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jets. L'abbé de Sainl-Théodard assistant à celte réunion, le comte de Toulouse profila de celte circonstance et mit lîn aux difl'érends élevés, on le sait, entre son père et les religieux de ce monastère , lors de la fondation de Monlauban, et, assez sage pour se résigner à des concessions fort larges, il termina une querelle à laquelle tout le clergé du Languedoc aurait probablement été entraîné à prendre part.
1152. Raymond n'oublia pas non plus de s'attacher les habitants de sa capitale. Il confirma divers règlements dressés par le commun conseil de la ville et du fauboimi de Toulouse, ce qui disposa les esprits en sa faveur. C'est au bas de ces actes, presque tous relatifs à la police ou à la justice criminelle, que Von trouve pour la première fois le titre de capitularii (capitulaires) attribué aux magistrats municipaux, qui, depuis, ont été désignés sous le nom de capitouls (1).
Délivré de toute inquiétude sur la situation intérieure de ses États, Raymond V songea à punir la conduite déloyale du vicomte de Réziers.
Ses premières armes contre ce vassal coupable lui valurent, grâce à son courage, le succès le plus éclatant. Trancavel, bien que soutenu par le comte de Rodez, le
(1) On a voulu, à tori, l'aire dériver celle qualificalion du capitole, érigé dans celle ville par les Romains. Ce litre a pour origine le mot lalin copihdnm, jiar lequel on désignait l'nssi^inbh'O des capitulaires, que, dans le langage du pays, le peuple a[)pelail lou capilol.
seigneur de MoiUpellier cl beaucoup d'aulres possesseurs (le fiefs dépendants de la maison de Toulouse, tond)a au pouvoir du jeune comte, qui l'envoya dans une forteresse, où il subit une longue et dure captivité. Il obtint enfin sa liberté, mais en payant une rançon de .'î,000 marcs d'argent, en livrant plusieurs de ses places et en reconnaissant Raymond pour son seul et légitime suzerain.
1154. Son autorité ainsi rétablie, le comte de Toulouse voulut l'affermir plus encore par une alliance de nature h ajouter à sa considération et à sa force. Ses pensées se portèrent sur Constance, une sœur de Louis VII, veuve d'Eustache de Blois, que le roi Etienne, père d'Eustache, avait associé, en 1152, à la couronne d'Angleterre. Quoique cette princesse fût plus âgée que lui (1), le comte fit demander sa main, et cette union ne tarda pas à être célébrée à Toulouse, de manière à donner i\ sa noble compagne une juste idée de sa puissance, un gage de l'amour que lui portaient ses peuples.
A cette époque, remarquable par son luxe et son faste, la cour d'Alphonse Jourdain avait été l'une des plus brillantes de l'Europe. Les rois, alors, dans les réunions publiques, étalaient avec orgueil l'or, l'argent, les pierreries , les joyaux . A Toulouse , les cérémonies et les fêtes devaient leur grandiose à une bien autre magie;
(1) Raymond n'avait alors que vingt ans.
]'art s'alliail à la magnificence, le goiil rehaussait le prix (le la richesse. Les relations avec l'Orient, les peintures l'antastiqiies des poètes, et jusqu'aux doux reflets d'un ciel pur et diaphane, tout cela prêtait aux réjouissances nationales un éclat particulier, une pompe inimitable et éblouissante.
Le mariage de Raymond V attira à Toulouse une foule immense. On accourut des provinces les plus lointaines pour assister aux luttes des trouvères, aux joutes et aux tournois de la chevalerie. Tandis que les seigneurs se disputaient un regard de la princesse, que les troubadours chantaient ses talents, ses vertus, exaltaient ses attraits et sa beauté, prédisaient les heureux jours que lui gardait l'avenir, que tout enfin autour de Constance exprimait l'admiration, le dévouement et l'espoir, avec quelle incrédulité n'eût-elle pas entendu la voix prophétique qui, à son oreille, aurait murmuré ces paroles : Déjà lu es descendue d'un trône; bientôt, ici, où devant toi chacun s'incline, tu cesseras d'exercer le moindre empire; abaissée par celui qui t' élève, tu échangeras ton manteau de pourpre contre des vêtements de deuil ; au lieu de ces hommages empressés, tu deviendras spectatrice du triomphe d'une rivale, et, répudiée par l'époux qui t'assure aujourd'hui de sa tendresse, il te faudra ensevelir tes chagrins dans une retraite où personne n'ira jamais te plaindre et te consoler?
