Mansi, op. cit., t. iv, col, 1049 et
130, CONCILE A ROME ET NÉGOCIATIONS OVl s'y RATTACHENT 263
tienté, do rendre exécutoire, au nom du pape, le jugement porté par le concile romain et de lui annoncer son excommunication ^.
Probablement avant que Nestoi-ius lecùl de Rome la Jiouvellc de [16(3] la sentence portée contre lui, mais lorsqu'il craignait déjà cette condamnation, il adressa au pape une troisième lettre, dans laquelle il supposait, à tort, cpie Cyi'ille avait entamé la discussion au sujet du Os;t:7.:ç, pour empêcher la réunion à Constantinople d'un concile qui aurait eu à se piononcer au sujet des plaintes portées contre lui. Ia' moins ([u On puisse dire de cette manœuvre, c'est que c'était une erreur (pour ne rien dire de |dus), car, dans les premières lettres entre Cvrille et Nestorius, il nest question que du OîCTOXsç, et c'est dans les dernières lettres seulement que l'on parle de ces plaintes.
Cette même lettre au pape contient une seconde affirmation de Nestorius, laquelle ne mérite pas plus de créance que la première. 11 dit n'avoir rien contre ceux qui se servent de l'expression de « Mère de Dieu », pourvu qu'ils ne l'emploient pas dans le sens des apoUinaristes ou des ariens, tandis qu'en fait il avait anathématisé, d'une manière générale, cette expression, et excommunié tous ceux qui s'en servaient. On voit qu'il veut atténuer les choses et détourner lorage qui le menace ; aussi propose-t-il comme un moyen terme entre ceux (|ui appellent Marie ' mère de Dieu et ceux qui l'appellent mère de l'homme, de l'appeler Mère du Christ. A la fin, il remarque qu'une assemblée générale de rÉglisc doit bientôt, avec laide de Dieu, se réunir et qu'elle rétablira la paix dans l'Eglise -.
Jean d'Antioche fit son possible pour rétablir, même sans concile, cette paix de l Eglise ; c'était un ami d'enfance de Nestorius et, dès qu'il eut reçu la lettre du pape, il fit auprès de Nestorius les plus vives instances pour l'amener à obéir. Le délai de dix jours est court, assurément, dit-il, mais il n'est besoin que de quelques heures pour approuver l'expression OeotÔxoç qui convient très bien pour l'incarnation et la naissance du Fils, et qui a été employée par plusieurs Pères. 11 n'y a là aucun danger, aucun motif de refuser, d'autant mieux que Nestorius reconnaît lui-même que cette expression a un sens tout à fait orthodoxe. Elle est même, dans le fond, complètement juste, et, si on la repousse, il s'ensuivra que celui qui est venu pour nous dans le monde, n'est pas Dieu. L'Ecriture regarde
t. M;insi, vp. cil., t. iv, cul. 1017; llard<juiii, op. cit., t. i, col. lo21. 2. Maiisi, t. V, col. 725.
comme une magnifique opération de la grâce de Dieu que le Fils étej'nel de Dieu soit né cVune Vierge sans que le Logos ait ressenti [167] quelque changement à son préjudice. Aussi l'apôtre saint Paul ditil [Galat., iv) : « Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme. » Nestorius doit accepter l'expression ôsotôxoç ; Jean n'est pas seul à le lui conseiller ; c'est l'avis de beaucoup d'autres évêques orientaux dont il cite les noms ^.
Nestorius répondit poliment, maisevasivement.il exprima l'espoir de voir la discussion prendre fin ; il n'ajouta rien au sujet du ôsotÔxoç et s'en remit de tout au concile général qui allait s'ouvrir 2. Il n'avait cependant encore rien reçu de Rome, car Cyrille, chargé de remettre les pièces, réunit, avant de le faire, un concile à Alexandrie.
i3i. Concile d'Alexandrie s.
