‹ Histoire des comtes de ToulouseChapitre 14 sur 34 · II · texte numérisé non relu

II

im calife, égaré par le fanatisme, anéantit en quelques instants tout ce que de nombreuses générations avaient transmis à la postérité, tant de trésors de la science, de l'imagination, delà sagesse, comme aussi, sans doute , tant de productions , fruit de l'erreur, de la folie et de la vanité, il se trouva de même à Tripoli un chrétien, qui, voyant des œuvres sacrilèges dans tous les travaux des hommes, fit brûler, en un jour, ce que plusieurs siècles avaient légué à l'avenir.

Les auteurs orientaux ont tous déploré c(îtte perle irréparable ; mais nos chroniqueurs contemporains semblent s'être entendus pour n'en pas dire un seul mot. Ont-ils voulu cacher la honte qu'un tel fait devait répandre sur le nom chrétien, ou lui ont-ils accordé trop peu d'importance pour mériter de figurer dans leurs annales ? Nous préférons attribuer leur silence à la première de ces deux raisons.

- Pour reconnaître les services des Génois, le comte Bertrand fit don, à leur cathédrale de Saint-Laurent, de la place de Giblet et d'une portion de la ville de Tripoli : il leur concéda , en outre , divers privilèges , et entre autres celui de ne payer aucun tribut sur les côtes de Provence, depuis Nice jusqu'au port de Vénus (1) ; exemption dont il gratifia également les Lombards en com-

(1) Fenerisportus, petit port dos Pyrciices orientales appelé aujourd'hui Porl-Vendres.

pensalion des secours qu'il en avait reçus. Celle circonstance amena l'établissement de beaucoup de négociants italiens dans ces parages, et contribua, par la suite, à la prospérité des provinces voisines de l'embouchure du Rhône.

Le comte de Toulouse était à peine installé à Tripoli, qu'un événement inattendu augmenta considérablement et sa puissance et sa fortune. La fin tragique de Guillaume Jourdain le rendit maître de toutes les possessions que ce parent, un moment sorti du droit chemin, était parvenu à acquérir par son habileté et son courage.

Les historiens racontent de différentes manières cette mort si soudaine. Guillaume de Tyr (1), celui de tous dont le témoignage inspire le plus de confiance, prétend qu'une querelle Irès-vives'étant élevée, sur un motif des plus frivoles, entre les écuyers de Bertrand et ceux du comte de Cerdagne, ce dernier sortit de sa demeure pour mettre le holà parmi les combattants, et qu'une flèche lancée par une main inconnue vint le frapper au cœur. Cette catastrophe servait trop bien les intérêts du comte de Toulouse pour que la malveillance n'accusât pas ce prince de l'avoir préparée; mais le caractère du fils de Raymond de Saint-Gilles fut la meilleure réponse à une calomnie dénuée de toute espèce de fondement.

(1) Liv. 2, g. 9.

Guillaume Jourdain n'ayant pas d'enfants, la convention signée sous les murs de Tripoli eut son plein et entier effet, en ce qui concernait ses propriétés en Orient ; quant au comté de Cerdngne, il l'avait légué à son frère, avant de s'embarquer pour la Syrie.

Par suite des conquêtes individuelles, ou des arrangements amenés dans un but général de conservation, le territoire enlevé successivement aux Sarrasins composait quatre souverainetés principales : le royaume de Jérusalem, le comté de Tripoli, le comté d'Edesse et la principauté d'Antioche.

