‹ Histoire des comtes de ToulouseChapitre 25 sur 34 · TRADUCT[ON LITTÉRALE · texte numérisé non relu

TRADUCT[ON LITTÉRALE

Le vicomte de Saint-Antonin fut de Tévêché de Cahors, seigneur de Saint-Antonin et vicomte. Et il aimait une gentille dame, femme du seigneur de Penne en Albigeois, d'un château riche et fort. La dame gentille et belle, Irès-eslimée, prisée et honorée, et lui vaillant, instruit, bon troubadour; et il avait nom Raymond Jourdain, et la dame était nommée la vicomtesse de Penne. L'amour de tous les deux fut sans mesure, tant ils se voulaient de bien l'un à l'autre.

Et il arriva que le vicomte s'en fut une fois couvert de

son armure el assista à une grande bataille, où il fut grièvement blessé, et il fut dit par ses ennemis qu'il était mort, et la grande douleur qu'en ressentit la vicomtesse l'engagea à s'en aller et à entrer dans l'ordre des hérétiques (1). Et ainsi que Dieu le voulut, le vicomte guérit de sa blessure et se rétablit, et personne ne voulut lui dire ce qu'elle avait fait. Cependant, lorsqu'il fut bien remis, il vint à Saint-Antonin, et alors on lui raconta ce qui était arrivé à la dame, à cause de la douleur qu'elle avait éprouvée quand elle avait entendu dire qu'il était mort. Gela lui fit perdre toute joie, ris et allégresse ; et il ne recouvra que plaintes, pleurs et émois ; il ne chevaucha plus et ne fréquenta plus les bonnes gens. Il demeura ainsi plus d'une année, chose qui attrista beaucoup toutes les personnes honorables de ces contrées. Alors madame Élise de Montfort, femme de Guillaume de Gourdon, fille du vicomte de Turenne, en qui étaient jeunesse, courtoisie et beauté, lui manda, avec de très-avenantes prières, que pour l'amour d'elle il devait se réjouir, lui disant : « Je vous fais don de mon cœur et de mon amour, en dédommagement de la douleur que vous avez ressentie, et je vous prie, et je vous demande merci que vous veniez me voir. » Quand le vicomte eut entendu les honorables plaisirs que la

(1) C'esl-à-dire dans le sacerdoce des Albigeois.

dame lui envoyait, il sentit dans son cœur une grande douceur d'amour, et il commença à se réjouir, à s'égayer et à rechercher la compagnie des bonnes gens. Il se vêtit honorablement ainsi que ses compagnons, et vint trouver madame Élise de Montfort ; elle le reçut avec grand plaisir et grand honneur, et il fut réjoui de l'honneur et du plaisir qu'elle lui flt et de ce qu'elle lui dit. Elle aussi fut très-contente de sa bonté et des qualités qu'elle remarquait en lui, et elle ne se repentit pas des plaisirs et des tendresses qu'elle lui avait mandés, et il sut lui être agréable, et il la pria qu'elle lui montrât tant d'amour qu'il put croire que de bon cœur elle lui avait mandé les doux plaisirs, ajoutant qu'il les portait toujours écrits en son cœur : et la dame le fit, car elle le prit pour son chevalier, et reçut son hommage , et elle se donna à lui, l'embrassant et le baisant, et lui donnant l'anneau de son doigt pour caution et pour sûreté.

Il nous est parvenu une des chansons que le vicomte de Saint-Antonin fit pour la vicomtesse de Penne, avant d'avoir compromis par un nouvel amour la réputation de fidélité des amants du xn® siècle (!). Nous reproduisons cette pièce, où il y a autant de naturel que de grâce :

(1) Voir le manuscrit u" 7,614 de la bibliolhèciue impériale.

Lo c'iar temps vei brunezir E'Is aiizeletz esperdutz, Que'l fregz ten destregtz e muU E ses conort de jauzir.

Donc eu que de cor sospir Per la gensor re qu'auc fos,

Tao joios

Son, qu'ades mes vis Que folh'e flor s'cspandis.....

