II
cation des valeurs métalliques (1). Sous prétexte de veiller à la sûreté et à l'entretien des routes, les seigneurs rançonnaient les voyageurs et les marchands de la façon la plus arbitraire, et quant aux monnaies, elles produisaient de tels bénéfices, que les vicomtes de Béziers et de Narbonne, et même les évêques du Puy et d'Uzès, usurpèrent les droits régaliens; aussi les comtes de Toulouse firent-ils battre monnaie et dans la capitale de leurs États et dans la ville de Saint-Gilles.
A la fin du xn" siècle le code Justinien remplaça le code Théodosien, qui jusqu'alors en Languedoc avait été le seul en usage. Le fils aîné héritait ordinairement du patrimoine de son père, et l'on créait pour les autres des légitimes d'une valeur plus ou moins importante. Parfois, cependant, les comtes, les vicomtes et les seigneurs partageaient leurs biens entre leurs fils, et, lorsque ceux-ci étaient très-nombreux, ils se contentaient d'avantager le fds aîné. Les filles, à défaut d'héritiers directs, succédaient aux grands fiefs. La profession monastique ne devenait jamais un empêchement à la règle commune.
(1) On ;i une monnaie d'argent de 1171 sur laquelle se voit la croix vidée, iiomnielée et clichée, qui, depuis lors, a toujours figuré dans les ai'uies dos cnniKîs de Toulouse. Ducange attribue celte pièce à Raymond de Saint-Gilles, pourtant d'autres pensent [qu'elle appartient à l'époque de Raymond V.
Habiluellemont, dans les legs faits aux églises, les donalaires payaient une petite somme aux donateurs. On regardait cette formalité comme nécessaire pour rendre la disposition inattaquable. Fréquemment, dans les actes au profit des abbayes, on insérait, parmi les clauses principales, que les donateurs, leurs femmes et leurs enfants seraient, à leur volonté, admis dans la maison. Aussi voit-on, au xi" et au xn^ siècle, une foule de personnages des deux sexes venir, soit durant le cours de leur vie, soit seulement à l'approche de la mort, prendre l'habit du monastère doté par eux avec la réserve stipulée dans cette prévision.
Nous devons ajouter que les donations de toute nature étaient, pour la plupart, revêtues de l'approbation du père, de la mère et de chacun des enfants, filles ou garçons. Ces derniers, fussent-ils au berceau, étaient supposés avoir apposé également leur signature, de sorte que la famille entière se reconnaissait solidaire, comme si la fortune eût été mise en commun.
Ce temps de guerre, de disputes, de violences amena l'établissement du droit d'asiley droit contre lequel on s'est élevé si souvent de nos jours, et qui, pour l'époque de son institution, prouve, selon nous, autant d'humanité que de sagesse. Les évéques, convaincus de l'inutilité de leurs efforts pour faire respecter la trêve de Dieu, prescrite, comme on le sait, vers le milieu du xi^ siècle, voulurent protéger le faible contre le fort, le sujet contre
le maître , et contenir l'omnipotence du glaive, tes remontrances demeurant toujours sans effet, il ne leur restait d'autre moyen de soustraire un malheureux aux premiers transports de la colère que d'appeler la religion à leur aide.
C'était donc en vue de dérober l'innocent, et non pas le coupable, à une vengeance injuste, que l'on déclara tels ou tels lieux être saints et inviolables. Toutes les églises et tous les cloîtres exerçaient généralement cette protection. Quelquefois aussi on étendit le même privilège à un château ou à un village, et alors on désignait ces localités sous le nom de sauvetat ou salvetat{\); mais, prévoyant les abus qui résulteraient d'un nombre trop considérable de ces refuges, on eut soin de spécifier certains attentats, le meurtre et le viol, par exemple, pour lesquels un asile ne devait pas s'ouvrir.