Nous avons dit en quoi consistait le royaume de Jérusalem (1). Le comté de Tripoli, renommé par la fertilité de son sol et par l'industrie de ses habitants, n'avait pas en surface une importance bien grande ; deux ruisseaux traçaient ses limites, l'un séparait les villes de Maraclée et de Valénia, l'autre les places de Giblet et de Béryth. Le comté d'Edesse était beaucoup plus riche et beaucoup plus vaste que le royaume de Jérusalem, et il avait fallu l'esprit actif et entreprenant de Baudouin pour le lui avoir fait échanger contre le titre de roi. Ce comté, passé, après son élévation au trône, à son cousin Baudouin du Bourg, allait des rivages du Tigre jusqu'aux chaînes du mont Taurus. Ainsi on pouvait le considérer comme le premier boulevard de la puissance chrétienne

(1) Voir la note page 317.

contre les attaques des peuples masulmans. Enfin la j)rincipauté d'Àntioche , grâce à la force et à la ruse déployées tour à tour par Boliémond, comprenait toutes les provinces situées entre la ville de Tarse en Cilicie et celle de Maraclée sur la mer de Phénicie. Mais, si les principautés d'Edesse et d'Antioche l'emportaient, en étendue, sur le royaume de Jérusalem ou le comté de Tripoli, elles avaient pour voisins et pour ennemis les sultans d'Alep, de Mossoul , de Damas et le calife de Bagdad , qui les tenaient dans une inquiétude continuelle. Malgré les victoires des chrétiens , tous ces chefs redoutables» commandant à d'immenses Etats, ne pensaient pas à s'avouer vaincus. A peine leurs armées étaient-elles battues et dispersées, que des armées plus nombreuses encore accouraient des montagnes de l'Asie Mineure, ou des rives de fEuphrate, pour combattre de nouveau et venger leurs défaites. Fendant que le roi de Jérusalem rejetait dans les déserts de l'Arabie et de l'Idumée les nuées d'esclaves qui s'assemblaient sur les bords du Nil pour venir l'assaillir de leurs hordes tumultueuses et indisciplinées, le comte d'Edesse et le prince d'Antioche avaient à repousser les invasions des Turcs et des Sarrasins, bien mieux organisés pour la guerre, et bien autrement à craindre que les Egyptiens et les Arabes.

Baudouin , convaincu de l'importance d'être maître des ports de la Méditerranée, résolut de i)ro[iler du séjour

des Génois ol des Pisans en Syrie pour forcer Bérylh h lui ouvrir ses porles, et, s'étant dirigé sur cette place (février 1110), il pria Bertrand de l'attaquer avec sa flotte, tandis qu'il la presserait du côté de terre, de manière à ne pas faire traîner le siège en longueur. Ce prince s'empressa d'accéder à la demande du roi, et, après deux mois et demi d'une très-vive résistance, Béryth dut se résigner à capituler. Selon certains historiens, les habitants eurent la permission de se retirer oh bon leur semblerait; suivant d'autres, les Pisans, contre la foi des traités, égorgèrent un grand nombre de ces malheureux, dans l'espérance de s'enrichir de leurs dépouilles.

Baudouin et le comte de Toulouse, qui après cette expédition s'étaient rendus h Jérusalem pour y célébrer les fêtes de Pâques, apprirent, presque aussitôt leur entrée dans cette ville, que les Turcs, par les coupables incitations de Tancrède , l'antagoniste déclaré de Baudouin du Bourg , étaient sur le point de s'emparer d'Edesse.

A cette nouvelle, les deux princes n'hésitèrent pas à réunir leurs forces ; mais il leur fallut un mois entier pour atteindre l'Euphrate : néanmoins ils arrivèrent assez tôt pour prévenir les desseins de l'armée turque, et, lorsqu'ils furent à peu de dislance d'Edesse, l'ennemi effrayé , loin de vouloir risquer une bataille, se replia devant eux avec précipitation.

Rassurés de ce côté, Baudouin et le comte Bertrand n'eurent plus alors qu'à regagner Jérusalem, où leur présence était devenue fort nécessaire. Pendant leur absence , Ptolémaïs avait été sérieusement menacée , et , chaque jour, les Infidèles ne cessaient de harceler ou un point ou un autre.

Comme les princes se préparaient à faire face à ces diverses tentatives, il leur vint un secours auquel ils étaient loin de s'attendre. Sigur, l'héritier du roi de Norwége, qui depuis trois ans parcourait les mers dans le seul but de visiter la terre sainte, jeta l'ancre enfin au port de Joppé et débarqua dans celte ville à la tête d'un corp« de dix mille hommes.