Ses amies son et serai Âitau quau la vida m dur; E no crezatz que m pcjur, Enaus nii meillurarai :

Quel pais on el' estai Azor, soplei et acli

Ab cor fi ;

E l'ai vir sovcu Mos olhs, tan l'am (inamen

Ailas! tan destressa m' fai De lei vezer tor e emur!

Mais d'aisso m'en assegur Per un messatgier qu'ieu nai, IMon cor que soveu lai vai ; E conorta m'enaissi

Quendreg mi

Non an ni eiitcxi Pri'c d'amie ni de paren

Je vois les beaux jours se rembrunir , Les petits oiseaux éperdus 3e taisent, transis de froid ; pieu ne les excite plus à chanter.

Mais moi, dout le cœur soupire Pour la plus gentille des femmes,

J'ai tant de joie,

Qu'à présent il me semble Voir s'épanouir les feuilles et les fleurs.

Je SÙI& et serai son ami

Tant que durera mon existence.

Ne croyez pas que mou amour faiblisse!

Bien plutôt il grandira.

Le pays où elle respire

Je l'adore, je m'incline vers... (je le regarde en suppliant).

Mon cœur fidèle

Tourne souvent de ce côté Mes yeux; tant je l'aime de fine amour (du plus pur amour)

Hélas 1 cruel destin

Qui me la cache derrière. ces tourelles!

Pourtant rassure-toi, mou cœur,

Mon messager te consolera.

Oui, élance-toi vers elle

Et m'en parle si souvent,

Que, pour moi.

Nul conseil ne m'éloigne d'elle, Fùt-il d'un ami ou d'un parent.

Bernard Arnaud de Monteux se fit remarquer par son esprit satirique. Voici ce qu'il écrivit au sujet de l'expédition de Henri II contre Toulouse, eu 1159.

« Quand la nature renaît et que les rosiers sont en « fleur» les méchants barons s'empressent d'aller à la « chasse. Il me prend envie de faire contre eux un « sirvente et de censurer aigrement les ennemis de « toute vertu et de tout honneur. Mais, amour! répands « la gaieté dans mon âme, autant que les beaux jours « de mai ! Je conserverai ma joie, malgré tant de sujets « de tristesse.

« Nous verrons du côté de Balaguier la nombreuse « cavalerie du preux roi qui se vante de l'emporter en « gloire et en mérite. Il viendra sans faute dans le « Carcassonnais, mais les Français n'en ont pas peur. « V' ous m'épouvantez bien plus, madame, car les désirs « qu'excitent les charmes de votre jolie personne sont « mêlés de toutes les craintes que vos rigueurs doivent « inspirer.

« Je fais plus cas d'un coursier sellé et armé, d'un « écu, d'une lance et d'une guerre prochaine, que des « airs hautains d'un prince qui consent à la paix en « sacrifiant partie de ses droits et de ses terres. Pour « vous, beauté que j'adore, vous que j'obtiendrai ou « j'en mourrai, je m'estime plus heureux, tant votre « mérite m'enchante, d'attaquer vos refus que d'être « écoulé par une autre.

« J'aime les archers quand ils lancent des pierres « et renversent des murailles ; j'aime l'armée qui s'as- « semble et se forme dans la plaine. Je voudrais que le « roi d'Angleterre se plût autant à combattre que je me « plais, madame, à me retracer l'image de votre beauté « et de votre jeunesse.