Cyrille en réunissant ce concile avait voulu faire rédiger ou approuver une profession de foi que Nestorius aurait eu à souscrire,
1. Mansi, Conc. ampliss. coll., t. iv, col. 1061 ; Hardouin, Coll. concil., t. i, col. 1327.
2. « Personne, lépondait Nestorius, ne peut condamner l'expression christotocos, personne ne niant et ne pouvant nier que Marie soit la mère du Christ. Or, si le Christ, ainsi que je le professe, renferme les deux natures, la mère est à la fois mère de Dieu et mère de l'homme, sans qu'on puisse par l'exclusion de l'un ou l'autre titre, paraître favoriser l'hérésie de Paul de Samosate ou celle d'Apollinaire. » Jean d'Antioche repoussa cette échappatoire comme avait fait le pape Célestin. ï Le mot de Mère du Christ, répondit-il, ne se trouve point dans les Pères, encore moins dans les Écritures, et ne semble créé que pour éviter la reconnaissance d'un terme traditionnel et sans danger. » Hardouin, op. cit., t. i, col. 1331 ; Mansi, op. cit., t. v, col. 752. (H. L.)
3. Garnier, Be synodis habitis in causa nestoriana, P. L., t. xlviii, col. 1170, a été entraîné par le pseudo-concile de Rome en 429 à imaginer un pseudo-concile d'Alexandrie en cette même année et un autre concile, celui qui s'est véritablement assemblé, en 430. Afin de donner un but et une occupation au concile de 429, Garnier lui faisait élaborer les deux lettres de Cyrille que le pt'ètre Lampo porta de sa part à Nestorius. On peut assurément, comme il le soutient, prétendre que ce concile de 429 était le concile annuel réuni en conformité avec la prescription du canon de Nicée, mais c'est déplacer la question, jjui-iqu'il s'agit de synodis habitis in causa nestoriana. Le concile de Clialcédoine 451, mentionne le concile d'Alexandrie, de 430, quiiiid il qualifie de « synodale » la deuxième leltie de Cyrille à Nestorius : Propter illos autem qui dispensationis uiysterium coriumpere conantur, et puruni homineni esse genit uni exsancta vir-
i;U. CONCILE d'alexandrif. 265
clans le cas où la sentence portée contre lui à Rome n'eût pas été mise à éxecution La Ici Ire sviioilalc publiée pai' ce concile et rédigée pai' (Ivrillc est très longue ; elle est adressée à Nestorius ' et commence par des plaintes assez amères sur son hérésie, qu'un devoir sacré obligeait de poursuivre. On avertit ensuite Nestorius que, dans le cas où il nabjurcrail pas ses erreurs dans les délais fixés par le pape Célestin, il serait exclu du nombre des évéques et des prêtres de Dieu. Une signature du symbole de Nicée ne sulTiraitpas, car Nestorius l'expliquait d'une manière erronée : il devait dans une déclaration écrite, accompagnée de serment, condamn(>rles opinions lunestes et pernicieuses soutenues par lui jusque-là, et s'engager pour l'avenir à croire et enseigner ce que cioyaient et enseignaient Cyrille, le concile et les évéques d'Orient et d'Occident. L'exposition de la [1G8J doctrine orthodoxe qui vient ensuite commence par la reproduction intégrale du symbole de Nicée (sans les additions du concile de Constantinople, mais avec l'anathème contre l'arianisme). Le sym-
gine Maria, impudenter délirant, epistolas sjnodicas beatissimi Cyrilli Alexandrinx Ecclesi;e prxsuUs ad Nestorium et ad Orientales. Conc. Chalced., act., v. Saint Cyrille lui-même dans sa « Lettre troisième à Nestorius > reconnaît que CCS lettres précédentes étaient adressées au nom de l'Eglise d'Alexandrie : Epistolis autein ah Alexandrina tuse religioni directis Ecclesia consensutn prxbuit tani eu quœ apud urbem Rornam convenit, sancta synodus, quant etiam nos omnes, i'elut recte irreprehcnsibiliterque conscriptis. Niccphore, Hist. écoles., 1. XIV, c. xxxiii, nous fournil uu autre témoignage bien circonstancié : « Dès que le divin Cyrille eut connaissance des blasphèmes de Nestorius, il lui écrivit une première et une seconde lettre. Il y jetait l'anathènie sur ceux qui ne proclament pas la divinité du Christ et l'appellent d'une manière blasphématoire un homme théophore, organe ou instrument de la divinité. Nestorius lui répondit par des outrages et des blasphèmes. Cyrille ayant reçu les lettres de Nestorius dans lesquelles le venin hérétique coulait à pleins bords, convoqua le concile provincinl d'Alexandrie et lui donna coramuniciition des lettres dont il envoya les copies à Rome avec les décisions du concile. Il adressa par contre à Nestorius une trcnsième lettre contenant dou/.e chapitres avec les anathéraatismes. w II ressort de là que les deux lettres de Cyrille à Nestorius sont antélieures à la tenue du concile, le concile se réunit, et postérieurement à sa réunion la correspondance échangée entre Cyrille et Nestorius fut envoyée au pape Célestin avec les décisions du concile. Une dernière attestation du concile se trouve dans Vigile, Lih. V contra Eutychen. qui dit ceci : hoc et bealus CyriUus in episiola iotiiis synodi ad Nestnrium. Le concile alexandrin de '±30 s'est tenu au mois de Méchir, a\ant le carême. Pour ce concile, cf. B;tronius, Annales, ad :inn. 430, ii. 50-58; Coll. regia, t. iv, col. 675; Labbe, Concilia, I. ii, col. 1G8S-IG80 ; Coleti, Concilia, t. m, col. 557. (IL L.)