Suivant la coutume du temps, la femme du comte de
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Touluuse, en sa qualité d'épouse et de fille de roi, conserva le litre de reine ; et elle est désignée ainsi dans toutes les chartes, aussi bien que dans les chroniques.
Louis VII, à son retour d'un pèlerinage en Espagne, se rendit à Toulouse vers la fin de cette même année (1). Après l'issue malheureuse de la seconde croisade, le premier soin de ce prince, à sa rentrée en France, avait été de rompre les liens qui l'enchaînaient à celte belle duchesse d'Aquitaine, devenue, par sa conduite, un sujet de scandale et de honte. Vainement Suger, le plus sage et le plus éclairé de ses ministres, chercha-t-il à lui faire voir les dangers de cette détermination imprudente; les susceptibilités de l'époux l'emportèrent sur les intérêts du souverain, et le roi, d'un caractère ordinairement si facile, se refusa, avec obstination, de sacrifier ses ressentiments à la splendeur de sa couronne. Plus ambitieux ou moins honnête homme, il eût retenu, tout en se séparant de sa femme, le Poitou et l'Aquitaine ; ses courtisans lui donnèrent ce conseil, mais il ne voulut rien écouter et préféra l'honneur à la puissance.
Loin d'être aussi scrupuleux que le monarque fran-
(1) Louis le Jeune, dans ce voyage, en présence des citoyens, des bourgeois et du conseil, de la volonté de Raymond, comte de Toulouse, confirma les privilèges accordés par Charles le Chauve à la cathédrale de Toulouse et aux églises de Saint-Sernin et de la Daurade. Nous voyons, par une autre charte émanée de lui dans ce môme temps, que l'on commençait alors l'année le 25 décembre, à la nativité de J. (]. u. 27
çais, le fils de GeoflVoy, comle d'Anjou, ne craignit pas d'épouser Éléonore six semaines après sa répudiation. Ce chef, de la race des Plantagenet, ne crut pas payer trop cher deux vastes provinces en s'unissant à une femme objet delà réprobation générale. Cette riche dot ne put même satisfaire le désir d'agrandissement qui le dévorait. Maître de la Saintonge, de l'Auvergne, du Limousin, du Périgord, de l'Angoumois, de l'Anjou, du Maine, de la Touraine et de la Normandie, ses vues s'arrêtèrent sur le comté de Toulouse, et, dès son arrivée au trône, il fit valoir les prétentions élevées autrefois par Kléonore à l'héritage de son aïeul.
1156. Les relations entre le roi de France et le comte de Toulouse devinrent bientôt plus intimes par la naissance du fds que Constance mit au monde en 115G. Il est probable que, durant le cours de cette année, Raymond résidait sur les bords du Rhône, dans son palais de Saint- Gilles; ses discussions continuelles avec le comte de Rarcelonne lui en imposaient en quelque sorte l'obligation. Là il était mieux en mesure de prévenir les agressions de son dangereux voisin, et en même temps il surveillait de plus près le seigneur de Montpelher, dont lout(!S les actions ne cessaient de prouver, à son égard, des sentiments hostiles.
^I5S Ces deux princes ne furent pas longtemps à se déclarer de nouveau contre lui, et ils eurent peu de peine à ranger à leur parti Raymond Trancavel , qui n'avait
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oublié ni sa prison dans une forteresse, ni la somme considérable exigée par le comte pour consentir à sa délivrance. Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, se laissa également entraîner par cet exemple. n-i9- Les circonstances semblaient être trop favorables à Henri II pour qu'il ne cherchât pas à en tirer avantage ; aussi ce monarque eut-il une entrevue à Blaye avec le comte de Barcelonne, et là les deux princes s'engagèrent à agir de concert contre un ennemi commun. Dans le but de mieux cimenter cette' alliance , ils convinrent entre eux de donner en mariage Bérengère, fille du comte de Barcelonne , à Richard , fils de Henri II çt d'Éléonore, et décidèrent que ce jeune prince recevrait, à cette occasion, le duché de Guienne en apanage.
