VI. — Messe et eucharistie
Les rîtes de la messe, dans les Églises orientales, sont bien différents de ceux de la liturgie latine : clergé et fidèles y sont très attachés; sous prétexte de réformes utiles le mouvement d'Union avec Rome n'aurait pu y porter trop profondément atteinte sans se détruire lui-même.
Alexis de Menezes laisse donc aux Malabares la messe syriaque, dite d'Addaï et Mari, mais le synode de Diamper y introduit certaines modifications d'ordre doctrinal, notamment au Credo ■ — addition du Filioque — et dans les paroles de la consécration; il supprime les autres formulaires; en outre, il permet l'emploi de la messe romaine — même dans certains cas en latin — pour la célébration
privée. Les Malabares se contentaient de missels manuscrits; la liturgie révisée d'Addaï et Mari fut imprimée pour la première fois à Home en 1774; l'année d'après y fut publié le propre des différentes fêtes, en grande partie traduit du missel romain.
Le synode arménien de Lwow permet aussi aux prêtres de dire la messe latine en quelques eireonstanees.
Le missel maronite fut, par eontre, imprimé à Home dès L592 dans une forme quelque peu remaniée : le Trisagion est adaplé selon l'usage byzantin, le Filloque ajouté au symbole, le récit de la Cène est repris du missel romain. En 1596, le jésuite Dandini apporte 200 exemplaires de ce missel au Liban et l'y fait admettre par le concile de septembre 1596; ceux de 1598 et 1736 entérinent ofïiciellement les paroles romaines de la consécration. Le Saint-Siège voulait que les Maronites maintiennent le syriaque comme langue liturgique, cependant une tendance à introduire de plus en plus l'arabe se manifeste. Le concile de 1736 admet qu'épître et évangile soient lus d'abord en syriaque, ensuite en arabe. Le texte syriaque des prières de la messe devra toujours «e trouver en regard du texte arabe éventuel, disent les conciles de 1736 et 1755; ce dernier ajoute et celui de 1756 répète que le texte arabe des prières ou des rubriques doit être écrit en caractères syriaques; c'est ce qu'on appelle le karchouni. Par contre, chez les Melkites, le Saint-Siège admet l'usage pour la messe de l'arabe ou du grec, comme c'était d'ailleurs déjà le cas avant l'Union. Le concile de 1790 permet explicitement que prêtres et diacres emploient plutôt l'arabe, s'ils ne comprennent pas le grec ; celui de 1806 — par raison de sécurité — veut que les paroles de la consécration soient prononcées en arabe; celui de 1849 donne des règles de prononciation à ce sujet. Une édition romaine du liturgicon (missel) gréco-arabe ne parut qu'en 1839.
Les lluthèncs emploient le slavon ou vieux slave comme langue liturgique; les Roumains usaient du slavon ou du grec, mais leurs livres liturgiques sont progressivement traduits en roumain au xvne siècle; après l'Union, le synode diocésain de 1700 exhorte à faire le plus possible usage de cette langue.
Sous l'influence des idées latines et du missel publié une trentaine d'années auparavant par le métropolite Cyprien Zochowski, le concile ruthène de 1720 indique quelques rubriques s'écartant des usages suivis par les orthodoxes dans la célébration de la messe : les génuflexions et inclinaisons profondes doivent être supprimées lors de la procession des oblats à l'offertoire; le prêtre ne versera pas d'eau chaude dans le vin déjà consacré, il ne purifiera pas la patène avec l'éponge mais avec les doigts. Les conciles melkites de 1751 et 1790 reprennent la première interdiction; celui de 1790 demande de ne plus
employer l'eau chaude qu'aux messes chantées, mais ceux de 1800 et 1849 en rétablissent l'emploi général; ceux de 1790 et 1800 déclarent explicitement que l'usage de l'éponge doit être maintenu. Le concile maronite de 1736 interdit l'emploi de l'eau chaude.