Une coutume bien autrement digne de blâme est celle qui accordait aux grands coupables la faculté de racheter leurs méfaits avec de l'or. Tout seigneur, en consacrant sa fortune à des donations pieuses, était assuré de trouver grâce aux yeux de ses juges (2) ; et cette pénitence volontaire ne blessait en rien l'opinion publique, car les richesses réparties ainsi parmi les établissements religieux tournaient à l'avantage des classes
(1) Ce nom, sur différenls points, s'est conservé jusqu'à nous.
(2) Quolquefois, cependant, les condamnés le plus haut placés étaient obligés d'aller ensevelir leurs noms dans un cloître.
pauvres, secourues toujours par ces maisons avec beaucoup de générosité.
Par suite de cette composition avec le crime, les cchafauds se dressaient très-rarement, et cependant, en général , on ne faisait guère preuve d'indulgence, puisque les fautes, après avoir été frappées par la loi romaine, déjà fort rigoureuse , restaient , malgré cela , soumises à la coutume particulière de la localité, quelquefois moins impartiale et beaucoup plus sévère.
A Toulouse, dans les cas de peine capitale, les criminels, disent D. Vie et D. Vaissette, allaient au supplice liés avec des cordes, dépouillés de leurs vêtements et frappés de verges par la main du bourreau. Promenés dans tous les quartiers de la ville, le baile, ou bailli, qui marchait devant eux, s'arrêtait aux places et aux carrefours pour y lire la sentence, et une voix criait par inteivalles à la population, toujours avide de ces tristes spectacles : Aytal [ara, mjtal périra. Qui fera ainsi, finira ainsi.
Au xn* siècle, les noms propres n'étaient pas encore fixés dans les familles. Les fds ne s'appelaient presque jamais comme leur père, et si, par exception, l'aîné se conformait à cette règle, les autres prenaient le nom d'une ville, d'un château ou d'une propriété quelconque. Souvent aussi, ils se donnaient des sobriquets qui n'avaient d'autre origine que le hasard ou le caprice. On concevra quelle confusion a dû résulter d'un tel état de choses. Quoique la noblesse vécût tout à fait
en dehors du peuple et de la bourgeoisie, il est extrêniement difficile de suivre sa généalogie, et même de distinguer les seigneurs de leurs sujets et de leurs vassaux, car ces derniers ajoutaient aussi très-fréquemment à leur nom celui des lieux où ils avaient leur demeure. Ainsi des gentilshommes, possesseurs d'un fief à Toulouse, à Carcassonne, à Béziers, adoptaient pour nom patronymique celui de l'une de ces villes; et, de son côté , l'artisan signait au bas d'un acte : Raymond de Toulouse, Bertrand de Carcassonne, ou Robert de Béziers, sans y joindre le moindre éclaircissement sur sa condition ou sa profession. On voit donc quels embarras rencontre à chaque instant l'historien, lorsqu'il a à raconter des événements où figurent à la fois les différentes classes de la société. Il faut une étude bien attentive et des personnes et des faits pour ne pas s'égarer parmi tant d'appellations semblables, et il n'est pas d'écrivain qui n'ait été conduit à confondre des individus, non-seulement sans aucun rapport entre eux, mais môme ayant vécu dans un tout autre temps.
Le titre de cJievalier s'accordait à tous les membres de la noblesse, et la qualification de dainoiscl ou damoiseau, qui, plus tard, s'appliqua aux fils des chevaliers, ne se donnait alors qu'aux fils du souverain (1). Hécuyer était
(1) « Si assoiihla une fois Je roi son conseil pour savoucr qu'il avoil à férc auquil cunscil le damuisel Louis le (i vos parla, ulc. »
celui qui n'avait pas reçu la ceinture militaire, c'est-;\dire le gentilhomme encore novice dans la carrière dos armes.
A cette époque, le commerce, entièrement dévolu à la bourgeoisie, florissait, dans le comté de Toulouse, autant que le permettaient l'état des communications et les moyens de transport. C'était particulièrement avec les provinces transalpines et avec l'Orient qu'existaient les rapports les plus habituels et les plus actifs. Les Lombards, les Pisans, les Génois établis dans ces contrées y avaient créé des établissements qui contribuèrent beaucoup à entretenir et à multiplier les relations au dehors.