Raymond, afin de résister à une ligue si redoutable, voulut d'abord s'assurer le bas Languedoc. Il s'entendit avec la comtesse de Melgueil, avec Bernard Pelet et avec plusieurs autres seigneurs des environs de Maguelone ; mais c'était sur Louis VII que reposaient surtout ses espérances , car , indépendamment de sa qualité de beau-frère , ce prince avait un intérêt particulier à ne pas permettre les empiétements de Henri II.
En effet, le roi de France, pour ne pas être gagné de vitesse par son ambitieux adversaire, se hâta de marcher sur Toulouse, et s'occupa aussitôt d'améliorer les fortifications de cette ville et de réunir dans ses murs les
approvisionnemenls nécessaires à une longue et vigoureuse défense.
De son côté, le monarque anglais s'avança, vers la fin de juin , à la tête d'une armée nombreuse , dans laquelle figurait Malcolm IV, roi d'Ecosse, qui, pour mériter la distinction, si enviée à cette époque, d'être armé chevalier sur un champ de bataille, s'était mis au service de ce prince.
A l'approche de Henri II, Cahors, où ce souverain s'était ménagé des intelligences, se déclara en sa faveur et lui ouvrit ses portes. De cette ville le monarque se mit sans retard en communication avec ses alliés, le comte de Barcelonne, Trancavel, Guillaume de Montpellier, et les pressa de joindre leurs forces aux siennes. En attendant, il se rendit maître de différents châteaux, tels que Verdun, Castelnau, d'Estrefonds (1), et, lorsqu'au commencement du mois d'août le comte de Barcelonne l'eut rallié avec ses troupes, il se rapprocha de la Garonne et ne larda pas à aller mettre le siège devant Toulouse.
Henri II montra, dans ses opérations contre cette place, beaucoup de détermination et d'ardeur; mais tous ses efforts ne parvinrent pas à triompher de la résistance des habitants, et, après trois mois de tentatives inutiles.
(1) A4 lieues N. E. de Toulouse. C'est dans ce châleau que s'établit, de sa ijersonne, le roi d'Angleterre.
il sa vil contraint de renoncer à une entreprise pour laquelle il avait fait de grands sacrifices en argent et en hommes.
Plusieurs personnages de marque trouvèrent la mort au pied des remparts de Toulouse, entre autres le comte de Bologne, fils du roi Etienne d'Angleterre, et un fils du comte de Glocester. Henri II, croyant par là dissimuler son humiliation, prit pour prétexte de sa retraite le respect qu'il devait au roi de France, respect qui, disait-il, l'empêchait de livrer l'assaut à une ville où commandait son suzerain (1). Un scrupule si tardif ne pouvait tromper personne; aussi chacun resta-t-il convaincu et des perles considérables qu'il avait éprouvées et du découragement qui en était la suite.
Le roi d'Angleterre, forcé de reprendre le chemin de ses États , chercha à se consoler de son échec en se saisissant de ([uelques portions de territoire et de quel- ([ues points fortifiés. Louis VII, dans sa marche sur Toulouse , ayant obligé Cahors à se remettre sous l'obéissance de Raymond, Henri dut s'emparer une seconde fois de cette place ; il l'enleva d'un coup de main et y laissa son chancelier, auquel il confia le gouvernement du pays, avec l'injonction de continuer la guerre
(l) « Ipsain civilalem non assaUivil ob reverentiam régis Franco-
contre le comte de Toulouse , autant que le permettraient les forces dont lui et ses alliés seraient en mesure de disposer.
Henri se dirigea sur la Normandie, que menaçaient les frères de Louis le Jeune (1), dans le but d'opérer une diversion utile; mais un traité de paix entre ce prince et le roi d'Angleterre (2) termina, ou plutôt suspendit pour un moment la lutte dont les provinces méridionales étaient le théâtre.
Le comte de Toulouse profita du temps employé alors en négociations pour aller rétablir son autorité dans la vallée du Rhône. Si, dans cette circonstance, il se souvint de ce que méritaient des sujets restés fidèles, il traita avec une rigueur extrême les vassaux coupables, à son égard, d'ingratitude et de félonie. Ainsi il restitua à l'évéque de Carpentras les châteaux de Venasque, de Baux, de Malamort , et les villages déjà enlevés par lui à l'Église depuis longtemps ; mais il assiégea , brûla et ^
(1) Henri, évêque de Beauvais, et Robert, comte de Dreux.
