‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 1103 sur 1172 · TROIS CONCILES ORIENTAUX INÉDITS · texte numérisé non relu

TROIS CONCILES ORIENTAUX INÉDITS

Préface. — Aperçu historique sur notre communauté syrienne.

Unie aux autres chrétiens d'Orient, notre communauté, aux premiers siècles de l'Église, était soumise, comme eux, à la juridiction d'un même patriarche. Chaque diocèse avait à sa tête un évêque unique, et les patriarches étaient choisis tantôt parmi les Syriens, tantôt parmi d'autres groupes ethniques. Cependant le rite n'était pas le même partout, mais variait avec la langue, la région et les coutumes. Le grand nombre de communautés en Orient eut pour origine les hérésies qui les séparèrent de l'Église catholique. L'adhésion à l'hérésie donnait naissance à une communauté qui se constituait une hiérarchie particulière, composée d'un patriarche et d'évêques. C'est ainsi que se formèrent les communautés nestorienne, jacobite, arménienne dans les régions de la Syrie, de la Mésopotamie et de l'Arménie, et la communauté copte en Egypte. Le patriarche nestorien prit le titre de patriarche de Babylone, le jacobite celui de patriarche d'Antioche, l'arménien celui de patriarche de la Cilicie, et le copte celui de patriarche d'Alexandrie. Quant aux Byzantins, après leur schisme, ils prétendirent aux quatre sièges patriarcaux : Constantinople, Alexandrie, Antioche et Jérusalem. Lorsqu'un grand nombre de ces hérétiques et de ces schismatiques se convertirent à la foi catholique, ils formèrent à leur tour de nouveaux groupes et se choisirent des patriarches distincts, approuvés par le Siège apostolique. Ainsi s'organisèrent le patriarcat chaldéen catholique de Babylone, le patriarcat d'Antioche pour les Grecs et les Syriens, le patriarcat de Cilicie pour les Arméniens. Quant aux Coptes catholiques d'Egypte, ils ont à leur tête un évêque député par le Siège apostolique.

En ce qui concerne notre communauté syrienne, elle s'attacha, après son schisme, à l'hérésie des monophysites, qui commença au milieu du ve siècle avec l'archimandrite Eutychès et le patriarche d'Alexandrie Dioscore. S'opposant avec force à l'hérésie de Nestorius qui enseignait l'existence

1. Traduction française d'après le manuscrit arabe n. 4/17 du séminaire de Charfeh. — Les indications entre [ ] sont celles que nous avons ajoutéos pour l'intelligence du texte.

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dans le Christ de deux natures et de deux personnes, Eutychès dépassa les limites [de cette vérité] et tomba dans une nouvelle hérésie. Affirmant l'existence en N.-S. d'une seule personne, il en arriva à n'admettre qu'une seule nature. Son hérésie se résume ainsi : Jésus est vraiment Fils de Dieu, la deuxième personne de la Sainte Trinité, mais il n'est pas véritablement homme. C'est pourquoi Eutychès n'admet en Lui qu'une seule nature divine incarnée, prétendant que la nature humaine s'est confondue avec la nature divine, de sorte qu'elle n'est plus demeurée une vraie nature, mais qu'il en est resté les apparences. Eutychès répandit cette hérésie dans la ville de Constantinople et ses environs. Le moine Barsauma de Samosate la diffusa en Syrie, en Arménie et en Mésopotamie. Cette funeste hérésie fut condamnée avec ses fauteurs au concile de Chalcédoine, IVe œcuménique, qui eut lieu en 451.

Plus tard, les Syriens ont mitigé leur hérésie et enseigné qu'il n'y a en N.-S. qu'une seule nature, composée de deux natures divine et humaine, sans changement, ni mélange, ni compénétration. Ainsi donc, N.-S. serait composé de deux natures, lesquelles n'en font ensemble qu'une seule, comme le corps et l'âme, qui, quoique deux, ne forment qu'une seule nature, la nature humaine. Vers le milieu du vie siècle, Jacques Baradaï, évêque d'Édesse, professa cette hérésie et, après avoir apaisé les querelles entre les monophysites, il fit tant pour l'expansion de sa doctrine qu'on appela ceux qui la suivirent jacobites, de son nom. Ces derniers enseignèrent, conséquence logique de leur erreur, que dans N.-S. il n'y a qu'une seule volonté: tels les monothélites, lesquels, bien qu'ils confessent l'existence de deux natures, nient cependant l'existence de deux volontés. Toutefois cette hérésie disparut par la suite, et il ne resta que des jacobites, affirmant qu'il n'y a en N.-S. qu'une nature et qu'une volonté. Les jacobites n'en restèrent pas là, mais créèrent une nouvelle hérésie plus abominable encore : de même que les deux natures dans le Christ n'en formèrent qu'une seule [disaient-ils], de même il y avait deux personnes dans le Christ qui, elles aussi, formèrent une seule personne. Cette hérésie est due au patriarche jacobite Théodose qui vécut vers le milieu du ixe siècle.

