‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 2)Chapitre 349 sur 1172 · II. — Double recours à Rome contre le concile · texte numérisé non relu

II. — Double recours à Rome contre le concile

Aussitôt après le concile, lorsqu'il apprit que les actes ne pouvaient lui être communiqués, l'évêque d'Alep, Germain Adam, écrivit une lettre 4 de protestation au Saint-Siège, dans laquelle il demandait l'annulation des décisions conciliaires, en arguant notamment des modifications essentielles qu'Ignace Sarrouf ne manquerait sans doute pas d'y apporter.

Celui-ci montrait au même moment qu'il était bien disposé à agir ainsi. Les canons concernant les moines avaient été conçus dans un esprit modéré; le supérieur général chouérite ayant quitté Saint- Sauveur le 6 novembre, Sarrouf parvint à obtenir du patriarche et des évêques un long décret 5 destiné à la congrégation chouérite qui

1. Cette énumération est donnée selon l'ordre de préséance fixé par le concile. Les sièges de Damas, Diarbékir, Qara, Cana, du Ilauran, seront supprimés; ceux «!•• Tyr et de Sidon séparés.

2. Tels qu'ils nous ont été conservés, les actes portent la signature du patriarche, des évêques, des procureurs et des supérieurs généraux que nous avons indiqués plus haut, à cette différence toutefois que la signature personnelle de l'évêque de Homs, Joseph Safar, figure au bas des actes, et non celle de son procureur.

3. Le texte des canons adoptés avait été consigné dans quatre cahiers; le procès-verbal final avec les signatures et les sceaux fut mis au début d'un cinquième cahier, permettant ainsi toute manipulation des quatre autres, sans contrôle possible.

\. D'après la Relazione du cardinal Gonzaga de 1793, cette lettre était datée du 'i novembre (Mansi, t. xlvi, col. 655).

•'). La trad. française de ce décret a été publiée par P. Bacel, dans son article Athanase V Jauhar et les réformes des Chouérites, dans Écfios d'Orient, t. xvi, 1913, p. 343-360. Ce décret porte la signature du patriarche, des douze évêques ou

allait tenir son chapitre général. Ce décret est présenté comme émanant du concile et comprend vingt articles; mais seulement onze d'entre eux reprennent et développent des décisions prises par l'assemblée !, les autres articles accentuant l'intervention de la hiérarchie dans la discipline monastique.

Armé de ce document, Sarrouf se rendit le 8 novembre au chapitre chouérite. Le supérieur général répliqua qu'il avait déjà émis des observations, lors du concile, au sujet des canons concernant les moines et que le présent décret les dépassait par sa sévérité et accentuait encore l'immixtion dans les affaires intérieures de la congrégation. Le chapitre général demanda donc au patriarche de retirer le décret, mais celui-ci refusa. Après de vaines négociations 2 et de nouvelles violences, la congrégation chouérite fit appel au Saint- Siège, en avril 1791, contre le décret tout entier, et par conséquent aussi contre les canons du concile qui s'y trouvaient repris. Les actes du concile n'avaient toujours pas été envoyés à Rome, alors que l'instruction de la Propagande de 1789 avait réservé au Saint-Siège de leur donner force exécutoire. En septembre 1791, Ignace Sarrouf écrivit pour s'excuser de ce que les troubles suscités par les Chouérites ne lui avaient pas donné le temps d'exécuter son travail de révision.

Deux ans plus tard, les actes n'étaient toujours pas arrivés; le Saint-Siège 3 ne put donc statuer que provisoirement, après rapport du cardinal Gonzaga 4, sur les recours de Germain Adam et des Chouérites. Il demanda au premier de demeurer dans l'obédience du patriarche 5, il rappela aux seconds l'instruction du 5 avril 1784, mais il suspendait l'application du concile de 1790 et du décret qui l'avait suivi, et décidait de réclamer une fois de plus les actes conci-

de leur procureur, sauf Jérémie Caramé de Damas. Les signatures personnelles de Joseph Safar et Parthenios Naimé sont indiquées au lieu de celles de leurs procureurs. Il faut remarquer que le procureur de Naimé était le supérieur général des Salvatoriens, qui ne voulut pas s'associer au geste des évêques. Des signatures furent arrachées de force, notamment celle du procureur de l'évêque de Baalbek, moine chouérite comme son mandant. L'évêque Macaire de S.-Jeand'Acre s'appelle Fakhouri, et non Ajeimi, comme le veut Bacel.

1. A savoir les art. 6, 7, 9, 11, 12, 13, 14, 15, 17, 18, 19 du décret.

2. Dans lesquelles Agapios Matar, supérieur général des Salvatoriens, et Moïse Qattan, prêtre séculier à Zouq, tâchèrent de jouer le rôle de médiateurs.

3. Congrégation générale de la Propagande du 26 août 1793 et audience du Saint Père du 19 sept, suivant (Mansi, t. xlvi, col. 665-668).

4. C'est la Relazione à laquelle nous avons déjà fait allusion (ibid., col. 653-666).

5. Germain Adam avait demandé d'être soustrait à l'obédience du patriarche. Les cardinaux de la Propagande, réunis le 26 août, ne purent se mettre d'accord à ce sujet, mais Pie VI, le 19 sept., rejeta catégoriquement cette solution.

liaires au patriarche *. Il semble bien que ceux-ci ne furent jamais envoyés; en tout cas, le concile ne fut jamais approuvé. Le rôle trop important accordé lors de l'assemblée de 1790 à Ignace Sarrouf, et la personnalité discutée de celui-ci, atteignirent chez les Melkites eux-mêmes le crédit qui aurait pu être apporté aux décrets conciliaires, dont cependant un certain nombre entrèrent dans la pratique. Athanase IV mourut le 2 décembre 1794. Les évêques lui donnèrent comme successeur, le 11 du même mois 2, l'évêque du Hauran, Siage, qui prit le nom de Cyrille VII 3. Celui-ci fut confirmé comme patriarche au consistoire du 27 juin 1796 4, mais mourut le 6 août suivant. Il avait élevé, en juillet 1795, Agapios Matar, le supérieur général des Salvatoriens, à la dignité d'évêque de Sidon 5. Le nouvel évêque lui succéda le 11 septembre 1796 6, prit le nomd' Agapios II, et fut reconnu patriarche au consistoire du 24 juillet 1797 7.