(2) Ce traité, conclu au mois de décemljrc 1169, fut ratifié dans le courant du mois de mai 1160. Suivant un historien anglais, Jean de Salisbury, le roi d'Angleterre s'engagea à faire hommage au roi de France pour le duché de Normandie, à condition que Louis VJl donnerait sa lillc (Ml mariage à son fils llobcrt, ot lui apporterait en dot le duché de (luienne. Dans ce traité, il no fut pas question d'abord du comte de Toulouse; mais on y ajouta ensuite que, si des réclamations •Haienl élevées a ce sujet, elles seraient portées devant la cour de justice du royaume de France.
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livra au pillage la résidence de l'évêque de Vaisoii (1) et se saisit de tous les domaines que possédait le diocèse.
Raymond, après avoir rais en ordre ses affaires dans le marquisat de Provence, se rendit à Nîmes, où sa présence était réclamée également, et, hors enfin de tout embarras de ce côté, il regagna sa capitale vers les M60. derniers mois de 1160.
Un peu plus tard, il exécuta encore un voyage dans la iiGi. vallée du Rhône avec sa femme Constance; mais il lui fallut revenir presque aussitôt, car la guerre entre Henri II el Louis VII, à peine terminée, se ralluma tout à coup, nous ne savons par quel motif, et les hostilités ne cessèrent définitivement, de part et d'autre, que le 21 juin 1161.
Cette même année , des intérêts communs aux rois d'Angleterre et de France portèrent ces deux princes à assembler un concile auquel, mutuellement, ils se promirent d'assister, et ils convinrent entre eux de se réunir à Toulouse.
Adrien IV était mort en 1159, et cet événement était devenu la cause d'un schisme déplorable au sein de l'Église catholique. Le choix de la plupart des cardinaux pour remplacer le souverain pontife s'était fixé sur
(1) Pclile ville du départemciil de Vaucluse qui a élé liès-imporlanic autrefois, et dont révèque était suflVagaiit de celui d'Avignon.
Alexandre III, mais une minorité dissidente avait désigné Victor III, et ce dernier, sans respect pour la sainteté du titre dont il se prétendait digne, ne craignit pas d'arracher aux yeux du conclave stupéfait la chape de son compétiteur pour s'en revêtir lui-même.
L'empereur Frédéric ayant fait proclamer Victor par un certain nombre de prélats gagnés à sa politique, Alexandre dut recourir à la protection de Louis le Jeune, qui, avant de s'expliquer sur cette grave question , désira la soumettre à l'examen des évêques de France et d'Angleterre. Le concile se décida en faveur d'Alexandre (l).
Celui-ci, après avoir excommunié l'empereur, se vit contraint de chercher un refuge au delà des monts. Il s'embarqua à Gênes, gagna Maguelone et ensuite MontpelHer, où il comptait établir provisoirement sa résidence. Il parcourut le chemin qui sépare ces deux villes (2) revêtu de ses habits pontificaux et monté sur une haquenée blanche. Toute la population de la province courut se prosterner devant lui et recevoir sa bénédiction. Il y eut une telle affluence de peuple, disent les historiens du temps , que ce fut avec beaucoup de peine qu'il put se frayer un passage au milieu de la
(1) A celte réunion fureiil appelés des lésais d'Alexandre et de Vielor, qui firent valoir les tilies à la liare de chacun des prétendants. ('21 Près de 2 lieues.
foule. Guillaume, seigueiii' de Monlp'îllier, se porla à sa rencontre, accompagné de ses barons, lui servit d'écuyer pendant la route, et, selon une chronique contemporaine (1), se reconnut son vassal lige. Tous les grands du pays montrèrent aussi le même empressement à accourir sur les pas du souverain pontife apporter le tribut de leurs vœux et de leurs hommages. Le comte de Toulouse leur en donna sans doute l'exemple le premier , car dans une lettre en date du 20 avril , par laquelle Alexandre III annonce à Louis le Jeune son arrivée à Montpellier, il parle avec reconnaissance de l'accueil qu'avaient reçu de Raymond lui et les cardinaux attachés à sa suite; et lorsque, un peu plus tard, il écrivit pour recommander les prélats qu'il se proposait de diriger sur la France, il témoigna encore au rui sa gratitude « de ce que le comte Raymond était venu au-devant de lui , lui avait fait olTre de sa personne et de ses domaines , et lui avait prodigué toutes sortes d'honneurs »
D'après les remerciments adressés en cette occasion au monarque, on est en droit de supposer que le pape attribuait à l'influence de ce prince les bons procédés du comte de Toulouse à son égard. Effectivement, il se-
(t) Rodulfc (le Dicalo, p. 533 el suivaiiles. A'oir Vllisloire génenilc du I.auijHcdor.
