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Mazloum et Qattan deviendront tous deux patriarches

CONCILE DE QARQAFÉ EN 1806 .'i39

sessions conciliaires continuèrent pendant dix jours, à raison de deux par jour, le matin à l'église, l'après-midi à l'appartement du patriarche. Le 15 août, une messe fut concélébrée par tous les membres du synode, qui, après un bref répit, vinrent signer les actes conciliaires et jurer sur l'Évangile de les observer.

Germain Adam se hâta d'envoyer les actes à l'impression au monastère de Saint- Jean de Choueïr. Mais bientôt certains évêques, aussi bien que les religieux qui imprimaient le volume, se rendirent compte que bien des passages du concile ne correspondaient pas à la doctrine traditionnelle; les premiers élevèrent des protestations, les seconds refusèrent de continuer l'impression. Très ennuyé, Agapios II négocia avec Adam, mais celui-ci ne voulut rien changer aux actes, jusqu'à ce que l'émir du Liban Bachir II 1 intervînt pour suspendre officiellement l'impression. Adam accepta alors de corriger certains passages et l'émir permit de continuer le travail.

Ayant fait quelques concessions apparentes à la vraie doctrine, Germain Adam n'hésita pas à demander l'approbation de Joseph El-Tian, patriarche des Maronites, et du P. Louis Gandolfi, lazariste, supérieur du couvent d'Antoura, visiteur apostolique des Maronites 2. L'un et l'autre donnèrent des attestations louangeuses en février 1809, qui furent imprimées en tête du volume. Ils le firent sans doute dans un désir de paix 3, avec l'espoir, qui fut d'ailleurs déçu, d'éviter de nouvelles discussions à la parution du volume 4.

1. Né en 1763, émir de 1788 à 1840, mort en 1850. Ce Maronite fut le premier qui osa afficher publiquement ses convictions chrétiennes.

2. Depuis 1807. C'était un grand ami de l'émir Bachir II. Il était originaire de Mondovi, en Piémont.

3. Grégoire XVI, dans sa bulle de condamnation du concile, attribue l'approbation de Gandolfi à une fraude ou à son ignorance de la langue arabe. Le patriarche maronite, lui, savait en tout cas qu'il devait être sur ses gardes, puisqu'il avait auparavant dénoncé les erreurs déjà contenues dans l'écrit de Germain Adam sur la congrégation de S.-Siméon (cf. C. Charon, loc. cit., p. 334 et 339-340).

4. Voici la traduction du titre de l'ouvrage : Livre du concile oVAntioche qui fut célébré par ordre du béatissime seigneur Agapios Matar, patriarche d 'Antioche et de tout l'Orient, tenu au couvent de S.-Antoine de Gharb, dans la plaine de Beyrouth, et appartenant à la congrégation de S.-Jean de Choueïr. Imprimé par l'ordre et aux frais du seigneur le patriarche susdit, le très bienheureux, dans le but d'en faciliter V acquisition à ceux qui le désirent et pour en rendre le profit plus facile; [imprimé] dans le couvent de S.-Jean déjà nommé, appelé de Clwueïr, dans le district du Kesraouan, appartenant aux religieux basiliens de la nation grecque catholique, l'an 1810 du Christ. Espérons que ceux qui se sont fatigués pour faire cet utile travail recevront la miséricorde et le pardon, qu'ils seront agréés par le Seigneur généreux, à qui appartiennent la gloire, la force et l'honneur dans tous les temps. Ainsi soit-il. — Malgré cette date de 1810, certains exemplaires au moins furent répandus dès le printemps de 1809.

Le texte arabe imprimé du concile de Qarqafé est donc un texte amendé; si bien des passages doctrinaux nous paraissent plus nuancés que ceux du synode de Pistoie qui les ont inspirés, on ne peut dire avec certitude qu'il en fut ainsi dans le texte même soumis au concile. Les décrets, groupés en vingt-trois longs chapitres, furent lus en vingt sessions, donc à une cadence encore relativement rapide; il semble néanmoins qu'à ce moment déjà Adam évita d'insérer tout ce qui aurait pu donner trop facilement l'alerte sur le véritable fond hétérodoxe des doctrines développées.

Les actes du concile de Qarqafé, tels qu'ils sont imprimés, débutent par un discours du patriarche, qui n'est autre qu'un plagiat de celui prononcé par Germain Adam à l'ouverture du concile maronite de Békorki en 1790, et par une exhortation d'Adam lui-même sur les devoirs des évêques. Il n'est pas certain que ces morceaux d'éloquence, surtout le deuxième, fort long, aient été intégralement prononcés; ils ont peut-être tout simplement été insérés dans les actes.

L'exhortation d'Adam est excessivement rigoriste; elle exige des évêques la pratique la plus parfaite de toutes les vertus; elle insiste sur le fait que leur ministère est tout d'humilité et de dévouement, non de domination et d'intérêt personnel. Adam cite l'Ancien et le Nouveau Testament, la novelle XV de Léon le Sage, saint Jean Chrysostome, saint Augustin, saint Grégoire le Grand, saint Bernard, et spécialement saint Grégoire de Nazianze, dont il raconte en détail le bref épiscopat à Constantinople à la fin de son discours.

Les canons conciliaires proprement dits invoquent également l'autorité de l'Écriture, de « l'ancienne Église », des Pères, des canons, des lois civiles, des papes, mais en donnant rarement des références précises l; rien d'étonnant à cela d'ailleurs, puisque les vraies sources de ces canons sont le synode de Pistoie et les autres doctrines fausses que Germain Adam a ramenées d'Europe.

Les canons sont classés en trois parties.

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