Ignace Sarrouf, évêque de Beyrouth, avait toujours rêvé d'avoir un groupe de moines entièrement sous ses ordres. Ne parvenant pas à réduire les Chouérites à cette situation, il se mit dans la tête de créer lui-même une nouvelle congrégation basilienne, réunissant pour cela un certain nombre de clercs et de prêtres dans l'ancien couvent de Saint-Siméon (Mar Semaan), qui avait été légué par le patriarche Théodose V au diocèse de Beyrouth, à charge d'y fonder un collège et une maison de retraite pour les prêtres âgés et infirmes. Ce collège pouvait être confié à des religieux, mais non point devenir un

1. Celui-ci devait envoyer en même temps les formules romaines de profession de foi et de serment qu'il devait toujours signer.

2. Le même jour les évêques de Tyr, Beyrouth, S. -Jean d'Acre, Homs, Qara, Baalbek, Diarbekir, écrivirent une lettre au Saint-Siège pour demander confirmation de l'élection (texte italien dans Mansi, t. xlvi, col. 667-668).

3. Dans une lettre au pape, datée du 20 juill. 1795 (vieux style), Cyrille VII se plaint de ce qu'Ignace Sarrouf se soit approprié une partie de l'héritage d'Athanase IV (texte italien, ibid., col. 667-670).

4. Après décret de la Congr. de la Propagande du 21 mai 1796. Cyrille obtint le pallium à ce consistoire (Mansi, loc. cit., col. 669-674).

5. Le concile de 1790 avait décidé de séparer le siège de Sidon de celui de Tyr.

6. Le 14 sept., les sept évêques électeurs adressèrent des lettres à la Congr. de la Propagande et au pape pour demander la confirmation de l'élection (texte italien dans Mansi, loc. cit., col. 673-674). Six de ces évêques sont les mêmes qu'en 1794; l'évêque de Homs n'est pas présent, mais Basile Jabilé, qui venait d'être ordonné cette année évêque de Fourzol par Cyrille VII, prit part à l'élection.

7. Après décret de la Propagande du 27 juin 1797. Il obtint également le pallium par procureur à ce consistoire (Mansi, loc. cit., col. 677-680).

monastère proprement dit. Sarrouf outrepassait donc les volontés du donateur.

Au début de 1797 il alla demander au patriarche Agapios d'approuver son nouvel institut; Agapios non seulement refusa, mais convoqua les évêques en concile au couvent chouérite de Saint- Michel, à Zouq, pour le 11 septembre, afin de décider du sort de la nouvelle fondation *. Macaire Fakhouri, de Saint- Jean d'Acre ; Agapios Qonaisser, de Diarbekir; Benoît Turkmany, de Baalbek; Parthène Naimé, de Tyr; Joseph Safar, de Homs; Basile Jabilé, de Fourzol, répondirent à l'appel du patriarche.

Agapios II ouvrit le concile par un long discours. Il établit d'abord que pour fonder une nouvelle congrégation monastique Ignace Sarrouf aurait dû avoir l'autorisation de Rome ; il basa son argumentation sur la bulle de suppression de la Compagnie de Jésus par Clément XIV (1773), en citant les décrets des conciles généraux 2 et des papes 3 reproduits dans cette bulle. Si Sarrouf n'avait voulu faire qu'une simple fondation diocésaine, il aurait eu tout au moins besoin de l'autorisation du patriarche. Agapios montra ensuite combien la destination donnée au monastère de Saint-Siméon était contraire à la volonté du donateur, Théodose V. Enfin il souligna les inconvénients de créer une troisième congrégation basilienne, alors que les deux existantes avaient peine à se recruter.

Pendant trois jours, les évêques examinèrent tout le dossier de l'affaire : le refus du patriarche d'approuver le nouvel institut, les répliques d'Ignace Sarrouf4; puis, le 14 septembre, par une déclaration signée de tous, ils se rangèrent à l'avis exprimé par le patriarche dans son discours. Le même jour, un décret synodal fut élaboré : il proclame l'abolition de la congrégation fondée par Ignace Sarrouf, il interdit à tous ceux qui se trouvent à Saint-Siméon de porter l'habit monastique et de renouveler leurs vœux, il enlève toute autorité aux supérieurs et ne permet plus de recevoir des novices. Le monastère devra devenir un collège, sous le gouvernement direct d'Ignace Sarrouf, mais sous le contrôle du patriarche.

1. Actes du concile, partiellement traduits et partiellement résumés en italien, d'après les archives de la Congr. de la Propagande, dans Mansi, t. xlvi, col. 679- 684. — Cf., sur le patriarcat d'Agapios II et sur toute cette affaire, la suite de l'article de C. Charon (Korolevskij), L'Église grecque melchite catholique, dans Échos d'Orient, t. v, 1901-1902, p. 203-206 et 264-272. Cet article est à corriger en certains points par le t. xlvi de Mansi, paru depuis.

2. IVe concile de Latran de 1215, IIe concile de Lyon de 1274, concile de Trente.

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