Ces troupes ne comptaient pas séjourner en Syrie ; elles servaient d'escorte au fils de leur souverain, dont l'intention était d'accomplir un pèlerinage au saint sépulcre; mais le roi de Jérusalem, heureux de pouvoir mettre à profit cette circonstance, conjura Sigur de f aider à assiéger Sidon , f ancienne Tyr, entreprise à laquelle il serait contraint de renoncer s'il ne lui prêtait son appui. Cédant à ces instances, le prince consentit à unir ses armes aux siennes, et, grâce à la flotte norwégienne, qui contribua très-activement aux opérations contre Sidon, cette place, malgré tous ses efli'orts, se vit, au bout de six semaines, dans la nécessité de se soumettre.

Rien alors n'empêchait plus Sigur de porter ses pas

Ters Jérusalem. Parvenu au terme de sa longue pérégrination, il se prosterna, dans une pieuse extase, devant le tombeau qui a appelé les hommes au partage de l'héritage céleste, et, après avoir payé son tribut d'adoration à tous les lieux consacrés, il regagna ses vaisseaux, ne voulant, pour prix du service qu'il avait rendu, qu'un morceau de la vraie croix, un débris du bois précieux conservé par la reconnaissance des chrétiens.

Cependant Bohémond , sorti de captivité , était mort, laissant un fils au berceau, de son mariage avec la fille de Philippe P\ roi de France. Tancrède, chargé, par son oncle, de gouverner en son nom la principauté d'Antioche, se trouva, par là, plus libre d'agir suivant ses inspirations et ses goûts. Ce prince, d'un caractère ardent et d'un esprit aventureux, aimait les combats, la guerre, les conquêtes, moins encore par ambition ou pour acquérir des richesses que par orgueil et pour étendre sa renommée et sa gloire. Quand il se vit le protecteur d'un enfant, il se crut obligé d'agrandir les domaines dont on l'avait établi le gardien, et, au lieu de guerroyer contre le sultan de Damas et d'Egypte, il s'empara de Tortose, qui appartenait au comte de Toulouse depuis la mort du comte de Cerdagne, parce que cette place touchait à des possessions déjà annexées au territoire du jeune prince.

Cette conduite était de nature à engager Bertrand à en tirer une vengeance éclatante. Loin d'écouter ce désir.

le fils de Raymond de Saint-Gilles , dans une occasion qui ne tarda pas à se présenter, prouva noblement , au contraire, que, fidèle à ses premières leçons, il savait oublier les outrages et sacrifier ses ressentiments au devoir.

Une de ces armées turques, dont la force, toujours exagérée par les chroniques contemporaines, était, si nous les en croyions, d'une centaine de mille hommes, apparut tout à coup à quelques lieues d'Antioche. Tancrède, dans l'impossibilité de tenir tête à des troupes si considérables , s'empressa d'invoquer l'assistance de tous les princes les plus rapprochés de lui. Si Bertrand eût été un adversaire ordinaire, il se serait applaudi de ce cri de détresse. En restant immobile, il assurait la perte d'un voisin dangereux, d'un compétiteur dont il connaissait les intentions perfides, et, profitant ensuite de sa défaite, il lui devenait facile d'accroître, à ses dépens, et sa fortune et sa puissance; mais, en consultant son cœur pur d'injustice et de haine, à la vue des désastres que son triomphe pouvait attirer sur la Syrie, il se conduisit comme s'était conduit son père sous les murs d'Ascalon : il vola au secours de son ennemi.

Rarement l'élévation des sentiments demeure un fait isolé dans une famille. Rien de plus vrai et de plus plein de sens que ce vieux dicton si connu : Noblesse obli'je. La grandeur d'àrae, la générosité, toutes les vertus enfin,

sont, à peu d'exceptions près, généralement héréditaires, et de proche en proche les nobles exemples appellent les nobles actions.

