Grégoire X, Innocent III, Clément V
4. Il semble même que celui-ci vint au concile plaider sa cause, pour se retirer ensuite et. revenir après la clôture de l'assemblée.
Dès que le concile fui terminé, Sarrouf se présenta et demanda de prendre connaissance du décret; le patriarche le lui communiqua candidement et Sarrouf le déchira en présence de tous. Mais un nouvel exemplaire fut aussitôt rédigé, et Sarrouf fut forcé d'y apposer lui-même sa signature.
Pendant huit mois, il sembla se soumettre, puis, à la suite de nouvelles difficultés avec le patriarche, il lit appel à Rome. Les choses s'envenimèrent de plus en plus sur place \ pendant que le Saint- Siège, sans trop se presser, examinait l'affaire. Il finit par approuver le décret du concile de Zouq de 1797 2.
Germain Adam, évêque melkite d'Alep, se rendit en Italie, dans la dernière décade du xvme siècle, et séjourna non seulement à Rome, mais aussi à Florence, où il rencontra pendant plusieurs mois Scipion Ricci, ancien évêque de Pistoie. Celui-ci avait tenu en 1786, dans sa ville épiscopale, un synode diocésain, dont les décrets, dépassant le cadre d'une législation locale, contenaient de nombreuses erreurs doctrinales et suscitèrent de ce fait une vive opposition de la part des autres évêques de Toscane. En 1790, Ricci dut se démettre de son siège, et en 1794, les plus importantes erreurs du synode, sous la forme de quatre-vingt-cinq propositions, furent condamnées par Pie VI dans sa bulle Auctorem fidei, du 28 août.
Adam, qui avait été délégué apostolique auprès des Maronites, n'avait pas été complètement approuvé par Rome dans ses démêlés avec son propre patriarche, Athanase IV. Esprit cultivé et indépendant, il n'y avait rien d'étonnant qu'il se laissât éblouir par les idées de Scipion Ricci et ne se sentît pas arrêté par les condamnations romaines. Toujours est-il qu'il rentra en Syrie avec un exemplaire du synode de Pistoie et qu'il se mit à en diffuser les erreurs, notamment dans un écrit polémique sur la nouvelle congrégation monastique de Saint-Siméon, dissoute par le concile de Zouq de 1797 3. Adam y prend le parti du patriarche Agapios II, qui bientôt témoigne
1. Voir le récit des événements dans C. Charon, loc. cit., p. 267-269.
2. La date exacte de la décision finale de Home n'est pas connue. Elle fut probablement rendue en 1801 (cf. Mansi, loc. cit., col. 684). En 1806 toutefois, Sarrouf ne s'était pas encore soumis (Charon, loc. cit., p. 270). La congrégation de S.-Siméon disparut faute de recrutement.
3. Adam n'assista pas à ce concile, n'étant sans doute pas encore rentré d'Italie. Son écrit polémique est daté de mars 1799 (cf., sur cet écrit et sur tout l'objet du présent chapitre, C. Charon [Korolevskij], L'Église grecque melchite catholique, dans ftchos d'Orient, t. v, 1901-1902, p. 332-343).
sa reconnaissance en défendant l'orthodoxie des théories d'Adam.
Le 13 février 1802, Pie VI adresse un bref à Agapios II le chargeant de réunir les écrits d'Adam et de les envoyer pour examen à Rome 1. Mais le patriarche ne semble pas s'être préoccupé davantage d'interdire à Adam la propagation de ses erreurs.
Bien plus, il permet en 1806 la réunion d'un concile patriarcal, où Adam est le principal inspirateur, si ce n'est l'unique rédacteur des décrets. La Congr. de la Propagande s'était occupée des écrits d'Adam en 1805, et il semble que l'évêque d'Alep voulut prévenir une décision défavorable du Saint-Siège en faisant admettre ses théories, sans parler bien entendu de Ricci et du synode de Pistoie, par un concile des évêques melkites. On ne voit pas, en effet, à quelle autre nécessité aurait pu répondre la convocation de cette assemblée.
Le concile se réunit le 4 août 1806, dans l'après-midi, au couvent chouérite de Saint-Antoine de Qarqafé, près de Beyrouth. Y assistaient, outre Agapios II et Germain Adam, Macaire Fakhouri, de Saint- Jean d'Acre; Agapios Qonaisser, de Diarbékir; Benoît Turkmany, de Baalbek; Joseph Safar, de Homs; Basile Jabilé, de Fourzol; Ignace Sarrouf, de Beyrouth; six prélats que nous avons signalés à propos du concile de Zouq de 1797; puis deux autres, ordonnés depuis par Agapios II : son propre frère, Athanase Matar, évêque de Sidon 2, et Basile Atallah, évêque de Tyr 3. En dehors des évêques, nous voyons au concile : le supérieur général des Salvatoriens, Macaire Tawil 4, avec son second définiteur; le général des Chouérites, Ignace Arqach, avec son premier définiteur; un représentant du clergé de chacune des villes les plus importantes : Le Caire, Damas, Alep (le délégué de cette dernière, Michel Mazloum 5, étant également secrétaire du synode) ; le prêtre de Zouq Moïse Qattan 6, notaire, et enfin un autre salvatorien.
La réunion d'ouverture se tint à l'église du monastère. Le patriarche était assis devant l'iconostase; l'Évangile et le crucifix se trouvaient à la place d'honneur, sur une table, au milieu de l'assemblée. Les
1 . Texte latin du bref dans R. de Martinis, Jus pontificium de Propaganda Fide, t. iv, p. 460-461. — Le patriarche devra aussi faire signer à Germain Adam les Constitutions pontificales Super soliditate (28 nov. 1786) et Auctorem fidei (28 août 1794).
2. Il fut d'abord ordonné évêque du Hauran en 1798 par Agapios II, puis transféré à Sidon en 1800. Le siège du Hauran ne reçut pas d'autre titulaire.
3. Ordonné à ce siège en 1805 par Agapios II. Les huit diocèses dont la liste avait été arrêtée par le concile de 1790 sont donc représentés au concile, plus celui de Diarbékir, dont l'évêque était toujours en vie depuis 1790.