rail possible que Raymond eût d'abord été contraire à Alexandre, car il ne tarda pas à abandonner sa cause pour se rallier aux partisans de Victor III. ^*^*-^- Dans le courant de 1162 (1), des envoyés de Manuel Comnène, empereur de Constantinople, débarquèrent k Saint-Gilles, qui était alors un des ports les plus fréquentés des provinces méridionales. Ils venaient rendre obéissance, de la part de leur maître, au pape Alexandre et traiter d'une affaire secrète avec le roi et le comte de Toulouse. Il est probable que ce message mystérieux avait pour objet une nouvelle expédition à la terre sainte et que, à Paris comme à Rome, on reconnut l'opportunité de cette demande, car le pape et le comte Raymond firent partir aussitôt des personnes de confiance pour Constantinople, et ce dernier informa le roi « qu'il avait pris des engagements conformes à ses désirs. » Il pria môme Louis VII d'envoyer sans retard, près de Manuel Conniène, des « messagers royaux ayant pouvoir de terminer heureusement la négociation commencée (2). » A peu près vers le même temps, Henri II, au mépris
(1) Alexandre 111 Uni un concile à Montpellier le 17 mai 1162. Ce <;oncile déclara excommuniés les princes (lui ne réprimaient pas les hérétiques, ne faisaient pas la guerre aux pirates et fournissaient des armes aux Sarrasins. 11 défendait aussi aux moines et à tous les religieux de professer le droit et la médecine.
(2) Voir Ilistuirc (/énérak du Languedoc.
des traités, renouvela ses tentatives sur le comté de Toulouse ; c'est au moins ce qu'il y a lieu de croire, d'après le document suivant (1) :
« Le commun conseil de la ville et du faubourg de « Toulouse à Louis, par la grâce de Dieu, leur magni- « fique et très-cher seigneur, l'esprit de conseil et de « force.
« Que Votre Altesse ne soit pas surprise, très-cher « seigneur, si nous vous écrivons souvent; après Dieu « nous devons recourir à vous comme à notre bon sei- « gneur, notre défenseur et notre libérateur, lorsque « nous sommes menacés de quelque chose de sinistre. « Vous nous avez mandé, par vos lettres, de vous in- « former de tout ce qui se passerait ici d'intéressant. « Nous avons appris par nos amis que le roi d'Angle- « terre se prépare, cette année, à nous faire la guerre. « Vous pouvez en être instruit plus tôt que nous, à « cause que vous êtes voisin de ce prince, et nous le- « faire savoir, pour n'être pas opprimé par ses hosli- « lités. Toutefois notre espérance est dans votre protec- « tion. Le souvenir des promesses que vous nous avez « faites nous rassure et nous cause une joie extrême.
(I) Celte lettre, rapportée par les auteurs de l'Histoire générale du Languedoc, est sans date; mais, puisque les Toulousains appellent, dans celte i»ièce, Louis leur défenseur et leur libérateur, il est hors de doute qu'elle n'ait été écrite posltMieurouient à l'expédilion de Henri II, en ll.iO.
