II. — L'épiscopat
La question des élections épiscopales a toujours été délicate dans les Églises orientales. Selon le concile arménien de 1851, le clergé et les laïques présentent au choix du patriarche et des évêques plusieurs candidats, lors de la vacance d'un siège épiscopal; dans la province ecclésiastique de Constantinople, au contraire, une instruction de la Congr. de la Propagande de 1853 leur permet seulement d'indiquer de six à douze noms, parmi lesquels les évêques en choisissent trois, tandis que le Saint-Siège fait la nomination. Le synode chaldéen de 1853, les conciles syriens de 1853, de 1866 et de 1888 prescrivent que le peuple présente trois candidats au choix du patriarche et de l'épiscopat. Les bulles de 1867 et 1869 supprimèrent
1. La Constitution de Pie XII du 9 févr. 1952 (can. 241) permet aux patriarches d'exiger des chefs de circonscription ecclésiastique dans leur patriarcat un canonicum ou cathedraticum, et de demander aux personnes morales et aux fidèles, selon les normes précisées par le synode permanent, les dîmes, dons et offrandes d'usage.
SYNTHESE COMPARATIVE. l'ÉPISCOPAT 1011
chez les Arméniens et les Chaldéens toute intervention du clergé inférieur et des laïques : les évêques présentent trois candidats" et le Saint-Siège prononce la nomination; en 1887 et 1889, des décrets de la Propagande permirent aux évêques de n'indiquer qu'un seul candidat, auquel le Saint-Siège accorderait l'investiture; clercs et laïques arméniens purent à nouveau désigner cinq à six noms au choix de la hiérarchie. A partir de 1921, la Congrégation Orientale a pris l'habitude de faire publier la nomination des évêques orientaux des patriarcats dans les Acta apostolicœ Sedis, avec l'indication, selon les cas, que le Souverain pontife les a confirmés dans leur dignité ou a simplement ratifié leur nomination. Chez les Coptes, le Saint-Siège nomme directement les évêques; étant donné qu'il y a désormais trois évêques résidentiels, ceux-ci peuvent — d'après le concile de 1898 — présenter trois candidats aux sièges vacants. Dans des circonstances exceptionnelles, le Saint-Siège a parfois nommé d'autres évêques, en dehors de toute intervention des patriarches ou de l'épiscopat : tel a été notamment le cas pour le diocèse melkite de Beyrouth en 1933.
Très importante fut la création de la province ecclésiastique roumaine en 1853, dont l'évêque de Fagaras devint le métropolite effectif, en incluant dans son titre l'ancien nom d'Alba-Julia; il n'a cependant pas le droit, qu'a son collègue ruthène de Lwow, de donner à ses suffragants l'investiture canonique au nom du Saint- Siège. L'empereur d'Autriche- Hongrie revendiqua la libre désignation des évêques pour les nouveaux diocèses suffragants de Lugoj et de Gherla; il autorisa seulement pour le siège métropolitain la présentation de candidats par le clergé de l'archidiocèse et par celui des districts de l'ancien diocèse de Fagaras passés aux deux nouveaux évêchés. La chute des Habsbourgs a rendu caduc tout, privilège de l'État dans la nomination des évêques de Pologne et de Roumanie; les concordats conclus en 1925 et 1927 avec les gouvernements de ces pays se bornent à permettre à ceux-ci de soulever des objections d'ordre politique contre les candidats désigné* par le Saint-Siège; celui-ci accepte la présentation, pour le siège métropolitain roumain, de trois candidats au moins, par des délégués du clergé appartenant pour trois cinquièmes au diocèse métropolitain et pour deux cinquièmes à tous les diocèses suffragants roumains. La nomination des évêques italo-albanais se fait selon le régime concordataire établi en Italie en 1929, c'est-à-dire qu'il est aussi demandé au gouvernement s'il n'a pas d'objection d'ordre politique à formuler.
