‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 1091 sur 1172 · I. — Les patriarches · texte numérisé non relu

I. — Les patriarches

Au début de la seconde moitié du xixe siècle, les patriarches arménien, chaldéen, syrien ont à cœur de créer quelques nouveaux évêchés, afin de donner à leurs territoires l'armature ecclésiastique qui, dans ses grandes lignes, demeurera jusqu'aux massacres et aux dévastations de la guerre de 1914-1918. Chez les Chaldéens, cependant, dès le concile de 1853, le patriarche est privé du droit d'augmenter ou de diminuer le nombre des diocèses sans la permission du Saint-Siège. Chez les Arméniens intervient la fusion du patriarcat de Cilicie avec la province ecclésiastique de Constantinople : après l'apport des diocèses sufïragants de celle-ci, le nombre total des évêchés se trouve porté à quinze; deux diocèses y seront encore ajoutés par la suite. Le concile de 1911 exigera pour toute nouvelle modification l'autorisation romaine. Dès le rétablissement de la hiérarchie copte, la papauté s'est réservé tout ce qui concerne l'érection ou la suppression des évêchés.

L'intervention du Saint-Siège dans les élections patriarcales n'a pas cessé de croître au cours du xixe siècle. Très fréquemment, il a désigné l'administrateur apostolique du siège patriarcal vacant et celui qui devait convoquer et présider le synode électoral. Il a nommé directement, à titre exceptionnel, un patriarche chaldéen en 1830; il s'est réservé la nomination du patriarche copte; les évêques du rite auront le droit de présenter trois candidats, lorsqu'il y aura au moins trois évêques résidentiels en vie. Dans les autres patriarcats, ce sont normalement les évêques, résidentiels ou titulaires, qui élisent le patriarche. Le Saint-Siège ne se montre pas favorable aux votes par procureur ou par écrit; le concile syrien de 1888 et le concile arménien de 1911 les excluent. Le concile de 1888 est le premier qui exige d'obtenir la majorité des deux tiers des voix pour être élu patriarche de l'Église syrienne; les conciles arméniens de 1890 et de 1911 demandent cette majorité au moins pour les premiers scrutin!,

tandis que les Chaldéens et les Melkites se contentent, en fait, de la majorité absolue. C'est toujours un évêque qui a été élu patriarche depuis 1818; le Saint-Siège a parfois privé des prélats de la voix passive, c'est-à-dire du droit d'être élus.

Dans les Églises orientales, clercs et fidèles sont généralement consultés, d'une façon plus ou moins efficace, lors de la nomination de l'évêque diocésain, à son tour électeur du patriarche; seuls ceux qui habitent les territoires relevant directement du patriarche demeurent étrangers à toute élection épiscopale. C'est à titre de compensation que les conciles arménien de 1851, chaldéen et syrien de 1853, ainsi que le schéma melkite de 1901, attribuent à quelques membres du clergé patriarcal le droit de participer à l'élection d'un nouveau patriarche; le concile chaldéen accorde, en outre, le même vote au supérieur de la congrégation religieuse de Saint-Hormisdas. Mais le concile syrien de 1866 supprima l'intervention du clergé inférieur. Pie IX réserva l'élection patriarcale aux seuls évêques : chez les Arméniens, en 1867, et chez les Chaldéens, en 1869; de son côté, le concile melkite d'Aïn-Traz, en 1909, ne retint pas la proposition de 1901. Cependant, en 1880, le Saint-Siège toléra de nouveau que le clergé et les laïques arméniens présentassent des candidats au choix des évêques — disposition devenue caduque par le transfert du patriarcat arménien à Beyrouth, en 1928.

Les bulles de 1867 et 1869 interdisent aux patriarches nouvellement élus de poser un acte de juridiction, quel qu'il soit, avant d'être confirmés par Rome; en outre, certains actes leur demeurent interdits tant qu'ils n'ont pas reçu le pallium. La première de ces dispositions fut supprimée pour les patriarches chaldéens en 1890; la seconde, au contraire, fut insérée par ordre de la Congr. de la Propagande dans le texte officiel du synode syrien de 1888 et appliquée par la Congrégation Orientale au patriarche maronite, le 25 janvier 1933.

Le patriarche copte porte le titre d'Alexandrie, ce qui lui donne la préséance sur tous ses collègues. Les patriarches melkites ont continué d'ajouter à leur titre d'Antioche ceux d'Alexandrie et de Jérusalem, mais, récemment, Maxime IV Sayegh a transposé la mention « et de tout l'Orient » immédiatement après « d'Antioche », ce qui rétablit l'origine historique de l'expression. Le patriarche syrien partage le titre d'Antioche avec ses collègues melkite et maronite; la préséance entre eux s'établit selon la date de leur confirmation dans la dignité patriarcale par le Saint-Siège. Les Églises arménienne et chaldéenne donnaient primitivement à leur chef religieux le nom de catholicos : aussi ne forment-elles que des patriarcats mineurs dont les titulaires prennent rang après les autres, selon la date de leur confirmation par Rome.