Le roi de Jérusalem, l'évêque d'Albara et plusieurs barons des environs se réunirent au comte de Toulouse (29 septembre 1111) pour marcher contre les Infidèles, et, grâce à la valeur de ces chefs et au dévouement des chevaliers accourus à leur voix, vingt-six mille chrétiens mirent en fuite cette armée formidable qui menaçait la principauté d'Antioche et tout le pays jusqu'au mont A manu s.

A peine Bertrand venait-il de recevoir des témoignages non équivoques de la reconnaissance de Tancrède » qu'il se vit dans le cas de se déclarer contre lui. Singulière bizarrerie du sort! l'honneur l'avait forcé de défendre un rival qu'il aurait voulu combattre et l'honneur l'obligeait de combattre celvd qui lui jurait une amitié à toute épreuve.

L'empereur, qui croyait pouvoir profiler de la mort de Bohémond pour rentrer dans la possession d'Antioche, s'était hâté de sommer Tancrède de lui reslituer une place retenue trop longtemps par son oncle, contrairement à ses droits et à la justice; mais ce prince, pour toute réponse, avait dit aux envoyés du monarque : « Je ne ren- « cirai la ville qui m est confiée, lors même qu'il se prcsen- « terait, pour la conquérir, des guerriers avec des corps et « des armes de feu. »

Alexis Comnène eut alors recours au roi de Jérusalem et au comte de Toulouse pour obtenir satisfaction; et Bertrand, lié par un serment solennel, aurait certainement embrassé la cause de l'empereur, dont il s'était reconnu le vassal, si les pourparlers entamés, à ce sujet, par Baudouin n'eussent fait traîner cette affaire en longueur. La position du roi de Jérusalem devenait de jour en jour trop difficile pour qu'il ne craignît pas de multiplier les embarras autour de lui. La discorde empêchait, il est vrai, les raahomélans d'agir de concert, et d'adopter entre eux un plan régulier d'opérations; mais tantôt excitées par l'ardeur du pillage, tantôt encouragées par l'espoir du succès, des populations entières se précipitaient comme un ouragan impétueux sur les territoires d'Antioche, d'Édesse, de Tripoli, ou sur le royaume de Jérusalem, plus exposé encore à ces attaques furieuses et inopinées. Pour lutter avec un petit nombre d'hommes contre ces foules sans cesse dispersées et sans cesse renaissantes, qui, semblables aux nuées de sauterelles vomies par le désert, couvraient la terre de leurs masses compactes et dévastatrices, il fallait autant d'activité que de détermination, autant d'habileté que de courage. Ces différents mérites , le roi de Jérusalem les possédait ; aussi pendant onze années fit-il honorer son nom et sa couronne.

Baudouin ne s'était pas prononcé au sujet de la de-

mande de l'empereur, lorsque Bertrand vint à mourir âgé seulement de 16 ans (1). Cette fin prématurée, véritable catastrophe pour le comté de Tripoli, et pour tous les chrétiens établis en Orient, faisait passer des possessions considérables dans les mains de Pons, qui, par son extrême jeunesse, ne pouvait rien dans l'intérêt d'un si important héritage. Mais alors les volontés d'un père étaient respectées comme un décret de la Providence ; et, à ses derniers moments, Bertrand prescrivit à son fils de renoncer au comté de Toulouse et de se fixer ponr toujours dans la Phénicie.