Les Juifs, au delà de la Loire, jouaient un rôle assez important dans les affaires du pays. Leur aptitude au négoce, aux entreprises industrielles, et surtout leurs connaissances en législation et en médecine, les introduisaient au sein d'une société qui cependant, tout en acceptant leurs services, conservait, à leur égard, une répulsion traditionnelle. Très-nombreux sur plusieurs points du territoire, ils vivaient au milieu des villes, mais toujours dans des quartiers séparés et sans se mêler jamais à la population, qui les avait en méfiance. De leur côté, les Israélites, devant cette hostilité perma nente, s'appliquaient sans cesse à rendre le mal pour le mal, et, si la force leur manquait, la circonspection et la ruse ne leur faisaient jamais défaut. Parvenus à s'ou-
Trir un accès dans les palais aussi bien que dans les chaumières, ils savaient tirer parti des circonstances politiques comme des moindres incidents particuliers aux familles, pour accroître leur fortune ou servir les intérêts de leurs coreligionnaires. Par cette conduite habile ils étaient devenus nécessaires à tous et particulièrement aux seigneurs. Ceux-ci, souvent très-loin de trouver dans leurs revenus des ressources suffisantes pour subvenir à leurs dépenses, avaient recours aux Juifs })our des emprunts dont ils s'acquittaient sans peine, en accordant à leurs créanciers quelque emploi ou quelque privilège. Parfois aussi les comtes, les vicomtes et barons, afin d'éviter l'impopularité d'une mesure fiscale , les chargeaient du recouvrement de certains impots, et alors ces percepteurs, assurés, en quelque sorte, de l'impunité, mettaient l'occasion à profit, pour retirer des habitants plus que n'exigeaient les prodigalités du maître. On conçoit, d'après cela, combien de haine soulevaient contre eux les observateurs du TaU mud, et combien il leur fallait d'adresse pour soutenir une lutte de tous les instants, et qu'ils n'avaient pas l'espoir de voir finir un jour.
Il y a, dans V Histoire générale du Languedoc, des détails curieux sur les Israélites au xn" siècle : on y lit des eX' traits d'un voyage écrit par un Juif appelé Benjamin, (jui, en 1180, quitta les bords de l'Ebre pour venir visiter Aarbonnc, Béziers, Montpellier, Lune! et Arles, entre-
prise on ce temps et difficile et longue. Dans toutes ces villes il signale l'existence de synagogues, à la tête desquelles étaient des hommes réputés pour leur savoir, « et qui, dit-il, s'occupaient constamment de l'étude de « la loi. C'est à Lunel, ajoute le chroniqueur, où le « grand Meschulam, d'heureuse mémoire, a enseigné « autrefois, et où il a laissé cinq fils, tous rabbins très- « sages et très-riches. »
Il est à croire que des Juifs professèrent les premiers à Montpellier la Physique, autrement dit la médecine. L'Académie de cette ville, dont on fait remonter la fondation au x^ siècle , jouissait déjà alors de beaucoup de célébrité; on y apprenait le droit romain; quant à la grammaire, à la philosophie et à la théologie, on ne les étudiait que dans les cloîtres des abbayes ou des cathédrales.
La littérature latine, négligée depuis si longtemps, voulut sortir de l'oubli dans lequel elle était tombée. Pierre, abbé de Cluny, adressa une réponse en vers latins à un religieux de son ordre qui cherchait à rappeler l'attention sur les anciens classiques. Mais que pouvaient des efforts isolés, quand la force des habitudes et l'ignorance l'avaient emporté sur la volonté de Charlemagne.