C'était une règle ancienne en Orient qu'il n'y ait qu'un autel par église et une messe par autel; plusieurs prêtres pouvaient concélébrer à cette messe unique. Mais celle-ci n'avait pas lieu tous les jours, ou en de nombreux jours de jeûne la liturgie des présanctifiés se célébrait à sa place. Tout cela ne facilitait pas aux prêtres la perception des honoraires de messe, qui étaient cependant souvent leur principal moyen de subsistance. Sous l'influence latine, Maronites et Ruthènes autorisent les messes privées, fût-ce sur le même autel et pendant le Carême; la concélébra tion devient de plus en plus rare. Les Melkites demandent au Saint-Siège, en 1736 et en 1745, de pouvoir dire plusieurs messes par autel et célébrer en Carême; en 1740, seule la première permission est accordée, et uniquement à l'église d'Alep. Néanmoins le concile de 1790 dit que tous les évêques peuvent concéder une permission de ce genre; celui de 1800 tolère l'emploi d'autels latéraux là où cela paraît nécessaire et la célébration de la messe ordinaire dans les petits sanctuaires, même les jours où la liturgie des présanctifiés est d'usage; il permet en outre d'accepter un honoraire complet de messe pour cette dernière. Le concile de 1835 tempère ces règles : c'est l'évêque qui doit accorder la célébration de la messe ordinaire au lieu du rite des présanctifiés et fixer le taux de l'honoraire pour celui-ci. Le concile de 1849 revient à l'honoraire complet. Le second concile maronite de 1590, le concile ruthène de 1720, les conciles melkites de 1790 et 1835 insistent pour que les prêtres revêtent les ornements sacrés dès la préparation des oblats.
Le synode arménien de Lvvow, les conciles de Zaniosc et du Mont- Liban déclarent que la messe ne peut être célébrée en dehors des églises ou oratoires, sans permission épiscopale. Les conciles melkites de 1790 et 1800 disent que là où il y a une église le prêtre ne peut célébrer ailleurs; le concile de 1849 ne permet plus aux évêques de donner la permission de dire la messe dans les maisons, sans doute parce que des oratoires avaient été érigés en nombre suffisant.
Dès avant l'Union, Arméniens et Maronites employaient le pain azyme; le synode malabare de 1599 l'impose aussi. Roumains, Ruthènes et Melkites usent du pain fermenté; le concile de Zamosc, d'une part, celui de Qarqafé, d'autre part, insistent sur cette observance. A défaut de vignes ou de vin importé, les Orientaux employaient des raisins secs, macérés dans de l'eau et pressés. Le synode de Diamper de 1599 interdit d'agir encore ainsi, de Menezes promettant de fournir désor-
mais le vin nécessaire; le concile maronite de 1598 et le concile melkite de 1849 rejettent la licéité de l'emploi de ces raisins. Une telle matière eucharistique serait cependant valide.
Alexis de Menezes enjoint aux Malabares d'abandonner l'usage de la communion sous les deux espèces; Dandini, au contraire, le tolère chez les Maronites, où toutefois les influences latinisantes le font disparaître en grande partie dans la deuxième moitié du xvne siècle; le concile de 1736 ne permet plus qu'aux diacres de communier pendant la messe sous les deux espèces comme le prêtre.
Le concile ruthène de Zamosc veut que les hosties pour la communion des malades soient conservées dans un ciboire et renouvelées tous les huit ou quinze jours; il s'élève contre l'usage de consacrer, le jeudi saint, une hostie dont les parcelles doivent servir pendant toute l'année pour les infirmes; il veut qu'une lampe brûle dans les églises où est conservé le Saint-Sacrement, mais il admet que dans les plus pauvres la lampe brûle seulement les dimanches et jours de fête pendant la messe. Le concile du Mont-Liban reprend toutes ces règles, mais sans la dernière mitigation. Le concile melkite de 1806 permet seulement que les hosties soient conservées lorsqu'on a les moyens d'entretenir constamment une lampe, mais elles doivent être renouvelées tous les trois jours, comme le répète le concile de 1835, parce qu'elles ont été humectées légèrement du précieux sang; le prêtre doit la donner au malade au moyen d'une cuillère. Le concile melkite de 1849 exige que le Saint-Sacrement soit conservé dans toutes les églises des lieux suffisamment fréquentés et qu'une lampe y brûle; il porte à cinq jours le délai de renouvellement des hosties. Le synode diocésain roumain de 1725 interdit aux prêtres de garder à domicile l'eucharistie destinée aux infirmes, celui de 1732 de la faire porter aux malades par des laïques; il semble bien que les Roumains suivaient encore l'usage condamné par le concile de Zamosc.
L'habitude des premiers siècles de donner l'eucharistie aux enfants en bas âge aussitôt après leur baptême se maintint en Orient. Le Saint-Siège demanda plusieurs fois aux Maronites de ne pas laisser communier avant l'âge de raison; les conciles de 1580, septembre 1596, 1598, 1644, 1736 acceptent cette règle. Le synode arménien de 1689, les conciles melkites de 1790, 1806, 1849 font de même; l'assemblée ruthène de Zamosc dit qu'on supprimera l'ancien usage dans la mesure où on pourra le faire sans scandale.
L'obligation du jeûne eucharistique depuis minuit, sauf pour les grands malades communiant à domicile, est reconnue par les conciles et synodes des différentes Eglises. Les fidèles bien portants se confessent et communient généralement trois fois par an, à l'occasion