PERSÉCUTION CO.NTni: SAINT JKAN CHHYSOSTOME
11 CM résulta que le concile, réclamé en vain par saint Jean Clirvsostoine, se réunitiininédiatement à Conslantinople ; ilcoinptait avec les anciens adversaires do Icvèquc, un oraiid Donihrc de personnes
jjaiais (icmiiiidcr voiit;o;mco il l'rmpficuf tlt'-Llaia (lu'il fallait en finir ave»- co faitiiii\. Coiniuc par (•ncliaulciui'iil ou vil rcpjiiaiiro l<'s cmicinis de ClirysosloïKc un moment dispersés, les Marsa, les Casti-ieia, la vieille Euiijrapliie, et les évoques Sévéricu, AutiociiuSj Acaec, plus sui'cxi'ilés «pic jauuiis Les plus animés réclaœèreut que rarehevêquc AU livré aux li'ibuunux séeuliers sous l'iiccusation de lèse-majt>sté. D'autres rappelèreul le péril qu'il y aurait à s'attaquer à l'idole du peuple. Quehpi'uu — ce fut peut-être Sévérien de Cabale — lit cette proposition à laquelle tout le monde se rendit : « Jean ('tourdil depuis deux mois les oreilles du prince pour lui arracher la convocation d"uu coucilc qui, réformant les décrets du Clièue, l'absolve lui-mênio et condamne ses juges. Eh bien ! que le prince lui accorde ce concile pour le tourner à sa confusion, ce qui ne sera pas difficile, vu le nouveau crime qu'il vient de commettre et qui soulève contre lui 1 indignation universelle. En ne négligeant point les moyens d'influence, on arrivera, la cour aidant, à un résultat dans lequel la dignité du souverain ne sera point compromise, et Jean, condamné deux fois par un tribunal ecclésiastique pour des faits ecclésiastiques, n'aura plus qu'.i aller mourir en exil, à moins que l'impératrice ne trouve bon de le rappeler encore. » L'empereur adopta celle proposition et fit préparer les lettres de convocation du concile. On choisit Conslantinople pour le lieu de la réunion afin que les évèques fussent ininiédiatemeul sous la main d'Eudoxic. Au cours de ces délibérations préparatoires, le nom de Théophile d'Alexaudrie était dans toutes les bouches. Les évèques lui écrivirent, en dehors de la lettre de convocation, une lettre particulière ainsi conçue ; «Théophile, viens j)<)nr être notre chef, et si lu ne le peux absolument, fais-nous savoir ce que nous avons à faire. » Tliéopliile s'excusa de venir sur les occupations de sa charge et l'amour jaloux que lui portait son peuple d'Alexandrie. La raison véritable <lc son i-efus était sa poltronnerie bien connue et le souvenir du péril couru le jour où il fut, avec ses Egyptiens, poursuivi dans sa fuite sur une barque par la foule qui voulait le noyer dans le Bosphore. Absent de corps, il serait présenl en esprit. Théopliile annonçait (ju'il possédait un moyen infaillible d'obtenir l'expulsion immédiate de Jean, que ce moyen était contenu dans des documents qu'il confierait à des évèques égyptiens de ses amis auxquels il en indiquerait lusage afin qu'ils pussent agir de concert avec les évèques de la cour. La condition du succès ('■lait un secret absolu. Les trois messagers confidentiels de Théophile furent reçus à bras ouverts par Sévérien. Théopliile écrivit des lettres pressantes à tous les évècjues des provinces voisines de l'Egypte sur lesquels il exerçait quelque influence. Sévérien, Antiochus et Acacc; l'imitèrent dans un rayon moins étendu, l iic agitation extrême se propagea dans tous les diocèses depuis l'Egypte justju'au Pont et depuis Conslantinople jusqu'aux confins de la Thi-ace. Ti'épiscopat oriental offrit un piteux spectacle. Ou ne pouvait se dissimuler (pie l'empereur Arcadius avait pris parti contre Jean Chryso.slorae, mais beaucoup redoutaient les emj)ortements du peuple de Conslantinople attaché à Jean. Pour éviter de venir voter en personne, ils euvoyèreut une adhésion écrite à tout ce qui se ferait contre
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jusqu'alors indifférentes, mais qui, en véritables citoyens du bas empire, accommodant leurs convictions aux caprices de la cour, se posèrent en adversaires.