Sous Raymond V, la langue romane atteignit son plus haut degré de perfection, et la protection accordée par ce prince aux troubadours ne contribua pas peu h la répandre au dehors. On la cultiva bientôt avec ardeur en
Catalogne, en Aragon, à Valence, et dans diff'érentes parties de l'Italie. Plusieurs poètes d'au delà les Alpes» Calvo, Cigala, Ferrari, Lanfranchi, etc., écrivirent en langue romane , et préférèrent le parler gent de Tolosa à la langue italienne, qui n'était pas encore entièrement formée. A la fin du siècle suivant, le Dante rendit luimême un hommage solennel au nouvel idiome„ en imilant quelques productions des poètes provençaux et en s'appropriant une foule de leurs expressions. Les Contes de Boccace furent très-vraisemblablement empruntés, quant aux sujets, à la poésie provençale.
Le talent de la versification s'était tellement généralisé dans le comté de Toulouse, que, ainsi que le dit l'annotateur de VHistoire générale du Languedoc^ au lieu de punir une injure d'un coup de poignard, comme souvent il arrivait ailleurs, on se contentait de menacer son ennemi d'un sirvente ou d'une cançonade. « Te feray un vers, » disait-on à celui qui osait vous offenser, et cette vengeance paraissait suffisante ; tant la parole du poète avait de retentissement et tant l'on doutait peu de sa puissance.
Le sirvente était la plus sérieuse des compositions provençales; celle qui se prétait particulièrement aux récits, aux descriptions et à la satire. Les canros, ou chansons, ne sortaient guère des tableaux de convention , oii la nature et les amours étaient constamment représentées avec les mêmes couleurs et sous les mêmes.
formes. Peu à peu ces pièces de vers devinrent exagérées et prétentieuses. Il finit ensuite par s'y mêler des discussions sur les passions ou sur la chevalerie, qui se transformèrent en véritables thèses dialoguées, dont parfois la pensée valait moins encore que l'expression.
Le lai, sorte d'élégie, se distinguait par ses accents plaintifs; aussi , probablement , ce mot dérive-t-il de lassus (lamentation). Cependant, plus tard, on y parla d'espérance et même de plaisirs.
Dans le tenson se traitaient les questions de galanterie et se vidaient les disputes qu'un intérêt si grave faisait naître entre les troubadours et les jongleurs.
Parmi les poètes provençaux du xu" siècle dont les noms et les œuvres nous sont parvenus, nous nous contenterons de citer ceux dont la réputation nous semble avoir été la mieux acquise. En disant quelques mots de leur vie nous signalerons plus d'un fait propre à nous éclairer sur les habitudes et sur les mœurs de cette époque.
Giraud Leroux, né à Toulouse, d'un chevalier pauvre et inconnu, entra dans la maison du comte Alphonse, pour s'ouvrir la carrière des armes. Alors la noblesse sans fortune s'attachait presque toujours à la personne d'un grand seigneur. Par ce moyen, un jeune homme se procurait une existence heureuse et, sans aucuns frais, recevait une éducation conforme à son extraction et ;\ son rang. Sans doute, cette position le privait de sa li-
berté, toutefois F amour-propre n'avait point à en souffrir ; car la chevalerie ennoblissait les fonctions en apparence humiliantes, non-seulement quand elles étaient remplies à la cour des princes, mais môme près d'un simple seigneur. Servir son maître, se former à ses leçons, n'avait, dans ce temps, rien que d'honorable aux yeux de tous.
Giraud possédait une jolie voix, de l'esprit, de la finesse; ses avantages personnels l'enhardirent, et, malgré la dislance qui le séparait de la fille du comte Alphonse , appelée Faydide, on croit, bien qu'il ne l'ait désignée nulle part, qu'il osa élever ses vœux jusqu'à elle. L'amour le rendit poëte, et ses vers lui obtinrent la célébrité.
A l'exemple des autres troubadours, il exprime dans ses chants, sous le voile du mystère, son admiration pour la femme dont son cœur est épris. Dans .toutes ses productions on trouve du naturel, de la grâce et du sentiment.
« Mes chants, dit-il, ne peuvent fléchir la beauté que « j'aime. Que ne ferais-je pas pour lui plaire ! Ge bon- « heur est au-dessus de moi. Continuerai -je de lui « adresser mon hommage, ou faudra-til m'en déta- « cher?..... M'en détacher, hélas I je n'ai pas la force « de m'y résoudre. Je meurs si je la quitte; je meurs si « je ne l'oublie. Plus j'ai été malheureux, plus je dois « espérer ne plus l'être, car il y a fin à tout, et nulle « saison n'est éternelle.
