Ibid., 1. II, c. xiii, fol. 108, v
Cependant Menezes devait encore frapper le grand coup auquel il songeait de longue date, mais dont il n'avait pas osé parler publiquement jusqu'ici : imposer un évêque latin au diocèse oriental sans pasteur. Il avait déjà fait à Rome les démarches nécessaires pour que le P. Roz fût désigné comme évêque des Malabares. Il voyait approcher le moment où cette désignation allait se produire, et, suivant un plan froidement conçu d'avance, tout à la fin de sa visite, probablement dans les dernières journées de septembre, à Paru, où il comptait sans doute des partisans très dévoués, il assembla le clergé et le peuple de la ville et des environs pour jouer une petite scène, qui eut malheureusement l'aspect d'une comédie.
Menezes annonça qu'allant quitter les Malabares il désignait, comme administrateur provisoire du diocèse, l'archidiacre Georges, en attendant l'arrivée du nouvel évêque. Ce geste plut à la foule *. Puis, ayant renvoyé la masse des fidèles, il garda autour de lui les cassanares et les notables laïques pour leur demander qui ils voulaient comme évêque. Tous s'écrièrent qu'ils n'en désiraient qu'un seul, Menezes lui-même. Ce geste s'explique du fait que la majorité de l'assemblée était sans doute composée d'éléments tout à fait sûrs ou peut-être par l'espoir que Menezes ne serait pas toujours sur place. Celui-ci semble avoir compris ce calcul et déconcerta sans doute ses électeurs en disant qu'il renoncerait à l'archevêché de Goa pour n'accepter que celui d'Angamalé, si le roi du Portugal et si le pape acceptaient cet arrangement. Mais il fallait prévoir leur refus et Menezes demanda qui, dans ce cas, pourrait convenir comme évêque. Sans trop insister cependant sur cette éventualité, il mit lui-même le nom du P. Roz en avant et le fit approuver 2. A ce moment d'ailleurs, où une discussion aurait pu se produire, un serviteur de l'archevêque se présenta; il venait de Goa, avec tout un chargement d'ornements et de linges sacrés, de statues et de tableaux religieux, que Menezes avait commandé. On ne s'occupa plus que d'admirer et de partager ce généreux cadeau, au milieu de l'enthousiasme général.
Menezes partit pour Cochin, et après y être resté quelques jours, il s'embarqua pour Goa où il arriva le 16 novembre 3. Il y trouva un bref d'encouragement de Clément VIII, datant déjà du 1er avril 1599, et des caractères syriaques envoyés par le pape afin
1. Selon de Gouvea (op. cit., 1. II, c. xv, fol. 112, v°), Menezes adjoignit cependant à l'archidiacre les deux conseillers jésuites refusés en 1597. Ceux-ci devaient, en cas de conflit avec l'archidiacre, s'adresser pour les cas urgents à l'évêque latin de Cochin, et pour les autres, à Menezes lui-même.
2. Les termes de de Gouvea (op. cit., 1. II, c. xv, fol. 113, r°) sont ici beaucoup moins nets que pour rapporter l'unanimité des voix sur Menezes.