« Quelque méprisé qu'il soit, il acquerrait beaucoup « de gloire, si, en même temps, il criait Guicnne (1)1 « et se montrait le premier, frappant l'illustre et vail- « lant comte. Car son sceau est si décrié que je n'ose « le dire. Mais je dirai bien, madame, que je suis pé- « nétré d'amour et de crainte. Que ferai-je si ma bonne « foi ne peut vous toucher? »

Nous ne parlerons pas de Barjac , de Guiraud , de Pierre Raymond , de Pérols , d'Albertais ou Albert Cailla , de Pierre d'Auvergne , de Guérin le Brun , de Tomiers, de Pierre Guillems, de Botignac, de Raymond de Durfort, tous trouvères en renom; ni même du Daupliin d'Auvergne, qui, quoique mort en J23G, appartient plutôt au xn*' siècle qu'au xni" ; mais nous rapporterons quelques lignes de Balaun ou Balazun, en réputation sous Raymond V, et cité par D. Vaisselle, parce qu'elles nous font voir, malgré l'exemple donné

(1) Guienne iHait le cri de guerre des rois d'Angleterre (]uand ils combattaient pour soutenir les droits de ce duché. {Uisldirc de la liiiéniturc des Iroubadours, parSainto-Palayc; voir l'abbé Millol.)

par le vicomte de Sainl-Anlonin, combien alors on mettait de l'importance à ne pas trahir sa foi. Ce troubadour, dans une de ses compositions où il se plaint de celle qu'il aime et lui exprime le désir de se séparer d'elle, termine par ces mots : « Si nos serments mutuels s'opposent à un divorce nécessaire, adressons-nous à un prêtre ; je recevrai votre absolution, vous recevrez la mienne, et nous pourrons, de la sorte, former loyalement de nouvelles amours. »

Ainsi tel était le point d'honneur attaché à la fidélité, que l'on allait jusqu'à croire l'intervention d'un prêtre nécessaire pour rompre des liens qui n'avaient point été consacrés devant les autels.

Nous ne terminerons pas ce qui concerne les poètes provençaux au xn^ siècle sans entrer dans quelques détails sur celui que nous verrons bientôt jouer un rôle odieux dans une guerre odieuse , et acquérir , à juste litre, la plus honteuse célébrité.

Folquet ou Foulques , fils d'un marchand génois établi depuis longtemps à Marseille , avait hérité d'une fortune considérable à l'âge où les passions sont dans toute leur effervescence. La carrière du commerce s'accommodait mal avec son imagination ardente et son goiit pour les plaisirs; et comme, à cette époque, les, richesses n'élevaient pas facilement un homme sans naissance, Foul(|ues, pour sortir de son obscurité , prit le seul parti qui convint à son ambition ; il se fit Irouba-

dour et se mit au service du vicomte de Barrai, seigneur de Marseille (1).

Étant ainsi parvenu à avoir un libre accès dans une cour brillante, le nouveau disciple des Muses se livra, sans réserve, à son pencbant pour la galanterie, et, malgré les habitudes retenues de la vicomtesse , elle devint l'objet de son attention et de ses soins. Azalaïs de Roquemartine, c'était ainsi qu'elle se nommait, lui inspira une douzaine de chansons, où, sous le voile du mystère, car c'eût été uîie félonie de laisser entrevoir sa tendresse pour la femme de son maître, il célébra ses vertus et ses charmes : « Ah ! que n'a-t-elle moins de « beauté ! s'écrie-t-il dans une de ses strophes ; puis-je « vaincre mon amour lorsque je l'entends parler avec « tant de grâce, que je la vois sourire avec tant de char-

« mes? Je n'ose me déclarer, mais elle peut lire

« dans mes regards. Hélas! d'elle à moi quelle dis- « tance! Je me soumets à sa miséricorde, car Dieu, qui « a réuni tant de vertus dans son âme, ne peut avoir « oublié celle-là. »

Soit par légèreté de caractère, soit par calcul, Foul- (jues essaya de plaire en même temps à deux bellessœurs d' Azalaïs, Laure de Saint-Joslan et Mabilie de Pontevès. Cette conduite extravagante ne pouvait être

(t) Voir la biograithie de Foulques, dans le manuscrit on lanpue romane conservé à la bibliothèque impériale sous les n'^ 2,701 et 7,225.

favorable à ses intérêts, surtout ayant eu l'outrecuidance d'adresser ces mots à l'une d'elles : « Hàtez-vous de me « rendre heureux tandis qu'on va me supposer épris « d'une autre; la circonstance est favorable; tout le « monde y sera trompé, etc. » Accusé d'avoir osé porter trop haut ses espérances , l'amant présomptueux fut banni et forcé de quitter Marseille.