« Elle a tant de beauté, qu'entre cinq cents femmes
« (oui homme la distinguerait d'abord. Mais elle est in- « sensible. C'est une vertu de moins, et une vertu de
« moins fait perdre le mérite de toutes les autres Si
« je la conjurais d'avoir pitié de moi ! J'ai déjà perdu
« mon seigneur (1 ) ; s'il faut que je perde encore ce que <( tout mon cœur désire, je ne pourrai survivre à mes
« maux Que me reprocherait-elle? mon crime est
« de la trop aimer, et un excès d'amour mérite-t-il d'être « accablé de ses rigueurs? Le bonheur est inconnu à qui « n'a point aimé. Il serait bien temps que celle que « j'adore accordât quelque récompense à ma flamme. « Si elle ne sent rien pour moi, je la supplie de feindre, « du moins, qu'elle est sensible à ma peine. Je jouirai de « ce doux mensonge, et il vaudra mieux qu'une vérité « cruelle (2). »
Bernard de Ventadour, d'une condition obscure, sut gagner par ses chansons la tendresse de sa belle châtelaine; cependant le vicomte de Yentadour, moins charmé de ses vers, congédia le poëte et fit enfermer sa femme. Bernard, au désespoir , alla demander un asile à la duchesse de Normandie, qui daigna, parait-il, le consoler de sa mauvaise fortune ; mais le mariage de celle princesse l'obligea à partir de nouveau; alors le (rou-
(1) Ce passage donne lieu de supposer qu'Alphonse Jourdain était mort quand celte chanson fui écrite.
(2) Voir VHisloire de la litiératiire des troubadours, par l'abhé Millut.
vère, trompé une seconde fois dans ses affections el dans ses espérances, s'établit à la cour du comte de Toulouse, et, à la mort de Raymond V, la douleur qu'il éprouva de celte perte le décida h se jeter dans un monastère, où il consacra h la prière les dernières années de sa vie (1).
Pierre Rogier, gentilhomme auvergnat, chanoine à Clermont, échangea l'habit religieux contre celui de jongleur. D'après les chroniques contemporaines, « il était bien fait, savant, el avait un bon sens naturel. » Après avoir visité différentes cours, il vint à celle d'Ermengarde, vicomtesse de Narbonne, « dame de grande valeur et de grand prix. » Cette princesse l'accueillit favorablement et le combla de biens. Suivant l'usage, Rogier ne tarda pas à s'éprendre de sa protectrice, et il la chanta dans ses vers. Nous ne savons si l'affection, la bienveillance qu'on lui témoigna égalèrent les expressions enthousiastes de son amour ; quoi qu'il en soit, des bruits nuisibles à la réputation d'Ermengarde s'étant répandus autour d'elle, le troubadour dut s'éloigner et il alla porler ses plaintes et ses regrets à la cour de Raymbaud, comte d'Orange. Rogier se rendit, plus tard, vn Espagne « près du bon roi Alphonse de Castille, puis
(1) Hugues de Saint-Cire, auteur d'un manuscrit conservé à la bibliothèque Impériîile, auquel nous devons ces détails, dit, en parlant de cet écrivain, « et moi, qui raconte ceci, ai su ces particularités du vicomte de Venladour, fils de la vicomtesse que IJernard aima. »
près du bon roi tV Aragon, puis près du bon comte Raymond de Toulouse, » et enfin se retira dans l'abbaye de Grandmont ou Grammont, où il mourut.