Au cours de l'histoire, trois patriarches orientaux seulement ont été élevés au cardinalat : les Arméniens Antoine Pierre Hassun, en 1880, année de sa démission du patriarcat, et Grégoire Pierre Agagianian, en 1946, au cours de la neuvième année de ses fonctions; le Syrien Ignace Gabriel Tappuni, en 1935, au début du deuxième lustre de son patriarcat. Lors de la promotion du cardinal Agagianian, l'habit cardinalice a été adapté au rite arménien.

Les conciles orientaux insistent pour que le patriarche ait près de lui un ou plusieurs évêques titulaires et étudie avec leur aide les affaires administratives ou judiciaires importantes; il peut même consulter les évêques résidentiels. Le pacte électoral melkite de 1856 demande que le patriarche ait toujours à son côté un évêque et fasse venir de temps à autre les prélats les plus voisins ; celui de 1902 veut que deux évêques diocésains, changeant à tour de rôle, forment avec le patriarche une sorte de synode permanent; selon le concile melkite de 1909, le vicaire patriarcal du lieu siégera toujours, à défaut de dignitaires plus élevés, parmi les membres du tribunal patriarcal proprement dit. La conférence épiscopale arménienne de 1867 souhaite que le patriarche ait un conseil formé de ses évêques auxiliaires et de quelques prêtres, vœu émis également par le concile arménien de 1890; celui de 1911 institue un conseil synodal, composé du patriarche et de deux évêques résidentiels, choisis tous les trois ans par leurs collègues, pour traiter toutes les affaires importantes communes à tout le patriarcat \

Le patriarche arménien résida de 1743 à 1750 à Kraïm, à 25 kilomètres de Beyrouth; en 1750, il transporta sa résidence un peu plus à l'Est, à Bzommar; le siège fut établi à Constantinople en 1867 et à Beyrouth en 1928 : dans ces deux circonstances, la ville et ses environs formèrent le diocèse personnel du patriarche. En 1852, la Congr. de la Propagande fixa la résidence du patriarche syrien à Mardin; en fait, les patriarches ne s'y trouvèrent pas toujours : Ignace Georges Chelhot (1874-1891) conserva son diocèse d'Alep et y résida : Éphrem II Rahmani se fixa à Beyrouth à la fin du xixe siècle et gouverna personnellement ce diocèse, mesures qui ont été sanctionnées par les circonstances suivant la première guerre mondiale. Le patriarche chaldéen réside généralement à Mossoul; il a également Bagdad comme territoire patriarcal. Le patriarche melkite se trouve

1. La Constitution de Pie XII du 6 janv. 1950 (can. 17-20 et 8G-90), 6UbKtsan» nue nouvelle procédure judiciaire ecclésiastique orientale, institue, auprès de chaque patriarche, un »ynode ou conseil permanent, composé de plusieurs

évêques et jouissant, à la t'ois <le la compétence administ rat ive et j udi< ian 8 . elle enlève, d'antre part, toute compétence judiciaire au concile plénier de* e\è.pies.

habituellement l'été en Syrie ou au Liban, l'hiver en Egypte. Le patriarche maronite passe l'hiver à Békorki, l'été à Diman. Le patriarche copte réside au Caire.

Les conciles arménien de 1851, syrien de 1888, copte de 1898, melkite de 1909 attribuent au patriarche une part sur la dîme dans tout le patriarcat; les patriarches arménien et melkite renoncèrent cependant à ce paiement de la part des diocèses ; le patriarche melkite tire surtout ses revenus de la dîme levée dans les territoires dépendant directement de lui; les frais généraux de l'administration religieuse et civile de la nation arménienne devaient théoriquement être couverts, jusqu'en 1914, par une taxe annuelle payée par les fidèles en proportion de leurs ressources T.

Chez les Arméniens, le chef civil reconnu par l'empire ottoman fut à plusieurs reprises distinct de leur chef religieux, ce qui donna lieu à de nombreuses difficultés; un règlement organique élaboré vers 1890 attribue au patriarche tout le pouvoir exécutif de la nation arménienne, mais lui adjoint, pour les affaires temporelles, une assemblée générale et un conseil administratif central composés de clercs et de laïques; un projet de nouveau règlement, en 1909, créa encore des troubles et, en 1912, le sultan prononça une fois de plus la déchéance du patriarche arménien. La première guerre mondiale a mis fin à ces situations. Les États arabes actuels continuent à reconnaître, dans une certaine mesure, l'autorité des patriarches sur leurs fidèles, même en matière civile.

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