Découragé par ce début. Foulques se maria et jura de ne plus composer de vers. Serment de poète ! combien la vanité n'en a-t-elle pas fait oublier de semblables I

Des considérations particulières le décidèrent à aller chercher un asile près de Guillaume VIII, seigneur de Montpellier, qui avait épousé Eudoxie, fille d'Emmanuel, empereur de Constantinople. Bonne, indulgente, cette princesse le plaignit de sa mésaventure, le retint près d'elle, et l'engagea à rimer encore. Le troubadour se soumit sans peine à cette invitation : « L'ordre de « chanter, que j'ai reçu de l'impératrice (1), dit-il dans « une de ses pièces, est trop glorieux pour y apporter « de la résistance. »

Dans une autre chanson il se lamente des médisances auxquelles il attribue la porte des bonnes grâces de sa

(1) Eudoxie luouait, suivant l'usaf^e, le lilrc que lui domiail sa naissance, I^(\s liouviTCS l'appelaicul le guide el k clicf de loulc valexir, de (ouïe rourloisic cl de lout enscigncmenl.

dame ; « Le mcDSonge se dévoile lot ou lard La

« beauté que j'aime reconnaîtra un jour mon inno- « cence ; elle saura que mon cœur et ma raison se dis- « putèrent toujours à qui l'aimerait le mieux. Rien ne « peut rompre les chaînes dont elle me tient attaché. « L'espoir de la trouver un jour sensible, la douleur « de ne recevoir jamais de pardon m'agiteront tour à « tour jusqu'au tombeau. »

Foulques écrivit aussi pour déterminer les chrétiens à aller secourir le roi Alphonse de Castille , sur lequel les Sarrasins venaient de remporter une victoire éclatante. Mais ni ses vers erotiques ni ses inspirations guerrières ne dénotent un talent remarquable. Nous mettrons le lecteur en état d'en juger.

« Il n'y a plus aucun prétexte de délai. Il faut aller « servir Dieu et venger les pertes des chrétiens. Lo roi « d'Aragon, qui arrête tout le monde, ne doit pas s'y re- « fuser. Tous les autres princes doivent acheter à ce prix « la couronne de gloire. Roi de Castille 1 n'écoulez point « les faux bruits que vos ennemis répandent. Ne vous « découragez point de vos perles; Dieu a voulu vous ap- « prendre à ne mettre votre confiance qu'en lui. »

Ces paroles, dignes plutôt d'un prédicateur que d'un poêle, semblaient présager la transformation de Foulques. En effet, consterné de la mort de tous les princes qui lui témoignaient de la bienveillance , Richard d'Angleterre, le comte de Toulouse , le roi d'Aragon , il se sentit saisi

tl'iine mélancolie profonde, et, renonçant à tout ce qui avait charmé sa jeunesse, il alla cacher dans un cloître sa mauvaise fortune et ses regrets. Sur ses instances, sa femme et ses deux fils suivirent son exemple et, comme lui, prirent l'habit religieux.

De simple moine, Foulques devint abbé en moins de deux ans, puis évêque, et nous verrons bientôt , par sa conduite envers Raymond VI, comment il se montra reconnaissant de la protection que lui avait accordée Raymond V.

A cette époque où Ion s'illustrait par un sirvente, les femmes elles-mêmes s'adonnèrent avec ardeur à la culture des lettres, et le nombre de celles qui se signalèrent par leurs succès fut si considérable, qu'un auteur du temps, Guillaume Ademars, a fait un catalogue des femmes auteurs qui contient une foule de noms restés inconnus pour nous (1). Nous nous contenterons de citer Adélaïde de Porcarages et Dias de Muret (2). Cette dernière nous a laissé quelques vers, où il y a du naturel et du sentiment; mais on comprendra que dans une traduction ces qualités s'effacent, ou perdent au moins de leur mérite.