l'évêquo. Un des partisans de celui-ci, Théodoso de Tyane en Cappadoce, était venu dans le dessein de défendre l'accusé. Les menaces qu'on lui fit le mirent en fuite, il regagna précipitamment son diocèse. Les évoques qui, malgré tout, s'aventuraient à Constanlinople crurent devoir faire visite à l'archevêque. Arcadius les en blâma vivement et les visites s'arrêtèrent. Cependant Jean Chrysostome parvint à grouper quarante ou quarante-deux évêques qui lui demeurèrent fidèles jusqu'à la fin sur plus de cent que peut avoir réuni le concile. L'inauguration de la statue d'Eudoxie avait eu lieu au mois de septembre 403 et dès le commencement de janvier 40 i le concile se constituait. L'objet officiel de la convocation restait toujours la revision du procès du Chêne, de laquelle amis et ennemis attendaient un résultat important. Cette revision imposait la reprise du procès entier avec contrôle de tous les instruments de procédure, toute l'instruction en première instance. Mais depuis six mois et plus cpie la sentence du Chêne avait été prononcée, de grands changements s'étaient produits dans le personnel de l'église de Constantinople. Les épurations, l'hostilité du peuple avaient réduit le nombre des témoins ecclésiastiques entendus et on se trouva très empêché de recommencer le procès avec ses éléments primitifs. En entreprendre un nouveau c'était s'écarter de l'objet de la convocation ; enfin on n'osait affronter la perspective d'un débat contradictoire avec Jean Chrysoslome. Ainsi le concile se prolongeait sans prendre un parti décisif lorsque les égyptiens grossis d'auxiliaires aussi méprisables qu'eux-mêmes : Léonce d'Ancyre, Ammon de Laodicée-la-brùlée et quelques comparses moins connus, démasquèrent leur attaque. Léonce et Ammon furent chargés de prendre la parole devant le concile. L'un d'eux, probablement Léonce, dit : ( Que sommes-nous venus f.iire ici, et pourquoi nous a-t-on convoqués ? — Nous sommes venus pour i éviser le jugement d'un concile qui a déposé Jean du siège épiscopal de Constanlinople, et c'est Jean lui-même qui se pourvoit eu nullité devant nous contre la décision de ce synode ; mais pour nous la première chose à examiner est celle-ci : Jean cst-il noti'e justiciable ? A-t-il le droit de demander soit à nous, soit à tout autre tribunal ecclésiastique la rescision du décret qui l'a frappé de déposition ? En un mot Jean est-il un évêque déposé pouvant demander canoniquemeut sa réintégration ? — Non, Jean n'est ni évètjue ni prêtre ; en vertu de lois ecclésiastiques formelles, il n'appartient même plus à l'Église. » Déployant alors le rouleau de pièces que les Egyptiens avaient apporté d'Alexandrie, l'orateur lut à haute voix deux canons d'un concile tenu dans la ville d'Atitioche, en 341, sous l'empereur Constance. En voici le texte : i' canon. « Tout évêque déposé de son siège, soit justement, soit injustement, par un concile, et cjui prendrait sur lui d'y remonter de sa propre autorité sans a\oir fait purger sa condamnation par le même concile ou par un autre, et avoir été rappelé par ses juges à ses fonctions épiscopales, sera excommunié, sans qu'il lui soit permis de se justifier, et quiconque l'assisterait dans son intrusion ou communiquerait avec lui sera comme lui exclu de la communion de l'Eglise. » Canon 5« : « Si un prêtre ou un évêque mis hors
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Théophile dAlexanclnf n'assista pas au coiuili', mais K" dirigea [97] de ses mauvais conseils, ([ui ne lurent ipie trop hicn suivis.