1. Dans Mansi, op. cit., t. iv, col. 1067 ; dans Hardouin, op. cit., I. i, col. 1283 ; eu latin seulement dans Mansi, op. cit., t. v, col. 502 sq.
bole est suivi d'une explication dogmatique ainsi conçue : « Conformément à la foi des Pères, nous déclarons que le Logos unique de Dieu... a pris chair d'une vierge, a fait cette chair la sienne propre, s'est soumis à sa naissance humaine et est sorti de la femme comme un homme, sans cesser d'être ce qu'il était, c'est-à-dire vrai Dieu par nature. La chair (c'est-à-dire la nature humaine) n'a pas été changée en la nature de la divinité, pas plus que la nature du Logos divin n'a été changée en celle de la chair, car elle n'est soumise à aucun changement. Etant enfant, et dès le sein de sa mère, le Logos remplissait le monde entier, le gouvernait conjointement avec son Père, car la divinité ne connaît pas de limites. Le Logos est uni hypostatiquement à la chair ; aussi ne vénérons-nous qu'un seul Fils et Seigneur Jésus-Christ ; nous ne séparons pas l'homme et le Dieu, et ne croyons pas qu'ils soient simplement réunis sous le rapport de la dignité et de la puissance (auvocTUTco) ; ce sont là de nouvelles expressions, Nous n'enseignons pas l'existence de deux Christ, l'un qui est le vrai Logos de Dieu, l'autre qui est le véritable fils de la femme, mais nous n'enseignons qu'un seul Christ, le Logos divin, uni à une chair qu'il a faite la sienne propre (iva [;.ivov e'ioèxeç XptffTcv, TGV ex QeoX) Ila^poç Ab^ov [xezu t^ç loiaç accpv.bç). Nous ne disons pas non plus que le Logos divin a habité dans l'homme formé de la A^ierge, comme dans un homme ordinaire, et nous n'appelons pas le Christ un ôsoçopoç avOptùiïoç : car si nous disons, nous aussi : La plénitude de la divinité a habité dans le Christ [Coloss., ii, 9), cela ne veut pas dire qu'elle y a habité comme Dieu habite dans les saints, mais la divinité et l'humanité se sont unies dans le Christ xatà çjcriv ^, de même que dans l'homme l'àme s'unit au corps. Il n'y a donc qu'un Christ, un Fils et un Seigneur, et il ne l'est pas simplement par la cjuvaçsia avec la dignité et la puissance divine ; car, par là, des natures différentes ne seraient pas unies. Pierre et Jean ont eu aussi la même dignité, car ils étaient l'un et l'autre apôtres et l'un et l'autre disciples, et cependant ils n'étaient pas une seule personne. L'expression Guvaazia ne convient pas, parce qu'elle n'exprime pas clairement l'union ; on ne doit pas dire que le Logos divin est le Seigneur du Christ, parce que, par là, on divise le Seigneur et le Christ. On ne doit pas dire non plus : Je vénère celui qui est porté (c'est-à-dire la nature humaine du Christ) à cause de celui qui le [169 1 porte, je vénère ce que je vois à cause de ce que je ne vois pas, ou