v< iNuiis rendons grâce à Dieu et à vous de ce que nous « possédons votre sœur, notre dame. Adieu. Le Sei- « gneur tout-puissant protège longtemps et votre pcr- « sonne et votre royaume. »
On voit que Louis YII, en vue de l'avenir, avait prolité de la reconnaissance que Toulouse lui conservait pour entretenir une correspondance suivie avec les autorités municipales de cette ville , et ne considérait plus sa suzeraineté sur le comté comme un simple hommage, une question de forme, mais comme un droit acquis et reconnu. Ce prince, par sa réponse aux membres du commun conseil, calma sans doute leurs appréhensions, car ceux-ci le remercièrent de les avoir consolés au milieu des périls imminents dont ils étaient menacés, et ils ajoutèrent : « Nous prions Votre Altesse de « vous souvenir toujours de nous, de protéger notre « seigneur le comte, la sérénissime reine, notre dame, « votre sœur, et nous qui vous appartenons, et de nous « conseiller suivant nos besoins. »
Malgré les paroles rassurantes de Louis, Henri II continua cependant la guerre, puisque Raymond, en écrivant au roi, vers la fin de IIG^ ou au commencement de l'année suivante, se plaint de ce qu'une suspension d'aruKîs , récemment proposée au monarque anglais, a trouvé de l'opposition de la part de ce prince. Nous savons môme, par diflércnls documents, (pie les hosliliics, dans les provinces méridionales, se prolongèrent
encore pendant une partie de l'année 1!64. Voici la
lettre dn comte :
« A Louis, par la grâce de Dieu, magnifique roi des Français, son seigneur très-cher et très-excellent pardessus tous les autres, Raymond, par la même grâce, duc de Narbonne, comte de Toulouse, etc. « Seigneur, nous avons vu vos lettres et entendu leur teneur. Nous nous sommes rendus à Castel-Sarrasin au jour marqué, et nous y avons eu une conférence avec un grand nombre des plus sages Anglais, au sujet de la trêve dont on était déjà convenu; mais ils n'en ont fait aucun cas, à moins qu'on y comprît nommément Trancavel et le roi d'Aragon , fils du comte de Barcelonne. Le premier est notre vassal, et le roi d'Angleterre n'a aucun droit sur lui pour nous obliger à le comprendre dans la trêve ou pour la rompre à cause de lui. Nous lui avons toujours fait la guerre sans que personne nous en ait empêché, et il n'a pas été compris dans les trêves précédentes, non plus que le comte (le Barcelonne. Cependant, voulant satisfaire en quelque sorte au désir des Anglais, nous leur avons dit de vous dépêcher un envoyé qui irait â la cour avec le nôtre, ce qu'ils ont négligé de faire. Pour nous, craignant de transgresser vos ordres, nous ne romprons pas la trêve présente jusqu'à ce que vous nous ayez déclaré votre volonté, ne dépendant entièrement que de vous. C'est en vous (après Dieu) que
« nous metlons toule notre coriliance, et nous agirons « toujours conformément à vos désirs. Du reste, nous « ne croyons pas, magnifique seigneur, que Voire « Royale Majesté ignore que si nous venons à perdre « notre domaine, qui est entre vos mains, ce ne sera « pas le nôtre que nous perdrons, mais le vôtre, car je « suis proprement à vous, et tout ce que j'ai vous ap- « partient. Nous supplions donc instamment votre clé- « mence de ne pas nous laisser, s'il lui plaît, longtemps « déshérités. Adieu. »
Durant le cours de cette lutte entre l'Angleterre et le comté de Toulouse, Raymond et Trancavel consentirent enfin à un arrangement ; mais il fallut, pour cela, l'intervention du roi de France. La réconciliation eut lieu dans l'église d'Olmes, sur les confins du comté de Foix. Là, en Juin 1163. présence du prêtre célébrant l'office divin, les deux princes abjurèrent leurs idées de vengeance et de haine. Raymond jura de n'attenter ni à la personne ni aux propriétés de son ancien vassal et de l'aider contre tous ses ennemis, excepté contre Bernard Aton, le neveu du comte de Béziers. Quant à Trancavel, les chroniques ne nous disent pas quels furent les termes de son serment ; toutefois il est probable que, à l'imitation de ses pères, il déclara tenir ses domaines du comte de Toulouse, et renonça solennellement , pour lui et les siens , à faire hommage au comte de Barcelonne. Le lendemain de cette cérémonie, Raymond s'obligea à rendre à Tran-
cavel les lî.OOO marcs d'argent qu'il avait exigés pour sa rançon, et, comme gage de sa parole, il lui livra le château de Lunas avec ses dépendances, le vieux château d'AIbi et les droits prélevés sur cette ville, et ses faubourgs; enfin, dans le but de prévenir le retour de nouvelles difficultés, il accorda aux vassaux du vicomte, établis dans le Toulousain et l'Albigeois , un sursis de quarante jours pour réparer les dommages dont ils deviendraient fauteurs, contrairement aux conditions convenues entre eux.
