‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 159 sur 407 · DOCTltlNE SUR I.'uMON DKS DEUX NATURES, ETC · texte numérisé non relu

DOCTltlNE SUR I.'uMON DKS DEUX NATURES, ETC

^//?i,'-c des deux natures ; maisphis loin, c.xxri^il explique svtotncoucixr; par svu7tç y.aT^çjjiv^et dit très explicitement qu'il ne faut pas l'entendre

d'un objet étranger, sans pour cela se métamorphoser eu cet objet (Ad Epist., c. viii, P. G., t. XXVI, col. 1061, 1064). A propos de ce même verset, saint Grégoire de Nazianze, Epist. ci, P. G,, xxxvii, col. 176 sq., dit qu'une synecdoque do ce genre n'est pas rare dans l'Kcrilure, le mot ànie est souvent employé pour désigner l'homme tout entier. En tout cas, il ne peut être question ici de « transformation ». En cela Grégoire de Naziniizc ne fait qu'étendre une observation de saint Athanase qui montrait que le prtiphèle Joi-l se sert du mot « cliair » pour désigner les hommes. Il serait donc arbitraire et abusif de se fonder sur ce verset de saint Jean, i, 1». pour refuser au Christ une âme raisonnable Ad Epist., viii, P. C, t. XXVI, col. 106». Grégoire de Nazian/.e n'est pas seul à s'inspirer de l'argumentation de saint Athanase. Nous voyons saint Epiphane [Hœres. i.xxvii, 29, P. G., t. XLi., col. 685), saint Ambroise [De Incarnatiofie, 59, 60, P.L., t. xvi, col. 833), saint Augustin (De LXXXIII ,juxst., p. lxxx, 1, 2, P. G., t. xl, col. 93), reprendre les mêmes explications presque dans les mêmes termes. « On nous objecte, écrit saint Ambroise, qu'il est écrit : « Le Verbe s'est fait chair, s Que ce soit écrit, je n'en disconviens pas. . mais cela veut dire que le ^'erbe s'est fait homme. Il est aussi écrit dans Joél : « Je répandrai mon esprit sur toute « chair j. Pourtant ce n'est pas sur les animau.x sans raison, mais bien sur les hommes qu'a été faite l'efrusion de l'esprit. Direz-vous que le texte scripturaire enseigne la transformation du Verbe en chair humaine ? N'avez-vous donc pas lu que le Seigneur a été fait péclié ? Est-ce donc que le Seigneur a été transformé en péché ? Non, certes, mais saint Panl à voulu dire par là que le Sauveui- a pris nos péchés sur lui. » Le passage de saint Paul, Ad Philipp., u, 6, ne prouve pas l'erreur apollinariste, parce que la forme d'esclave ((AopçTi SojXou) n'est pas seulement l'apparence extérieure, visible, mais aussi la nature humaine tout eutière, de même que la forme de Dieu ([j.op?Y) 0£oj) désigne la plénitude de la divinité. Au contraire, l'àme raisonnable est avant tout la forme de l'homme. Si le Fils de Dieu a pris non un cadavre humain, mais la forme humaine complète, il doit avoir pris le corps avec l'àme. Saint Athanase avait peu insisté sur les autorités scripturaires à opposer à l'hérésie nouvelle , les docteurs qui lui succédèrent comblèrent vite celte lacune. Directement ou indirectement ils se préoccupaient de combattre l'apollinarisme, par exemple quand ils relevaient dans un texte de saint Luc la preuve du progrès de la science de Jésus enfant, ils songeaient à prouver la présence dans le Christ d'une àme raisonnable. Saint Grégoire de Nysse visait au même but quand il refusait au Sauveur la connaissance du jour du jugement. S. Epiphane, Ilares., lxxvii, 27, P. G., t. XLii, col. 680. En 377, saint Epiphane signale le « désir » éprouvé par Jésus de faire la dernière Pàque. Ce sentiment, dont la divinité était incapable, dit-il, supposait nécessairement la présence daus le Sauveur d'une àme raisonnable. On fit observer que Jésus avait désiré manger, qu'il avait ressenti la crainte, la tristesse, la soif. Ces ssnlimenls n'avaient pu être formés que par une àme raisonnable. L'auteur du premier traité Contra Apollinarem, i, 15, P. C, t. XXVI, col. 1124 ; S. Ambroise, De incarnat., lxiii, P. L., t. xvi, col. 68,