On va, sans doute, se demander de nouveau comment des familles souveraines , ayant en Europe de riches États, laissaient des contrées fertiles et riantes, pour des territoires sablonneux et arides ; le ciel tempéré et protecteur de la patrie, pour un climat dévorant; des pays soumis et paisibles, pour des provinces, théâtre d'une guerre incessante et cruelle. Nous le répéterons, la raison de ces sacrifices est dans les idées chevaleresques du temps, et surtout dans l'entraînement dos croyances religieuses qui portaient à préférer les privations aux plus douces jouissances de la vie, et les périls, bravés

(1) I/époquc (le la mort de ce prince est fixôe d'une manière positive par Anne Conmène {Alcxiade, 1. XIV, p. iiS); elle arriva, liuil mois environ avant celle de Tuncrède.

pour sa foi, à une existence tranquille et heureuse. Quant à ceux qui n'avaient à abandonner ni Gefs ni apanages, leur dévouement s'explique d'une manière trèsfacile. L'éclat dont étaient entourés ces paladins aventureux , partis simples chevaliers et devenus bientôt comtes, ducs, princes et même rois, suffisait pour exciter leur ambition et leur ardeur. A^oltaire a dit, en parlant du moyen âge : « Il faut avouer, quand ou Ut llmtoire « de CCS temps, que ceux qui ont imaginé des romans nont « quère pu aller, par leur imagination, au delà de ce que « fournit ici la vérité (1). »

En effet, les principautés d'Antioche , d'Édesse, de Tibériade étaient gouvernées alors par des guerriers dont l'épée seule avait établi les droits. Des fils de ces hommes du nord, sortis naguère des sombres forêts de la Germanie, occupaient le trône d'Israël, celui des anciens rois assyriens, et commandaient en maîtres sur les bords du Jourdain, de l'Oronte et de l'Euphrate. Quoi de plus merveilleux que de voir le régime féodal imposé par les Francs aux peuples de l'Asie (2) 1

Non-seulement, au xn* siècle, neuf souverains, tous Français d'origine, se succédèrent à Jérusalem; mais l'un deux, après avoir répandu la terreur jusqu'aux

(l) Essai sur les mœurs et l'esprit des nations, chap. LVII, p. 325.

(2j Dans les Assises et les usages du royaume de Jérusalem, on voit que Godcfroy de Bouillon avait adopté la plupart des inslilulions féodales; il conserva même l'épreuve par le fer et par le feu.

rives du INil, se préparait à planter ses étendards sur les ruines de l'antique Memphis, quand, pour s'opposer à ses succès, la mort l'arrêta dans sa marche (1).

Qui n'aurait aspiré à courir de tels hasards, lorsque Renaud de Châtillon, un chevalier obscur et pauvre, obtenait, par sa valeur, la main d'une princesse ; acquérait assez de puissance pour menacer le trône de Constantinople ; luttait avec avantage contre le Soudan d'Alep et de Ninive, et, poussant ses expéditions jusqu'à la mer Rouge , concevait l'audacieux dessein d'aller dépouiller de leurs richesses les villes de la Mecque et de Médine (2).

Il ne faut pas croire, pour cela, qu'au moyen âge les désirs de gloire et de conquête eussent éteint dans les €œurs le souvenir de la patrie. On chérissait le pays de ses pères, on voulait vivre oii ils avaient vécu, finir aux lieux oii reposaient leurs cendres. L'esprit religieux de cette époque pouvait seul avoir assez de force pour qu'on lui sacrifiât la douce consolation de terminer ses jours parmi les siens et au milieu de ses serviteurs fidèles. Mais, retenus par une pieuse résignation, à peine si les preux dévoués à la conservation de la terre sainte eus-

(1) Baudouin, frère de Godcfroy, termina ses jours à Ei-Arich, sur les confins du désert qui sépare l'Kgyple de la Syrie.

(2) Renaud épousa la veuve de Raymond de Poitiers, prince d'Anlioche, mais il ne finit pas aussi bien qu'il avait connncucé; battu par le fameux Saladin, ce sultan lui fillranclicr la tète.

sent osé dire avec le poëte Lucien : « La iuiiiée de « la pairie brille de plus d'éclat que le feu de l'étran- « ger. »

Bertrand étant mort en renonçant à ses anciens États, tant eu son nom qu'en celui de son fils, nous pourrions maintenant reporter nos regards vers la Garonne et le Rhône, et cesser de nous occuper des princes destinés désormais à commander à Tripoli. Cependant ces descendants des comtes de Toulouse tenant une place importante dans l'histoire du moyen âge, nous exposerons, d'une manière très-succincte, les événements les plus remarquables de leur vie. Ce résumé ne nous retiendra pas longtemps, et il complétera l'exposé des faits relatifs à la première croisade.