La rnajorifr porta une sentence de ch'position eonlirniée par Tcm-
l'Éj; isc conlinue à exercer des troublci;, ([u'il soit réprimé par la puissance exlérieiire comme un séditieux. .> — t Or, poursuivit l'oraleui-, que se passet-il dans le cas présent ? Jean a été iléposé de son siège par le concile du Cliône ; il l'a repris de sa pure el seule volonté subreplicemeul, sans ([u'un jnj^ement d'ubsuiulion 1 y i-ap[iel;'it, et par ce seul tait il s'est mis liors des lois de l'Eplise. Que nous demande-t-il inaiutenaul .' Il nous demande tie se justilîer des crimes ipii uni motivé sa déposition, il \cul j)laider devant nous son innocence et nous prouver iju il a été condamné injusiemeut ; mais (|u'il l'ail été juslemeiit ou injuslcmcul, cela iie nous regarde pas. Jean a cessé d'être justiciable d nn Iribiiiial ccclésiasliiiue ; Jean n est plus évéïjne ni prèti'e, il est excommunié et nous ne pouvons ui entendre sa défense, ni communiquer avec lui, sans encourir nous-mêmes ia peine de lexcommunicaliou : ainsi le veulent les canons ((uc je viens de lire. IS'olre marche, dès lors, est tracée : nous n avons plus rien à faire d;ins ce procès que d invoquer le secours de la puissance séculière pour niellre fin à nue usurpation qui trouble et déshonore l'Eglise ; ainsi le prescrivent les mêmes canons. » Ce dtclinatoire d incompétence confirmait purement et simplement la condamnation prononcée par le concile du Chêne et aggravait la pénalité. Au lieu de la déposition, c'était l'excommunication. Une semblable proposition jeta la stupéfaction dans 1 assemblée cjui connaissait à peine ces canons, comme une arme de guerre jadis inventée contre saint Alhanase. Jean Chrysostoiue, se voyant privé du droit de présenter lui-même sa défense, cliargea ses amis du concile de le remplacer el nous en retrouvons les pi-incipaux points dans la biogi'aphie écrite par Pallade. I^a défense ffit non moins habile que l'allaque. Jean Chrysoslome prou\ait que les deux canons invoqués contre lui étaient ariens, rédigés par une assemblée héréticpie. En supposant les deux canons valides, ils étaient inapplicables à son cas, car il n'avait pas été dépose'; par un concile; enfin par la demande de convocation du concile actuellement assemblé, il ava.it eu pour but non de récupérer des pouvoirs qu il n avait cessé de posséder, mais de venger son innocence calomniée. Li' débat s engagea d'abord devant h' concile sur la validité des actes d'Antioche dont on soupçonnait de falsification la copie des actes fournie par Ihéophile. On se j)assionna, 1 empereur lui-même prit part à la dispute et parut ébranlé. Pour le i-econquérir, Sévérien de Cabale proposa une discussion entre dix évêques dans le cabinet de l'empereur et en sa présence. Arcatlius y consentit. Parmi les défenseurs de Jean Chrysoslome se trouvaient les évêques Tranqnilliu et Elpide de Laodicée en Syrie. Celui-ci parla avec force malgré les ialeri uplious et les démentis ; pour en finir il demanda (jue Anliochns et Acace déclarassent par écrit partager la foi du concile qui avait comlamné Athanasc. l/emjjcieur approuva : ce fut une débandade, car autre chose était de soutenii- lexcellence de certains canons, autre chose d'attester i[u on était de la communion de ceux qui proscrivaient la foi d'Athanase. A l'approche de la fête d(; Pâques, les évê(jues de la faction, Anliochns à leur tête, allèrent trouver Arcadius et lui affirmèrent d'après les pointages que- Jean devait èlre
pereur. Elle fut annoncée à Jean Chrysostome par des fonctionnaires impériaux, qui consignèrent l'évêque dans sa maison et lui interdirent de paraître dans l'église. Mais le peuple de Constantinople prit parti pour son évèque, et ne voulut assister qu'au service divin de ses clercs. C'est ainsi qu'arriva la Pàque de 404, et dans la nuit du samedi saint au dimanche de Pâques, lorsque plusieurs milliers de fidèles étaient réunis dans l'église avec les néophytes, les soldats s'y précipitèrent, en chassèrent les joannites, (ainsi que l'on appelait les partisans de Jean), commirent des brutalités révoltantes et allèrent jusqu'à ensanglanter l'église. Les mêmes scènes se renouvelèrent les jours suivants, et Jean Chrysostome se vit menacé par des meurtriers jusque dans sa maison. Enfin, cinq jours après la Pentecôte, le 9juin 404, il futenvoyé en exil, et y termina sa glorieuse carrière en 407 ^.
116. Du huitième au quinzième concile de Carthage, depuis ïan 403 jusqu'à l'an 410.
Pendant ces événements et les années qui suivirent on tint en Afrique plusieurs conciles. Le VHP fut célébré à Carthage sous Aurèle dans la basilica de la regio secunda, le 25 août [vn kalendas septembrh), sous le consulat de Théodose et de Rumoride, en 403. Ce que nous possédons de ce concile se trouve dans le Codex canonum Ecclesiie africanip. n. 90-92 ~. Saint Augustin assista à ce concile qui commença par vérifier si, conformément aux décrets des conciles antérieurs, chaque province d'Afrique avait
tenu pour condamné par le concile. Sur ces assurances, l'empereur fît signifier à l'arclievêque par un de ses officiers qu'il eût à quitter l'Eglise sur le champ. Jean déclara qu'il ne céderait qu'à la force. Ce qui suivit appartient à 1 histoire générale. Pendant que des violences tragiques épouvantaimit Constantinople, le concile terminait sa session obscurément. 11 pri)nonça avant de se séparer que Jean déposé et remonté subrepticement sur son siège était excommunié et livré au bras séculier. (H. L.)