Pierre Vidal était Gis d'un marchand pelletier de Toulouse. La beauté de sa voix, et surtout ses extravagances, attirèrent bientôt sur lui l'attention. Nous passerons sous silence ses folies sans nombre ; nous nous contenterons de dire que, parti pour l'île de Chypre, et, ensuite pour la Palestine, avec le roi Richard, il revint en Languedoc, 011 il se fit remarquer encore par l'égarement de sa raison. Admirateur de la femme du seigneur de Penautier, que l'on appelait, dans le pays, la Louve de Penautier, il se revêtit d'une peau de loup et voulut être chassé par des paysans et des chiens , comme l'animal dont il avait pris le nom et la robe. Son talent poétique l'inspirait sans doute dans ses moments lucides, car, vers la fin de ses jours, il se mit au service du roi d'Aragon et continua à obtenir beaucoup de renommée.
Hugues Brunencs naquit à Rodez; entré d'abord dans l'état ecclésiastique, son goût pour les lettres l'entraîna, et « il devint très-habile à trouver. » 11 ne mérita d'autre reproche que de ne pas composer la musique de ses poëmes. Il a célébré les attraits d'une beauté d'Aurillac, Madomna Galiene, qui demeura insensible à ses éloges. Ayant été congédié par le comte, son seigneur, il ressentit vivement celte disgrâce, cl alla cacher ses chagrins dans un cloître.
Arnaud d'Aniels, gentilhomme de Ribérac, acquit assez de célébrité pour que Nostradamus ait retracé lonij;uement son histoire.
Pons de Capduelh, originaire du Velay, était riche, remarquable de sa personne, beau parleur, bon chevalier d'armes, et sachant également « bien trouver, bien violoner et bien chanter. » Il s'attacha à la femme de Noisil de Mercœur, fille de Bernard d'Anduze et écrivit plusieurs chansons en l'honneur de cette dame, l.eurs amours donnèrent lieu dans le pays à de belles cours et à diverses joutes. Cependant Pons, jaloux d'étendre sa réputation, quitta les lieux qui l'enchaînaient pour se rapprocher de Naudiats, épouse du seigneur de Marseille; mais là, ses soins n'ayant pas été agréés, il pria Marie de Ventadour, la comtesse de Montferrand et la vicomtesse d'Aubusson, de s'intéresser en sa faveur pour obtenir le pardon de son infidélité, et le troubadour, rappelé par celle qu'il aimait, rejoignit la dame de Mercœur pour ne plus s'en séparer. Quand la mort vint le irapper dans l'objet de ses affections, Pons de Capduelh se croisa et termina sa carrière en Syrie.
On trouve dans les manuscrits de la bibliothèque impériale plusieurs poésies de ce troubadour. 11 en est une, entre autres, en tête de laquelle il est représenté à cheval, armé d'une lance et d'un bouclier de forme triangulaire.
Deusde ou Deusdedit de Prades, ainsi nommé d'un
village (les environs de Rodez, où il avait pris naissance. Chanoine de Maguelone, il se distingua dans l'art d'écrire; néanmoins ses vers, n'étant pas l'expression d'un sentiment tendre, eurent un médiocre succès et ne se chantèrent pas.
Raymond Jourdain, vicomte de Saint-Antonin, fut un des troubadours les plus célèbres. Nous devons à un auteur moderne la publication de la biographie de ce poëte (1), à laquelle nous emprunterons le fragment suivant comme un spécimen de la langue romane au xu°' siècle. Nous le faisons suivre de la traduction littérale.
« Lo Vescoms de Sant Antoni si fo del evescat de « Cahortz, senhor de Sant-Antonin e vescoms, et amava « una gentil domna, moiller del senor de Pena d'Albi- « ges, d'un castel rie e fort. La domna gentilz e bêla, e « valens, e mot prezada, e mot honrada, et el mot va- « lens e enseignatz, e tarez e cortes, e bos hom d'ar- « mas, e bel e avinens e ben trobaire. Et avia nom « Ramon- Jordan; la domna era apcllada la vcscom- « tessa de Pena. L'amors dels dos si fo ses tota mesura, « tant se volgren de ben l'us a l'autra.
« E avec si qe'l vescoms si anet una vetz en garni- « men ; e si fo una batailla grans , el vescoms si fo na-
(i) M. de Rochegude.