‹ Histoire des comtes de Toulouse (volume 3)Chapitre 56 sur 68 · TRADUCTION LITTÉRALE · texte numérisé non relu

TRADUCTION LITTÉRALE

Tout homme est tenu de montrer Le bien, quand il le sait enseigner, Et, si vous voyez ici peu démontré Ce que je sais par vérité, Ne m’en veuillez. Je veux vous conter Comment sainte Foi fit joyeuse Arsinde, de Toulouse comtesse, Qui était femme de Guillaume, le comte.

Partant, il faut que je vous conte Qu'elle eut un bien riche ajustement, Bien précieux et bien entendu :

Deux manches d’or qui atteignaient Jusqu’à terre, qui bien reluisaient En entier, elles étaient finement ouvrées, De riches pierreries ornées.

Un soir qu’elle gisait en son lit,

Au temps que sonne minuit, Elle vit par sommeil devant soi La glorieuse sainte Foi ; Mais elle ne l’a point reconnue, Car sainte Foi lui est venue Sous la forme d’une pucelle, De tout point resplendissante et belle.

La comtesse la regarda, Et ensuite lui demanda :

— « Dame, dites-moi, s'il vous plaît, « Qui êtes-vous, qui devant moi êtes? »

— « Comtesse, je suis sainte Foi. »

.— « Dona, a que far say vengues

« Aquesta peccaresse veser? »

E santa Fe l’hi dis per ver :

— « Contessa, yeu veulh qu'em dones « Las margas, e que las portes

« À Concas, yns el mieus mostier

« Que à me lay an gran mestier,

« Sobre l’altar San Salvador

« Las me pausats am gran honor. »

La contessa l'hi a respondut :

— « Dona ben sera attendut

« Aquest do que vos me querets,

am

« Car vos ayssi las demandets;

« Mas Dona yeu vos veulh pregar

« Que un filh me denghes donar,

« Per tal que aghe occasio

« D'atteure la promissio. »

E santa Fe l’hi dicts apres :

— « Contessa, so que vos querets

« À nostre Senhor pregaray

« Créses be vo ho attendray.

« Mas vos, so que m'avez promez

« Gardas que vo no oblidez,

« E mos covinens n’attendrez. »

Après santa Fe s’en partit,

E la contessa s’endormit,

Pueyssas anet ausir la messa,

Et penset fort à la promessa

Cossi ja attenduda sia,

E demandet addez la via

Drech à Concas, car mantagudas

— « Dame, pourquoi faire ici venez-vous « Cette pécheresse visiter? »

Et sainte Foi lui dit par vrai:

— « Comtesse, je veux que me donniez « Les manches et que les portiez

« À Conques, dans mon moustier (monastère),

« Où elles me sont en grand besoin,

« Que sur l'autel Saint-Sauveur

« Me les posiez avec grand honneur. »

La comtesse lui a répondu :

— « Dame, bien sera tenu

« Ce don que vous me requérez,

« Puisque vous ainsi les (manches) demandez

« Mais, Dame, je veux vous prier

« Qu'un fils me daigniez donner, « Afin que j'aie occasion

« De tenir la promesse. »

Et sainte Foi lui dit après :

— « Comtesse, ce que vous requérez

A notre Seigneur par prière je demanderai.

Croyez-bien je vous la (promesse) tiendrai.

« Mais vous, ce que m’avez promis,

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Gardez que vous ne l’oubliiez,

Et mes conventions n’attendrez. »

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