Il y a lieu de supposer qu'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne , malgré l'attachement qu'elle portait au comte de Barcelonne, son cousin, suivit l'exemple de Trancavel et reconnut pour son suzerain le comte de Toulouse. Sa résistance, en compromettant ses possessions, ne lui aurait offert ni compensation ni avantages.
Cependant Raymond ne semblait pas se fier beaucoup aux promesses qui venaient de lui être faites; car, après avoir instruit le roi de la conduite tenue par lui, dans l'intention de se conformer à ses désirs, il ajouta : « Dès
qu'un traité amiable nous a unis avec Trancavel , je
7.iî«"^ vous supplie de l'exhortera une fidélité inviolable (1). »
D'un autre côté, nous voyons , par le langage du vicomte deBéziers, que, s'il se décida à se soumettre, ce
(I) Voir VHisloirc (jcnéralc du Languedoc.
fut uiiiqiiemeiil par obéissance à la volonté souveraine î.a lellre suivante le laisse clairement entendre.
« À Louis, par la grâce de Dieu suprême roi des « Français, son ami et son seigneur très-cher, Ray- « mond Trancavel, vicomte de Béziers, salut et obéis- « sance dans un légitime service.
« L'attachement et l'affection que je crois que vous
« avez pour ma personne me donnent la confiance
« de vous demander des conseils et secours dans mes
« besoins, et de vous faire part de mes plus importantes
« affaires. Ayant considéré ce que les membres doivent
« à leur chef, j'ai fait incessamment la paix, pour
« l'amour de vous, avec le seigneur Raymond, comte
« de Toulouse, et je lui ai rendu ensuite tous les ser-
« vices possibles, de même qu'à sa dame Reine. Comme
« je suis enfin parvenu à cette union, je ne crains pas
« de vous prier d'ajouter foi à ce que vous dira de ma
« part Pierre Raymond, chevalier, que je vous envoie
« et qui est porteur de cette lettre. Jo vous prie de lui
« accorder des marques de votre amitié, pour l'amour
« de moi (1). »
A cette époque, Raymond informa Louis le Jeune
(1) Louis VIT, afin d'assurer la paix entre deux princes qui se refusaient à tout rapprochement., avait exigé de Trancavel des otages en garantie de ses promesses. Il est probable que le chevalier dont il est (piestion ici fut chargé de réclamer leur mise en liberté après la réconciliation. Du reste, de hsur côté, le comte de Toulouse et sa femme appuyèrent des premiers celle deniniide.
d'un arrangement dont la maison de Toulouse allait retirer un nouveau lustre ; mais, comme s'il eut craint que le monarque français ne conçût quelque méfiance de l'accroissement d'influence et de pouvoir d'un vassal déjt\ trop redoutable à ses yeux, il usa, dans sa communication, d'une certaine politique, et s'attacha, ainsi qu'on va le voir, à y montrer sa soumission.
« Je ferai part, en même temps, à votre Altesse, de « la promesse de mariage que je viens de conclure, « après avoir pris toutes les sûretés nécessaires, entre « mon fils, votre neveu, et la fille du comte Dauphin ; « en sorte que je suis déjà maître de cette princesse et « de la plus grande partie de son domaine. Comme « mon agrandissement rejaillit sur la gloire de votre « règne, je prie Votre Excellence d'approuver celte « union et de la protéger dans le besoin , soit par vos « paroles, soit par vos actes, et d'écrire, là- dessus, à la « comtesse, mère du Dauphin , et aux principaux du « pays. Quoique le comté du feu comte Dauphin apparii tienne à la juridiction de l'empereur, cela ne laisse « pas d'accroître votre autorité, et de lui ouvrir une « porte pour l'étendre. Dieu vous conserve pendant « longtemps, mon seigneur et mon roi, afin que vous « puissiez continuer de me protéger, comme vous l'avez « déjà commencé dans l'affaire du roi d'Angleterre. »
Albéric Taillefer, second fils du comte de Toulouse, fut, en effet, fiancé alors avec Béatrix, l'héritière de