La communauté syrienne se sépara complètement de l'Église catholique au vie siècle, au temps de Jacques Baradaï. Elle se choisit alors des patriarches particuliers, dont le premier fut Sévère d'Antioche. Les Syriens jacobites tombèrent aussi dans d'autres erreurs : ils nièrent que le Saint-Esprit procédât du Fils, l'existence du purgatoire, la félicité des saints; ils permirent le divorce, mais ils conservèrent les sept sacrements, conformément à la doctrine de l'Église catholique.

A plusieurs reprises, les jacobites tentèrent de réaliser l'union avec l'Église romaine. Ainsi, au xvie siècle, Ignace Jacques XIV, de Damas, l'un de leurs patriarches, envoya à Rome Moïse Madano, qui présenta au pape Paul III une profession de foi orthodoxe; mais le patriarche ne persévéra pas. De même, son successeur, Ignace David, adressa au pape Grégoire XIII une profession de foi catholique, conservée à la Bibliothèque Vaticane ; cependant ce patriarche non plus ne fut pas fidèle. Vers le milieu du xvne siècle, le patriarche jacobite Ignace Simon embrassa la religion

catholique et, grâce à lui, de nombreux jacobites rentrèrent au sein de l'Église catholique. Il mourut en 1662. Son successeur fut Ignace André Akidjian, élève du collège maronite à Rome. Le pape Alexandre VII le confirma [dans sa dignité]. Il mourut à Alep en 1672, après avoir sacré quelques évêques. Ignace Pierre lui succéda; par ruse, Georges1 l'attira à Adana, où il mourut dans la forteresse en 1701. Georges, qui était jacobite, s'empara alors du siège, et la communauté syrienne catholique resta privée de patriarches jusqu'en 1782. Toutefois, durant cette période, la succession des évêques ne fut pas interrompue. En 1782, comme le patriarche Georges IV, de Mossoul — qui avait envoyé à Rome une profession de foi où il demandait son admission dans l'Église catholique — était sur le point de mourir, et que le peuple le suppliait de désigner un nouveau patriarche pour prévenir les dissenssions qu'on redoutait après sa mort, il nomma Denis Michel Garweh, évêque d'Alep, converti depuis peu au catholicisme. Quelques évêques, avec la majorité du peuple, acceptèrent le nouveau patriarche et décidèrent de le suivre dans sa foi. Garweh, sur l'ordre du Saint-Siège et après la mort du patriarche Georges, partit à Deir-el-Zaafaran, où il fut intronisé patriarche. Peu après, il dut fuir le couvent pour échapper aux manœuvres de l'évêque Matthieu, lequel, obéissant aux ordres de la Sublime Porte, s'empara du siège patriarcal et voulut exiler le patriarche Michel Garweh à Bagdad. Celui-ci, pour échapper aux persécutions, se réfugia au Mont-Liban, dans le couvent qu'il acheta et que le pape déclara siège patriarcal de la communauté syrienne. Le patriarche Michel Garweh mourut en 1801.

Le chorévêque Michel Daher, d'Alep, fut élu pour succéder au patriarche; en 1814, il donna sa démission. Le moine Simon Hindi, de Mossoul, lui succéda; à son tour, il démissionna. Pierre Garweh, évêque de Jérusalem, fut élu en 1820. Il reçut le pallium à Rome en 1827 et, avec l'autorisation du Saint-Siège, il résida à Alep. Durant son patriarcat, la communauté syrienne s'accrut par le retour de quelques évêques à la vraie foi. Ce sont NN. SS. Antoine Samhiri, Grégoire Issa, Jacques Héliani et Matthieu Naqqar, et, récemment, l'évêque Grégoire Zeitoun, au Jebel-el-Tour, fut reçu dans le sein de l'Église catholique, suivi de quelques familles de Médiath. Dans les circonstances actuelles, on peut espérer qu'ave. In grâce divine un grand nombre de conversions se feront bientôt et que l'Église, attristée durant de longs siècles par la séparation de ses enfants, sera consolée par leur retour à la foi.

Après la mort du patriarche Pierre Garweh à Alep, en 1851, les évêques décidèrent de se réunir pour élire un nouveau patriarche. Mais, pour certains motifs, ils ne purent s'assembler qu'à la fin de 1853, au Mont-Liban, dans le couvent de N.-D. de la Délivrance. Ont assisté à ce concile : LL. ÉÉm. Antoine Samhiri, évêque de Mardin, désigné comme vicaire patriarcal par le Saint-Siège; Jacques Héliani, évêque de Damas; Matthieu Naqqar, évêque de Nebeck; Joseph Hayek, évêque de Beyrouth. Quant à Grégoire Issa, évêque de Mossoul, et à Grégoire Zeitoun, évêque de Mé-

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