‹ Histoire des conciles d'après les documents originaux (volume 3)Chapitre 169 sur 407 · NESTOIUIS · texte numérisé non relu

NESTOIUIS

La réputation de Nestorius était telle que, après la mort de

[150| Sisinnius (24 décembre 427), il lut élevé sur le siège de Constanti-

nople, ({ui pensa recevoir d'Antioche un second Jean Chrvsostonie.

A peine sacré (10 avril 428), il manifesta un goût très vif poui" la

prédication et un grand zèle contre les In-rétiques. Déjà, dans un de

lor el lie quelques autres sont au uoinhie de 7li, la plupart dans le lexle grec, quelques-uns en latin seulement, d'autres en syriaque. Le soin apporté à l'édition est au-dessus de tout éloi^e et s'il est relevé ici, c'est moins pour en faire honneur à 1 auteur que pour donner tout son prix théologique el historique à ce recueil d'une singulière importance pour l'histoire du dogme et des hérésies. On y rencontre en efTel quelques le.xtes qui ménagent une véritable surprise. Les traités dogmatiques nous allîrment que Xestorius a enseigné 1 existence de deux personnes eu Jésus-Christ. Or voici qu'où lencontre des textes comme ceux-ci : yori duas persofias, itnain fjcrsonain faciinus (p. 196, ligne 21), et encore : TT,v u.£v T(i)v çOuîtov è7rr,vo'jv (Nest.) ôtai'pEdtv (xaTa tôv xfi; àvOpw7rÔTr|TO; /.a'i OeÔTTiTo; /dyov) xai Tr,-/ tovtuv ei; ivb; TtpoffÛTrou avvâçsiav (p. 176, ligne 15-17 ; cf. p. 196, ligne IG ; p. 224, ligne 13). JN'eslorius va jusqu'à admettre l'expression ÔEOTOxo;, pourvu qu'on n'en tire pas de conclusions hérétiques, à savoir que la sainte Vierge était Mère de Dieu (dans le sens formel du mot) : Si quis aiilein hoc nomen theotocon proptei naiain hiimanitatem conjunctam Deo Verbo non profiter parentem proponet, dicimus quidem hoc vocabulum... non esse conveniens (Xestorius le prenait toujours au sens strict et formel)... j'erri tanien potest, à cause de l'union du Verbe avec l'humanité, qui est le templum Dei Verbi non quia ipsa sit mater dei \'erbi (p. 167-168). De même volenlibus concessi ut pie genilricem \el j)articen Dei virgineninoniinarent, id est neque circa ApoUinarii, neque secundani Arii sensum, sed... propter unitionis rationem (p. 185, cf. 181, ligne 18 ; 184, ligne 25, etc.). reul-êlrc trouverait-on une explication plus ample dans des écrits nestoriens que ne contient pas l'édition des Nestoriana. « 11 est indubitable, écrit dom Clir. Baur, dans la Revue d hist. ecclés., 19Û6, t. vu, p. (317, que plusieurs sermons ou traités de Nestorius se cachent encore sous les noms d'autres Pères de l'Eglise. Garuier avait déjà remarqué, que plus d'un fragment de IS'estorius se trouve dans un sermon attribué à saint Jean Clirysostomo, ce qui l'amena à re\endiquer tout le sermon poui" Nestorius. Loofs prouve qu'il a été trop loin. Attiré par cette piste, Mgr Batiffol, Sermons de Nestorius, dans la He^-ue biblique, 1900, t. ix, p. 329- 353, voulut restituera Xestorius 52 sermons conservés la plupart sous le nom de Basile de Séleucie. Les preuves ne sont pas péremptoires. Le sermon complet de Aestoiius a été édité pour la première fois en 1838 par M. Bocker sous le i;om de saint Jean Chrysoslome. P. G., t. lxiv, col. 480-492. M. Loofs et presque en même temps, mais indépendamment de lui, .M. Haidacher (dans la Zeitschrift fiir kal'ijl. Tlieol., 1905, t. xxix, p. 196 sq.) ont létissi à prouver la véritable provenance de cette œuvre. Sous peu le savant professeur de Salzbourg complètt^ra encore les Aestoriana de M. Loofs. Déjà on nous annonce aussi l'édition d'un autre ouvrage de Xestorius : le Liber IJeraclidis conservé en syriaque et retrouvé par h; D' Goossens ; la publication est confiée à l'orientaliste M. Bedjan. » (11. L.)

ses premiers sermons, il apostrophait ainsi l'empereur Théodose II : « Donne-moi, 6 empereur, la terre délivrée des hérétiques et^ en retour, je te donnerai le ciel ; aide-moi à combattre les hérétiques et je t'aiderai à combattre les Perses'^. » Quelque temps après, il voulut enlever aux ariens une maison de prières qu'ils possédaient encore à Constantinople qui, à cette occasion, faillit être incendiée 2. Aussi les ariens et plusieurs orthodoxes jetèrent-ils à Nestorius l'épithète d'incendiaire et de meurtrier. Il s'attaqua aussi aux novatiens, aux quartodécimans et aux macédoniens, et fit rendre par l'empereur plusieurs lois sévères contre les hérétiques. Seuls les pélagiens trouvèrent grâce devant lui, car il approuvait leur doctrine sur la suffisance de la volonté libre pour faire le bien sans partager leur opinion sur le péché originel. Il reçut chez lui Julien d'Éclane, Célestius et d'autres chefs des pélagiens exilés. En 429, il intercéda pour eux auprès de l'empereur et du pape Célestin ^. Mais Marins Mercator, simplelaïquede l'Église d'Occident, séjournant alors à Constantinople, adressa à l'empereur un mémoire [Commonitoriiim) l'instruisant du véritable état des choses et de la condamnation des pélagiens par les conciles de l'Occident et par les papes *. Théodose leur ordonna de quitter la ville ^. On voit tout le chagrin qu'en eut Nestorius dans une lettre adressée à Célestius, l'ami de Pelage à qui il donne les titres d'honneur les plus pompeux et qu'il compare, à cause des persécutions dont il est l'objet, à saint Jean- Baptiste, à saint Pierre et à saint Paul ^.

1. Socrate, Hist. eccles., 1. VII, c. xxix, P. G., t. lxvii, col. 801 sq.

2. Nous avons dit dans le Dictionn. d'arch. chrét., t. i, col. 2824, que les ariens n'avaient pu obtenir de saint Jean Chrysoslome la concession d'une église à l'intérieur de Constantinople. En vertu d'un arrangement intervenu entre l'empereur Arcadius et le chef goth Gainas, une chapelle située hors des portes avait été concédée aux hérétiques pour y célébrer leurs offices et tenir leurs assemblées. Nestorius la ferma de sa pleine autorité. Les ariens voulurent se défendre, on se battit, les sectaires furent chassés et la chapelle incendiée. L'incendie se propagea dans la ville et brûla tout un quartier. Socrate, Hist. eccl., 1. VII, c. xxix, P. G., t. lxxii, col. 801. (H. L.)

3. Marins Mercator, dans P. Z., t. xlviii, col. 61, 174, 179, 181, 185, 187, 203 note.

Page 1