pensée que le hasard à fait exprimer devant nous par un homme dont les moindres paroles méritent d’être recueillies et conservées. Quoique cette citation nous transporte du 1x° au xix® siècle, on nous pardonnera, sans doute, cette courte excursion à travers les âges.

Un jour on s’étonnait, devant Napoléon, qu’il accueillit avec tant de facilité les demandes qu’on lui adressait pour rétablir certaines maisons religieuses que la révolution de 1789 avait mis, dès ses premiers pas, beaucoup d’empressement à détruire. « Monsieur, » dit l’empereur au ministre qui avait lancé cette observation, sans paraître, toutefois, y altacher une grande importance, « la révolution française a bien fait de ne « pas vouloir que des individus de toutes conditions, et en nombre con- « Sidérable, vécussent en dehors des embarras, des craintes et des de- « voirs de la société. Tout le monde, en naissant, contracte une dette « envers sa patrie, et cette dette, tôt ou tard, chacun est tenu de l’ac- « quitter. Elle à eu raison aussi, la révolution, de ne plus permettre « cette foule d’abbayes et de monastères qui, devenus possesseurs de « richesses scandaleuses, retiraient ainsi de la circulation une grande « partie de la fortune publique, car ces biens immenses ne partici- « paient plus aux charges ni à la prospérité du pays. Mais ce qui alors « était nuisible aux intérêts de tous, loin de présenter aujourd’hui des « dangers, ou même des inconvénients, devient, au contraire, un « remède efficace contre ces maladies morales qui résultent toujours du « bouleversement des empires... Quand une nation, » ajouta-t-il encore, inspiré de celle rare pénétration qui le laissait lire si aisément

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Des hommes favorisés des avantages de la naissance et de la fortune s’arrachaient, en grand nombre, aux honneurs et aux plaisirs pour offrir à Dieu le sacrifice d'une âme brisée et détachée de toutes les jouissances matérielles. Entraînés par cette mélancolie qui naît du découragement, ils trouvaient un charme indicible au contraste d'une vie violemment agitée, avec le repos si calme, si réparateur dont rien désormais ne devait les distraire.

C'est alors que furent jetés les premiers fondements de ces établissements monastiques, qui se multiphièrent bientôt avec une rapidilé sans exemple, et couvrirent le territoire de leurs simples et modestes chapelles, ou de leurs dômes hardis et fastueux.

Pour échapper aux regards des aventuriers rapaces, les monastères se construisirent d’abord dans les lieux les plus ignorés et les plus sauvages. Rien, aux alentours, ne révélait leur existence, et les sons mesurés de la cloche annonçaient seuls au voyageur sans abri un toit hospitalier, asile de la pénitence et de la prière. Grâce à de certaines précautions, les abbayes, dans

daus les consciences et dans les pensées, « a élé en proie à des déchi- « remenlis intérieurs et a vu se déchainer longtemps les plus mauvaises « passions dans son sein, il faut des refuges retirés et tranquilles où il « soit permis aux êtres faibles d’espérer enfin le repos et la paix, et où « les esprits repentants, mais nés inquiets et ambitieux, puissent expier « un passé souvent coupable, et se réconcilier avec eux-mêmes aussi « bien qu'avec le ciel. »

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ces temps de troubles, n’eurent guère à redouter les maraudeurs ou les partis peu nombreux. Par la suite, des fossés larges et profonds, de hautes murailles flanquées de tours et de tourelles les protégèrentcontre de plus dansereuses attaques, et transformèrent ces retraites saintes en des espèces de forteresses, aussi bien défendues que la plupart des châteaux destinés à soutenir un siége.

À peine reste-t-11 maintenant quelques traces de ces demeures solitaires où, plus d'une fois, des souverains sont venus occuper une modeste cellule, et jusqu'aux noms de ces princes, qui ont eu pourtant puissance el renommée, seraient peut-être oubliés à jamais, si quelques lettres presque effacées n'apparaissaient encore sur les débris d'un marbre tumulaire que le regard serutateur de l'archéologue va disputer aux genêts et aux ronces. |

La longue querelle entre Charles et Pepin parut un moment terminée : ce dernier, par le traité de Saint- Benoit-sur-Loire, devint possesseur du royaume d'Aquitaine, à l'exception, toutefois, du Poitou, de la Saintonge et de l’'Angoumois, que Charles se réserva ; mais ce n'était à qu'une trêve, et une trêve de fort peu de durée. |

Les Aquitains ne furent pas longtemps à élever de nouvelles plaintes contre leur monarque. Les Normands, débarqués vers l’île d'Oléron, près de l'embouchure de la Gironde, s'étaient emparés de Saintes et de Bordeaux, et,

après avoir mis à feu et à sang ces deux villes, avaient gagné l’intérieur du pays, les uns par le bassin de la Charente, les autres par le bassin de la Garonne. Ces hommes du Nord inspiraïent une terreur si grande, qu'ils entrèrent, pour ainsi dire sans résistance , dans Bazas, Lectoure, Auch, Condom, Eause, Aire, Tarbes, Bayonne, Dax, Lescar et Toulouse {1). Enfin les populations du Bigorre mirent un terme à l’irruption des Scandinaves et elles leur firent éprouver des pertes assez considérables pour les forcer à regagner leurs navires; mais, malgré ce succès, les Aquitains, accablés sous le poids de leur mi-

sère et effrayés de se voir livrés ainsi sans défense aux invasions dont les menaçait encore l’avenir, offrirent à Charles le Chauve de se ranger sous son obéissance. Celui-ci, déjà repentant d’avoir fait preuve de trop de générosité envers son neveu, se garda bien de repousser une proposition de cette nature; il se fit sacrer roi d’Aquitaine à Orléans (2) et, aussitôt après cette cérémonie, se dirigea sur son nouveau royaume.

Aucun auteur ne nous fait connaître le résultat de cette expédition ; nous savons seulement que, fort peu de temps après, Charles était de retour à son château de: Kiersi-sur-Oise.

Cependant Pepin ne pouvait abandonner volontaire-

{1} Voir de Marea, Histoire du Béarn, liv. III, p. 191. (2) Voir Histoire générale du Languedoc.

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ment un trône qui lui avait été assuré par Charles le Chauve ; n’espérant pas avoir pour soutien les princes de sa famille, 1l songea à une alliance au dehors.

Décidé à s'unir aux Sarrasins, 1l lui fallait envoyer près d’Abdérame un homme éprouvé et sûr : ce fut Guillaume, fils de Bernard, dernier duc de Septimanie, qu'il chargea de cette négociation (1).

Guillaume tenait du roi le duché de Toulouse dès le traité de Saint-Benoît-sur-Loire, et peut-être même depuis la mort de Bernard, quoi qu'il en soit, Pepin reporta sa faveur sur le fils de celui qui lui avait donné plus d'une preuve de son attachement, et que, d’ailleurs, il savait animé du désir de se venger de Charles le Chauve, auteur de l’exécrable guet-apens dont son père avait élé victime.

Le nouveau duc de Toulouse ne trompa pas l’attente de son maître; il obtint un secours d'Abdérame , et même ce souverain consentit à mettre sous ses ordres un certain nombre de troupes, avec lesquelles il parcourut la Marche d'Espagne et s'empara de Barcelonne et d'Ampurias, les deux places les plus fortes de la province.

Sur ces entrefaites, Charles, appelé par un parti puissant, s'était dirigé de nouveau sur Toulouse avec la dé-

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