Pendant que les Baudouin, les Foulques d'Anjou, les Lusignan et les comtes de Champagne montaient successivement sur le trône de Jérusalem , et que Josselin de Courtenay, Tancrède, Roger de Sicile, Raymond de Poitiers , tous seigneurs de sang français , gouvernaient le comté d'Edesse et la principauté d'Antioche, trois princes de la maison de Toulouse, Pons, Raymond I" et Raymond II, soutenaient au comté de Tripoli la haute renommée de leurs ancêtres ; mais, quoique dignes de perpétuer l'antique illustration de leur famille, tous les trois termineront leurs jours prématurément et victimes d'une implacable fortune.

Pons, bien que né à Toulouse, avant le départ du comte

Bertrand pour la Syrie, comptait quinze ans à peino quand il le remplaça dans le gouvernement de Tripoli. Sa jeunesse, sa valeur, ses vertus précoces fixèrent de bonne heure sur lui l'attention des chrétiens établis en Orient. Tancrède particulièrement, déjà revenu de ses anciennes préventions contre la maison de Toulouse , devint aussi ardent à l'aimer qu'il l'avait été à haïr son aïeul et son père. C'est qu'il existait dans l'âme simple et candide de cet adolescent un mélange de douceur, d'abandon et de fierté qui charmait et entraînait malgré soi; c'est que sa grâce juvénile, sa confiance naïve et son caractère résolu exerçaient une séduction à laquelle il était difficile de se soustraire.

Lorsque Tancrède, poursuivi par de tristes pressentiments, vit, en effet, arriver sa fin, de ses mains tant de fois victorieuses et maintenant défaillantes il serra Pons sur son cœur et le présenta aux chevaliers rassemblés près de son lit de mort; puis, se tournant vers la princesse Cécile (1), dont les larmes s'épanchaient sur un époux expirant, il recommanda à celle qui avait partagé son amour et ses triomphes de s'unir, après lui, à ce jeune prince, dont les qualités rares lui donneraient encore la gloire et le bonheur.

(1) Cécile, femme de Tancrède, élait fille ii.aiiirelle de Philippe 1", roi de France, et de Berlrade de Monifort, qui avait clé mariée au comle d'Anjou.

Le vœu du prince de Galilée fiU accompli ; mais, comme si Pons eût craint de n'avoir pas fait assez pour obtenir la main d'une veuve qui pouvait se montrer jalouse de conserver le grand nom de Tancrèdc, il voulut, avant de s'unir à Cécile, acquérir, dans les combats, le droit de prétendre à sa tendresse. Ce noble désir était un sûr garant du succès. Les circonstances ne tardèrent pas à fournir au comte de Tripoli plus d'une occasion <ie signaler son courage.

Baudouin, porté, par l'ambition, à un trône dont il espérait étendre la puissance, avait été battu en juillet 1113, dans le voisinage du mont Thabor, par les sultans de Damas et de Mossoul , et par plusieurs émirs de la Mésopotamie, qui, à la tête d'une trentaine de mille hommes, s'étaient avancés dans la Galilée par les montagnes du Liban. Le comte de Tripoli marcha au secours du roi de Jérusalem (1), et son peu d'expérience ne l'empêcha pas de donner à ce prince des conseils, dont la sagesse fut hautement reconnue par le frère de Godefroy.

Après avoir aidé Baudouin à réparer sa défaite, Pons courut prêter main-forte à Roger de Sicile, gouverneur de la principauté d'Antioche depuis la mort de Tancrèdc , que les Turcs paraissaient vouloir assiéger dans sa capitale.

(1) Albert d'Aix, 1. XII, chap. 11 et 19.

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