En 1912, Pie X érigea un évêché de rite byzantin à Hajdudorog, en Hongrie; l'évêque réside à Nyiregyhaza. Pie XI constitua une province ecclésiastique pour les Malabures. m L923 (en Iransfor-
mant les vicariats apostoliques du rite en diocèses), et pour les Malankarésiens revenus à l'Unité, en 1932; les évêques sont nommés directement par le Saint-Siège. Celui-ci désigne de même les titulaires des différents ordinariats créés par lui au xxe siècle : pour les fidèles de rite byzantin en Turquie et en Grèce, pour les Ruthènes du Canada et des États-Unis d'Amérique, pour les Arméniens de Grèce, pour les Éthiopiens.
Les devoirs et les droits des évêques n'ont été esquissés que de façon incomplète et inégale par les textes orientaux. C'est d'ailleurs le Saint-Siège qui a insisté, en 1863 et en 1882, sur l'obligation des évêques orientaux de célébrer la messe à l'intention de leurs diocésains, certains dimanches et jours de précepte; les conciles syrien de 1888, ruthène de 1891, melkite de 1909, arménien de 1911 rappellent et précisent ce devoir. Selon les conciles chaldéen et syrien de 1853, les évêques doivent faire la visite de leur diocèse personnellement, ou y envoyer un délégué, tous les ans ; selon les conciles syrien de 1866 et ruthène de 1891, tous les cinq ans ; selon les conciles syrien de 1888, arménien de 1890, copte de 1898, au moins tous les deux ans; le concile arménien de 1911 porte ce délai à trois ans.
Le concile arménien de 1851 attribue aux évêques une part de la dîme payée par les fidèles et différentes taxes; la conférence épiscopale de 1867 prévoit que le patriarche accordera des subsides aux diocèses; en Roumanie, du temps des Habsbourgs et entre les deux guerres mondiales, les évêques roumains reçurent un traitement d'État; les évêques ruthènes avaient d'abondants revenus; actuellement, la situation des évêques orientaux est partout modeste l. Deux métropolites ruthènes ont été élevés au cardinalat : Michel Lewicki (f 1858) et Sylvestre Sembratowicz (f 1898).
Aux conciles provinciaux roumains de 1872, 1882 et 1900 assistent, outre les chefs du diocèse, ou leurs procureurs, des délégués des chapitres et des monastères, des théologiens et des canonistes. Le concile ruthène de 1891 demande que le concile provincial se réunisse tous les cinq ans et donne la liste de tous ceux qui devront y être invités : les évêques; les représentants des chapitres, des facultés, des séminaires; les supérieurs des monastères; les protoprêtres et un seul laïque, le plus ancien membre de la vieille confrérie de Lwow. Le concile arménien de 1890 prévoit la réunion d'un concile patriarcal tous les six ans; celui de 1911, tous les dix ans; ils
1, La Constitution du 9 févr. 1952 (can. 242-243) autorise les évêques à exiger chaque année des églises ou bénéfices soumis à leur juridiction et des confréries laïques un canonicum ou cathedraticum, et à imposer, dans des néot'ssités spéciales, un subside extraordinaire à tous les bénéficiers du diocèse.
permettent aux évêques de s'adjoindre, à titre consultatif, des dignitaires ecclésiastiques du patriarcat. Dans la pratique et d'une façon générale, les réunions solennelles de l'épiscopat oriental sont assez peu nombreuses; par contre, à l'occasion de l'élection d'un nouveau patriarche, les évêques melkites, chaldéens et arméniens prennent parfois des décisions d'ordre législatif. Les conciles patriarcaux chaldéen et syrien de 1853, syrien de 1888, copte de 1898, le concile provincial ruthène de 1891 furent présidés par un délégué du Saint- Siège (revêtu de la dignité épiscopale) ; les actes de ces trois dernières assemblées, ceux du concile arménien de 1911 et des trois conciles provinciaux roumains furent approuvés in forma communi par la Congr. de la Propagande, dans des traductions latines qui ont subi des amendements parfois assez importants ; par contre, c'est le texte italien des actes du concile italo-albanais de Grottaferrata qui a été approuvé par la Congrégation Orientale.