(1) Ce manuscrit, dont parlo Nostradaraus, date de 1190, et est ôcrit en langue provençale.

(2] Voir les notes annexées à VHisloire générale du Languedoc.

La iiueg vcii, pois lo journ renais^ E no s' pot hioillora mon dol , Car PS (le mon cor lo trandol Tal que no pot tornar gais.

E tan mot es el sien duelh Que lo valen e rie capdnelh Li parcis amara prise Ou na que clam e laoguiso.

En prat verdcnc herbas e flors

An nescat, e li auzels gentils,

En grand alegrier subtils,

Miels qu'om dcl mon son cantadors^

Eug cad' an al senhoreatge

Volentiers fan lor vasselatge

Mas solas non es plus tornat

En cor maiamcnt enganat;

La nuit vient, puis le jour renaît,

Mais mon mal ne peut s'apaiser.

Car le chagrin de mon cœur

Est tel qu'il ne peut redevenir gai ;

Et mon deuil est si grand,

Que le superbe et riche château

Me paraît une dure prison

Oîi il n'est que plaintes et ennuis.

Dans le pré verdoyant herbes et fleurs Sont nées, et les gentils oiseaux

— oii —

En grande joio chantent Mieux qu'aucun homme du monde; Tous, chaque année, à la seigneurie S'empressent de rendre hommage ; Mais le contentement ne peut revenir Dans un cœur méchamment abusé.

Si les troubadours inspirèrent dans les palais et les châteaux des pensées nobles et chevaleresques , les jongleours ou jongleurs , qui souvent reproduisaient leurs improvisations, répandaient dans le pays le goût de la poésie ei de la musique ; sous le chêne séculaire du village, comme à l'abri de l'ormeau planté près du puits de toutes les places publiques, le peuple se rassemblait, après les occupations du jour, pour entendre et redire les compositions chantées qui excitaient au plus haut point sa curiosité et son intérêt. Là jeunes fdles vi jeunes garçons prêtaient une attention palpitante aux amours de Guilhem de Cabestang avec la belle Sermande. lis frémissaient d'horreur quand Raymond de Castellloussillon apprenait à sa femme qu'elle venait de manger le cœur de son amant, et tous les yeux se remplissaient de larmes lorsque la malheureuse châtelaine à laquelle son mari demandait : « ce qu'elle pensait de son affreux repas, » répondait : « qu'elle l'avait trouvé si bon, qu'elle n'en ferait jamais d'autres, » et à ces mois, s'élançait dans les profondeurs d'un abîme.

Après ces tableaux saisissants, le jonglinir dissipait les tristes impressions de ses récils par de joyeux refrains ou des vers qui, dans leur malicieuse naïveté, n'épargnaient ni les seigneurs ni les princes. Ces poëmes et ces chansons parfois étaient interrompus tout à coup par la voix d'un pèlerin dont les cantiques solennels rappelaient de sublimes mystères. Le pieux voyageur était écouté avec respect; le plus profond silence succédait aux exclamations bruyantes, et l'on recueillait avec autant d'avidité que de confiance les détails d'une visite aux saints lieux et à la terre des miracles. Puis, après avoir répété en chœur les dernières paroles d'une invocation ou d'une prière, on s'informait des besoins du serviteur de Dieu, et quand, d'un mouvement spontané , pauvres et riches s'étaient empressés de les satisfaire, la gaieté, partage heureux des imaginations méridionales, reparaissait aussitôt sur toutes les figures ; le hautbois et le tambourin préludaient aux danses , et chacun des assistants , éloignant les soucis ou les chagrins, ne songeait plus qu'à l'invitation au plaisir.

Dans les veillées d'hiver, pendant les travaux autour du foyer, on avait recours aussi, pour abréger la longueur des heures, aux aventures rapportées de la ville voisine, ou aux vieilles légendes transmises d'âge en âge. On racontait comment le baron d'Anduze, chargé par Guilhem deBalazun de le réconcilier avec la dame de J:iv iac, par-

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