par £vo)(7iç 7.3cO' ÛTîiaTaatv. D'oùl'on pourrait croire h première vue qu'il soutient le contraire de la doctrine orthodoxe sur l'union hypostatique. Il n'est pas ainsi, car le contexte prouve que par Îvcôgiç xaô' Û7u6o--aa-tv, saint Athanase n'entend pas l'union dans une personne, mais une imion substantielle ^ et il dit, bien certainement avec raison, que, dans le Christ, les deux natures ne pouvaient pas être substantiellement unies. Cependant son expression ivwaiççucrr/.r, ou yjxia çùaiv reste équivoque ; on se demande si elle ne traduit pas des idées monophysiques, car saint Athanase a fait pour le mot oùa\ç, ce qu'il avait fait pour le mot ÔKOCTOcaiç ; il ne les a pas employés dans un sens fixe et précis, comme cela s'est fait plus tard, mais il leur a laissé une signification vague, et il a voulu dire simplement que les deux natures ont été réunies en un, en un être ou en une personne *. Si la profession de foi zspi t-^ç (Tapy.wo-swç tou ©soD Aoyou attribuée à saint Athanase était authentique, il faudrait dire que ce Père a enseigné où cIjo ojasiç, et que l'expression [jiav ©yciv xoîi [144] 0cOj AoY^u (jîo-ap/.wf^-svr^v vient de lui. Mais cet écrit est apocryphe et doit être attribué h Apollinaire plutôt qu'à saint Athn-

834 ; Théophile, dans saint Jérôme, Epist., xcviii, 4, P. L., t. xxiii, col. 785 ; Théodorel, Hseretic. fahul., V, xiii, P. G., t. Lxxxiir, col. 497 sq. ; S. Aiiguslin, De LXXXIII quscst., q. lxxx, 3, P. L., t. xl, col. 94, reviennent tous sur cette considération et saint Augustin dit en propres termes : « Jésus admira, il se fâcha, il fut tour à tour dans la joie et dans la tristesse. Or ces sentiments et beaucoup d'autres attestent qu'il avait une âme, car une âme seule pouvait les former. » Une des objections des apoUinaristes contre la concession d'une âme humaine au Christ était fondée sur ce qu'ils prétendaient que le péché était essentiel à l'esprit humain. A quoi saint Athanase répondait que si on admet celte hypothèse, la faute du péché ne retombera pns sur la créature, mais sur Dieu lui-même. Une autre conséquence sera que si le péché tient principalement à la liberté de l'esprit humain, il fallait que le Sauveur prit avant toute chose ce péché. Mais Dieu, à l'origine, a créé purs l'esprit humain et la chair. Pour rester exempt de péché, le Christ n'avait qu'à prendre celte chair telle qu'elle était quand il l'avait créée. L'exemption de péché est la véritable nature de la chair, c'est elle qui a été restaurée dans le Christ. Dans la conti^overse apoUinariste la part principale a appartenu au raisonnement. « On se préoccupa avant tout, dit M. Turmel, Hist. delà tkéol. positive, 1904, t. i, p. 56, de prouver que Notre-Seigneur n'aurait pas accompli entièrement l'œuvre de la rédemption s'il n'avait pris une âme raisonnable et que cette âme ne mettait en péril ni l'unité ni la sainteté du Verbe incarné. » (H. L.)

1. Cf. Môhler, op. cit., p. 280, et Dorner, op. cit., t. i, p. 1072. Miinscher, a pensé qu'au iv" siècle, le ç-jai? est souvent pris, par exemple par Apollinaire, comme synonyme de personne, Miinscher, Lehrbuch der Dogmengeschichte, t. i, p. 278.

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